André Marie Jean Jacques Dupin, dit « Dupin aîné », né à Varzy dans la Nièvre le et mort à Paris le , est avocat, magistrat et homme politique français.

Procureur général auprès de la Cour de cassation, il est député en 1815, président de la Chambre des députés en 1832, membre de l'Assemblée constituante en 1848, président de l'Assemblée législative en 1849 et enfin sénateur en 1857. Il est également membre de l'Académie française, après son élection en 1832.

Proche de Louis-Philippe d'Orléans, roi des Français en 1830, Dupin aîné est un acteur important de la politique française après la chute de l'Empire napoléonien sous les deux Restaurations. Défenseur devant la Chambre des pairs de nombreux accusés politiques, dont le maréchal Ney et Savary, il est, à la Chambre des députés, le rapporteur de la Charte de 1830. Sous la monarchie de Juillet, Dupin, que l'on a désigné comme le chef du « Tiers parti », est ministre sans portefeuille dans le premier ministère de la monarchie de Juillet. Il préside la Chambre des députés de 1832 à 1839.

Biographie

Jeunesse et études

Aîné d'une famille de trois enfants, Dupin aîné est le fils de Charles-André Dupin (1758-1843), officier de judicature sous l'Ancien Régime, qui est député à la Législative, membre du club des Feuillants, au Conseil des Anciens sous le Directoire, puis au Corps législatif sous le Consulat.

Charles, son frère cadet, est mathématicien et homme politique tandis que Philippe est un des premiers avocats de la première moitié du (il est nommé bâtonnier en 1835). Dupin aîné est le cousin de Claude-François-Étienne Dupin.

Il fait ses premières études sous la direction de sa mère Catherine Agnès Dupin (1763-1827) – qui devait plus tard réclamer pour simple épitaphe les mots : « ci-gît la mère des trois Dupin » – avant celles de la science juridique auprès de son père, qui l'envoie parfaire sa formation à l'école de droit de Paris.

Il entre en 1800 comme clerc chez un avoué de la rue Bourbon-Villeneuve à Paris avant d'être admis à l'Académie de législation au moment de sa fondation. En 1806, il obtient son doctorat en droit avec une thèse qui est la première soutenue depuis la réorganisation de la faculté de Paris.

Parcours professionnel Il se porte candidat, mais sans succès, à une chaire de droit à Paris (1810) et se fait alors recevoir au barreau de Paris. En 1812, le procureur général Merlin de Douai le propose, avec insistance mais toujours sans succès, aux fonctions d'avocat général à la Cour de cassation. Malgré ces échecs, sa réputation commence à s'établir, vers cette époque, par la publication de plusieurs opuscules de jurisprudenceCormenin juge pourtant sévèrement ces ouvrages : « M. Dupin a formulé une multitude de traités élémentaires sur le droit, tant bons que mauvais, qu'on pourrait enfiler les uns au bout des autres comme des chapelets, et qui composent tout son bagage d'auteur. Ces petits traités ne sont guère que des compilations de science commune, brefs, concis, judicieux, mais sans originalité. » (cité par le Dictionnaire des parlementaires français). Aussi fut-il nommé en 1813, sur proposition de Cambacérès, secrétaire de la commission créée par le Grand Juge Régnier, duc de Massa, pour codifier les lois de l'Empire. Grâce à ces travaux, il est pourvu, à la chute de l'Empire, d'une solide réputation de jurisconsulte.

Parcours politique

Cent-Jours Il se tient à l'écart de la politique durant la Première Restauration, mais en , sous les Cent-Jours, il devient député de l'arrondissement de Château-Chinon (Nièvre)51 voix sur 61 votants. Siégeant le plus souvent avec l'opposition libérale, il prend une part importante aux travaux de l'Assemblée.

C'est sur sa motion qu'est nommée la commission chargée de présenter un projet de constitution destiné à remplacer l'Acte additionnel. Félix Lepeletier ayant demandé qu'on élève une statue à à Golfe-Juan avec l'inscription : Au sauveur de la patrie, Dupin s'y oppose vivement. Le , il demande qu'aucun serment ne puisse être exigé qu'en vertu d'une loi, et non d'un simple décret du qui ne renferme, dit-il, que la volonté unilatérale du prince. La motion, combattue par Boulay de la Meurthe, est rejetée.

Le , il demande que l'abdication de l'Empereur soit acceptée « au nom du peuple français » et propose que la Chambre des représentants se déclare « Assemblée nationale ». Le , il s'oppose à la proclamation de comme Empereur après l'abdication de : « Qu'avons-nous à opposer, s'écria-t-il, aux efforts de nos ennemis ? La nation. C'est au nom de la nation qu'on se battra, qu'on négociera ; c'est d'elle qu'on doit attendre le choix d'un souverain ; c'est elle qui précède tout gouvernement et qui lui survit... » Une voix l'interrompit : « Que proposez-vous ? La République ? » et une vive agitation s'ensuitcité par le Dictionnaire des parlementaires français, d'après Le Moniteur. Le , il reproche à l'Assemblée de faire une « déclaration de violence » et non une déclaration des droits des Français.

Une opposition prudente à la Seconde Restauration Sous la Seconde Restauration, Dupin se rallie à Louis XVIII et est nommé président du collège électoral de Château-Chinon. Il se présente dans cette circonscription ainsi que dans celle de Clamecy, mais échoue dans les deux. La disposition législative qui relève à 40 ans l'âge d'éligibilité l'empêche de se présenter aux élections suivantes. De 1815 à 1827, il se consacre donc exclusivement au barreau et met sa plume et sa parole au service des opinions libérales. En particulier il a comme client, et pour plusieurs procès, l'écrivain et académicien Étienne de Jouy qui essuie les foudres de la justice pour plusieurs de ses écrits et publicationsDupin est donc évoqué plusieurs fois dans Les aventures militaires, littéraires et autres d'Étienne de Jouy par Michel Faul (Editions Seguier, mars 2009) .left|thumb|220px À la fin de 1815, il publie un mémoire destiné à devenir célèbre, intitulé Libre Défense des accusés. Il se fait une réputation des plus brillantes par ses plaidoiries en faveur de clients célèbres poursuivis : il défend notamment le maréchal Ney, conjointement avec Pierre-Nicolas Berryer, en 1815, Savary, duc de Rovigo en 1819, Caulaincourt en 1820, la mémoire de Brune en 1821. En , il devait énumérer lui-même, dans un factum apologétique, ses titres à la reconnaissance des « patriotes » : « Pendant ces quinze années de lutte commune en faveur de la liberté, quel a été mon contingent ? Qu'ai-je fait autre chose que de défendre autrui, moi si indignement attaqué ? Avez-vous oublié les noms de mes clients ? – Nos généraux accusés ou proscrits, Ney, Brune, Gilly, Alix, Boyer, Rovigo ! et les trois Anglais, généreux sauveurs de La Valette ! et les victimes des troubles de Lyon en 1817 ! – et ces hommes politiques injustement accusés : Isambert, pour la liberté individuelle ; Bavoux, pour les droits du professorat ; de Pradt, en matière d'élection ; Mérilhou, dans l'affaire de la souscription nationale ; Montlosier, soutenu par moi dans toute sa querelle avec un parti qui, comme Protée, sait revêtir mille formes diverses, et parler les langages les plus opposés !... – et vous, gens de lettres, défenseurs de la presse, à qui je ne demandais pour récompense que votre amitié ! »cité par le Dictionnaire des parlementaires français La presse ne se priva pas de répondre par des allusions malicieuses au taux des honoraires que pratiquait l'illustre avocat : rappelant que M. de Pradt ayant offert à Dupin francs avec son amitié pour le prix d'un plaidoyer, l'avocat répliqua qu'il lui fallait le double.

Un de ses plus beaux succès fut la défense du Journal des débats, traduit devant le tribunal correctionnel pour le célèbre article « Malheureuse France ! Malheureux roi ! » (1829). Il plaide également pour les gallicans contre les Jésuites et les ultramontains, ainsi que dans le procès du Constitutionnel (1825).

En 1817, Dupin a rencontré le duc d'Orléans, futur Louis-Philippe , qu'il a conseillé dans l'affaire dite du Théâtre-Français. En 1820, le duc d'Orléans l'appelle dans son Conseil d'apanage. C'est le début d'une longue collaboration qui ne se dément jamais puisque Dupin devient l'un des exécuteurs testamentaires du roi.

Le , son plaidoyer à la cour de Riom permet à la maréchale Angélique Brune de faire modifier tous les registres de décès de son époux, le maréchal Brune, portant la mention de suicide, par celle d'assassiné.

Le , il se présente sans succès à la députation dans le électoral de la Nièvre (Nevers)41 voix contre 201 à M. Chabrol de Chaméane. Il est en revanche élu le dans la de la Sarthe (Mamers)148 voix sur 195 votants et 270 inscrits en remplacement de Regnoust du Chesnay, décédé. Il est également élu le de la même année dans deux arrondissements de la Nièvre : celui de Nevers174 voix sur 304 votants et 381 inscrits contre 93 à M. de Bouillé, légitimiste et celui de La Charité-sur-Loire129 voix sur 215 votants et 313 inscrits contre 84 à Jean-Guillaume Hyde de Neuville, légitimiste. Il opte pour le Nivernais et siège au centre gauche.

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Il prend souvent la parole pour combattre certaines dispositions des projets de lois ministériels. Son opposition n'est cependant pas systématique : ainsi, dans la discussion sur la presse périodique, il se sépare de la plupart de ses collègues de la gauche en se montrant partisan d'imposer aux journaux des cautionnements élevés. En 1828, il se prononce contre la motion de Labbey de Pompières pour la mise en accusation du ministère Villèle. Mais, en , il rapporte l'adresse des 221 qui renverse le ministère Polignac. La même année, il est vice-président de la Chambre.

Réélu député le 160 voix sur 211 votants et 265 inscrits contre 43 à M. de Couëssin, il déclare le dans son cabinet à plusieurs journalistes venus le consulter que, à son avis, les ordonnances de Saint-Cloud étaient illégales, mais il s'abstient de signer la protestation imprimée dans les journaux. Le , il se rend chez Jacques Laffitte et s'informe de la tournure des évènements.

Le , une commission de douze députés se rend chez Louis-Philippe au château de Neuilly, dont Louis Bérard, André Dupin et Jean-Charles Persil, pour engager le duc d'Orléans à accepter la lieutenance générale du royaume et, le soir du même jour, dans le comité secret de la Chambre des députés, il opine pour que la question du gouvernement soit décidée sans désemparer, et obtient l'institution de la lieutenance générale. C'est sous la dictée de Louis-Philippe que Dupin écrit, le , la célèbre proclamation qui se conclut par les mots : « La Charte sera désormais une vérité. »

Chef du tiers parti sous la monarchie de Juillet left|thumb|Caricature par Honoré Daumier (1832)

La Commission municipale provisoire nomme Dupin commissaire provisoire au département de la Justice, mais, presque aussitôt, son nom est effacé et remplacé par celui de Dupont de l'Eure.

En 1830, Louis-Philippe l'appelle au Conseil avec voix délibérative en qualité de ministre d'État et le nomme procureur général près la Cour de cassation (). C'est grâce à lui qu'est consacré le principe d'inamovibilité de la magistrature.

En 1830, il est brièvement bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris.