CEI 61508, ou IEC 61508 ou IEC EN 61508 ou NF EN 61508, est une norme internationale générique émanant de la Commission électrotechnique internationale et appliquée dans l'industrie traitant de la sécurité fonctionnelle des systèmes électriques/électroniques/électroniques programmables (E/E/EP) relatifs à la sécurité. En cela elle est une composante de la sûreté de fonctionnement. Elle s'applique pour les systèmes comportant des composants électriques, électroniques ou électroniques programmables Elle détermine quatre niveaux de sécurité : de SIL 1 à SIL 4. Elle est reconnue par le Comité européen de normalisation en électronique et en électrotechnique, d'où la notation EN, depuis 2002.. Elle est également reconnue par l'AFNOR et s'intitule « Sécurité fonctionnelle des systèmes électriques/électroniques/électroniques programmables relatifs à la sécurité ».
Comme toute norme générique, elle est indépendante de l’application et a été déclinée pour les fonctions de sécurité dans les applications critiques pour la sécurité des différents domaines de l'industrie des process à celui des transports (ferroviaire...).
La norme repose sur deux principes fondamentaux : un processus d'ingénierie appelé « cycle de vie de la sécurité » qui est défini sur la base des meilleures pratiques afin de détecter et d'éliminer les erreurs et omissions de conception ; une approche probabiliste des défaillances permettant de prendre en compte l'impact sur la sécurité des défaillances des dispositifs.
Ce cycle de vie de la sécurité compte seize phases qui peuvent être regroupées en trois blocs : Phases 1-5 concernant l'analyse Phases 6-13 concernant la réalisation Phases 14-16 concernant l'opération. Toutes les phases concernent la fonction de sécurité du système.
La norme comporte sept parties.. : les parties 1 à 3 contiennent les exigences (normatives) de la norme ; La partie 4 contient les définitions ; Les parties 5 à 7 sont des lignes directrices et des exemples pour le développement et sont donc informatives.
Les concepts de risque probabiliste pour chaque fonction de sécurité sont au cœur de la norme. Le risque est fonction de la fréquence (ou probabilité) de l'événement dangereux et de la gravité des conséquences de cet événement. Le risque est réduit à un niveau tolérable grâce à l'application de fonctions de sécurité qui peuvent comprendre des E/E/PES, des dispositifs mécaniques associés ou d'autres technologies. De nombreuses exigences s'appliquent à toutes les technologies, mais l'accent est mis sur l'électronique programmable, en particulier dans la partie 3.
La norme CEI 61508 présente les points de vue suivants sur les risques : Il est impossible d'atteindre un risque zéro, seules les probabilités peuvent être réduites. Les risques intolérables doivent être réduits (principe ALARP). Une sécurité optimale et rentable est obtenue lorsqu'elle est prise en compte tout au long du cycle de vie de la sécurité.
Des techniques spécifiques permettent d'éviter les erreurs et les fautes tout au long du cycle de vie. Les erreurs introduites à n'importe quel stade, depuis le concept initial, l'analyse des risques, la spécification, la conception, l'installation, la maintenance jusqu'à la mise au rebut, peuvent compromettre même la protection la plus fiable. La norme CEI 61508 spécifie les techniques à utiliser pour chaque phase du cycle de vie. Les sept parties de la première édition de la norme CEI 61508 ont été publiées en 1998 et 2000. La deuxième édition a été publiée en 2010.
L’analyse de sécurité détermine un niveau de risque appelé SIL, Safety Integrity Level (ou niveau d'intégrité de la sécurité) classé de SIL 1 à SIL 4, SIL 4 correspondant au risque le plus élevé. En fonction de ce niveau de risques, les activités de développement imposées par la norme sont plus contraignantes. Ainsi pour le matériel, les taux de fiabilité attendus seront plus élevés pour un système classé SIL 4. Quant au logiciel dans le cas d'un système électronique programmable, sa fiabilité n'étant pas quantifiable, les contraintes liées à son processus de développement seront plus fortes avec par exemple un niveau de documentation supérieure, une exigence supérieure sur les tests ou encore une exigence d'indépendance entre les personnes qui conçoivent et celles qui testent afin d'éviter les erreurs dites systématiques.
Cette norme générique est déclinée par métier. L'ISO 26262 dans le secteur automobile hérite ainsi des principes de la CEI 61508. Dans le secteur ferroviaire, les normes EN 50126, EN 50128, EN 50129 héritent de la CEI 61508, quand le secteur nucléaire dispose de la norme CEI 61513. Des normes dites de 'secteur' sont dérivées dans l'industrie des procédés (chimie, pétrochimie) CEI 61511 et dans l'industrie manufacturière, CEI 62061 et dans une moindre manière ISO 13849 partie 1 et 2.
Historique Publié tout d'abord en version de travail (draft) sous le nom de IEC 1508 en 1995 puis officiellement entre 1998 et 2000, la CEI 61508 est en partie fondée sur une norme en version de travail (préparatoire, Vorschlag) allemande, la DIN V19250 publiée en 1994 ( : aspects fondamentaux de la sécurité à considérer pour l'équipement de contrôle et mesure).
La CEI 61508 comprend un périmètre beaucoup plus large mais reprend en partie le principe d'évaluation du risque et de classes de risques de la norme DIN V19250. Ensuite la norme CEI 61508 a été reconnue dès 2002 par l'organisme européen CENELEC, sous la dénomination IEC EN 61508.
Analyse des dangers et des risques La norme exige que l'évaluation des dangers et des risques soit effectuée sur mesure pour les systèmes : « Le risque lié à l'équipement sous contrôle (equipment under control ou EUC) doit être évalué ou estimé pour chaque événement dangereux déterminé ».
La norme recommande que « des techniques d'analyse qualitative ou quantitative des dangers et des risques puissent être utilisées » et fournit des conseils sur plusieurs approches. L'une d'entre elles, pour l'analyse qualitative des dangers, est un cadre basé sur 6 catégories de probabilité d'occurrence et 4 catégories de conséquences.
Le classement des risques se fait avec des tableaux de ce type.
Catégories de probabilité d'occurrence Probabilité d’occurrence Définition Taux d’occurrence (défaillance par an) Fréquent Nombreuses fois dans la vie du système > 10−3 Probable Plusieurs fois dans la vie du système 10−3 à 10−4 Occasionnel Une fois dans la vie du système 10−4 à 10−5 Rare Peu probable dans la vie du système 10−5 à 10−6 Improbable Très peu probable dans la vie du système 10−6 à 10−7 Invraisemblable Ne devrait jamais arriver dans la vie du système < 10−7
Les conséquences si la défaillance survient sont les suivantes :
Catégories de conséquence Type de conséquence Définition Catastrophique Pertes humaines multiples Critique Perte d'une vie humaine Marginal Blessures majeures à une ou plusieurs personnes Insignifiant Blessures mineures
En combinant la probabilité d’occurrence et la conséquence dans une matrice, on obtient un niveau de risque.
Type de conséquence Probabilité d’occurrence Catastrophique Critique Marginal Insignifiant Fréquent I I I II Probable I I II III Occasionnel I II III III Rare II III III IV Improbable III III IV IV Invraisemblable IV IV IV IV
On interprète ce tableau de la manière suivante : Classe I : le risque est inacceptable en toute circonstance ; Classe II : non désiré. Tolérable seulement si la réduction du risque n'est pas faisable ou si les coûts sont largement disproportionnés par rapport au gain de réduction du risque ; Classe III : tolérable si le coût de réduction de risque dépasse le gain ; Classe IV : acceptable, bien que nécessitant une surveillance.
Pour diminuer un niveau de risque, on peut donc agir sur sa probabilité d’occurrence ou bien sur la gravité de la conséquence.
Détermination du niveau de SIL Le SIL (Safety Integrity Level) correspond à un niveau de fiabilité attendu par le système, ou la sous-fonction de sécurité concernée, et déterminé par l'analyse de sécurité. Une évaluation des risques permet de déterminer un niveau de SIL cible pour chaque (sous-)fonction de sécurité. Pour toute conception donnée, le SIL atteint est évalué à l'aide de trois mesures : La capacité systématique (Systematic Capability ou SC), qui est une mesure de la qualité de la conception. Chaque dispositif de la conception a une cote SC. Le SIL de la fonction de sécurité est limité à la cote SC la plus faible des dispositifs utilisés. Les exigences relatives à la SC sont présentées dans une série de tableaux dans les parties 2 et 3. Ces exigences comprennent un contrôle qualité approprié, des processus de gestion, des techniques de validation et de vérification, une analyse des défaillances, etc. afin de pouvoir justifier de manière raisonnable que le système final atteint le SIL requis. Les contraintes architecturales, qui sont les niveaux minimaux de redondance de sécurité présentés via deux méthodes alternatives : la route 1h et la route 2h. L'analyse de la probabilité de défaillance dangereuse..
Analyse probabiliste
La mesure de probabilité utilisée à l'étape 3 ci-dessus dépend du fait que le composant fonctionnel sera exposé à une sollicitation « élevée » ou « faible » : une sollicitation élevée est définie comme supérieure à une fois par an et une sollicitation faible est définie comme inférieure ou égale à une fois par an (IEC-61508-4). Pour les fonctions qui fonctionnent en continu (mode continu) ou les fonctions qui fonctionnent fréquemment (mode à forte sollicitation), le SIL spécifie une fréquence admissible de défaillance dangereuse. Pour les fonctions qui fonctionnent de manière intermittente (mode à faible sollicitation), la norme SIL spécifie une probabilité admissible que la fonction ne réponde pas à la demande. Notez la différence entre fonction et système. Le système qui met en œuvre la fonction peut fonctionner fréquemment (comme un calculateur électronique pour le déploiement d'un airbag), mais la fonction de sécurité (comme le déploiement d'un airbag) peut être sollicitée de manière intermittente.
En fonction du SIL et du niveau de sollicitation du système (faible ou forte), les probabilités de défaillance sont plus contraignantes, SIL 1 étant le plus faible niveau quand SIL 4 est le plus élevé. Un système de niveau SIL4 à faible sollicitation ou sur demande ne doit pas excéder plus d'une demande par an.
SIL Faible sollicitation Probabilité moyenne de défaillance de la fonction (sur demande) Forte sollicitation Probabilité de défaillance dangereuse (par heure) 1 ≥ 10−2 to < 10−1 ≥ 10−6 to < 10−5 2 ≥ 10−3 to < 10−2 ≥ 10−7 to < 10−6 3 ≥ 10−4 to < 10−3 ≥ 10−8 to < 10−7Pour une probabilité de 10−7, cela correspond à une défaillance dangereuse tous les . 4 ≥ 10−5 to < 10−4 ≥ 10−9 to < 10−8
Le respect du SIL garantit ainsi un « niveau de confiance » du système développé car le risque zéro n'existe pas, la norme donnant les activités à effectuer pour atteindre le niveau de SIL visé notamment la mise en place d'une gestion de la qualité et de la configuration. En termes de qualité, la mise en place d'une norme type ISO 9000 est un prérequis dès le SIL 1. La mise en place d'activités démontrant la sécurité est également requise et doit être démontrée à travers un dossier de preuve, safety case, qui établit de manière indépendante de l'équipe de développement que le système livré atteint le SIL requis.
Certification CEI 61508