Robert Herbin, né le à Paris () et mort le à Saint-Priest-en-Jarez (Loire)[deces.matchid.io/search?size=n_60_n&fuzzy=false&q=Robert+Herbin+30%2F03%2F1939 État civil sur le fichier des personnes décédées en France depuis 1970], est un joueur international français puis entraîneur de football. Il a accompli toute sa carrière de joueur (1957-1972, plus un match en 1975) et la majeure partie (1972-1983) de sa carrière d'entraîneur à l'AS Saint-Étienne.

Bâtisseur des grands « Verts » qui atteignirent la finale de la Coupe des clubs champions européens 1975-1976, il est l'un des grands personnages de l'histoire du football français.

Biographie

Enfance et formation

Robert Herbin naît à Paris, au 99, quai de la Loire, sur les bords du canal de l'Ourcq. Il a un frère aîné et deux sœurs. Son père, aussi prénommé Robert, est musicien professionnel. Le jeune Robert conservera de ce milieu familial un amour non feint pour la musique classique qui l’accompagnera jusqu’à ses derniers jours.

À l'inauguration du nouvel opéra de Nice, Robert Herbin père est engagé comme premier tromboniste. Le , la famille Herbin s’installe dans la capitale azuréenne au 15, avenue Saint-Lambert. Le jeune « Roby » vient alors de fêter ses huit ans. Il fait ses débuts de footballeur dans l'équipe de la paroisse Jeanne-d'Arc puis signe sa première licence au Cavigal de Nice à l'âge de onze ans, dans la foulée de son grand frère dont le talent est remarqué en premier.

Mais c'est Robert qui prend assez vite l’ascendant. Il est le capitaine de l'équipe junior du Cavigal 1956-1957, qui termine deuxième du challenge junior du Sud-Est derrière l'OGC Nice. Il est sélectionné en équipe de France junior et termine troisième du Championnat d'Europe junior 1957. Il évolue alors au poste de défenseur central, numéro 5 dans le système WM qui domine le football des années 1950. À l’été 1957, Herbin effectue un essai à l’OGC Nice, à l’époque l’une des meilleures équipes françaises, mais c’est Pierre Garonnaire, le mythique recruteur de l’AS Saint-Étienne fraîchement sacrée championne de France, qui emporte la mise et convainc Herbin de prendre la direction du Forez, dans la Loire où il effectuera toute sa carrière professionnelle.

Joueur de l'AS Saint-Étienne

upright|vignette|droite|Herbin, milieu de terrain (jaune) dans le 4-2-4.

Athlète complet, doté d’une remarquable détente et d’un excellent jeu de tête, Herbin s’impose rapidement comme titulaire en défense centrale. Lors de la saison 1962-1963 où les Verts viennent de descendre en Division 2, Herbin termine même meilleur buteur de l'équipe qui remporte le championnat et remonte dans l'élite. La saison suivante, avec l’émergence du 4-2-4 qui supplante le WM et exige une grande mobilité des deux « demis », l’entraîneur stéphanois Jean Snella déplace Herbin dans l’entrejeu où son souffle et son efficacité à la récupération font merveille. Herbin continuera à ce poste jusqu’à la fin de la décennie, formant avec René Ferrier puis Rachid Mekhloufi l’un des meilleurs milieux de terrain de France. Il fait à l’occasion admirer une belle frappe de balle, capable d’appuis précis de trente mètresJean-Philippe Réthacker et Jacques Thibert, La fabuleuse histoire du football, chapitre VIII. comme de puissants tirs au but à longue portée.

Sa force de caractère fait d’Herbin l'un des piliers de la première génération du grand Saint-Étienne, quadruple champion de France consécutif de 1967 à 1970. Pierre Repellini se souvient en 2020 : . Il ne connaît dans sa carrière qu’une seule blessure grave, subie au genou avec l’équipe de France en Coupe du monde 1966. Herbin en gardera quelques séquelles qui limiteront prématurément son volume de jeu.

Lors de la saison 1969-70, l'entraîneur des Verts Albert Batteux, peu satisfait de sa charnière centrale dans le jeu aérien, fait revenir Herbin au poste de ses débuts, en défense centrale, aux côtés de Bernard Bosquier. L'association est un succès et Gilbert Gress, son coéquipier en équipe de France et un excellent milieu lui aussi, l’évoque ainsi cinquante ans plus tard : .

vignette|upright|Robert Herbin en 1971.

Le , Herbin fait partie de la sélection composée de joueurs de Saint-Étienne et de l'Olympique de Marseille, les deux meilleures équipes françaises de l'époque, qui affronte le club brésilien de Santos (avec dans ses rangs Pelé) lors d'un match amical au stade Yves-du-Manoir de Colombes devant . Les Français remportent cette « Coupe Télé 7 jours » 3-1, Herbin est alors au sommet de sa carrière.

Au printemps 1972, Batteux, dont les relations avec son président Roger Rocher se sont dégradées à la suite de l’affaire Carnus-Bosquier la saison précédente, annonce son intention de passer la main. Il propose Herbin pour lui succéder, dans la tradition de continuité et de cooptation qui est celle des Verts de ces années-là. Bien qu’encore capable de plusieurs saisons au plus haut niveau, Herbin, qui a passé ses diplômes d’éducateur dès 1970, accepte et arrête sa carrière de joueur à l’intersaison 1972, à trente-trois ans seulement. Il rechaussera toutefois les crampons une dernière fois, à trente-six ans, à l’ultime journée de la saison 1974-1975. Les « Verts » étant déjà mathématiquement champions de France, Herbin se sélectionne à domicile le , face à Troyes, en tant qu'arrière central. À la demande de ses joueurs, il inscrit le dernier des cinq buts stéphanois sur penalty (5-1), faisant de lui l'un des rares entraîneurs-joueurs sacrés champions. Au total, Robert Herbin aura disputé 492 matches professionnels, tous sous la tunique verte et comme titulaire.

En 2022, le magazine So Foot le classe dans le top 1000 des meilleurs joueurs du championnat de France, à la ..

Avec l'équipe de France

Dès la fin de sa troisième saison professionnelle, Robert Herbin fait ses débuts en équipe de France, le lors de la réception de la Yougoslavie pour la demi-finale de la première Coupe d'Europe des Nations. Au Parc des Princes, la sélection joue avec la paire Marcel-Herbin en défense centrale mais s'incline (4-5). Les « Bleus » terminent quatrième de ce championnat d'Europe 1960.

Il faut attendre 1963 pour voir Herbin connaître sa première victoire en bleu à l'occasion de sa troisième cape, le , face à l'Angleterre en qualification pour l'Euro 1964 (5-2). Non qualifiée pour la Coupe du monde l’année précédente, l’équipe de France entame une longue traversée du désert qui limitera la carrière et la renommée internationales de toute la génération dont Herbin fait partie. Celui-ci inscrit dans cette période son premier but avec les Bleus lors de sa sixième sélection face à la Bulgarie, toujours en éliminatoires de l’Euro 1964, d’un splendide tir de vingt-cinq mètres (score final 3-1).

Herbin participe à la Coupe du monde 1966 en Angleterre où l'équipe de France déçoit, éliminée au premier tour après deux défaites (face à l'Angleterre, futur champion, et à l'Uruguay) et un match nul (face au Mexique). Durant cette compétition, il est gravement blessé au genou par l’Anglais Nobby Stiles dans un choc aux allures d’attentat.. Revenu au plus haut niveau, Herbin connaît sa vingt-troisième et dernière sélection contre l'Espagne en match amical au stade Gerland le . Associé au milieu à son coéquipier de club Aimé Jacquet, Herbin est pour l’occasion le plus capé d’une formation qui s’incline 3-1 ce soir-là.

Entraîneur de l'AS Saint-Étienne

En dépit de son jeune âge pour le poste, Herbin assoit très vite sa légitimité sur le banc par son autorité naturelle et l’évidente profondeur de sa réflexion sur le jeu. Son flegme, son caractère distant, et une certaine réticence à communiquer lui valent rapidement le surnom de « Sphinx ». Humainement, il est célèbre pour son calme, énigmatique pour certains. Malgré son image, il est un entraîneur proche de ses joueurs auxquels il accorde une grande confiance, aux dires de Jean-Michel Larqué, et qu'il défend si nécessaire, tel Jean-François Larios, auprès des dirigeants des clubs où ils sont partis. En match, Herbin parle peu et se lève rarement de son banc. Il n’est pas non plus un grand communicant envers les médias, encore à l'époque autorisés à entrer dans les vestiaires. Ses brèves prises de parole sont pourtant appréciées et souvent jugées intéressantes.

Observateur attentif des succès du football italien (vainqueur de l'Euro 1968, finaliste de la Coupe du monde 1970) et de la révolution du « football total » incarnée par un Ajax d’Amsterdam au sommet de sa gloire, Herbin entend fonder le jeu des Verts sur la rigueur tactique et la puissance physique. « L’idéal, pour moi, c’est de construire le jeu comme Ajax et de défendre comme les Italiens », confiera-t-il ainsi à l’automne 1973Jean-Philippe Réthacker et Jacques Thibert, La fabuleuse histoire du football, chapitre IX.. Il révolutionne immédiatement l'approche de l'entraînement comme le souligne un de ses anciens joueurs, Pierre Repellini : .

Sur le terrain, Herbin préfèrera très longtemps une disposition en 4-3-3 avec libero et véritables ailiers de débordement aux autres grandes options de l’époque, le « 4-3-3 sans ailiers » (dit aujourd'hui 4-3-2-1) des Anglais champions du monde 1966 ou le 4-4-2 qui commence à remplacer le « catenaccio » des années 60. En conséquence, ses défenseurs latéraux n’ont pas le rayonnement offensif que l’on connaît au poste de nos jours. Il est le premier en France à demander une implication de toute l’équipe, y compris les attaquants, dans le travail défensif à la perte du ballon. Contrairement à son prédécesseur Albert Batteux qui construisait l’animation offensive autour d’un véritable meneur de jeu, Herbin privilégie un système où l'un des deux milieux excentrés (typiquement Bereta, Larqué, ou Synaeghel) lance l’attaque au gré des circonstances.

Herbin doit faire face à ses débuts à la fin de cycle de sa propre génération qui marque le pas après quatre titres consécutifs de 1967 à 1970. Il peut compter pour cela sur un centre de formation sans égal ou presque à l'époque, nourri par l’incessant travail du même Pierre Garonnaire qui l’a recruté quinze ans plus tôt. Une ribambelle de jeunes (Gérard Janvion, Christian Lopez, Dominique Bathenay, Jacques Santini, Christian Synaeghel, et surtout Dominique Rocheteau) intègre petit à petit les cadres des Verts durant les saisons suivantes. Elle est renforcée par deux étrangers de classe mondiale (le maximum permis sur le terrain par les quotas de l’époque) qu’Herbin, conscient du manque de talent en France à ces postes, recrute dès 1972 : le gardien Ivan Ćurković et le stoppeur Oswaldo Piazza.

Les résultats sont d’abord hésitants en 1972-73 où les Verts terminent quatrièmes (non qualifiés pour l’Europe) sans jamais inquiéter le futur champion Nantes. Herbin est tout de même élu meilleur entraîneur français de l'année 1973 par France Football. La saison suivante, la mayonnaise a pris et les Stéphanois écrasent la concurrence, champions avec huit points d’avance (victoire à deux points) sur Nantes et vainqueurs de la Coupe. C’est le début de la seconde génération du grand Saint-Étienne, celle qui est restée dans l’histoire.

Les Verts réalisent un nouveau doublé en 1974-75 et remportent un troisième titre consécutif en 1975-76. Entre le et le , ils demeurent invaincus au stade Geoffroy-Guichard en première division : une série de 28 rencontres victorieuses qui constitue le record national et débute par une victoire 2-1 contre le Nîmes Olympique lors de la journée (2-1). Pendant 530 jours s'étalant sur trois saisons, l'ASSE gagne même systématiquement à domicile, jusqu'au contre le PSG (1-1).

vignette|gauche|Herbin (à g.), Patrick Revelli (au c.) et Jean-Michel Larqué en 1976.