Les Camènes (en latin Camenae ou Camoenae) sont les nymphes des sources et des bois dans la religion romaine archaïque. Plus tard, on les assimile aux Muses grecques.

Les quatre Camènes sont Égérie, Carmenta, Antevorta (aussi appelée Anteverta, Prors, Porrina), la « fée de l'avenir », et Postvorta (aussi appelée Postverta, Postuorta, Postuera, Postuersa), la « fée du passé ».

Description

Les Camènesarticle CAMENAE du Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, dir. Charles Victor Daremberg et Edmond Saglio (1877-1919. font partie du groupe des divinités archaïques, esprits des montagnes, des bois, des eaux, de la religion latine. Parmi les divinités des eaux, celles qui président aux fleuves sont représentées comme des génies masculins, celles des sources comme des puissances féminines. La langue latine donne à ces dernières le nom de « Lymphes » (Lymphae), qui sera remplacé par son synonyme grec Νύμφαι (nymphae).

Les Camènes n'ont pas, comme Fontus ou Juturna, de pouvoir sur les sources. Leur culte, originaire du Latium, peut-être d'Aricia, était localisé depuis l'époque de Numa dans une région voisine de la porte Capène, près de l'endroit où Quintus Fabius Verrucosus dédia un temple à l'Honneur divinisé (-233). Plus tard, M. Marcellus, le vainqueur de Syracuse, le transformera en double temple de l'Honneur et de la VertuJuvénal, Satires, Livre III, 10 et suivantsVicus Camenarum, ap. Orelli, 5.

Les sources des Camènes, groupées autour de la plus connue d'entre elles, Égérie, y sont situées. Numa y aurait tenu des colloques nocturnes avec les nymphes révélatricesTite-Live, Histoire romaine, Livre I, 21Ovide, Les Métamorphoses, Livre XV, 482 et aurait reçu le bouclier sacré envoyé du ciel, qu'il confia aux SaliensPlutarque, Les Vies parallèles, Numa, 13. Le vieux roi sabin y aurait dédié aux Camènes un temple de bronze, transporté dans le temple de l'Honneur et de la Vertu ; Égérie aurait quitté ces lieux pour Aricie après la mort de Numa. Les Vestales allaient puiser l'eau exigée par leur liturgie à la fontaine d'Égérie ou des CamènesPlutarque, l. c.Properce, V, 4, 15Ovide, Fast., III, 12 et suivantsDion d'Halicarnasse, I, 77.

Le nom et le rôle multiple des Camènes dans la légende s'expliquent par leur caractère de nymphes. C'est une croyance commune aux religions de la Grèce et de l'Italie : l'eau possède un pouvoir magique, et peut éveiller chez les êtres intelligents le sens prophétique. Les nymphes passaient pour être douées de divination. Elles pouvaient communiquer cette faculté aux hommes, en suspendant l'intelligence. Les Grecs appelaient « possédés des nymphes » (νυμφόληπτοι) et les Latins « lymphatiques » (lymphatici) ceux dont les troubles psychologiques avaient cédé la place à la faculté prophétique.

Les attributions mythologiques des Camènes s'expliquent alors. Leur nom, CamenaePrimitivement Casmenae pour Carmenae (voyez Camena dans le Wiktionnaire). signifie « déesses des Incantations » (carmina), « oracles » ou « formules magiques ». Les Romains ne séparait pas la divination de la magie ; ils pensaient que la science surnaturelle devait conduire à l'action surnaturelle. Prophétie et magie sont les attributs de toutes ces divinités qui n'ont pas de physionomie distincte : Camesene ou Camasene, sœur ou femme de Janus et mère du Tibre<ref>Plutarque, Questions romaines 22; Servius, sur lÉnéide, VIII 330; Démophile dans Athénée, Banquet, XV, p. 692.</ref>, Canens, fille de Janus et femme de PicusOvide, Métamorphoses, XIV, 335 sqq., et Carmenta ou Carmentis.

La source des Camènes partagea longtemps avec celles d'Égérie et de Juturna la réputation de rendre la santé aux maladesFrontin, 1, 4; cf. H. Jordan, Topographie der Stadt Rom in Alterthum, II, p. 48..

En leur qualité de prophétesses et de magiciennes, les nymphes pouvaient être utiles lors des accouchements : hâter la délivrance, fixer la destinée de l'enfant. Cette fonction devint ensuite celle de Carmenta ou Carmentis, et de leur compagne Égérie.

La déesse Camène intervenait, selon Augustin d'Hippone, pour apprendre aux enfants à chanterAugustin d'Hippone, La Cité de Dieu, IV, 11..

Elles ont joué le même rôle dans Rome naissante ; elles ont coopéré à sa constitution religieuse : l'œuvre de Numa Pompilius a été inspirée, jusque dans ses moindres détails, par Égérie et les CamènesOvide, Métamorphoses, XV, 482..

Les nymphes « chantantes » devinrent les déesses de la poésie quand les Romains distinguèrent les rythmes poétiques des formules d'enchantement (carmina). Les Muses grecques, dont elles tinrent désormais la place dans la mythologie latine, étaient, comme elles, les nymphes des fontaines, attachées aux sources de l'Olympe, de l'Hélicon et du ParnasseVarron (écrivain), cité par Servius, commentaire sur les Bucoliques, VI, 21; P. Decharme, Les Muses, p. 33 et s..

Les Camènes durent leur renommée au premier propagateur de l'art grec, Livius Andronicus de TarenteLivius Andronicus, cité par Aulu-Gelle, XVIII, 9.. Moins d'un siècle après, les Camènes avaient un temple bâti (sans-doute) par le collège des poètes, et dans lequel ceux-ci s'élevaient des statues. Le poète Lucius Accius y aurait été représenté plus grand que naturePline l'Ancien, Histoire naturelle, l. XXXIV, (ch. X,) § 19.. Les poètes latins délaissent ensuite les nymphes indigènes et retournent aux Muses grecques. Le nom des Camènes revient encore de temps à autre sous leur plume, mais à titre de synonyme. Ils appellent parfois du nom de Camènes les Muses d'Hippocrène ou de Libethra.

L'identification des Camènes avec les Muses rendit impossible de les associer aux divinités souterraines, Tacita-Muta (la muette) ou Lala-Larunda (la bavarde)Plutarque, Numa, 8; Ovide, Fastes, II, 570..

Les Camènes filles de JupiterScholia ad Caesaris Germanici Aratea, p. 36., Hyménée fils d'une CamèneMartianus Capella, I, 1., ne pouvaient plus passer pour les compagnes d'Égérie. Cette adaptation laissera aux Camènes une physionomie indécise. Notes et références

Voir aussi Articles connexes Carmenta Nymphe Odusia

Sources Dans la forme qui lui a été donnée le , cet article est la reproduction littérale de l'article Camenae in Charles Victor Daremberg et Edmond Saglio, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines'', p.857 & p.858, sur le site de l'Université de Toulouse ; Samuel Ball Platner et Thomas Ashby, A Topographical Dictionary of Ancient Rome, Camenae''', sur le site LacusCurtius.

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Catégorie:Nymphe de la mythologie romaine