Les élections législatives fédérales allemandes de 2005 ont eu lieu le pour élire les députés du Bundestag, la chambre basse de l'Allemagne, à la suite de « l'échec » du vote de confiance envers Gerhard Schröder du . En effet, Schröder s'était lui-même mis en minorité afin de provoquer ces nouvelles élections.

Origine L'annonce des élections par le Chancelier Gerhard Schröder fait suite à la défaite sévère du SPD (Parti Social Democrate d'Allemagne) en Rhénanie-du-Nord-Westphalie le . Cette victoire écrasante de la CDU (union démocrate chrétienne) dans le land le plus peuplé d'Allemagne a renforcé sa majorité au Bundesrat, la chambre haute.

Des élections anticipées ne peuvent avoir lieu qu'après la dissolution du Bundestag par le président de la République fédérale, Horst Köhler, car le Bundestag n'est pas autorisé à se dissoudre lui-même. Par ailleurs, le président ne peut prononcer cette dissolution qu'à la suite de l'échec d'une motion de confiance pour le chancelier. Ce vote de confiance a été organisé le , les députés, à la demande du Chancelier Schröder, votant contre leur gouvernement par contre 151. Le 21 juillet le président Horst Köhler a dissous le Bundestag permettant l'organisation d'élections anticipées le 18 septembre.

Critiques de la dissolution Le jour même de la motion, dans un discours très remarqué, le député vert Werner Schulz, a qualifié la motion de confiance perdue volontairement de « grotesque » et a comparé la subordination du Bundestag envers Schröder à la conduite habituelle de la Chambre du peuple du temps de la République démocratique allemande. Avec la député SPD Jelena Hoffmann, ils ont déposé une plainte auprès du Tribunal constitutionnel fédéral. Confrontée à une situation similaire en 1983, le Tribunal avait en effet estimé que le chancelier ne pouvait pas demander au président fédéral la dissolution du Bundestag dans le seul but d'organiser des élections anticipées mais qu'il devait être confronté à un réel problème pour réunir une majorité parlementaire.

Si pour de nombreux observateurs l'opposition de certains délégués de l'aile gauche du SPD aux réformes du chancelier Schröder sur le droit du travail et la couverture sociale menaçaient effectivement la majorité du chancelier, quelques jours seulement avant le vote, la coalition gouvernementale parvenait encore à réunir l'unanimité des votes de son groupe parlementaire.

Le Tribunal a néanmoins rejeté la plainte le 25 août, validant la décision du président de dissoudre le Bundestag. D'autres plaintes similaires ont été déposées par des députés de partis politiques minoritaires et rejetées de manière similaire dans la semaine précédant l'élection.

Campagne des partis politiques allemands

La CDU/CSU a désigné Angela Merkel comme candidate au poste de chancelier. C'est la première fois dans l'histoire de l'Allemagne qu'une femme a été nommée à cette position par l'un des deux partis dominants.

thumb|Affiche électorale du SPD.

Dans son programme initial pour les élections, le SPD a annoncé que son but était de maintenir l'agenda actuel des réformes. Ont été ajoutées au programme des modifications mineures comme l'amélioration du financement du système de santé et la proposition d'une taxe additionnelle de 3 % pour les personnes ayant un revenu annuel supérieur à (alors qu'en 2005 le taux de taxe le plus élevé avait été réduit de 48,5 % à 42 % par le gouvernement).

thumb|left|Un velotaxi du parti Les Verts en face du Bundestag à Berlin.

L'Alliance 90 / Les Verts a décidé au début de juillet de son programme. Comparé au programme des dernières élections fédérales, il met l'accent sur les politiques économiques en faveur de l'emploi. Pour la première fois, ce sujet arrive dans le programme avant les problématiques environnementales. D'une manière générale, son programme s'affirme un peu plus gauche.

Le Parti libéral-démocrate a été le premier parti à annoncer son programme dès le . Il appelle à de fortes mesures de réduction des dépenses publiques et une plus grande importance pour les négociations locales entre les employés et leur employeur, par opposition aux accords de branches défendus par les syndicats de salariés.

thumb|left|Affiche électorale du Parti de gauche.

Les chefs des deux partis de gauche d'Allemagne, le Parti du socialisme démocratique (PDS) et l'Alternative électorale travail et justice sociale (WASG), ont conclu une alliance électorale appelée Die Linke-PDS. La WASG avec son chef Oskar Lafontaine est issue d'une scission du SPD contre l'orientation « néolibérale » des réformes économiques du gouvernement. Cette alliance fut la première étape de la fondation en 2007 d'un nouveau parti, Die Linke, fusion du PDS (devenu entretemps Die Linkspartei), issu de l'ancien parti communiste de la République démocratique allemande qui n'avait jamais pu s'implanter dans les landers de l'ouest, et de la WASG, surtout présente en Allemagne de l'Ouest.

Aussi, deux des petits partis allemands d'extrême droite, le Parti national-démocrate d'Allemagne (NPD) et l'Union populaire allemande (DVU), ont annoncé une plate-forme commune pour ces élections.

Comme les listes communes à plusieurs partis politiques sont interdites par la loi allemande, la WASG et la DVU ne participèrent pas officiellement à l'élection, et les membres de ces partis furent inscrits sur les listes du parti avec qui elles coopéraient. À cet effet, le PDS changea son nom en Parti de gauche.

Avant les élections, la plupart des sondages donnaient une majorité à la coalition CDU/CSU-FDP avec un score pour la CDU compris entre 41 % et 43 %, contre une fourchette de 32 % à 34 % pour le SPD. Le FDP, possible partenaire de coalition pour les conservateurs, se situerait entre 6,5 % et 8 %, et les Verts, partenaire actuel du SPD, entre 6 % et 8 %. Ces sondages estimaient le score de l'alliance PDS-WASG entre 7 % et 8,5 %. Aucun autre parti, y compris les partis d'extrême droite, ne parvenait à s'approcher des 5 % nécessaires pour entrer au Bundestag. Il est cependant traditionnel que le score des partis d'extrême droite soient sous évalué lors des sondages, en raison des réticences des électeurs à avouer leur vote.

En août, le soutien pour Angela Merkel a décliné considérablement, notamment en raison de conflits au sujet du programme des élections à l'intérieur mais aussi entre les partis CDU et CSU, et des désaccords avec leur partenaire privilégié de coalition : le FDP. À un moment, Merkel a été critiquée dans les médias pour avoir confondu les chiffres des revenus nets et bruts lors d'un discours de campagne.

Cependant, des sondages faits pour la Süddeutsche Zeitung fin août ont continué à montrer la coalition Merkel de la CDU et FDP victorieuse avec 51 % des votes. Une improbable coalition rouge-rouge-verte regroupant les sociaux-démocrates, les Verts et l'alliance de gauche n'atteindrait que 46 % des voix, cette coalition était de toute façon rejetée à la fois par les dirigeants du SPD et des Verts, Schröder et Fischer, ainsi que par la tête de liste du parti de la gauche Gregor Gysi. Comme la CDU et le FDP ne sont pas arrivés à concrétiser leur avance dans les sondages, le résultat le plus probable des élections de septembre était une « grande coalition » (Große Koalition) menée par la CDU et la CSU, avec le SPD.

Le dimanche 4 septembre, Schröder et Merkel ont participé à un débat télévisé retransmis par les quatre plus grandes chaînes de télévision nationales privées et publiques.

Mode de scrutin 200px|thumb|Bulletin de vote.

Les élections se déroulent en un unique tour de scrutin. Lors de ces élections, chaque électeur dispose de deux voix. La première voix permet de choisir un candidat dans la circonscription, la seconde de choisir un parti. du Bundestag sont attribués au scrutin majoritaire : le candidat qui arrive en tête remporte le siège de sa circonscription, l'autre moitié des sièges est répartie entre les partis politiques de telle manière que ces partis soient représentés proportionnellement à l'ensemble des voix qu'ils ont reçues lors du scrutin. Seuls les partis dépassant le score de 5 % ou ayant remporté au moins trois circonscriptions sont pris en compte.

Tout citoyen allemand âgé de le jour de l'élection et inscrit sur le registre de la population d'une commune allemande reçoit d'office une convocation électorale. Les taux d'abstention sont donc calculés par rapport au total des électeurs potentiels, et non par rapport aux électeurs inscrits comme en France.

Sondages vignette|400px|centre|Intentions de votes

Résultats Nationaux Le , le décès de la candidate NPD Kerstin Lorenz a entraîné le report de l'élection dans la circonscription électorale de Dresde-I, afin de pouvoir réimprimer les bulletins de vote. Les résultats définitifs n'ont donc pas été disponibles avant le 2 octobre. En plus du mandat direct de la circonscription de Dresde I, la part de proportionnelle qui influe sur la répartition des sièges entre les différentes listes implique que deux autres sièges du Bundestag dépendent du résultat de cette circonscription.

Le la CDU/CSU a obtenu un résultat très inférieur aux projections des sondages et même en recul par rapport aux élections législatives précédentes. Avec un résultat provisoire de 35,2 % des voix, elle arrive en tête devant le SPD (34,3 % des voix) mais n'est pas en mesure de construire une majorité parlementaire avec ses alliés libéraux du FDP (9,8 % des voix). Les Verts obtiennent eux 8,1 % des voix et la gauche 8,7 %. Avec seulement 2,2 % des voix, le NPD ne sera pas représenté au Bundestag. La participation s'est élevée à 77,7 % des électeurs, en légère baisse par rapport aux législatives de 2002 qui avait réunies 79,2 % des votants. La part des bulletins blancs ou nuls s'est élevée à 1,6 %.

En l'absence de majorité claire, Angela Merkel et Gerhard Schröder ont l'un et l'autre revendiqué le poste de chancelier, tandis que la presse spéculait sur la coalition gouvernementale qui allait émerger des négociations entre les différents partis. Une (CDU/CSU et SPD), une (SPD, FDP et Verts), une (CDU/CSU, FDP et Verts) ou une (SPD, Parti de gauche et Verts) sont toutes mathématiquement possibles. La dernière a déjà été exclue par tous les partis concernés.

+ Résultats détaillés des élections fédérales allemandes de 2005Fichier:Germany Bundestag 2005.svgPartis Circonscriptions Liste Totalsièges +/− Votes % Sièges+/-Votes % +/-Sièges Union chrétienne-démocrate d'AllemagneLa CSU se présente uniquement en Bavière. La CDU se présente dans le reste de l'Allemagne. Les deux partis forment un groupe commun au Bundestag. (CDU) 32,61 106 27,78 74 180 Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) 8,24 44 7,39 2 46 Total Unions chrétiennes (CDU/CSU) 40,85 150 35,17 76 226 Parti social-démocrate d'Allemagne (SPD) 38,41 145 34,25 77 222 Parti libéral-démocrate (FDP) 4,68 0 9,83 61 61 La Gauche.PDS (Die Linke.PDS) 7,98 3 8,71 51 54 Alliance 90 / Les Verts (Grünen) 5,38 1 8,12 50 51 Parti national-démocrate d'Allemagne (NPD) 1,82 0 1,58 0 0 Les Républicains (REP)0,0800,5600 Les Gris - Les Panthères grises (GRAUE)0,0100,4200Parti des familles d'Allemagne (FAMILIE)0,1600,4100 Parti de protection des animaux (Tierschutz)0,0200,2300 Parti des chrétiens respectueux de la Bible (PBC)0,1200,2300Parti marxiste-léniniste d'Allemagne (MLPD)0,0200,1000 Autres Partis 0,45 0 0,40 — 0 0 Votes valides98,2398,43 Votes blancs et nuls1,771,57 Total100299100 —304603 Abstention22,3522,35 Inscrits/Participation77,6577,65

Les élections complémentaires dans la circonscription le peuvent changer l'attribution d'un siège au plus pour chaque parti.