Charles Alfred Marie Despiau, dit Charles Despiau, né le à Mont-de-Marsan et mort le à Paris est un sculpteur français.

S'il fut essentiellement un portraitiste à l'esprit archaïsant et aux traits simplifiés, il a aussi reçu des commandes publiques comme celle de l’Apollon pour le palais de Tokyo en 1937. Considéré de son vivant comme un nouveau Donatello selon Emile Magne, in Floréal : l'hebdomadaire illustré du monde du travail, dir Paul-Boncour, édition Aristide Quillet, Paris, 4 août 1923, p37in dir. L. Charles-Bellet, Portraits Posthumes, Revue historique et littéraire du Languedoc, pp 33-38 et l'égal d'Aristide MaillolPierre de Colombier,in La Sculpture Française a trop jalousement défendu son autonomie, Comoedia, 11 octobre 1933, Paris p4, il est l'un des plus grands sculpteurs de l'entre-deux-guerres in La Renaissance, Hommage à Charles Despiau, Les Editions Nationales, Paris, juin 1938 pp3-15.

Biographie Son père se nomme Pierre Despiau et sa mère, Marie Marguerite Adélaïde Caussin. Fils et petits-fils de maîtres plâtriersEncyclopédie Larousse, Larousse, 1973 p.3790., élève au lycée Victor-Duruy à Mont-de-Marsan, Charles Despiau est remarqué par son professeur de dessin, Louis Henri Ismaël MorinÉlève de Charles-René de Saint Marceaux, Morin est né à Lisieux en 1850 et mort à Mont-de-Marsan en 1923., dont il gardera un souvenir reconnaissant. Il s’installe à Paris en 1891, pourvu d'une bourse d'études du département des Landes, et entre à l’École nationale supérieure des arts décoratifs où il a pour professeur Hector Lemaire, puis à l’École des beaux-arts dans l’atelier du sculpteur Louis-Ernest Barrias où il apprend la taille directe sur pierre. Sa mère subvient modestement à ses besoins. Il débute au Salon en 1898 ou il est remarqué.

En 1900, il épouse Marie Rudel, une de ses modèles. En 1901, il est admis à la Société nationale des beaux-arts dont il nommé sociétaire en 1904, année où il présente sa sculpture Petite fille des Landes. Despiau intègre la « Bande à Schnegg », un groupe de sculpteurs qui tous ont été un moment ou un autre praticien d'Auguste RodinMichel Dufet, La Bande à Schnegg, Paris, Musée Bourdelle, 1974, 56 p.. Ce groupe d'amis est surnommé « La bande à Rodin » par Camille ClaudelEn plusieurs occasions dans ses délires, Camille Claudel fait référence aux praticiens de Rodin (Camille Claudel (1864-1913), Paris, Gallimard, musée Rodin, 2008, pp. 142-145).. Lucien Schnegg, le frère de Gaston Schnegg, est l'élément moteur, et en font partie Antoine Bourdelle, Robert Wlérick, Léon-Ernest Drivier, François Pompon, Louis Dejean, Alfred Jean Halou, Charles Malfray, Auguste de Niederhausern, Élisée Cavaillon, Henry Arnold, Jane Poupelet, Yvonne Serruys, etc. Après la mort de Lucien Schnegg en 1909, le groupe continue de se réunir autour de son frère Gaston.

Charles Despiau fut membre du comité d'honneur de l'Association du foyer de l’abbaye de Royaumont.

Praticien de Rodin vignette|redresse|Auguste Rodin, Génie de l'éternel repos (1899), bronze, Pinacothèque de l'État de São Paulo.

En 1907, Auguste Rodin lui demande de travailler avec lui après avoir vu sa sculpture PauletteComœdia, 17 juillet 1943.. Il débute alors son activité de praticien qui dure jusqu’en 1914, année de sa mobilisation pour la Première Guerre mondiale. Il sera contraint d'abandonner alors la taille dans le marbre que lui avait confié Rodin du Génie du repos éternel, destiné au monument commémoratif au peintre Pierre Puvis de Chavannes. Le plâtre, qui mesure deux mètres, avait nécessité la location d'un second atelier, villa Corot, où Despiau était déjà installé avec sa femme, Marie. Démobilisé après la guerre et Rodin étant mort en 1917, il refusera de terminer la taille dans le marbre du Génie, Rodin n'étant plus là pour la superviser. Le marbre inachevé est exposé dans la galerie des jardins du musée Rodin à Paris. Le plâtre du Génie, confié à Despiau par Auguste Rodin, séjournera à la villa Corot, puis sera déménagé en 1930Alain Kotlar et sa femme, auxquels revient finalement ce plâtre, le font nettoyer, restaurer et en font don en 2001 au musée Rodin de Meudon. À partir de 2001, des bronzes de ce plâtre sont édités par le musée titulaire du droit moral de l'artiste (tirage numéroté à 8/8 et I/IV à IV/IV)., lorsque Charles Despiau, qui connait le succès grâce à sa première exposition-vente à New York, fait construire son atelier et sa demeure, dans le même quartier.

Vers une expression personnelle du portrait Le portrait a la préférence de Despiau et il expose chaque année au Salon de la Société nationale des beaux-arts. Ses portraits, fruits d’un très long travail, sont remarqués pour leur puissance plastique et leur vérité psychologique. Le buste en marbre de Paulette est exposé au Salon de 1910 puis acheté par l’État (musée de Mont-de-Marsan). Modelé d’après le visage de la jeune montoise Paule Pallus surnommée « Paulette », il dégage une grande sérénité juvénile qui en fait un des plus beaux portraits de la collection. Dans ce même esprit se situent la Petite fille des Landes (1904), Cra-Cra (1917)Buste de Lucienne Mouveau, sœur de Pierre Mouveau, artiste peintre, fille de Georges Mouveau, décorateur de l'Opéra de Paris et cofondateur de la société Décoration intérieure moderne., puis le Portrait d’Alice Derain (1922), le Buste d'Andrée Basler, fille du galeriste Adolphe Basler, enfin Andrée Wernert (1923), fille du critique d’art Georges Wernert. Ces œuvres témoignent de l’influence que Despiau comme les frères Schnegg, Maillol, Bourdelle ou Joseph Bernard ont imprimée à la sculpture moderne qui réagit contre le lyrisme de Rodin et, surtout, l’académisme des sphères officielles.

Quelques commandes, certaines importantes, telles Circé (1912), le Monument à Aristobulo del Valle pour Buenos Aires en Argentine (1914) sont insuffisamment rémunératrices.

Après la Guerre de 1914-1918 Engagé au service du camouflage pendant la guerre, Despiau y a rencontré beaucoup de peintres, dont André Dunoyer de Segonzac, et de sculpteurs, décorateurs de théâtre dont Georges Mouveau, qui imaginent les décors propres à tromper l'ennemi.

Érigé par souscription, le Monument aux morts de Mont-de-Marsan (1918-1922) est à l’origine en pierre. Il est désormais conservé à Mont-de-Marsan au musée Despiau-Wlérick depuis 1981, remplacé par une copie en ciment-pierre au square des Anciens Combattants de Mont-de-Marsan où il avait été érigé à l'origine. Après un premier projet allégorique qui prévoyait la glorification d’une Victoire, Despiau établit une composition d’un grand équilibre. Le monument est flanqué, de part et d’autre, de la stèle où sont gravés les noms des victimes, de deux statues monumentales de femmes, la vieille mère et l'épouse tenant dans ses bras un bébé orphelin. Elles sont venues rendre un dernier hommage aux Montois disparus pendant le premier conflit mondial. Les deux femmes aux visages épurés expriment la souffrance dans la retenue et la dignité. La mère joint les mains, courbe le dos, comme épuisée et baisse un visage meurtri. La jeune femme, que certains identifient comme étant Jeanne Kamienska, belle-sœur du peintre Berthold Mahn, appuie doucement la tête sur le mur. L’originalité de la composition vient de l’absence de tout mouvement anecdotique ou invocation céleste, propre au goût de l'époque, ce à quoi l’artiste se refusera toute sa vie.

Despiau devient professeur à l'Académie de la Grande Chaumière, l'académie libre fondée par Antoine Bourdelle. En 1923, Despiau est membre cofondateur du Salon des Tuileries. Il connaît ses premiers succès commerciaux dès 1927. Le Réalisateur est le plâtre original d’une statue commandée en 1929 par la veuve de l’industriel luxembourgeois, Émile Mayrisch, fondateur en 1911 du puissant groupe de sidérurgie Arbed. Cette année 1927, il devient professeur à l'Académie scandinave à Montparnasse. On peut voir la statue en bronze qui en est issue dans le parc du château de Colpach (Grand-Duché du Luxembourg). Elle domine le tombeau qu’avait dessiné l’architecte Auguste Perret. Elle ne portraiture pas Émile Mayrisch lui-mêmeQui avait un physique à la Armand Fallières. mais reflète plutôt la force créative de l'homme qu'était Mayrisch. La grande exposition particulière organisée à New York à la galerie Brummer en 1927, à l'initiative de la galerie Barbazanges, lui apportera enfin gloire et fortune, et fera de lui un sculpteur reconnu aux États-Unis, puis, par ricochet, en Europe. Despiau rencontre Arno Breker qui vient travailler à Paris entre 1926 et 1932 dans l'atelier de Maillol. Despiau marquera toujours son amitié et son admiration pour le sculpteur allemand et Charles Despiau, Arno Breker, Paris, Flammarion, 1942, p.69.

Assia vignette|redresse|Assia (1937), Rotterdam. À partir de 1932, la rencontre avec Assia Granatouroff, modèle professionnel que nombre d’artistes, de Dora Maar à Germaine Krull en passant par Chaïm Soutine, font régulièrement poser, permet à Despiau de sublimer le corps de la femme. La jambe gauche avance, légèrement pliée, la jambe droite, porteuse, marque une très légère asymétrie des hanches. La tête est tournée vers le côté, révélant la finesse d'un modelé délicat, les coudes sont un peu pliés et les bras, symétriques le long du corps, dégagent des lignes corporelles très pures, aux proportions idéales, où ombres et lumières mettent en valeur un modelé à la fois de longs muscles affermis par la danse et d'une grâce, d'une finesse idéales. Le visage, pourtant fini, mais volontairement comme « oublié », comme les mains et les pieds, dont les proportions affirment la beauté parfaite de l'ensemble, accentuent ainsi la volonté de mettre en lumière les formes et celle de dépouiller le sujet de tout suggestion, particulièrement érotique. Il s'en dégage à la fois la force, la beauté, la sérénité et la simplicité. Assia devient ainsi la moderne Vénus de cette Renaissance italienne, à laquelle, déjà, au début du un journaliste d'art avait comparé l'art de Despiau (le , disait Anatole de Monzie). Assia obéit aux canons de la « très belle » jeune fille, répondant à la conception que l'on se fait alors de l'idéal féminin. Précédant Assia, l’Ève et L’Adolescente avaient révélé, au cours des années 1920, la même pureté, la même grâce qui conféraient au nu féminin vu par Despiau une beauté délicate et chaste.

Apollon En 1937, Despiau reçoit la commande d’une statue colossale de six mètres de hauteur, Apollon, destinée au parvis du musée d'art moderne de la ville de Paris pour l'Exposition universelle de 1937. Cette figure occupe tant Despiau qu'il ne la livrera jamais à la ville. Il travaillera ce sujet jusqu’à la fin de sa vie (« avec, ou sans draperie ? » faisait partie des questions, par exemple, que se posait Despiau à propos de ce grand nu), sans décision définitive. L’Apollon sera fondu dans le bronze après sa mort : une réunion de certains de ses amis artistes proches tels André Dunoyer de Segonzac, Paul Belmondo, ses marchands, exécuteurs testamentaires et titulaires des droits, les époux Jacquart, et sa femme, Marie, ont décidé de faire fondre l'état de l’Apollon avec drapé, qu'ils considèrent comme l'état définitif, avant agrandissement. Le musée Despiau-Wlérick de Mont-de-Marsan conserve un exemplaire en bronze de ce dernier état mesurant 1,16 m de hauteur. La municipalité a commandé un agrandissement posthume de 2,20 m« Épreuve de musée » autorisée par Jacquart, seule détentrice, jusqu'à son décès, des droits sur l'œuvre de Despiau., érigé dans une rue du centre-ville.