thumb|redresse|François Willème, Autoportrait (années 1860, détail), photosculpture, Rochester, George Eastman HouseReproduction photographique dans Image, Journal of photography and motion picture of the George Eastman House, , mai 1958, .. La photosculpture ou photo-sculptureAbbé François Moigno Photo-sculpture, art nouveau imaginé par M. François Willème. , Revue photographique, tome 6, 1861, . Reprise d'un article de la revue Le Cosmos, t. XVIII, 1861, . est une technique inventée en 1859-1860 par François Willème, peintre, photographe et sculpteur françaisSon brevet français a été déposé par François Willème le (The Grove Encyclopedia of Materials and Techniques in Art, publié par Gerald W. R. Ward , , ). Son brevet déposé aux États-Unis porte le et la date du . Voir la première page du brevet américain reproduit sur la base Commons.. Elle permet la reproduction photographique des objets en relief d'après nature.

Elle est reprise hors de France : pratiquée en Angleterre par Antoine-François Claudet, qui la perfectionne, et aux États-Unis, où en 1866, Hutson et Kurtz fondent à New York une société de photosculpture.

La photosculpture a de puissants ennemis. En janvier 1867, Paul de Saint-Victor indique que la photosculpture rencontre dans le milieu des sculpteurs. En février de la même année, le sculpteur Auguste Clésinger annonçant qu'il a été nommé directeur artistique de la photosculpture, promet que celle-ci fera perdre leur travail à quantité de confrères indignes de se prétendre sculpteurs. Ainsi qu'à la masse des praticiens qui travaillent au service des sculpteurs et seront efficacement remplacés par le pantographe perfectionné par François Willème.

En 1899, cherchant à expliquer dans La Science française le motif d'abandon de la photosculpture, L. P. Clerc écrit que la photosculpture : pour , a échoué , et lui oppose une nouvelle technique, à son avis plus simple et facile d'emploi, inventée par le photographe Lernac et développée par Nadar : la photostérieL. P. Clerc, « La Photostérie », La Science française, 1899, (en ligne sur Gallica)..

En 1909, un article du journal Le Temps parlant d'une technique de photosculpture proposée par Cardin, sculpteur à Nantes, présente la photosculpture comme une parfaite nouveauté que ce dernier aurait inventé« Feuilleton du Temps. Causerie scientifique, Sciences appliquées », Le Temps, 21 janvier 1909, , et (en ligne sur Gallica). Voir l'article reproduit sur la base Commons..

La technique de la photosculpture, méconnue du grand public aujourd'hui, de même que son inventeur, préfigure l'actuelle impression 3D.

Les débuts de la photosculpture thumb|redresse|Affiche pour l'atelier parisien de François Willème 42, avenue de Wagram vers 1860Affiche éditée par Van Geleyn, lithographie en couleurs, , Paris, Bibliothèque nationale de France (en ligne sur Gallica).. vignette|redresse|Cette même affiche en situation, rue des Mathurins Saint Jacques, détail d'une photographie de Charles Marville (vers 1860), Paris, BnF. Un article signé M. V. paru dans Le Monde illustré en décembre 1866 raconte la découverte de la photosculpture et les débuts de la Photosculpture de FranceM. V.n « La photosculpture », Le Monde illustré, 15 décembre 1866, , colonne (en ligne sur Gallica). Voir l'article reproduit sur la base Commons. : La Photosculpture

L'invention de la photosculpture est due à ce grand créancier de l'humanité qui s'appelle le hasard. Un article de M. Xavier Aubryet, paru dans le Moniteur du soir, nous apprend qu'un sculpteur de talent, M. Willème, cherchait un jour à reproduire sur la glaise le profil d'une épreuve photographique; il y réussit si bien, que de là à deviner que chaque profil donne le relief successif d'un corps, il n'y avait qu'un pas, pas de géant sans-doute, mais au temps où nous sommes on franchit aisément les abîmes. Quand M. Willème, avec l'élan de son idée, se trouva sur l'autre bord, la photosculpture était créée.

Produire par la lumière une statue impérissable au lieu d'une image fugitive, quelle mine de succès ! Mais les mineurs intelligents ne sont pas dispensés des périls de la mise en œuvre; toute entreprise rencontre à ses débuts des difficultés sans nombre et M. Willème allait peut-être disparaître sous sa découverte, quand une jeune et vaillante intelligence, M. de Marnyhac, secondé lui-même par des capitaux intelligents, vint au secours de la photosculpture épuisée du seul fait glorieux d'être au monde.

Photosculpture, signifie mot à mot sculpture par la lumière, deux idées qui semblent inconciliables au premier abord. Rien de plus conciliable pourtant, car c'est le soleil qui s'est fait sculpteur, ainsi que vous en serez convaincu après avoir visité, soit l'établissement principal de l'avenue de Wagram, soit la succursale du boulevard des Capucines, et aussi après avoir lu les articles de MM. Théophile Gautier, Paul de Saint-Victor, Xavier Aubryet, Henri de Parville et Ernest Lacan, réunis dans un mignon petit volume qui a l'intérêt d'un roman.

La photosculpture vue par Théophile Gautier Théophile Gautier décrit le laboratoire de Willème en 1864Théophile Gautier, extrait de l'article Photosculpture, Le Monde illustré, 17 décembre 1864, . : thumb|redresse|Adresse principale et adresse de la succursale de la Photosculpture de France notamment dans la succursale du 35, boulevard des Capucines des magasins d'exposition : « Nous engageons les curieux à visiter les magasins d'exposition de la photosculpture du boulevard des Capucines ; comme nous, ils sortiront ravis de la perfection de l'œuvre et stupéfaits du prix peu élevé auquel on l'exécute. » Extrait de l'article de Léo de Bernard La photosculpture, Le Monde illustré, 22 décembre 1866, , colonne.. C'est une vaste rotonde au plancher recouvert de fines lattes, aux murailles d'un ton doux et neutre, ne contenant aucun instrument, aucun appareil de structure bizarre ou compliquée. Vingt-quatre consoles, appliquées à la paroi circulaire, soutiennent les statuettes ou les bustes des divers personnages dont la photosculpture a reproduit les traits. De la coupole descend un fil à plomb terminé par une boule argentée juste au-dessus de deux disques superposés que divisent des lignes noires répondant à des numéros. Vous montez sur ces deux disques formant estrade, vous y prenez la pose qui vous est la plus naturelle et la plus familière ; l'opérateur compte dix secondes et vous prie de descendre. Il n'a plus besoin de vous. Déjà vous êtes saisi dans tous vos profils et mis au point par des praticiens invisibles.

En effet, sous l'ombre des consoles brillaient vingt-quatre yeux, vingt-quatre objectifs que vous n'avez pas vus, mais qui vous regardaient et transmettaient votre reflet à autant de daguerréotypes placés dans un couloir tournant autour de la rotonde. Ces daguerréotypes s'ouvrent et se ferment simultanément au moyen d un mécanisme aussi simple qu'ingénieux. Ils livrent vingt-quatre images de la même personne ou du même objet prises sous tous les aspects possibles. C'est un œil merveilleux qui vous entoure et vous enveloppe, au lieu de vous percevoir, comme l'œil ordinaire, sous un seul angle d'incidence.

La photosculpture vue par la Revue photographique La Revue photographique écrit en 1863Revue photographique, Recueil mensuel exclusivement réservé aux progrès de la photographie, tome 8, 1863, . : thumb|redresse|Première page du brevet de la photosculpture aux États-Unis, . La photosculpture se compose de deux opérations successives : la reproduction du modèle par la photographie, et l'exécution mécanique de la maquette en terre au moyen du pantographe. Le modèle pose au centre d'un atelier circulaire, autour duquel sont disposés, à des distances égales, vingt-quatre objectifs donnant les silhouettes successives que l'œil saisirait en tournant autour de ce modèle. Ce premier travail terminé, chaque épreuve est placée successivement dans un appareil amplifiant et projetée sur une glace dépolie. C'est alors que commence le rôle du pantographe. Pendant que l'opérateur suit avec une des pointes de cet instrument tous les contours extérieurs et intérieurs de l'image agrandie, l'autre pointe les reproduit identiquement sur l'argile posée sur un plateau tournant, dont la circonférence est divisée en vingt-quatre parties correspondant aux rayons que l'on tracerait dans l'atelier de chaque objectif au centre.

Quand on a fini avec la première épreuve, on fait passer la seconde dans l'appareil amplifiant ; on fait tourner le plateau qui porte la terre jusqu'à la division numéro 2, et on fait manœuvrer le pantographe comme la première fois ; quand la vingt-quatrième épreuve a passé sous le pantographe et que la sellette a fait un tour complet sur son pivot, la statuette est achevée.

La photosculpture vue par Paul de Saint-Victor

Présentation d'un « art nouveau » Un article de Paul de Saint-Victor paru dans La Presse du décrit la succursale de la Société générale de photosculpture de France 35, boulevard des Capucines. L'auteur copie sa description du siège de cette société 42 avenue de Wagram paru le de la même année dans la même rubrique du même journal. Seules quelques différences minimes existent entre les deux textesPaul de Saint-Victor Feuilleton de la Presse, Théâtres, La Presse, 17 décembre 1866, page 2, à la . Voir l'article du 17 décembre 1866 reproduit sur la base Commons.. L'agencement intérieur de ces deux centres de photosculpture était donc semblable. thumb|redresse|Le 35, boulevard des Capucines vers 1870 : la Société générale de photosculpture de France est installée sous les studios de Nadar. thumb|redresse|Le 35, boulevard des Capucines en 2009.

[…] la Photosculpture vient de se porter au centre du Paris artistique et mondain, c'est-à-dire dans son milieu naturel.

Ce titre bizarre « Sculpture par la lumière » paraît, à première vue, l'enseigne d'une tentative chimérique. La Chambre noire pouvait faire pressentir la vocation du soleil pour le dessin et pour la gravure ; mais il semble fabuleux, même après les prodiges de la photographie, qu'on puisse faire de l'astre qui rayonne à tant de millions de lieues au-dessus de nous, un sculpteur pétrissant des bustes et modelant des statues. L'étonnante invention de M.Willème réalise pourtant avec une exactitude littérale, les magiques promesses de son titre. La photosculpture transforme véritablement le soleil en praticien de la statuaire. Suivez-nous dans son atelier, vous allez le voir à l'ouvrage.

Le bâtiment de photosculpture de l'avenue de Wagram thumb|redresse|Journal des débats, Cette annonce publicitaire pour la photosculpture qui indique que Auguste Clésinger est directeur de ses ateliers de sculpture est paru dans le Journal des débats, page 3, colonne. Elle est aussi paru dans d'autres journaux, comme Le Tintamarre du 19 mai 1867. Afficher sous le nom de photosculpture la réalisation d'un portrait à partir d'une unique photographie paraît ici être une publicité dépourvue d'objectivité.. Le , dans La Presse, Paul de Saint-Victor décrit le bâtiment de photosculpture de l'avenue de WagramPaul de Saint-Victor, rubrique Théâtres, La Presse, page 1, . Voir le passage reproduit sur la base Commons. :

En traversant l'avenue de Wagram, vous aurez sans doute remarqué une maison élégante à large façade, que surmonte une coupole de verre blanc et bleu. Ce palazzino, vitré comme une serre, est l'atelier d'une invention nouvelle qui n'est pas un des moindres prodiges de ce temps fertile en miracles scientifiques et industriels.

La boule d'argent suspendue comme point de repère Sous la rotonde de prise de vues pour la photosculpture, une boule d'argent pendue à un fil sert de point de repérage pour la prise des 24 clichés et leur assemblage finalPaul de Saint-Victor, rubrique Théâtres, La Presse, page 1, et même rubrique, page 2, colonne. Premier et second passages reproduits sur la base Commons. :