Ouadjkheperrê Kames est un souverain de l'Égypte antique, dernier représentant de la de Thèbes. Manéthon l’appelle Kamose, Kames ou Kamosis. Successeur de Seqenenrê Tâa, il en est peut-être le frère, bien qu'on le tienne encore souvent pour le frère présumé d'.
Son règne clôt la Deuxième Période intermédiaire durant laquelle une grande partie de l'Égypte est sous le joug des rois Hyksôs de la .
L'état du corps conservé de Seqenenrê Tâa semble indiquer que les hostilités contre l'« occupant » avaient déjà commencé antérieurement au règne de Ouadjkheperrê Kames. Celui-ci tente à son tour de reconquérir la Basse-ÉgypteL'Égypte du nord, c'est-à-dire principalement le delta du Nil et d'expulser les Hyksôs. Sa campagne victorieuse dans le nord se déroule durant la troisième année de son règne, et permet de soumettre l'ensemble de la vallée du Nil jusqu'au Fayoum, voire peut-être aux portes du delta. Dans le sud, Ouadjkheperrê Kames reprend pied en Nubie et occupe la forteresse de Bouhen, abandonnée par les Égyptiens depuis la au profit du royaume de Kouch.
Cet an 3 est une des principales dates du règne de Ouadjkheperrê Kames, que l'on situe aux alentours de -1554 à -1550 / -1549Selon A. D. Dodson, W. J. Murnane, K. S. B. Ryholt. Autres avis de spécialistes : -1571 à -1569 (), -1545 à -1539 (D. Franke)., bien qu'on lui attribue souvent une ou deux années supplémentaires, voire davantage. On ignore tout des circonstances de sa mort. La prise d'Avaris, capitale des Hyksôs, et la libération du pays sont achevées par son successeur , ouvrant la période faste du Nouvel Empire. Le tombeau de Ouadjkheperrê Kames est à Dra Abou el-Naga.
Attestations
Attestations contemporaines
Le roi est connu par plusieurs attestations contemporaines, faisant de ce roi le plus attesté de la : la base d'un monument de Karnak, deux ou trois stèles découverte à Karnak ; la première est conservée au Musée égyptien du Caire (numéro temporaire 11.1.35.1), la deuxième est conservée au Musée de Louxor (J. 43), la troisième semble quant à elle détruite, ayant été découverte dans un très mauvais état, peut-être une statue découverte également à Karnak, deux scarabées provenant de Thèbes, dont l'un inclus dans une monture en or ; ils sont conservés au Musée Petrie (UC 11848 et UC 11849), un troisième scarabée sans provenance connue et conservée auparavant dans la collection Northumberland, une inscription rupestre à Toshka, ainsi qu'une autre à Arminna, deux sites situés en Nubie, une amulette en forme de grenouille, découverte à Faras en Nubie et conservée au British Museum (EA 51275), deux stèles découvertes à Bouhen en Nubie, l'une datant de l'an 3 du roi, la seconde appartenant à l'un de ses soldats, une stèle de Taouaou sans provenance connue et conservée au Musée du Louvre (C 201), une lame de hache sans provenance connue et conservée au British Museum (EA 36772), un pendentif sans provenance connue et conservé au Musée Petrie (UC 11850), plusieurs éléments de la tombe de la reine découverte à Dra Abou el-Naga : deux haches, conservées au Musée égyptien du Caire (JE 4675 = CG 52647 et JE 4677 = CG 52648), une lame de hache en bronze conservée à l'Ashmolean Museum (1927.4623), une épée en bronze conservée à l'Ashmolean Museum (1927.4622), une barque vôtive en or, conservée au Musée égyptien du Caire (JE 4669 + 4681 = CG 52668 + 52666), un éventail avec des scènes du roi devant Khonsou, conservé au Musée égyptien du Caire (JE 4672 = CG 52705), sa propre tombe à Dra Abou el-Naga, le nom du roi étant inscrit sur les éléments suivants : le cercueil, conservé au Musée égyptien du Caire (JE 4644), une dague, conservée dans la Bibliothèque royale de Belgique, plus spécifiquement dans le Cabinet des Médailles.
Attestations postérieures
Le roi est attesté par plusieurs documents postérieurs à son règne : la stèle d'un prêtre mortuaire découverte à Thèbes et conservée au Musée égyptien du Caire (JE 27743), une boîte d'un prêtre mortuaire du roi nommé Mosi découverte à Dra Abou el-Naga et conservée au Musée égyptien du Caire (JE 45696), une tablette d'écriture portant une copie du texte de la stèle 11.1.35.1 et découverte à Thèbes, le papyrus Abbott, daté de la , mentionnant l'inspection de sa tombe à Dra Abou el-Naga lors des pillages de la nécropole, la liste de la table d'offrandes de Marseille, datée de la fin de la , les tombes thébaines TT2 de Khâbekhnet, TT65 de Nebamon et TT306 d'Irdjanenr, le papyrus Chester Beatty, son nom est inclus dans la liste royale de la « Liturgie quotidienne pour ».
Généalogie vignette|gauche|Barque votive attribuée au roi Ouadjkheperrê Kames, découverte près du sarcophage d'Iâhhotep
Les liens de parenté exacts de Ouadjkheperrê Kames avec la famille royale thébaine restent obscurs. Se basant principalement sur la chronologie des règnes, on le considère souvent comme le fils de son prédécesseur Seqenenrê Tâa et le frère de son successeur . Cette hypothèse n'est pas assurée, voire difficilement soutenable pour certains spécialistes. Ouadjkheperrê Kames est en effet en âge de mener des campagnes de conquête dès son avènement, alors que Seqenenrê Tâa, suivant l'analyse de sa momie, est mort entre trente et quarante ans. Les cultes funéraires des deux souverains furent associés après leur mort. De plus, Seqenenrê Tâa avait vu son fils aîné AhmèsCe jeune prince reçut un culte durable dans la région thébaine sous le nom d'Ahmès-Sapaïr mourir avant lui, et laissait outre de nombreuses filles, un autre Ahmès, futur , en bas âge. Dans cette période de trouble militaire, Ouadjkheperrê Kames peut avoir assumé le pouvoir à la place d'un enfant. Son cercueil, d'allure modeste, ne possédait d'ailleurs pas d'uræus, ornement privilégié de la royauté. De plus, la stèle d' à Karnak fait l'état civil complet d', aidant à situer les membres de la famille royale les uns par rapport aux autres : « épouse du roi (Seqenenrê Tâa), la sœur du souverain, v.s.f (Ouadjkheperrê Kames ?), la fille du roi (Senakhtenrê Iâhmes ?), l'auguste mère du roi () ». Envisagé comme un contemporain de son prédécesseur, Ouadjkheperrê Kames est désormais considéré par de nombreux spécialistes comme le frère de Seqenenrê Tâa, ou éventuellement comme un parent d'une branche collatérale.
On ne lui connaît pas davantage d'épouse avérée. Se basant sur un sarcophage pouvant en réalité appartenir à , on lui attribue parfois une épouse appelée . Une « fille royale » ayant vécu sous , est sans doute sa fille, ainsi que l'indique clairement son nom : Satkamès, « fille de Kames ». Mentionnée comme « épouse royale » et révérée dans les listes d'ancêtres royaux de l'époque ramesside, cette dernière fut probablement unie à et porta le titre d'« épouse du dieu », peut-être de manière posthume. Une seconde fille nommée Ahmès-Hénoutemipet pourrait lui être attribuée si son épouse était bien la reine : la mère de la princesse nommée Iâhhotep est mentionnée seulement avec le titre de « grande épouse royale », alors que la reine est mentionnée avec les titres de « mère du roi », notamment la statue du Louvre de la princesse Ahmès-Nebetta et le cercueil de la suivante Ânâat de la princesse Ahmès-Témourisy.
Titulature
Malgré un règne relativement court, Ouadjkheperrê Kames est connu par trois noms d'Horus différents, signe caractéristique de l'instabilité de l'époqueLe roi Hyksôs contemporain Apophis de la , dont le long règne de près de quarante ans couvre l'essentiel de la , changea lui-même deux à trois fois de nom d'Horus.. S'il est « celui qui apparaît sur son trône » dans sa titulature de l'an 3, il est appelé, sur un bloc de Karnak, « celui qui dompte les deux terres ». Enfin, dans son mobilier funéraire, un éventail lui donne pour nom d'Horus « celui qui nourrit les deux terres ». Ce dernier nom est également celui de la résidence des derniers roi de la , au nord de Thèbes, à Deir-el-Ballas.
Outre le nombre des noms d'Horus, Ouadjkheperrê Kames est décrit par un grand nombre d'épithètes, procédé destiné à se développer dans la phraséologie royale du Nouvel Empire mais qui demeure exceptionnel à cette époque. Cela laisse présager des nombreuses actions initiées par le roi. Toujours appelé « Kames le vainqueur » sur ses stèles commémoratives, il est également « le fameux grand souverain » ou « le fameux souverain du sud ». Son courage et sa bravoure sont particulièrement exaltés, inaugurant les récits des conquérants de la .
Règne Sources du règne
vignette|Seconde stèle de Ouadjkheperrê Kames, découverte à Karnak. Musée de Louxor
Une grande partie de la période couverte par les « princes indigènes » de la reste obscure, tant dans leur ordre de succession que dans leurs rapports avec les rois Hyksôs de la . Mais du règne des deux derniers d'entre eux nous sont parvenus des éléments progressivement plus nombreux : sous Seqenenrê Tâa, un conte recopié sous la et intitulé « La querelle d'Apophis et de Séqénenrê »Retrouvé sur le papyrus Sallier relate un défi lancé par le roi Apophis d'Avaris au prince du sud sous forme d'énigme, défi dont l'état fragmentaire du document ne nous permet pas de connaître l'issue mais qui garde le souvenir d'une reprise des hostilités. La momie du roi Seqenenrê Tâa conserve en effet des blessures caractéristiques à la tête, qui semblent avoir été infligées par des armes hyksôs.
Concernant le règne de Ouadjkheperrê Kames, deux stèles commémorant sa campagne victorieuse de l'an 3 ont été découvertes à Karnak, la première, fragmentaire, en 1932 et 1935, et la seconde plus complète en 1954, qui constitue la suite du récit de la précédente. Une tablette en hiératique, dite « tablette Carnavon » trouvée en 1908 à Dra Abou el-Naga, permit de combler en partie la lacune de la première stèle. En 2008, l'équipe de fouilles de l'université de Montpellier à Ermant a exhumé dans le temple de Montou le fragment d'une nouvelle stèle de Kamosis, construite sur le même modèle que les précédentes mais différente dans son contenu. En effet, Ermant : rapport de la mission 2008, consulté le 15 novembre 2009..
Dans le sud, Ouadjkheperrê Kames est le premier roi égyptien, depuis la fin de la à avoir laissé son nom en Nubie : deux graffiti sur des rochers attestent de son passage sur le Nil, alors qu'une stèle d'un commandant de Bouhen indique sans doute l'extension maximale de l'avancée thébaine. La stèle d'un autre guerrier du nom d'Ahmès, de Bouhen, déclare avoir servi un « prince courageux » dont le cartouche endommagé appartient probablement à Ouadjkheperrê Kames.
Contexte
Les souverains de la ont connu une période de paix relative avec leurs voisins du nord, d'une durée possible de vingt-cinq ansUne période sans doute décrite par les dignitaires du conseil de Kamosis sur la première stèle de Karnak, dont le discours est détaillé ci-après., mais le roi de Thèbes Séqenenrê est finalement mort sous les haches hyksôs, augurant la reprise des hostilités.
Sur la première stèle de Kames, alors que celui-ci déclare ses intentions belliqueuses, les grands et dignitaires de son conseil lui répondent :
Cette situation paraît décrire les relations pacifiques entre les deux dynasties avant le règne de Seqenenrê Tâa. Il s'agirait alors d'un anachronisme constituant un moyen d'exalter le courage et l'ambition du roi, seul contre l'avis de ses conseillers à vouloir affronter ses ennemis :