At-Tawba (arabe : , Le Repentir ou La Repentance) est le nom traditionnellement donné à la sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte . Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période médinoise.
Parmi les 114 sourates composant le corpus coranique, elle est la seule à ne pas commencer par la formule introductrice caractéristique du texte sacré de l'islam, à savoir Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux (bismillāhi r-Raḥmāni r-Raḥīmi / ), connue des musulmans sous le nom de ().
Origine du nom Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coraniqueA. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, ., la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate Le Repentir.
Cette sourate est parfois connue sous le nom d’al-bara’a, terme obscur tiré du verset 1 et pouvant signifier le « désaveu », « l’immunité »K.-F. Pohlmann, "Sourate 9", Le Coran des Historiens, t.2a, 2019, et suiv..
Historique
Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq ( siècle) et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-AzharG.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p.477-502.R. Blachère, Introduction au Coran, p.244., cette sourate occupe la place. Elle aurait été proclamée pendant la période médinoise, c'est-à-dire schématiquement durant la seconde partie de la vie de Mahomet, après avoir quitté La MecqueR. Blachère, Le Coran, 1966, .. Contestée dès le par des recherches universitaires, cette chronologie a été revue par NöldekeG. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus , 2011, p. 247-270.E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p.13., pour qui cette sourate est la .
Cette sourate, à la différence des autres, n’est pas introduite par la basmala. Certains supposent que les sourates 8 et 9 ne formaient à l’origine qu’une seule. Schwally pose l’hypothèse que cette absence soit due à une erreur de scribe tandis que Bell considère qu’elle est superflue en raison du début de la sourate, lui-même annonçant qu’il s’agit d’une proclamation venant d’Allah.
Cette sourate est un assemblage de morceaux de textes. Pour Pohlmann, « il est indiscutable que la sourate n’a pas été écrite en une seule fois », même s'il n’est pas possible de savoir l’évolution de celle-ci, ni l’identité des personnes impliquées. Le contexte de rédaction pourrait correspondre à celui des premiers califes.
Interprétations Cette sourate évoque le respect et le non-respect des alliances (v.1-37) et le manque de foi (v.38-127). Dans son ensemble, cette sourate se veut un manifeste contre ceux qui « s’opposent à l’exigence du combat contre les incroyants ». Donner affirme que la sourate 9 « est de manière générale l’une des plus compromettantes et militantes de tout le Coran ».
En l’absence de données contextuelles claires, la contextualisation par les traditions musulmanes « ne sont nullement nécessaires et sont même en partie peu convaincante ». La situation reflétée pourrait être celle des premiers califes, alors à la tête d’un « État-djihad ».
Verset 5-6 : le verset de l'épée Le verset 5 de la sourate 9 ordonne de combattre tous ceux (les païens et les idolâtresLe verset 4 de la sourate IX du coran aménage une reconnaissance aux scripturaires, aux gens de l'écriture (juifs et chrétiens), les Musulmans ne devant pas les combattre.) qui ne croient pas « à la vraie religion ».. Le verset 5 est une interpolation, possiblement « l’ajout le plus récent ». Le but de celui-ci est de commenter le destin des polythéistes et ce que les musulmans doivent faire, en cas de refus de conversion. Les 13 premiers versets ne constituent pas une unité littéraire cohérente. Ce verset est considéré par un certain nombre d'auteurs anciensTayeb Chouiref, "Le « verset de l’Epée » et son exégèse par al-Ḍaḥḥâk (m. 105/723). Les origines de la théorisation du djihad permanent dans l’exégèse coranique", Les Cahiers de l’Islam, , 2017 : Islam et violence. Questionner les références scripturaires et historiques, p. 17-32 : https://d1wqtxts1xzle7.cloudfront.net/56659810/Le__verset_de_lEpee__et_son_exegese_par_al-Da%E1%B8%A5%E1%B8%A5ak_2018.pdf?1527344841=&response-content-disposition=inline%3B+filename%3DLe_verset_de_l_Epee_et_son_exegese_par_a.pdf&Expires=1604820467&Signature=GgTlXlc0E0M2~sVU~X~gA8BIOoyitPxA9fIfGqt9KZ1v0nWdeP-h8wDSzYbtJa1WiMUEZRbeZSu61q15RBoWeU22pDY25ZU2CVTH8XoVwyiWANn-oOkLUczECHEB3dZ1UnsXCbqCu-O6jnSJL7lJQ62hyQ9naxFViXfpvQgyXQKjygHuGPHuW1FwEM0boN71gnNMzzK7zngUABeCJz5RVgREBKfRDei3MNBHc2Q4xapzosblETPBOw~4lGmHQCihpOdcfBQ4QC6eWC~k~oJW5cL9wD8nSMuDQqpmmXs7og2PsbUBYZNCmn9Rkg4JV1Noye0qk1KnV3EHAIPau54Ujg__&Key-Pair-Id=APKAJLOHF5GGSLRBV4ZA, et aujourd'hui encore par certains islamistes, comme un verset abrogeant Ben Laden Oussama, « « Déclaration du Front islamique mondial pour le jihad contre les Juifs et les croisés » », dans Al-Qaida dans le texte. Écrits d’Oussama ben Laden, Abdallah Azzam, Ayman al-Zawahiri et Abou Moussab al-Zarqawi. Paris, Presses Universitaires de France, « Quadrige », 2008, ., plus d'une centaine selon certains auteurs. Il est appelé le « verset de l’épée » ou « verset du sabre » (âyat al-sayf). Ce nom est donné entre le et le siècle. Cette vision abrogeante, qui se développe principalement à partir des recherches d'Ibn Taymiyya (1263 -1328 Damas) et d'Ibn Kathir (1301-1373 Damas), Pour Omero Marongiu-Perria, le principe d'abrogation de versets par le verset de l'épée est admis par .
Selon Pohlmann, le verset 6 semble avoir été rédigé par quelqu’un qui ne connaissait pas le verset 5. Pour lui, « il est difficile de savoir si ce verset doit être considéré comme un ajout [...] sur la version initiale ou s'il s'agit d'une interpolation encore plus tardive ». Asma Asfaruddin cite plusieurs commentaires anciens du Coran comme celui de MujahidSelon lui, le verset 6 garantit la protection des polythéistes qui se réfugient chez Mahomet.. Selon le Tanwīr al-Miqbās, tafsîr (exégèse coranique) attribué à Ibn Abbas, le verset 6 commande à Mahomet d'accorder un sauf-conduit aux polythéistes qui le demandent. Cela leur permettrait d'entendre le Coran et de regagner leurs terres s'ils ne se convertissent pas à l'islam, idée que l'on retrouve chez plusieurs commentateurs. Ce verset a fait l'objet de réflexions quant à son statut, puisque certains auteurs anciens, comme al-Ḍaḥḥāk, le considèrent comme abrogé par le précédent tandis que d'autres, comme al-Hassan al-Basrî, le considèrent comme non-abrogé.
Le Coran ne précise pas qui sont les "polythéistes" cités dans les premiers versets de cette sourate. Pour Patricia Crone, ce verset concerne un groupe spécifique de personnes accusées d'avoir rompu un traité de paix. Chouiref fait remarquer que l'interprétation d'al-Ḍaḥḥâk, selon laquelle ce verset désigne tous les polythéistes, est plus répandue que celle d'al-Razi, selon lequel il s'agirait de "groupes [spécifiques] de polythéistes qui trahirent leurs engagements". Cette opinion traditionnelle selon laquelle il s'agirait des Mecquois n'est pas présente dans le texte coranique. Pohlmann remarque que, dans cette même sourate, les chrétiens et les juifs sont considérés comme des polythéistes (v. 28-31).
Versets 29–32 : Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier [...] Le manuscrit 27.1 DAM, dit Coran de Sana'a, soulève de nombreuses questions quant à ce passage. Ce passage est, en effet, absent du manuscrit, mais certaines expressions se retrouvent dans d'autres versets avec des variations par rapport à la forme actuelle du CoranM. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie QS 12 Q 9:29–32. Dye reconnait que ce passage est un « passage obscur, qui a visiblement subi plusieurs remaniements ».
Le verset 29, appelé « verset de la guerre », mobilise au combat à mort contre les juifs et les chrétiens (ceux qui « ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n'interdisent pas ce qu'Allah et Son messager ont interdit ») et est interprété littéralement par les islamistes alors qu'il a été révélé dans le contexte d'une guerre dont la cause était l'hostilité des juifs et des chrétiens au message de l'islam. Dans ce verset, contrairement aux traductions usuelles, le terme ʿan yadin ne peut signifier l'idée de soumission, sens tardif de ce terme. De plus, la capitation imposée proviendrait, pour l'auteur, des institutions perses découvertes lors des conquêtes arabes, après la mort de Mahomet. La seconde partie de ce verset pourrait être, pour Dye, une interpolation tardive. Le verset 29 est, pour Kropp, un ajout tardif lié au développement d'une administration.
L'auteur du verset 30 invente une parallélisme entre dans le judaïsme et Jésus dans le christianisme. Si certains auteurs y reconnaissent Esdras, il s'agit pour Comerro et Dye plus probablement d'ʿAzarya, compagnon de Daniel. Cette « mise en parallèle forcée » est à but polémique. Pour Pregill, ce verset permet d'appuyer l'association des chrétiens et des juifs au concept de kuffār (« mécréant »). Pour Azaiez, le verset 30, contenant deux citations afin de les contredire, appartient au domaine de la polémique et au style du « contre-discours ». Ce style correspond à 10 % du corpus coranique.
Cet ensemble (que Pohlmann élargit aux versets 29-35) est composé de morceaux d’époques différentes. La formulation ‘an yadin, par exemple, pourrait correspondre à l’époque omeyyade, peut-être sous le règne d’Abd al-Malik (685-705). L’interpolation des versets 30-35 permet de présenter les chrétiens et les juifs comme des polythéistes ou des associateurs. Ils doivent donc être combattus.
Pour Pregill, en associant cette sourate à la fin de la vie de Mahomet, la tradition musulmane s'est servi de ce passage pour établir la doctrine classique du Jihad : « combattre les polythéistes jusqu'à leur conversion, monothéistes jusqu'à ce qu'ils se soumettent et paient la ǧizya ». Cette datation tardive de la tradition permet de l'inclure dans le système d'abrogation des versets contradictoires, dans ce cas précis de versets plus tolérants.
Versets 111-118 Ce passage évoque plusieurs épisodes inconnus en dehors de la tradition islamiqueM. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie QS 13 Q 9:111–118. Pour Hilali, ce passage est absent du manuscrit 27.1 DAM, dit Coran de Sana'a, mais certaines expressions comme "dans le chemin de Dieu" se retrouvent dans d'autres versets avec des variations par rapport à la forme actuelle du Coran.
Sourate 9, V. 111 (trad. R. Blachère) :
L'idée de Salut en échange de biens matériels et de la vie du fidèle est une notion déjà présente dans le . Cependant, dans le Coran, cette notion se transforme : ce n'est plus le fidèle qui choisit de se donner, mais Dieu qui en décide, et il ne s'agit plus de quelques biens, mais de l'abandon total de tout ce que possède le croyant. Cette dynamique instaure une relation de type dominateur-dominé entre Dieu et l'homme, en rupture avec la conception chrétienne d'un Dieu-Père fondée, comme le présente les théologiens, sur l'amour et la liberté. Pour Rippin, ce verset utilise du vocabulaire propre aux transactions commerciales.