L'Union des communistes de France marxiste-léniniste (sigle : UCFml ou UCF-ML, avec ou sans trait d'union) est un groupe maoïste français qui exista de 1969 à 1985. L'UCFml s'opposait à d'autres groupuscules maoïstes, comme la Gauche prolétarienne ou le Parti communiste marxiste-léniniste de France. Parmi ses principaux dirigeants et membres les plus connus, on peut citer Alain Badiou, Sylvain Lazarus, Natacha Michel, Catherine Quiminal, François Balmès et l'économiste Pierre-Noël Giraud. L'organisation, très petite, n'a jamais compté plus de quelques centaines de membres.
Histoire
L'UCFml ne prétend pas être un « parti », au contraire de deux autres organisations, le Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF) et le Parti communiste révolutionnaire (marxiste-léniniste) (PCR(ml)). Il prétend être non pas déjà une « union » mais un « groupe » aspirant à devenir une « union ». Il reconnaît très volontiers qu'il ne dispose pas d'un nombre suffisant d'adhérents pour se qualifier à bon droit de parti Bruno Bosteels, Badiou and Politics, Duke University Press, 2011, 236 p., pp. 386-387 (note 41). Bosteels cite A. Belden Fields et son livre Trotskyism and Maoism: Theory and Practice in France and the United States, New York, Praeger, 1988, chap. 3. : ..
L'UCFml publie à partir de 1973 la revue Le Marxiste-Léniniste, qui devient mensuelle en 1977.
Le , à la salle de la Mutualité, l'UCFml coorganise avec l'Organisation communiste marxiste-léniniste – Voie prolétarienne un meeting commémoratif du massacre du 17 octobre 1961. Cela sera la première initiative publique concernant la répression sanglante, par la police du préfet Papon, de la manifestation organisée à Paris par la fédération de France du Front de libération nationale algérien, qui avait fait plusieurs dizaines de morts, probablement près de 200.
Certains de ses membres (dont Alain Badiou, Sylvain Lazarus et Natacha Michel) militèrent ensuite dans l'Organisation politique (OrgaPo), un petit groupe maoïsant disparu.
Groupe d'intervention Foudre En 1974, l'UCFml lance le groupe Foudre d'intervention dans l'art et la culture, qui sert à organiser des actions de boycott et de sabotage de films ou de conférenciers jugés mal-pensants. Intervenant par distributions de tracts et prises de parole intempestives lors de séminaires, spectacles et autres réunions intellectuelles et artistiques, le groupe visait, selon ses propos, à qui, selon Foudre, marquait la lutte idéologique des années 1970Cf. le bilan de l'UCFml dans sa revue Le Marxiste-Léniniste, , printemps 1981, et 20-21.. Le discours de l'UCFml et, partant, de Foudre, était, selon Bernard Sichère faisant son mea culpa 40 ans plus tard dans la revue La Règle du Jeu, ..
Foudre mène aussi une campagne acharnée contre l'enseignement de Maria-Antonietta Macciocchi à l'université de Vincennes et perturbe les cours dont il désapprouve le contenu. Devenue leur cible d'élection parce qu'elle avait programmé quelques films mussoliniens dans son séminaire : . — et accusée d'être elle-même fasciste —, Maria-Antonietta Macciocchi, qui bénéficie du soutien de Simone de Beauvoir, doit parfois être protégée par les étudiantes féministes, dont Claudine Monteil Claudine Monteil, Simone de Beauvoir and fascism: Her support of the Italian writer and activist Maria-Antonietta Macciocchi, sur le site personnel de Claudine Monteil, 16 septembre 2009 : : ..
Le groupe réussit à faire interdire la projection du film Portier de nuit de Liliana Cavani sur le campus de VincennesFrançois Hourmant, Les Années Mao en France: avant, pendant et après Mai 68, Odile Jacob, 2018, 288 p., section « Vincennes, laboratoire du maoïsme universitaire », livre numérique Google, n. p..
Les autres ennemis désignés du groupe Foudre sont Gérard Miller ou encore Ariane Mnouchkine. Intervenant à la Cartoucherie, les membres du groupe viennent expliquer à la fondatrice du Théâtre du Soleil que son travail sur les ouvriers immigrés « n'est pas sur une ligne juste » et que, de ce fait, son spectacle est mauvais. Cela leur vaudra une réputation .
Foudre s'en prend également au film satirique de Jean Yanne Les Chinois à Paris en distribuant un tract intitulé « Les Chinois à Paris : un film comique ? Non ! Un film anticommuniste ! ». Jean Yanne y est dénoncé comme un « gros requin du cinéma, milliardaire, copropriétaire de Gaumont ». Le groupe passe ensuite aux jets de peinture sur les écrans..
Le , le groupe interrompt la projection du film américain Les Bérets verts de John Wayne, au Cinéac-Italiens (Paris 2ème), sous prétexte qu'il défend l'intervention américaine au Vietnam.
Sous la tutelle d'Alain Badiou, affecté comme professeur à l'université de Vincennes ( selon François Hourmant), le groupuscule prône la grève des examens. Et Badiou de proposer d'accorder leurs examens .
Autocritique et héritage Bien des années après, le philosophe et écrivain Bernard Sichère, qui fut l'un de ses membres, décrit l'UCFml comme « une organisation sectaire », « souvent impitoyable dans sa discipline, et d’autant plus fermée sur elle-même que son rapport effectif à la réalité du monde ouvrier était passablement problématique ». Effrayé par le souvenir de la violence de ses propres interventions, il est devenu un détracteur acerbe des visées politiques du maoïsme français, ne sauvant des expériences de l'époque que les vertus cathartiques de son élitisme romantique, ce qu'il appelle « une insurrection spirituelleCf. en particulier le livre qu'il a publié en 1983 dans la collection « Figures » de Bernard-Henri Lévy chez Grasset : Le moment lacanien. Au début des années 1990, lors d'un entretien avec François Dosse, Bernard Sichère s'interrogeait encore : « Comment a-t-on pu être fou de cette façon-là ? » (cf. Histoire du structuralisme II : Le chant du cygne, 1992, ). Il revient encore sur ses activités de militant dans « Les années Tel Quel », L'infini 49/50 (1995), repris en postface à la réédition du Moment lacanien (Le livre de poche, 2004 ; l'expression citée se trouve ). ».
Il évoque la discipline (« style militaire ») qu'y faisait alors régner Alain Badiou, que celui-ci justifiait par la conviction de détenir seul la vérité, les procédés d'intimidation. Il note également que l'implantation ouvrière du mouvement était nulle : et que cette organisation était constituée pour sa plus grande partie d'intellectuels. Ainsi qu'il le rapporte dans ses mémoires, il eut l'occasion, quelques années plus tard, de s'excuser auprès de son ancienne victime, Maria-Antonietta Macciocchi, rencontrée par hasard chez l'éditeur Grasset, du traitement que le groupe lui avait infligé. Celle-ci lui répondit , que tout cela était bien loin et qu'il n'avait pas à se faire du souci.
D'autres membres de Foudre, qui ont joué un rôle actif dans les activités du groupe, à l'instar d'Alain Badiou ou de Denis Lévy (fondateurs de la revue L'art du cinéma), n'ont rien renié de leur engagement passé.
Publications UCFML, La Révolution prolétarienne en France et comment construire le parti de l'époque de la pensée de Mao Tsé-toung, Paris, François Maspero, 1970 UCFML, Première année d'existence d'une organisation maoïste, printemps 1970/printemps 1971, Paris, François Maspero, 1972 Feuille Foudre. Journal pour l'intervention marxiste-léniniste dans l'art et la culture.
Notes et références
Voir aussi Bibliographie . Christophe Bourseiller, Les maoïstes, la folle histoire des gardes rouges français, Le Seuil/Points, 2008. Bruno Bosteels, Badiou and Politics, Duke University Press, 2011, 236 p., pp. 386-387
Liens externes
Documents de l'UCF-ML Brochures numérisées par les Éditions prolétariennes Articles du journal Le Marxiste-Léniniste, numérisés par les Éditions Prolétariennes Débat sur la lutte anti-raciste avec l'OCML-VP à la suite du meeting du 17 octobre 1981
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