Le Front yougoslave englobe l'ensemble des opérations conduites en Yougoslavie pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce pays des Balkans devient un théâtre d'opérations du conflit mondial au printemps 1941. Le gouvernement yougoslave s'allie en effet à l'Allemagne nazie fin mars, mais il est renversé par un coup d'État deux jours plus tard. En réaction, les forces de l'Axe envahissent le royaume le . La Yougoslavie est ensuite démembrée, et son territoire annexé ou occupé par l'Allemagne, l'Italie, la Hongrie et la Bulgarie. Deux parties du pays deviennent des États : la Croatie, où le mouvement fasciste des Oustachis est mis au pouvoir et installe une dictature particulièrement meurtrière, et la Serbie, où est proclamé un gouvernement collaborateur.

Les conditions d'occupation, et notamment les atrocités commises par les Oustachis, suscitent deux mouvements de résistance qui se trouvent cependant très vite en conflit l'un avec l'autre : les Tchetniks nationalistes et monarchistes commandés par Draža Mihailović, et les Partisans communistes commandés par Tito. Les Alliés apportent d'abord leur soutien aux Tchetniks, mais ceux-ci en arrivent à privilégier le combat contre les Partisans, et à nouer pour des raisons tactiques des alliances avec les occupants dans l'attente d'un débarquement des Britanniques. Jusqu'en , la guerre mondiale se double donc en Yougoslavie d'une guerre civile extrêmement violente, théâtre de nombreux massacres, de nettoyages ethniques et de crimes de guerre de toutes sortes.

Les Tchetniks sont un mouvement essentiellement serbe, associé à l'ancien régime. À l'opposé, les communistes parviennent à gagner à leur cause une partie de la population en proposant de reconstruire la Yougoslavie sur une base fédérale qui, au contraire de la monarchie serbe d'avant-guerre, mettrait ses différentes nationalités sur un pied d'égalité. Fin 1943, jugeant les Tchetniks trop compromis dans la collaboration et les Partisans plus efficaces contre les Allemands, les Britanniques reportent leur soutien sur les forces de Tito. En outre, l'idée d'une intervention anglo-américaine dans les Balkans est abandonnée pour ne pas disperser les troupes au moment du débarquement en France, laissant le territoire yougoslave en proie à l'affrontement des diverses factions locales.

Après s'être emparé fin 1944 du territoire serbe avec l'aide des Soviétiques, Tito prend le contrôle du reste du pays en triomphant de l'ensemble de ses adversaires, puis s'assure très rapidement le monopole du pouvoir. La monarchie est officiellement abolie en , pour laisser place à un régime communiste qui dure ensuite jusqu'en 1992. Sous la Yougoslavie de Tito, la lutte des Partisans pendant le conflit mondial, appelée « guerre de libération nationale », fait office de du régime. Les souvenirs des haines ethniques et des atrocités de la guerre ne s'éteignent cependant pas, alimentant les ressentiments et les nationalismes qui conduisent, dans les années 1990, à l'éclatement définitif du pays.

Contexte Un pays à l'identité incertaine

Formation de la Yougoslavie Le mot apparaît au milieu du dans les milieux des patriotes croates et slovènes en lutte contre la domination autrichienne ; il remplace à l'origine celui d' dont les Autrichiens avaient interdit l'usage. Il donne ensuite son nom à l', c'est-à-dire au projet, mûri dans les milieux de l'opposition à l'Autriche, d'une union des Slaves du Sud (Serbes, Croates, Slovènes…) au-delà des barrières linguistiques et religieuses.

C'est au lendemain de la Première Guerre mondiale que la Yougoslavie (littéralement, « pays des Slaves du Sud ») est créée, sur un territoire qui forme aujourd'hui celui de sept États européens différents : la Serbie, la Croatie, la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Macédoine du Nord et le Kosovo. Le royaume de Serbie, qui se trouve dans le camp des Alliés victorieux, a l'occasion de réunir sous son autorité non seulement l'ensemble du peuple serbe mais également d'autres populations slaves vivant en Autriche-Hongrie. , il fusionne avec le royaume du Monténégro puis avec l'État des Slovènes, Croates et Serbes, une éphémère entité au sein de laquelle s'étaient réunis divers anciens territoires austro-hongrois peuplés de Slaves. Cette union donne naissance au royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui regroupe désormais l'ensemble des Slaves du Sud-Est de l'Europe ainsi que diverses minorités non slaves (Albanais, Allemands, Hongrois, Italiens, Turcs…). Ce nouvel État résulte donc de l'union de terres historiquement disputées, où s'enchevêtrent de nombreuses nationalités et communautés religieuses (orthodoxes, catholiques, musulmans, juifs…) ; les territoires austro-hongrois annexés après la fin de la guerre viennent en effet s'ajouter à ceux conquis avant le conflit mondial par la Serbie et le Monténégro aux dépens des Ottomans et des Bulgares, pendant les guerres balkaniques de 1912-1913. Sur le plan religieux, les Serbes et les Monténégrins sont pour l'essentiel orthodoxes, tandis que les Slovènes et les Croates sont majoritairement catholiques ; à cette division s'ajoute la présence d'une importante minorité de Slaves musulmans, héritée de la domination ottomane. Sur le plan politique, le nouveau pays est pour l'essentiel une continuation de la monarchie serbe, sur laquelle règne toujours la dynastie Karađorđević : s'il est officiellement la concrétisation de l', il est, dans les faits, dominé politiquement par les Serbes. En 1921, une constitution centraliste est adoptée, au détriment de la solution fédérale réclamée par le Parti paysan croate (HSS).

Le premier souverain yougoslave est le roi Pierre de Serbie, alors gravement malade ; son fils Alexandre , déjà régent depuis plusieurs années, lui succède en 1921, quelques mois après l'adoption de la première constitution. Le nouveau pays a comme priorité de construire une identité nationale et une véritable administration étatique, alors que le pouvoir central connaît de grandes difficultés à imposer son autorité sur des territoires dont les différentes économies doivent être intégrées dans un ensemble plus vaste. Les seuls partis politiques cherchant à s'adresser non pas à une nationalité donnée, mais à tous les sujets du royaume, sont les Démocrates, qui forment alors le premier parti en nombre de voix ; l'Union agrarienne, qui décline rapidement ; et le Parti communiste de Yougoslavie (KPJ, ou PCY). Fondé en 1919, le KPJ obtient plusieurs dizaines de députés lors de l'élection de l'Assemblée constituante de novembre 1920. Mais, un mois plus tard, un décret limite sévèrement les activités publiques du parti, et interdit sa presse et ses syndicats affiliés. En , après que des communistes ont tenté de tuer le régent Alexandre puis assassiné un ancien ministre, le KPJ est interdit.

Tensions intérieures et menaces extérieures La Yougoslavie est, dans ses premières années d'existence, un pays à l'économie arriérée, qui connaît de fortes inégalités sociales : certaines régions, comme la Macédoine, le Monténégro et la Bosnie-Herzégovine, accusent un important retard de développement. D'emblée, l'un des principaux facteurs de tensions politiques est la prédominance, au sein du nouvel État, des élites de l'ancien royaume de Serbie. Cela se traduit par une hégémonie des Serbes (qui représentent, en comptant les Monténégrins dont beaucoup se considèrent comme Serbes, 39 % de la population du pays) sur l'appareil administratif et notamment sur l'armée, au point que la Yougoslavie fait figure de élargie. En outre, alors que la Serbie a chèrement payé sa présence dans le camp des vainqueurs de la guerre, certains membres des cercles dirigeants de Belgrade tendent à considérer que les Serbes se trouvent en pays conquis dans le reste de la Yougoslavie et qu'une grande partie des autres peuples du royaume, anciennement austro-hongrois, appartiennent au camp des ennemis vaincus. La conséquence en est une hostilité grandissante envers le régime monarchique chez de nombreux Croates , mais aussi dans les autres communautés comme les Bosniaques (mot pouvant à l'époque désigner l'ensemble des habitants de la Bosnie-Herzégovine, mais se confondant en grande partie avec les Musulmans de la région, en tant que communauté ethnique et religieuse) ou les Slovènes. Les tensions entre nationalités sont très vives, notamment entre Croates et Serbes, les premiers étant les principaux opposants à la domination des seconds : en 1928, Stjepan Radić, fondateur du Parti paysan croate, est mortellement blessé par un député monténégrin dans l'enceinte du Parlement. Dans les anciennes possessions de l'Empire ottoman, de nombreux propriétaires terriens musulmans sont lésés par une réforme agraire qui favorise les paysans serbes. C'est dans les terres arrachées aux Ottomans lors de la première guerre balkanique que la situation est la plus tendue : au Kosovo, les Albanais n'ont aucun droit et leurs révoltes sont brutalement réprimées ; les Macédoniens ne sont pas reconnus en tant que peuple et sont officiellement considérés comme des Serbes.

Si la Yougoslavie bénéficie de la protection du Royaume-Uni et de la France, pays puissants mais lointains, ses relations avec ses voisins immédiats sont difficiles, voire franchement mauvaises : elle connaît avec eux une série de contentieux plus ou moins graves pour des questions de territoires, de frontières ou de populations. Immédiatement après la Première Guerre mondiale, un litige éclate avec l'Italie qui prend possession d'anciens territoires austro-hongrois peuplés non seulement d'Italiens, mais aussi de Slovènes et de Croates. Les Italiens revendiquent en outre Fiume et sa région. Le traité de Rapallo de 1920 fixant la frontière entre les deux pays, puis le partage en 1924 du territoire de Fiume, ne mettent pas fin aux tensions italo-yougoslaves. Le régime de Benito Mussolini a en effet des vues sur la Dalmatie, où vit une minorité italienne et où l'Italie possède déjà une exclave, la province de Zara. L'Italie fasciste se livre en parallèle à une brutale des populations slovènes de Vénétie julienne ; elle s'emploie par ailleurs, pour mieux encercler les Yougoslaves, à satelliser l'Albanie. La Yougoslavie a également des contentieux territoriaux avec la Bulgarie et la Grèce à propos de la Macédoine, avec la Hongrie au sujet de la minorité hongroise présente notamment en Voïvodine, ainsi qu'avec l'Albanie sur les régions peuplées d'Albanais et avec l'Autriche au sujet de la zone frontalière.

thumb|left|alt=Carte des provinces de la Yougoslavie de 1929 à 1939|Les banovines du royaume de Yougoslavie avant 1939.

En 1929, devant l'incapacité du système parlementaire à résoudre les problèmes entre nationalités, le roi Alexandre abroge la constitution et s'octroie des pouvoirs dictatoriaux. Le pays prend pour l'occasion le nom officiel de royaume de Yougoslavie. Le souverain présente en effet sa politique comme la voie vers le , c'est-à-dire l'unité nationale. Il s'efforce, par un ensemble de réformes autoritaires, de centraliser le royaume, mais ne parvient pas à résoudre la question du statut des différentes communautés, notamment les Croates et les Musulmans. Le pays est divisé en neuf provinces ou « banovines » (banovinas), abolissant les anciennes régions historiques et les départements sans tenir aucun compte des héritages historiques et des traditions culturelles. Les territoires actuels de la Macédoine et du Monténégro sont incorporés respectivement à la banovine du Vardar et à celle de la Zeta, tandis que la banovine de la Drave est composée de la majeure partie de l'actuelle Slovénie. Finalement, cette réforme ne satisfait personne : les Croates voient le nom même de « Croatie » disparaître officiellement, tandis que les Serbes voient leurs territoires historiques divisés entre quatre banovines.