L’école classique est une école de pensée économique majeure. Il n'existe pas de consensus sur le terme "classique", cependant elle regroupe des économistes du et du qui s’interrogeaient sur la croissance économique, la rente et le salaire de subsistance.
Elle a donné naissance à l'école marginaliste, au néoclassicisme et à la nouvelle économie classique.
Présentation générale Polysémie Étant donné que les économistes classiques ne se sont que rarement nommés comme tels, puisque le terme est apparu dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les économistes ne sont pas d'accord sur la classification qu'il faut apporter. L'école classique est complexe à définir tant elle a rassemblé des auteurs divers, dont certaines vues se contredisaient. Fixer un contour précis à l'école, en termes de dates ou d'un corpus de thèses, est impossible.
Karl Marx définit l’école classique par l’adhésion au concept de la valeur travail, excluant de fait Jean-Baptiste Say et Frédéric Bastiat« Je fais remarquer une fois pour toutes que j’entends par économie politique classique toute économie qui, à partir de William Petty cherche à pénétrer l’ensemble réel et intime des rapports de production dans la société bourgeoise, par opposition à l’économie vulgaire qui se contente des apparences…et se borne à ériger pédantesquement en système et à proclamer comme vérités éternelles les illusions dont le bourgeois aime à peupler son monde à lui, le meilleur des mondes possibles. » A.Samuelson, Les grands courants de la pensée économique, éd. PUG, 1990, p. 46. Dans Le Capital, il écrit : . Dans la Critique de l'économie politique, il soutient que l'école classique .
Pour John Maynard Keynes, les classiques se caractérisent par leur adhésion à la « loi des débouchés », aussi appelée loi de Say. Joseph Schumpeter, en la définissant comme la période 1790-1870, en exclut Turgot et Smith mais y inclut MarxJoseph Schumpeter, Histoire de l'analyse économique, 1954.
L'école classique a longtemps été appelée , quoique le sens des termes a divergé avec le temps. Dans son Système des contradictions économiques, Pierre-Joseph Proudhon décrit l'économie politique comme étant un autre nom de l'économie classique, et comme constituant l'orthodoxie en économie « Mais, j’ai hâte de le dire, je ne regarde pas comme science l’ensemble incohérent de théories auquel on a donné depuis à peu près cent ans le nom officiel d’économie politique, et qui, malgré l’étymologie du nom, n’est encore autre chose que le code ou la routine immémoriale de la propriété. » P.-J. Proudhon., Système des contradictions économiques ou Philosophie de la misère, éd. Garnier, 1850, p. 40.
Principaux économistes Ses membres les plus importants sont, en Grande-Bretagne, Adam Smith (1723-1790), David Ricardo (1772-1823), Thomas Malthus (1766-1834), John Stuart Mill (1806 -1873) ; en France, Étienne Bonnot de Condillac (1715-1780), Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781), Jean-Baptiste Say (1767-1832), Jean de Sismondi (1773-1842), Frédéric Bastiat (1801-1850) ; et en Allemagne, Karl Marx (1818-1883).
Fondements théoriques Analyse dynamique La pensée de l'école classique se fonde sur une observation de la société industrielle qui naît lorsque ses premiers auteurs (Condillac, Smith, Turgot) commencent à théoriser et conceptualiser le fonctionnement de l'économie. Ils cherchent donc avant tout à expliquer les phénomènes de croissance, de développement et de répartition des richesses entre les différentes classes sociales.
Leur analyse est dynamique. Ils s’intéressent aux processus de production, d’échange, de formation des prix, de formation des revenus, et non à d'hypothétiques états d'équilibre. Ils utilisent pour cela l’observation et le raisonnement logique. Le recours aux mathématiques n'est pas systématique, quoiqu'il commence à être utilisé dans le cadre de calculs et démonstrations.
Découverte de Les économistes classiques considèrent tous les phénomènes économiques comme interdépendants. À la suite des physiocrates, ils croient à l'existence de lois de l'économie, valables à toutes les époques, et cherchent à les identifier. Ils sont en cela inspirés par les développements de la science physique de l'époque. Ricardo écrit ainsi que .
Conception de la valeur La définition de la valeur, de ce qui la constitue et de son origine, est fondamentale pour les Classiques et fait l'objet de débats et de postulats importants. Avant eux, les Physiocrates avaient donné un fondement objectif à la valeur des productions grâce à la conception d'une valeur issue du travail de la terre (Cantillon, Quesnay). Les économistes classiques vont, eux, d'abord considérer que la valeur se situe dans le travail qui a été nécessaire pour le produire. Adam Smith, David Ricardo et plus tard Karl Marx s'accordent sur ce sujet : la valeur des marchandises doit être la valeur d'échange (faculté d'une marchandise à être échangée contre une autre marchandise), dont la mesure va être le coût du travail (plus le coût du travail sera important, plus la valeur d'échange augmentera).
Même si la valeur-travail est l'élément commun à tous les classiques, le coût en travail des marchandises les différencie. Pour A. Smith, il s'agit du travail commandé (i.e, le prix payé pour l'achat du travail nécessaire à la production). Néanmoins, D. Ricardo et K. Marx considèrent que la valeur des marchandises doit correspondre à la quantité de travail nécessaire à leur production.
Après Condillac et Turgot, les classiques français se séparent sur ce point des classiques anglais en adoptant une conception subjective de la valeur, qui repose sur l’utilité espérée des biens. Turgot parle par exemple du « degré d’estime que l’homme attache aux différents objets de ses désirs ». Ils renoncent ainsi à la notion de « prix naturel » ou « juste prix » et annoncent la position des économistes marginalistes de la fin du .
Les marchés s'autorégulent grâce à des mécanismes d'ajustement endogènes. Bernard Ledermann écrit en 1941 que,
Neutralité de la monnaie Les classiques affirment une conception neutraliste de la monnaie. Elle est fondamentalement un instrument d’échange, qui exprime une valeur, mais n'est pas la valeur elle-même. Comme l'écrit David Hume, elle est de l'économie : elle permet de faire circuler la valeur, mais n'est pas désirée pour elle-même.
La monnaie est un (monnaie comme voile) car, selon Say, in fine, les produits s’échangent toujours contre des produits. Ainsi, la quantité de monnaie en circulation n’a pas d’importance, car les prix s’ajustent à la quantité de monnaie disponible. Créer de la monnaie n’augmente pas la masse des richesses réelles disponibles.
Toutefois, les classiques admettent que les variations de la quantité de monnaie peuvent ne pas être neutres. En effet, la monnaie nouvellement créée se répand dans la société à partir de points précis et de façon progressive, ce qui entraîne des effets différenciés sur les prix et donc sur les comportements des agents économiques. C'est ce qu'on appelle l’effet Cantillon.
Facteurs de production et classes sociales Les classiques envisagent une tripartition de la société correspondant aux trois grands facteurs de production que sont la terre, le capital et le travail. Les propriétaires fonciers louent la terre et sont rémunérés par la rente, tandis que les capitalistes disposent du capital, qu'ils peuvent investir. Les travailleurs vendent leur force de travail et obtiennent un salaire. Les classiques conçoivent que les classes aient des intérêts contradictoires. Selon Ricardo, il existe une relation inverse entre salaires et profits. Les travailleurs et les capitalistes seront donc en conflit pour obtenir une plus importante part du revenu de la production.
Concepts clefs
Division du travail
La division du travail est l'un des concepts majeurs et fondamentaux de l'école classique. Elle fonde toute son analyse du travail sur la répartition des tâches, et montre combien cette répartition assure une meilleure productivité des travailleurs et donc un enrichissement collectif.
Main invisible
Adam Smith propose la parabole de la main invisible pour soutenir que l'addition des comportements égoïstes des acteurs de l'économie mène, au niveau global, à un enrichissement collectif.
Loi de Say
La loi de Say, ou loi des débouchés, est l'un des concepts majeurs de l'école classique. John Maynard Keynes a soutenu que l'école classique se caractérise par son adhésion à la loi de Say. Selon cette loi, l'offre crée la demande, car en versant des salaires, les producteurs stimulent la demande de leur bien. Le salaire étant consommé ou épargné (c'est-à-dire investi), l'économie ne peut pas connaître de crise de débouchés (crise de surproduction).
Loi de la gravitation
Les classiques mobilisent une loi appelée loi de la gravitation pour représenter les fluctuations des prix de marché autour des prix naturels. Sur le marché, les prix effectifs se fixent selon l'offre et la demande ; dès lors, ils ne reflètent pas vraiment leur prix naturel, c'est-à-dire la valeur du bien. Toutefois, selon Adam Smith, l'effet de la concurrence va contraindre le prix effectif à rejoindre le prix naturel du bien. En effet, dans le cas où un bien est vendu au-delà de son prix naturel, la profitabilité va attirer des producteurs qui vont augmenter leur offre, ce qui va réduire le prix, et donc faire retrouver son prix naturel au bien.
Avantages comparatifs
Les économistes classiques s'intéressent au commerce international. Par la théorie des avantages absolus et des avantages comparatifs, Adam Smith et David Ricardo soutiennent les premiers qu'un pays a toujours intérêt à s'insérer dans le commerce international.
L'état stationnaire
Les classiques ne pensent pas une croissance continue, mais une croissance bloquée lors d'une phase ultime appelée état stationnaire. John Stuart Mill a ainsi écrit, dans ses Principes d'économie politique : . La thèse principale est que sous l'effet même de la croissance, les profits ont une tendance à la chute, ce qui conduit au blocage de l'accumulation. Le raisonnement est le suivant : l'accumulation exige une croissance démographique, impliquant de nourrir les nouveaux humains et augmenter la production de denrées ; or, cela exige à mettre en culture des terres de moins en moins fertiles. Pour compenser cette fertilité décroissante, le coût du travail de la production des denrées va s'accroître, ce qui provoque une hausse du prix des denrées. Afin de maintenir les salaires au niveau de subsistance, les salaires, indexés sur le prix des denrées de base, vont s'élever. Or, si les salaires s'élèvent, les profits baissent, ce qui empêche l'investissement, et conduit à un état stationnaire.
Thèses principales Épargne et investissement L'épargne est considérée comme bénéfique. L'accumulation de l'épargne permet l'accumulation du capital (voir Accumulation du capital), capital qui lui-même est utilisé pour investir. L'épargne accumulée permet ainsi l'investissement qui assure le progrès technique, qui repousse les limites de la croissance.
Les Classiques considèrent donc qu'il y a une égalité entre l'épargne et l'investissement. La rencontre de l'offre et de la demande de capitaux détermine le niveau du taux d'intérêt.
Rôle central de l'offre La problématique des classiques est principalement celle de la formation des richesses. Leur analyse est donc centrée sur la production et l’offre. De plus, puisque leur époque est encore dominée par la pénurie, ils postulent implicitement que tout produit répond à un besoin.
Jean Baptiste Say pose en principe que tout produit terminé crée des débouchés pour d’autres produits. En d'autres termes, chaque fois qu’un producteur augmente son activité il crée en même temps de nouveaux débouchés pour ses fournisseurs, il crée de nouveaux salaires pour ses employés, il crée un surcroît d’activité pour ses distributeurs.