thumb|Médailles remises aux liquidateurs, la première étant plus rare et remise aux premiers héros « sacrifiés » et/ou aux membres du Parti impliqués. En 2000, environ après la catastrophe, une centaine d’anciens mineurs de Nikouline ayant travaillé comme liquidateurs dans le tunnel destiné à refroidir le cœur fondu sont venus sur la place Rouge jeter devant le Kremlin leurs médailles de héros.. thumb|Le centre de la médaille représente une goutte de sang traversée par des rayons alpha, gamma et bêta.
Liquidateur (en , likvidatory) est le nom donné en ex-URSS au personnel civil et militaire intervenu immédiatement sur les lieux de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl le au matin, mais aussi aux équipes impliquées dans la consolidation et l'assainissement du site à plus long terme, jusque dans les années 1990. Le bilan les concernant doit être distingué du bilan civil de la catastrophe.
Ce nom désigne aussi, par extension, toutes les personnes, tant civiles que militaires, intervenant après un accident nucléaire majeur malgré les très hauts niveaux de radiations qu'ils peuvent subir. Le terme de « liquidateurs » est aussi utilisé pour désigner les dizaines de techniciens et pompiers restés sur place après les accidents nucléaires de Fukushima pour refroidir coûte que coûte les réacteurs.
Juguler l'incendie et décontaminer le site
L'enjeu immédiat, dans les jours qui suivirent Tchernobyl, était d'éteindre le graphite brûlant encore dans le réacteur : les scientifiques soviétiques avaient calculé que cet incendie devait être maîtrisé avant le sous peine d'assister à une explosion thermique susceptible de libérer une quantité importante de radionucléides dans l'atmosphère.
Des dizaines de milliers d'ouvriers furent acheminés sur le site dans l'urgence, afin de construire un sarcophage à la va-vite. Les équipes furent exposées par roulement pendant des durées de quelques secondes à quelques minutes à une radioactivité intense, avec ordre de s'attarder le moins possible. Ces intervenants ne disposaient ni d'informations sur les risques encourus, ni de protections efficaces ; ils bricolèrent tout au plus des sortes d'armures avec des matériaux récupérés et des plaques de plomb qu'on leur avait fournis. Une distribution de cachets d'iode aurait été effectuée parmi eux, mais elle ne fut pas systématique et l'ordre de la prendre ne fut pas toujours respecté. Les travailleurs déblayant les matériaux de la centrale et les pilotes survolant le site à travers le nuage de poussière radioactive étaient particulièrement exposés.
Les liquidateurs affectés au ramassage des blocs de graphite contaminé sur le toit du réacteur étaient appelés « robots biologiques » ou « robots verts » ou encore « bio-robots », le nom de « chats du toit » ou « Krycnye Koty » désignant les dosimètristes qui cartographiaient les zones « chaudes »Rapporté par .. C'est dans ces conditions que l'incendie finit par être maîtrisé le .
Profil des intervenants Le nombre total d'individus en provenance de toute l'URSS (opérateurs de la centrale, sapeurs-pompiers, pilotes d'hélicoptères, mineurs, terrassiers, ouvriers, militaires ou civils) qui se sont relayés sur le site entre 1986 et 1992 est estimé entre . Environ sont toujours affectés à la surveillance du site et du sarcophage du réacteur .
Une partie de leur travail était motivée par ce qui fut salué comme un acte de dévouement, voire un véritable « sacrifice » (dans le cas de personnes conscientes du danger), et plus largement par des promesses de salaires élevés et d'avantages sociaux (logements, places dans les crèches…) ou symboliques (médailles et diplômes) décernés par le gouvernement. Si les premiers intervenants étaient volontaires, par la suite la plupart des liquidateurs furent réquisitionnés.
Certains de ces intervenants furent par la suite déclarés « héros de l'Union soviétique ». Ce fut le cas notamment de Nikolai Melnik, un pilote d'hélicoptère qui avait placé des capteurs de radiations sur le réacteur., et du major Leonid Telyatnikov, responsable de la lutte contre l'incendie, auquel un monument fut érigé à titre posthume au cimetière de Baykove à Kiev le Communiqué sur le site du gouvernement ukrainien (22 avril 2006)..
Conséquences sanitaires
Suivi dosimétrique thumb|Une stèle à la mémoire des liquidateurs dans la ville de Kharkiv (Ukraine). La dose effective reçue par les liquidateurs entre 1986 et 1990 a été essentiellement due à des irradiations externes. Elle a été en moyenne de 117 mSv.
La dosimétrie individuelle enregistrée a varié de , 85 % des doses reçues se situant dans la fourchette (4,2 % des liquidateurs ayant reçu plus de )..
Ces relevés dosimétriques sont cependant considérés comme très imprécis, les erreurs estimées pouvant varier de 50 % jusqu'à un facteur 5. On estime que la dosimétrie du personnel militaire présente un biais systématique vers des valeurs trop élevées..
Suivi clinique Le bilan de la catastrophe relatif aux liquidateurs est controversé, et ce jusque dans la définition et l'évaluation numérique de ce groupe puisque les liquidateurs de la « première heure » ont reçu davantage de radiations, et plus intenses, que les suivants, ce qui conduit à une évolution clinique potentiellement différente.
À court terme, on s'accorde sur un total de 30 ou 49 personnes qui seraient décédées rapidement à la suite d'explosions ou de l'exposition aux radiations (syndrome d'irradiation aiguë) à la suite de l'accident...
À plus long terme, l'incidence des cancers, hors cancers de la thyroïde, ne semble pas significativement différente chez les liquidateurs et dans le reste de la population : certaines études signalent une légère augmentation des cancers chez les liquidateurs quand d'autres études signalent au contraire une légère diminution.. Les cancers de la thyroïde pourraient avoir augmenté parmi les liquidateurs, mais on n'a pas trouvé de relation dose-effet probante (il semble cependant y avoir une relation au temps de séjour dans les territoires contaminés.).
Les études sur les leucémies ont montré une augmentation du taux d'incidence de ces pathologies chez les liquidateurs (au cours de la première dizaine d'années suivant l'accident), mais les résultats d'ensemble manquent de cohérence, en particulier aucune relation dose-effet significative n'est observéeLa relation dose-effet et l’estimation des effets cancérogènes des faibles doses de rayonnements ionisants. Maurice Tubiana et André Aurengo, Rapport à l'Académie nationale de médecine, octobre 2004. p. 26.... Certains travaux semblent indiquer que l'absence de relation dose-effet viendrait des imprécisions sur le suivi dosimétrique : en reconstruisant a posteriori la dosimétrie des liquidateurs plutôt qu'en utilisant les chiffres des registres officiels, les auteurs retrouvent bien une corrélation statistique entre dose absorbée et risque de leucémie..
Si les premières études indiquaient plutôt un « effet travailleur sain », les liquidateurs semblent à long terme souffrir d'autres maux, principalement des cataractes radio-induites, des problèmes cardiovasculaires et des troubles psychologiques (syndrome post-traumatique, dépression, suicides).Jean Marc Bertho, Tchernobyl, 25 ans après : Un bilan des effets sanitaires dans les territoires contaminés, IRSN, DRPH/SRBE, Laboratoire de radiotoxicologie expérimentale, Présentation au Huitième congrès national de radioprotection « SFRP 2011 », Tours, 21, 22 & 23 juin 2011. Pour les problèmes cardiovasculaires, le doute persiste entre une éventuelle origine radio-induite et un lien avec un mode de vie à risque (alcoolisme, tabagisme, surpoids)Recent scientific findings and publications on the health effects of Chernobyl, Radiation Protection No 170, Summary report, Working Party on Research Implications on Health and Safety Standards of the Article 31 Group of Experts, Commission Européenne, 2011..
Projections théoriques et estimations statistiques Selon un rapport provisoire de l'ONU de , sur plus de suivis en 1986-1987, la mort de 47 est imputable statistiquement à l'irradiation, et pourraient encore décéder des suites de leur expositionTchernobyl : l'ampleur réelle de l'accident Rapport de l'ONU (septembre 2005).. Ce bilan a été révisé à la hausse en (cf.l'article principal), mais cela reste une projection statistique, la surmortalité n'est pas observée directement mais estimée statistiquement. à partir de modélisations extrapolant les connaissances actuelles.
Ici, une population d'environ a reçu de l'ordre de 117 mSv en moyenne. Si on admet que ces doses reçues par expositions successives par les liquidateurs pendant les opérations ont le même effet que les doses reçues instantanément par les populations de Hiroshima et Nagasaki ; Si on admet que le risque d'être atteint d'un cancer varie linéairement avec la dose radioactive reçue ; Alors on peut calculer que cette dose correspond à un risque de cancer augmenté de 0,5 %, impliquant que l'on devrait constater à terme un surplus de dans cette population. Mais l'on sait par ailleurs que ces deux hypothèses (qui sous-tendent le modèle linéaire sans seuil)
Par ailleurs, il est très difficile d'obtenir des chiffres fiables avec l'analyse statistique de phénomène médicaux : les taux d'incidences des maladies ne sont pas des constantes physiques définis avec précision, mais présentent des fluctuations aléatoires. Si l'effet attendu est faible par rapport aux bruits de fonds, il est impossible de le différencier de la marge d'erreur. Le taux de cancer « naturel » attendu dans une population est de l'ordre de , mais ce taux est susceptible de varier de nettement plus que 0,5 % pour des raisons étrangères aux irradiations (dégradation des conditions de vie, dépression, alcoolisme…), et varie fortement suivant la population de référence (résidence, origine ethnique…).
Polémiques sur le bilan sanitaire Les polémiques sur le bilan sanitaire citent généralement des chiffres très au-delà de ce qui est envisageable dans les connaissances actuelles : En , un texte de commémoration de la catastrophe provenant de l'ambassade d'Ukraine en Belgique faisait état du décès de plus de sur depuis 1986Commémorations en Ukraine de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 2004).. Le film documentaire La Bataille de Tchernobyl (2006) énonce que sur les , sont morts et sont invalidesLa Bataille de Tchernobyl, partie 6.. Selon le décompte de l'ingénieur biélorusse Gueorgui Lepine, qui a participé au programme de décontamination, Selon Viatcheslav Grichine, président de l'Union Tchernobyl (la principale association de liquidateurs) sur « sont morts et restés handicapés en Russie, en Ukraine les chiffres sont proches, et en Biélorussie sont morts et », ce qui fait un total de (10 % des ) et Selon un rapport indépendant, les chiffres de l'ONU sur les victimes de Tchernobyl ont été sous-estimés in Le Monde du 7 avril 2006.