Lornithorynque (Ornithorhynchus anatinus) est un animal semi-aquatique endémique de l'est de l'Australie et de la Tasmanie. C'est l'une des cinq espèces de l'ordre des monotrèmes, seul ordre de mammifères qui pond des œufs au lieu de donner naissance à des petits complètement formés (les quatre autres espèces sont des échidnés). C'est la seule espèce actuelle de la famille des Ornithorhynchidae et du genre Ornithorhynchus bien qu'un grand nombre de fragments d'espèces fossiles de cette famille et de ce genre aient été découverts..
L'apparence fantasmagorique de ce mammifère pondant des œufs, à la mâchoire cornée ressemblant au bec d'un canard, à queue évoquant un castor, qui lui sert à la fois de gouvernail dans l'eau et de réserve de graisse, et à pattes de loutre a fortement surpris les explorateurs qui l'ont découvert ; bon nombre de naturalistes européens ont cru à une plaisanterie. C'est l'un des rares mammifères venimeux. : le mâle porte sur les pattes postérieures un aiguillon qui peut libérer du venin capable de paralyser une jambe humaine ou même de tuer un chien. Les traits originaux de l'ornithorynque en font un sujet d'études important pour mieux comprendre l'évolution des espèces animales et en ont fait un des symboles de l'Australie : il a été utilisé comme mascotte pour de nombreux évènements nationaux et il figure au verso de la pièce de monnaie de vingt cents australiens.
Jusqu'au début du , il a été chassé pour sa fourrure mais il est à l'heure actuelle protégé. Bien que les programmes de reproduction en captivité aient eu un succès très limité et qu'il soit sensible aux effets de la pollution, l'espèce n'était pas considérée comme en danger jusque récemment ; depuis 2019, elle est décrite comme « quasi-menacée »., et un rapport de l' de a recommandé de la classer parmi les espèces menacées en vertu du code EPBC..
Taxonomie, dénominations et étymologie gauche|vignette|Illustration du Platypus anatinus de Goerge Shaw dans The Naturalist's Miscellany, 1799. Les aborigènes d'Australie nomment ou ont nommé l'ornithorynque de diverses façons en fonction de leurs langues. Parmi les noms relevés on retrouve : boondaburra, mallingong, tambreet, watjarang. (régions de Yas, Murrumbidgee et Tumat), tohunbuck (région de Goomburra, Darling Downs)., dulaiwarrung. ou dulai warrung (langue woiwurrung, Wurundjeri, Victoria)., djanbang (bundjalung, Queensland), djumulung (langue yuin, Yuin, Nouvelle-Galles du Sud), maluŋgaŋ (langue ngunnawal, Ngunnawal, ACT/Territoire de la capitale australienne), biladurang, wamul, dyiimalung, oornie, dungidany (, Vic, NSW), oonah. Le nom choisi et approuvé en palawa kani (langue tasmanienne reconstruite) est larila..
Quand le premier ornithorynque fut rencontré par les Européens en 1797, le gouverneur de Nouvelle-Galles du Sud, le capitaine John Hunter, en fit envoyer un pelage et des dessins en Grande-Bretagne.. Les scientifiques britanniques furent en premier lieu persuadés qu’il s’agissait d’un canular.. George Kearsley Shaw, qui fit la première description de l’animal dans le Naturalist’s Miscellany en 1799, expliquait qu’il était impossible de ne pas avoir de doute sur l’existence réelle de l’animal et Robert Knox croyait qu’il s’agissait d’un montage, œuvre d’un taxidermiste asiatique... Il pensait que quelqu’un avait cousu un bec de canard sur la fourrure d’un animal ressemblant à un castor., et Shaw essaya même de trouver les points de couture.
L’animal fut appelé par les Anglais, nom composite dérivé des mots du grec ancien / (« plat, large ») et / (« pied »), c’est-à-dire « pied plat ».. Mais on s’aperçut très vite que ce nom avait déjà été utilisé pour désigner un genre de coléoptères de la famille des Platypodidae, Platypus, par l’entomologiste Johann Friedrich Wilhelm Herbst.. Un autre zoologiste, Johann Friedrich Blumenbach, qui avait reçu également un animal de la part de Joseph Banks., lui avait donné en parallèle un nom différent en 1800 : Ornithorhynchus paradoxus, et il fut finalement appelé Ornithorhynchus anatinus. Le nom ornithorynque vient des mots du grec ancien / (« oiseau ») et / (« bec »), ce qui signifie « à bec d’oiseau », et le nom d’espèce signifie « comme un canard » en latin..
Le mot a ensuite été francisé avec une graphie longtemps instable : en 1803 chez Faujas de Saint-Fond, (graphie la plus étymologique) chez Georges Cuvier en 1805 dans ses Leçons d'anatomie comparée, qui l'orthographie cependant plus loin. C'est finalement la graphie intermédiaire qui s'est imposée, même si l'absence du second la rend inétymologique.
Le monde entier ne découvrit l’ornithorynque qu’en 1939 quand le magazine National Geographic publia un article décrivant les efforts pour l’étudier et le maintenir en captivité (tâche très difficile : le premier lieu où il a survécu — et toujours un des seuls — est la réserve d'Healesville au Victoria). Bien peu de jeunes ont pu être élevés jusqu’à présent : la première portée née en captivité date de 1943....
Description vignette|gauche|300x300px|Squelette d'un ornithorynque.|alt= vignette|Ornithorynque à Scottsdale dans l'état de Tasmanie en Australie
C'est un animal nocturne et farouche. Il est longtemps passé pour une chimère, mais se révèle un animal très adapté aux conditions de vie du continent australien.
L'ornithorynque a une masse corporelle très variable allant de 0,7 à , les mâles étant habituellement d'un tiers plus gros que les femelles. La taille totale, entre 40 et en moyenne, varie considérablement d'une région à l'autre, sans qu'elle soit liée au climat. La queue mesure et la mâchoire .
Il ressemble à un castor par son pelage : le corps et la queue, larges et plats, sont couverts d'une fourrure marron qui emprisonne entre ses poils de l'air afin d'isoler l'animal du froid, sa queue stocke des réserves de graisse comme chez le diable de Tasmanie et certains moutons. Comme les canards, il est pourvu de pieds palmés surtout au niveau des pattes antérieures, avec une palmure dépassant les doigts, qu'il utilise pour nager ou pour se déplacer sur des sols vaseux. Il peut partiellement replier sa palmure lorsqu'il se déplace sur sol sec ou qu'il doit utiliser ses griffes puissantes pour grimper sur les berges ou creuser sa tanière. Il est également pourvu d'une grande mâchoire cornée lui ayant donné son surnom anglais « duck-billed platypus » (« pied plat à bec de canard »). Cette mâchoire, gris-bleu, est surtout un organe sensoriel remontant sur le front, l'ouverture de la bouche se trouvant sur sa face inférieure ; les narines s'ouvrent à l'avant de la face supérieure, tandis que les yeux et les oreilles sont situés dans une rainure placée juste en arrière du bec. Cette rainure se referme lorsque l'animal nage, ce qui le rend sourd et aveugle dans l'eau. La cavité buccale est prolongée latéralement par des abajoues qui lui servent à stocker sa nourriture lorsqu'il chasse sous l'eau. La langue, charnue, a un renflement à sa partie postérieure qui peut obstruer complètement le fond de la bouche Les ornithorynques, Le Monde Vivant, Lire en ligne. Consulté le 7 juin 2008.. Les premiers Européens à s'être procuré un ornithorynque mort ont d'abord cru à une blague ; ils ont cherché d'éventuelles traces de coutures, en vain..vignette|alt=|300x300pxL'animal émettrait un petit grognement lorsqu'il est dérangé et l'on a rapporté l'émission de toute une série d'autres petits sons chez les spécimens en captivité ; mais selon d'autres témoignages, le seul bruit que ferait l'animal serait, lorsqu'il est gêné par de l'eau dans les narines, de souffler fortement pour l'en chasser Platypus, Native Plants and Animals, Department of Primary Industries and Water Site permettant d'écouter des ornithorynques. Consulté le 7 juin 2008..
L'ornithorynque est un animal homéotherme dont la température corporelle moyenne est de 31– contre en moyenne chez les mammifères placentaires Thermal Biology of the Platypus, Davidson College, 1999 Lire en ligne. Consulté le 7 juin 2008.. Les recherches laissent à penser qu'il s'agit plus d'une adaptation progressive aux conditions environnementales du petit nombre de monotrèmes survivants plutôt que d'une caractéristique historique des monotrèmes J.M. Watson et J.A.M. Graves, Monotreme Cell-Cycles and the Evolution of Homeothermy, Australian Journal of Zoology, CSIRO, 1988, vol. 36, 5, . T.J. Dawson, T.R. Grant et D. Fanning, Standard Metabolism of Monotremes and the Evolution of Homeothermy, Australian Journal of Zoology, CSIRO, 1979, vol. 27, 4, .. Les jeunes ornithorynques ont des molaires à 3 cuspides qu'ils perdent au moment de quitter le nid Pascual, R., Goin, F.J., Balarino, L., and Udrizar Sauthier, D.E., New data on the Paleocene monotreme Monotrematum sudamericanum, and the convergent evolution of triangulate molars in Acta Palaeontologica Polonica, 2002, vol. 47, 3, Lire en ligne. Consulté le 7 juin 2008. Hugh Race, Living mammals are placentals (eutheria), marsupials, and monotremes, Geowords. et les adultes disposent de blocs de kératine pour les remplacer ; la mâchoire de l'ornithorynque est faite de façon différente de celle des autres mammifères et le muscle chargé de son ouverture est dissemblable. Comme chez les autres mammifères, les os de l'oreille moyenne sont incorporés au crâne plutôt que d'être situés à la base de la mâchoire comme chez les cynodontes et les autres synapsides ; cependant le conduit auditif externe s'ouvre à la base de la mâchoire.vignette|Les monotrèmes|alt=|300x300pxL'ornithorynque, comme les reptiles, a des os surnuméraires dans la ceinture scapulaire comprenant notamment une interclavicule qu'on ne retrouve pas chez les autres mammifères. Il a la démarche d'un reptile avec les pattes situées sur les côtés du corps au lieu d'être en dessous comme chez les autres mammifères. Les jeunes et les ornithorynques mâles portent des aiguillons venimeux de de long aux chevilles reliés à une glande située dans la cuisse, appelée glande crurale. L'aiguillon s'atrophie chez la femelle et la glande n'est fonctionnelle que chez le mâle adulte pendant la période de reproduction. Son venin, formé de plusieurs enzymes, n'est pas mortel pour les humains, mais provoque d'importantes douleurs et des œdèmes qui peuvent durer plusieurs mois. Ils peuvent provoquer une paralysie des membres inférieurs pendant quelques jours. On ne connaît pas d'antidote. On se contente de traiter par des analgésiques et un vaccin antitétanique si besoin. Le venin peut être mortel pour un chien ou pour de petits animaux domestiques par dépression respiratoire Platypus, Duckbill, Ornithorhynchus anatinus, Poisonous plants and animals Lire en ligne. Consulté le 7 juin 2008..
Dans l'eau, il garde les yeux et les oreilles hermétiquement fermés et se sert de ses autres sens pour se diriger. Il détecte le plus souvent ses proies grâce à des détecteurs de champ électrique situés sur sa mâchoire (voir plus loin). Les quatre pattes de l'ornithorynque sont palmées. Quand il nage, il se propulse par des battements alternatifs de ses pattes avant, sa queue et ses pattes postérieures l'aidant à se diriger, mais non à se propulser.
Doublée de tissus adipeux, la fourrure de l'ornithorynque lui permet d'affronter les rivières les plus froides d'Australie. La durée moyenne de plongée de l'animal est de 31 à ..., la plus longue plongée observée a été de soit plus de deux minutes. L'animal plonge en moyenne à et un record à a été établi.
Sous lumière ultraviolette, son pelage apparaît vert-bleu fluorescent., propriété qui .
. Après son bain, il aime regagner son terrier après avoir essuyé son pelage, qui fut jadis très prisé des pelletiers pour ses qualités isolantes et sa grande finesse.
Venin