Domenico di Giacomo di Pace, dit Domenico Beccafumi ou Beccafumi, né entre 1484 et 1486 à Valdibiena, près de Montaperti, à quelques kilomètres de Sienne, en Toscane (Italie) et mort le à Sienne, est un peintre et sculpteur maniériste italien.

Biographie

Il n'est pas simple de reconstituer le parcours de Beccafumi, qui de sa vie ne signa, ni ne data, aucune de ses œuvres. Il est toutefois possible de s'appuyer sur les documents d'archives et sur la notice biographique détaillée que lui a consacré Giorgio Vasari, qui l'avait connu et fréquenté, dans la seconde édition de ses Vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, parue en (1568). Beccafumi avait d'ailleurs déjà été cité à plusieurs reprises dans la première édition, parue en 1550, alors que l'artiste était encore vivant. D'autres érudits ont depuis travaillé sur Beccafumi, constituant progressivement un corpus de documents et de notices : Urgieri au , Della Valle au , Romagnoli, Milanesi, Borghesi e Banchi au .

Premières années et apprentissage La date de naissance de 1486 est extrapolée à partir des dires de Vasari, qui indique que Beccafumi avait 65 ans à son décès, intervenu en 1551. Elle est remise en question par les archives, qui indiquent une naissance possible en 1484. Domenico naît dans la campagne siennoise, de parents paysans. Son père, Giacomo (ou Jacopo, ou encore Pacio) di Pace était vraisemblablement au service de Lorenzo Beccafumi, aristocrate siennois et ambassadeur de Sienne auprès de la ville de Florence. Celui-ci remarque le talent du jeune garçon et le prend sous sa protection. Il l'engage comme domestique et le fait étudier à Sienne, chez un peintre dont le nom est resté inconnu, mais que Vasari qualifie d'« assez médiocre ». Ce premier maître possède cependant une petite collection de « dessins d'excellents peintres [...]. S'exerçant de cette façon, [il] montra qu'il allait vers une brillante réussite ». En apprentissage, il est tout d'abord connu sous le nom de Mecherino (ou Meccherino, malingre), probablement à cause de sa petite stature. Il utilise ensuite le patronyme de son protecteur et commence alors à être connu également sous le nom de Beccafumi.

Selon Vasari, Beccafumi aurait commencé en étudiant le travail du Pérugin qui travaillait alors à Sienne sur diverses commandes (1502-1509), admirant sur le vif, en particulier, La Crucifixion de l'église de Sant'Agostino. Aucun indice d'influence péruginesque cependant dans ses premières œuvres : les experts y décèlent au contraire des apports d'artistes florentins de la même époque : Fra Bartolomeo, Mariotto Albertinelli, Piero di Cosimo, ainsi que du peintre espagnol Alonso Berruguete, actif à Florence autour de 1508 et considéré, a posterioriA posteriori, car le maniérisme est une notion inventée deux siècles plus tard., comme un des premiers (sinon le premier) des maniéristes. Le jeune Domenico aura d'ailleurs eu de nombreuses occasions de se rendre à Florence pour le compte de son protecteur.

Le séjour à Rome Reconnu comme peintre de profession dès 1507Dans un acte de cession de terres situées près de Simignano, seul signataire, il est identifié comme pictor de Senis, il complète sa formation en observant les statues et ruines antiques, et en effectuant en 1510 un voyage à Rome. Il sera durablement marqué par ce séjour de deux ans, correspondant à l'époque ou Michel-Ange décore la voûte de la Chapelle Sixtine, qu'il ne terminera qu'en octobre 1512. C'est également la période pendant laquelle Raphaël travaille aux fresques du Vatican, achevés en 1511. Selon Vasari, Beccafumi aurait même obtenu, pendant son séjour, une commission pour décorer, aux armes du pape Jules II, la façade d'un palais situé dans le quartier du Borgo, dans les parages du Vatican (œuvre perdue). vignette|upright=1.5|Rencontre entre Joachim et Anne1513, (Sienne)

Le Retour à Sienne De retour à Sienne, il fréquente de nombreux artistes, et notamment le très doué Giovanni Antonio Bazzi (dit Le Sodoma[...] car il fréquentait de jeunes efféminés imberbes et vivait avec eux, avait une conduite bestiale, licencieuse et déréglée, [tandis que] Domenico vivait honnêtement en homme de bien, en bon chrétien, la plupart du temps dans la solitude» (Vasari). Cette interprétation a valu à Sodoma une réputation tenace de débauché. Il apparaît aujourd'hui que ce pseudonyme, qui émerge dans les documents à partir de 1512 et qui y prend des formes variées (Soddoma, Sodona, Soddona, Sodone, Sogdona, Sobdoma), n'était qu'un surnom comme il s'en conférait alors dans les confréries. Sans référence à des pratiques déviantes, il est peut-être fondé sur un détournement de l'interjection piémontaise (« su'nduma ! » c'est-à-dire « allons-y ! »).), piémontais d'origine mais siennois d'adoption depuis 1500. Une des premières œuvres de commande de Beccafumi est la décoration de la chapelle de la Madonna del Manto de l'hôpital Santa Maria della Scala de Sienne (1513)«Pour le grand hôpital, il peignit à fresque une Visitation dans un style merveilleusement naturel» (Vasari). Cette commande (dont il ne reste aujourd'hui que le fragment : Rencontre entre Joachim et Anne à la Porte dorée), de la part d'une des institutions les plus prestigieuses de la cité, indique une réputation déjà bien établie.

Pour l'autel de la même chapelle, il exécute également le Triptyque de la Trinité : un panneau central figurant une Trinité au Christ en croix ; à gauche, un panneau figurant Saint-Côme et Saint-Jean-Baptiste ; à droite, un panneau figurant Saint-Jean l'Evangéliste et Saint Damien.

Mis à part la disproportion entre le panneau central et les panneaux latéraux, et des influences venant de Fra Bartolomeo, Filippino Lippi et du Sodoma, le style est sans conteste maniériste et déjà très personnel, que ce soit dans le mouvement des personnages ou dans les contrastes chromatiques.

Maniérisme, maturité et renommée

D'autres commandes suivent, avec le retable des Stigmates de sainte Catherine de Sienne, aujourd'hui exposé à la Pinacothèque de Sienne, mais réalisé vers 1515 pour le monastère des bénédictines de Monte Oliveto. vignette|left|upright=0.4|StigmatesDétail vignette|left|upright=0.4|StigmatesDétail Les Stigmates de sainte Catherine de Sienne, vont consacrer la réputation de Beccafumi, avec un paysage raphaëlite réinterprété par une excentricité toute personnelle.

En 1515, il peint, pour la Corte degli Uffiziali di Mercanzia, le Saint Paul en trône, aujourd'hui au Musée de l'Œuvre du Duomo de Sienne, et autrefois exposé dans l'église, aujourd'hui détruite, de Saint Paul. De chaque côté de l'apôtre, littéralement perché sur un trône improbable, sont représentées des scènes de sa conversion et de sa décapitation. Au-dessus de Paul, des angelots dévoilent un portrait de la Vierge et de l'Enfant Jésus accompagnés de deux saints. Les chercheurs ont trouvé de nombreuses références dans cette composition, pourtant aux antipodes du classicisme : avec son glaive et son grimoire, le personnage de saint Paul évoque les prophètes et devins représentés par Michel-Ange au plafond de la Chapelle Sixtine, tandis que les seconds plans font penser à Dürer et à Piero di Cosimo.

Sa consécration comme meilleur artiste de la ville intervient quand il est associé, à partir de 1519, à la décoration du Duomo, le principal édifice de Sienne. Il commence par fournir des cartons pour la décoration du pavement du sol, travail qu'il poursuivra le reste de sa vie. On lui doit notamment les Épisodes de la vie d'Élie (hexagone sous la coupole et devant l'autel), le Sacrifice d'Isaac, ainsi que les frises figuratives qui entourent ce dernier. À la même époque, Raphaël termine les cartons des tapisseries de la chapelle Sixtine. L'influence raphaëlite dans le travail de Beccafumi sur le pavement a induit certains critiques à tabler sur un second voyage à Rome en 1519.

Les Fresques du Palazzo Pubblico (Sienne) Entre 1529 et 1535, Beccafumi exécute, pour le compte de la république de Sienne, un grand cycle de fresques destinées à orner la salle du Consistoire du Palazzo Pubblico (Palais public) de Sienne. Situé au cœur du pouvoir et de la cité, le projet n'est pas dénué de connotations politiquesPascale Dubus consacre un chapitre entier à cet aspect de l'œuvre de Beccafumi. Art et politique, dans Domenico Beccafumi, Société Nouvelle Adam Biro, 1999, .. Il est composé de trois allégories (voûte), auxquelles viennent s'ajouter huit personnages célèbres (demi-tondi aux angles des murs) et huit représentations de scènes de l'histoire antique. L'ensemble est destiné à magnifier l'idéal républicain en donnant à voir des figures allégoriques et des individus qui ont été sacrifiés ou ont tout sacrifié à cet idéal. Les trois allégories représentent la Justice, l'Amour de la Patrie et la Bienveillance mutuelle. Parmi les huit personnages célèbres, héritiers des principes illustrés par les allégories, les commanditaires et l'artiste ont choisi Stasippe de Tégée, Fabius Maximus, Lucius Julius Brutus, Damon d'Athènes, Charondas, Elius.

Quant aux scènes d'histoire, Vertus publiques des héros grecs et romains, elles représentent des épisodes « régénérateurs » de la République tirés de l'Antiquité dont la liste semble déjà dressée par Machiavel dans son Discours sur la première décade de Tite-Live (Livre III) : « Pour donner de la vigueur et de la vie [aux institutions du Gouvernement] il faut un homme vertueux qui puisse opposer son courage à la puissance des transgresseurs. Les exemples les plus remarquables de pareils coups frappés par cette autorité, avant la prise de Rome par les Gaulois, sont : La Mort des fils de Brutus La Mort des décimvirs La Mort de Spurius Melius et, après la prise de Rome La mort de Manlius Capitolinus La Mort du fils de Manlius Torquatus La Punition infligée par Papirius Cursor à Fabius, son maître de cavalerie, et L'Accusation contre les Scipions Selon Machiavel, ces événements, aussi terribles qu'éloignés des règles ordinaires, n'arrivaient jamais sans ramener les hommes aux premiers principes de la République. : La Réconciliation d'Emilius Lepidus et Flavius Flaccus La Décapitation de Spurius Cassius Marcus Manlius précipité du Capitole Postumius Tiburcius faisant mettre à mort son fils Le Sacrifice de Seleucos de Locride Publius Manlius faisant condamner ses collègues au bûcher L'Exécution de Spurius Melius et Le Sacrifice de Codros, roi d'Athènes

L'ensemble du cycle demandera à Beccafumi six années de travail et sera officiellement déclaré achevé le . Le chantier, étroitement lié à la visite de Charles Quint à Sienne, aura entretemps subit quelques coups d'arrêt, en raison du report de celle-ci. Lorsque l'empereur se rendra finalement sur place en 1536, les édiles mettront en scène sa visite du Palazzo communale, envoyant au souverain un message non équivoque quant à leur attachement à la République. Parallèlement, et toujours pour dans la perspective de cette visite impériale, Beccafumi exécuta, aux dires de Vasari, un cheval de carton-pâte en ronde-bosse, « haut de huit brasses et vide à l'intérieur, supporté par une armature de fer, monté par l'empereur revêtu d'une cuirasse à l'antique, l'épée à la main. Trois grandes figures, qui contribuaient à soutenir le poids, étaient couchées, en position de vaincues, sous le cheval en train de sauter, les pattes avant levées ; ces trois figures symbolisaient trois provinces que l'empereur avait soumises »VASARI Giorgio, Les vies des meilleurs peintres, sculpteurs et architectes, traduction française de Nadine BLAMOUTIER, sous la direction d'André CHASTEL, Paris, Berger-Levrault, 1984, vol. VII, 279-292. Anges de bronze, Grand autel du Duomo de Sienne Ces huit anges en bronze réalisés en 1551 sont ses dernières œuvres connues. Les consoles anthropomorphes, qui faisaient partie de la même commande, resteront, quant à elles, inachevées à la mort de l'artiste.

Statut, vie familiale et postérité