La main à la pâte est une fondation qui a pour objectif de développer un enseignement des sciences fondé sur l’investigation, à l’école primaire et au collège.

Lancée en 1996 à l’initiative de Georges Charpak, prix Nobel de physique, puis de Pierre Léna et Yves Quéré avec le soutien de l’Académie des sciences, La Main à la pâte est devenue en 2012 une fondation de coopération scientifique fondée par l’Académie des sciences, l’École normale supérieure (Paris) et l’École normale supérieure de Lyon. La Fondation La main à la pâte poursuit et amplifie les actions conduites en France et dans le monde.

Elle est accompagnée par l'association Les Amis de La main à la pâte (créée en 2015 - loi de 1901) qui mobilise des réseaux d'entraide de proximité sur des projets d'éducation en science et technologie dans un cadre scolaire.

Principes Depuis ses débuts, l’action de La main à la pâte a pour objectif premier d’aider les enseignants à découvrir (pour les professeurs de l’école primaire) et à enseigner la science en mettant en œuvre une pédagogie d’investigation permettant de stimuler chez les élèves esprit scientifique, compréhension du monde et capacités d’expression.

Les dix principes, élaborés en 1998, résument l’essentiel de ce qui est proposé par La main à la pâte : les six premiers décrivent de façon simple la pédagogie sous-jacente. Cependant, l’un de ces principes se réfère au cahier d’expériences qui est constitué d’écrits individuels, de groupe et collectifs, ce qui est nouveau ; les quatre derniers concernent l’accompagnement, dont un accompagnement par un site Internet (créé en 1997) et par des scientifiques issus de la recherche académique ou de l’entreprise.

L’un des fondements de l’action de La main à la pâte est de fournir cette aide, par différents moyens, de manière gratuite.

Historique Georges Charpak, initiateur de La Main à la pâte

Né en 1924 en Ukraine, Georges Charpak arrive en France avec ses parents à l’âge de 7 ans. Il apprend rapidement le français qui va devenir pour lui une nouvelle langue maternelle, et aime l’école au point qu’il estimera toute sa vie avoir une dette à son égard. Brillant élève, il aborde les études supérieures au moment de la guerre. Engagé dans la Résistance, il est arrêté et déporté sous le faux nom de Charpentier au camp de concentration de Dachau.

Après sa libération en 1945, il entre à l’École des mines de Paris et, diplôme en poche, se lance aussitôt dans la recherche au sein du laboratoire de physique nucléaire de Frédéric Joliot-Curie. Attiré par la physique des particules élémentaires, il entre au CERN (le Centre Européen de Recherche Nucléaire) à Genève, à l’invitation du physicien américain Leon Lederman. Là, il va se consacrer à l’instrumentation de pointe, et développer les détecteurs de particules de nouvelle génération dits « multifils ». Cette technologie permettra plusieurs découvertes majeures en physique des particules et lui vaudra l’attribution du Prix Nobel de physique en 1992.

C’est à Chicago que Georges Charpak découvre le programme d’enseignement des sciences Hands on, créé en 1992 par Leon Lederman pour lutter contre l’échec scolaire et la violence dans les quartiers défavorisés. À son retour, s'appuyant sur l'Académie des sciences dont il est membre, il s’engage dans l’opération La Main à la pâte, aventure qui le passionnera jusqu’à son décès en 2010.

Le rôle de l'Académie des sciences L'Académie des sciences, fondée en 1666, est chargée par ses statuts (article 2) de « veiller à la qualité de l’enseignement des sciences ».

En 1995, Georges Charpak, membre de l'Académie depuis 1985, convainc le ministre de l'Éducation nationale de l’époque d'envoyer une mission d'étude dans des écoles des quartiers défavorisés de Chicago. Se joignaient à cette mission les physiciens Yves Quéré (physicien des solides) et Pierre Léna (astrophysicien), tous deux membres de l'Académie des sciences. Un rapport sur les expérimentations nord-américaines et leur compatibilité avec le contexte français est demandé à l’INRP (Institut national de recherche pédagogique).

Début est organisé au Futuroscope de Poitiers en présence des trois académiciens un séminaire de réflexion sur l'enseignement des sciences à l'école primaire à l'intention des Inspecteurs de l’Éducation Nationale. Les trois académiciens promettent alors aux inspecteurs un accompagnement au quotidien s’ils acceptent l’enjeu proposé. En , l’Académie des sciences par un vote unanime de ses membres soutient le projet et poursuivra sans faille ce soutien par la suite.

En , Georges Charpak, Pierre Léna et Yves Quéré réunissent autour d'eux chercheurs et pédagogues à la Fondation des Treilles, fondation au service des sciences et des arts, qui les accueillera pendant une décennieCarnet de recherches de la Fondation des Treilles.

De l'expérimentation au PRESTE Dans le Bulletin officielDéveloppement de l'enseignement des sciences à l'école primaire. du , les principes du développement souhaité de l'enseignement des sciences à l'école primaire sont énoncés. Au cours du dernier trimestre 1996, des maîtres volontaires de 344 écoles de cinq départements (Loire-Atlantique, Loir-et-Cher, Meurthe-et-Moselle, Rhône, et Yvelines) mettent la main à la pâte.

Pour assurer un accompagnement au niveau national, l’Académie des sciences, avec l’INRP, s’est entourée d’acteurs qui allaient constituer plus tard l’équipe de La main à la pâte. Grâce à Georges Charpak et la délégation interministérielle à la ville (actuellement Comité interministériel des villes), l’équipe a créé un site Internet (inauguré en 1998) pour les enseignants, site qui a permis aussi bien des échanges entre collègues, des dialogues entre scientifiques et enseignants que la mise à disposition de toutes ressources utiles, comme des séquences d’enseignement. Comme en France, ce genre de documents n’existait pas, le site a accueilli la traduction de modules d’enseignement (Insights) conçus aux États-Unis. Depuis, ces documents n’y sont plus et les activités pour la classe du site sont essentiellement de production française.

L’année 1997-1998 vit l’expérimentation, toujours pilotée par le ministère de l’Éducation nationale et l’Académie des sciences, s’étendre à 2000 classes réparties dans 48 départements.

En sont décernés pour la première fois, dans la grande salle des séances de l’Académie des sciences, en présence d’un ministre, les prix de La Main à la pâte désormais annuels distinguant les meilleures réalisations accomplies.

Pour garantir la qualité scientifique et pédagogique de différents produits commerciaux (livres, cédéroms, etc.), l’Académie des sciences dépose en 1998 la marqueLa marque La main à la pâte. et le logo La main à la pâte. Leur droit d’usage est attribué par un comité de la marque indépendant et les droits perçus permettent de financer chaque année les prix de La main à la pâte.

1999 a été marqué par un grand colloque national qui s’est déroulé à la Bibliothèque nationale de France, intitulé : « A propos de La Main à la pâte : les sciences et l’école primaire » et la remise au ministre de l’époque du rapport de Jean-Pierre Sarmant (Inspecteur général de l’Éducation nationale) qui concluait par une adhésion à la rénovation entreprise et à ses principes.

En , le ministre de l'Éducation nationale annonce la création d’un plan triennal de rénovation de l’enseignement des sciences et de la technologie à l’école (PRESTE)(consultable au BO du Plan de rénovation de l'enseignement des sciences et de la technologie à l'école.). Une déclarationDe "La main à la pâte" au plan de rénovation de l'enseignement des sciences. commune est formulée par la Direction de l’enseignement scolaire du ministère de l’Éducation nationale et de l’Académie des sciences.

Durant la durée de ce plan, les programmes de l’école primaire ont été revus (en 2002) ainsi que les fiches connaissances, et des documents (Enseigner les sciences à l’école et découverte du monde à l’école maternelle) ont été élaborés par le Ministère et l’Académie des sciences et l’équipe de La main à la pâte.

L'implication des scientifiques Acteurs et témoins de la science telle qu’elle se fait, les scientifiques contribuent à en donner une représentation vivante et stimulante.

En 1998, la première édition de l’université d’automne Graines de sciences est organisée, afin de réunir pendant une semaine, durant les vacances scolaires, des scientifiques avec des enseignants de l’école primaire et des maîtres-ressources essentiellement. Chaque chercheur anime des ateliers, liés aux thématiques de ses recherches (sans forcément de lien avec le programme de l’école primaire), en jouant le jeu de La Main à la pâte, c’est-à-dire en accordant une grande importance au questionnement, en illustrant son propos d'expériences simples, et en faisant participer les enseignants, ce qui conduit à des échanges stimulants et enrichissants. Depuis lors, « Graines de sciences » accueille chaque année une trentaine d’enseignants.

Cette implication des scientifiques va également s'illustrer avec la mise en place progressive de l’ASTEP (Accompagnement en Science et Technologie à l’École Primaire). Ce dispositif encourage des chercheurs, des étudiants de formation scientifique, des ingénieurs et techniciens d’entreprises à seconder les enseignants du primaire dans la mise en œuvre et le déroulement d’une démarche d’investigation conforme aux programmes de l’école. Ils assurent un rôle d’accompagnateur qui peut prendre diverses formes (en classe, parrainage, à distance…). Leur présence aux côtés des enseignants est l’occasion pour ces derniers d’aborder avec moins d’appréhension le programme de science, de prendre de l’assurance dans la conduite des démarches scientifiques ou technologiques et de consolider leur maîtrise des contenus. Un réseau de correspondants locaux permet de faciliter la mise en place du dispositif.

La mise à disposition de ressources pour enseignants et formateurs Dans ses premières années, La main à la pâte supervise la traduction et l’adaptation par des classes françaises de ressources produites aux États-Unis, les modules Insights créés pour permettre aux enseignants de s’immerger dans l’investigation. En 1998, ils sont alors mis gratuitement à la disposition de tous sur le site Internet de La Main à la pâte.

Démarre ensuite une démarche de mutualisation : les enseignants sont invités à partager leurs propres activités de classe, ensuite validées sur le plan scientifique et pédagogique par La Main à la pâte avant d’être mis en ligne. Depuis, de nombreuses autres ressources viennent régulièrement enrichir le site (partenariat avec le magazine La Classe, ressources pour le collège, pour la formation, produits labellisés, documentation…).

À partir des années 2000, l’équipe de La main à la pâte produit et diffuse ses propres ressources « clé en main » pour la classe. C’est le début des projets thématiques, réalisés avec l’appui de scientifiques et de pédagogues au rythme d’un par an : Sur les pas d’Ératosthène, L’Europe des découvertes, Vivre avec le soleil, Le Climat, Ma planète et moi, Découvertes en pays d’Islam, Calendriers, Miroirs du ciel et des cultures, Ma maison, À l’école de la biodiversité, Quand la Terre gronde, Les Écrans, Le Cerveau et l’enfant.

Ces projets sont traduits dans plusieurs langues (dans leur version Internet ou livre) contribuant ainsi à leur diffusion dans les communautés éducatives du monde entier.

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