Dans la mythologie grecque, Pan (en grec ancien , anciennement selon certains écrits, ou, analogiquement, de . ; d'une racine indo-européenne du sens de « gonfler », « faire croître ») est une divinité de la nature, protectrice des bergers et des troupeaux.

Il est souvent représenté comme une créature chimérique, mi-homme mi-bouc, à l'image des satyres dont il partage la compagnie.

Origine et étymologie Pan, dont le nom reconstruit est *Péh₂usōn, est l'un des rares noms divins attribuables à la période commune des Indo-Européens..

Avant de devenir le , Pan est un dieu-lune dont la spécialisation ultérieure serait peut-être due à ses cornes considérées comme des croissants de lune.. Le dieu Lune serait également lié au pastoralisme par la pratique du pâturage nocturne..

On a supposé qu'il correspond au dieu védique Pushan dont il partagerait l'étymon *peH₂- . Ce lien entre Pan et Pushan a été identifié pour la première fois en 1924 par le chercheur allemand Hermann Collitz H. Collitz, "Wodan, Hermes und Pushan", Festskrift tillägnad Hugo Pipping pȧ hans sextioȧrsdag den 5 November 1924 1924, . Robert S. P. Beekes, Etymological Dictionary of Greek, Brill, 2009, .. A. et B. Rees l'ont rapproché de l'irlandais Cúroí. qui est, selon Ph. Jouët, un ancien dieu Lune..

Le composé Aigípan pourrait avoir signifié initialement et être à l'origine de son nom Norbert Oettinger, Semantisches zu Pan, Püsan und Hermes. Semantisches zu Pan, Püsan und Hermes. - In : Mír curad : studies in honor of Calvert Watkins / ed. by Jay Jasanoff - Innsbruck : Inst. fur Sprachwiss., 1998, ..

Dans les Histoires, Hérodote comparant la place de Pan dans les généalogies divines égyptienne et grecque, rapporte les enseignements des prêtres égyptiens. Hérodote remarque que chez les Égyptiens, Pan appartient aux dieux les plus anciens, tandis que chez les Grecs, selon la tradition qu'il rapporte, Pan est compté parmi les plus jeunes dieux, puisqu'il est le fils d'Hermès, , 145-146. La recherche actuelle considère généralement que le « Pan » égyptien de Hérodote est le résultat d'une interprétation grecque (interpretatio graeca) et non l'identification d'un dieu égyptien qui serait réellement identique à Pan.

Généalogie et famille D'après l'Hymne homérique qui lui est consacré : ., il est le fils d'Hermès et d'une qui n'est pas nommée. Il naît sur le mont Cyllène en Arcadie. Il est si laid, avec ses cornes, sa barbe, sa queue et ses pattes de bouc, que sa mère, effrayée, l'abandonne et s'enfuit. Hermès le recueille et l'emmène sur le Mont Olympe - où tous les dieux l'accueillent. Selon l'auteur, ce serait l'origine de son nom : « tous » (pan) les dieux sont réjouis..

Selon d'autres versions, il passe pour le fils de Zeus et de CallistoÉpiménide, 3B16., de Zeus et de Thymbris, , 4, 1., d'Apollon et de PénélopeHécatée de Milet, 1F371 FGrH et Pindare, 100 SM., d'Hermès et Pénélope, , 145 ; , , 22, 56 ; Apollodore, Épitome, , 38 ; , ; , , 43. ou d'Ulysse lui-mêmeThéocrite, Syrinx.. Cette ascendance qui relie Pan à Pénélope pourrait résulter d'une confusion entre deux personnages du même nom, Pénélope étant à l'origine une nymphe qui fut ensuite confondue avec l'épouse d'Ulysse..

Afin de concilier ces variantes, certains auteurs imaginent plusieurs Pan : deux chez Eschyle (fils de Zeus et Cronos)Fr. 25b Radt. et jusqu'à une quinzaine de Pan différents chez Nonnos de PanopolisCatalogue de l'armée divine de Dionysos au des Dionysiaques.. Les uns seraient issus du Pan primordial (alors considéré comme le fils de la nymphe-chèvre Amalthée et le frère de lait de Zeus), les autres seraient nés d'Hermès par les nymphes Sosé et Pénélope.

Mythes vignette|Statue de Pan (Marbre de Paros) trouvée à Sparte. Copie faite au d'un original du vignette|Représentations de Pan sur des pièces Pantikapaion en or et en argent du vignette|Tétradrachme représentant Pan assis sur une peau d'animal, tenant un bâton et un lièvre, Zankle-Messine, environ 420-413 avant J.C., Münzkabinett Berlin.

Sur l'Olympe, sa laideur finit par déranger ; Pan s'exile sur terre, parmi les mortels, les bergers, les chevriers et les animaux..

Pan d'après Ovide Pan et Syrinx Ovide (Métamorphoses, , 688-711) fait de Pan un dieu champêtre lié à la musique. Pan cherche à conquérir Syrinx qui s'enfuit dans les marais où ses sœurs la transforment en roseau afin de la cacher au dieu. Pan croyant l'avoir capturée s'aperçoit qu'il ne tient dans ses bras que des roseaux. Il soupire et le roseau émet un son mélodieux par lequel il aura l'impression de posséder à jamais la Naïade disparue. En juxtaposant des roseaux de tailles différentes, il fabrique un instrument qu'il baptisera du nom de la nymphe, Syrinx., ou flûte de Pan.

Pan et Apollon Phébus Ovide (Métamorphoses, , 146-193). relate le duel entre Pan et Apollon. Pan vit sur les versants du mont Tmolus. C'est là qu'au son de ses pipeaux légers, Pan attire les nymphes d'alentour. Il ose préférer ses pipeaux à la lyre. Il défie Apollon et le dieu du mont est pris pour juge de ce combat inégal. Pan souffle dans ses pipeaux rustiques et charme, par ce son l'oreille grossière de Midas présent à ce combat. Apollon, à son tour, joue de sa lyre et charme Tmolus qui le déclare vainqueur. Les nymphes et les bergers applaudissent. Midas condamne le jugement ; Apollon le punira en lui donnant des oreilles d'âne.

Récits érotiques vignette|200px|Statuette du dieu Pan et de son éromène, Daphnis, , Musée archéologique national de Naples. Pan est également lié à la fécondité et la sexualité.. Il est connu pour ses pouvoirs sexuels. Dion de Pruse raconte que Pan aurait appris la masturbation à son père Hermès, et l'aurait par la suite enseignée aux bergersDion de Pruse, Discours, , 20..

La plupart des récits de Pan impliquent ses amours : La nymphe Syrinx qui se transforma en roseaux des marécages pour échapper à Pan. La nymphe Écho dont la voix merveilleuse rendait tout homme amoureux. Pan la rattrapa et l'éparpilla sur toute la Terre. Il n'en resta que l'écho, pâle imitation, et une fille, Jynx, qu'Héra, pour la punir d'avoir favorisé les amours de Zeus avec Io, métamorphosa en statue de pierre ou en un oiseau utilisé dans les conjurations amoureuses, le torcolSouda ; scholiastes de Théocrite et de Pindare, , 56.. Le berger de Sicile Daphnis, amant de Pan. Séléné (personnification de la Lune), qui se laissa séduire en acceptant un troupeau de bœufs blancs. La nymphe Euphéné, qui lui donne un fils, Crotos, devenu la constellation du Sagittaire ..

Fonctions Pan est le dieu principal de l'Arcadie. Les Grecs considéraient ses habitants comme des . Pan était le protecteur des ArcadiensPindare, Fragments de Parthénées..

Dans La Clé des Songes, Artémidore d'Éphèse explique que rêver du dieu Pan habillé en citadin est un signe de malheur, tandis que rêver du dieu dans son costume naturel est porteur de bonnes nouvelles.

Dieu des troupeaux Dieu pastoral, « maître des animaux »Philippe Borgeaud, Recherches sur le dieu Pan, Rome, Institut suisse, Droz diffuseur, Bibliotheca Helvetica Romana , 1979, , Pan protége les troupeaux, tant domestiques que sauvages .38., , 271-277.. Les abeilles sont également sous sa protection., ainsi que la côte où les pêcheurs poursuivent leurs activitésJacobs, 1863, ibid., , 10..

Dieu des chasseurs Paradoxalement, Pan est également le dieu et le protecteur des chasseurs. Il était lui-même un chasseur comme le rappelle son hymne homérique : Homère, ..

Dieu des frayeurs soudaines et de la panique Les historiens de la religion grecque soulignent que Pan était associé aux espaces sauvages, aux bruits mystérieux et aux frayeurs soudaines, notamment chez les troupeaux et les soldatsPhilippe Borgeaud, Recherches sur le dieu Pan, Rome, École française de Rome, 1979 (Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome, 243)..

Du dieu Pan dérive le mot panikos qui a ensuite donné . Les auteurs grecs utilisaient l’expression πανικὸς φόβος (panikos phobos), littéralement « peur de Pan », pour désigner une terreur soudaine et irrationnelle. Dans l’usage antique, le panikos phobos désigne une terreur soudaine, incontrôlée et disproportionnée, souvent sans cause clairement identifiable.

La peur n'apparaît pas comme un pouvoir psychologique de Pan, mais comme une forme de son épiphanie, de sa manifestation divine. L'apparition de Pan est rarement visible. Elle est souvent ressentie comme une présence qui se manifeste par un bruit, un cri ou un mouvement inexplicableClaude Meillier, « L'épiphanie du dieu Pan », Revue des Études Grecques, 88, 1975, p. 121-132..

Dans ses traités militaires, Énée le Tacticien parle de la condition du guerrier avant le combat, préparé à toute attaque et, soudain, il suffit d'un bruit, d'un écho et le soldat ne reconnait plus les siens, il ne reconnaît plus son appartenance, l'armée est désorganisée et les guerriers d'un même camp finissent par se faire la guerre entre eux. Le rôle de Pan est de semer la panique parmi les guerriers..

Certains récits relatent la peur que dégageait le dieu : Lorsqu'il était dérangé durant ses siestes, il pouvait infliger aux responsables de son trouble une peur panique, panikon deima. Lors de la bataille entre les Titans et les dieux, Pan fut le premier à semer la terreur dans le cœur de ces géants à l'aide de sa flûte. Lors d'une expédition menée aux Indes avec Dionysos, Pan aurait semé la panique parmi les ennemis, à l'aide de l'écho des parois rocheuses qui les entouraient. Le bruit, venant de nulle part, ainsi que le paysage terrifiant et sombre dans lequel ils se trouvaient, amenèrent les guerriers à imaginer des voix, des ombres humaines, qui les rendirent fous.

Épithètes, attributs et sanctuaires En Grèce, le centre du culte de Pan était l'Arcadie où il partage, avec Zeus, le principal sommet de la région, le mont Lycée, , 26., , 26.. Les grottes sont des lieux privilégiés de sa présence, tel l'antre Corycien au-dessus de Delphes, l'un des grands sanctuaires de Pan.

L'introduction d'un culte civique officiel à Athènes n'a lieu qu'après la bataille de Marathon. Le mythe raconte qu'à la veille de la bataille, les Athéniens envoyèrent un héros messager en direction de Sparte, Phidippidès, afin de demander l'aide des Spartiates dans la guerre contre les Perses. Les Spartiates célébraient alors les Karneia, ce qui impliquait une trêve militaire jusqu'à la pleine lune suivante. Les forces spartiates ne pourraient partir qu'après un délai de dix jours. Consterné, Phidippidès rentra à Athènes. Sur le chemin, il traversa les montagnes d'Arcadie, dans lesquelles il vit apparaitre le dieu Pan. Le dieu lui reproche que les Athéniens ne lui rendent pas de culte, tout en promettant de leur venir en aide. Contre toute attente, les Athéniens remportèrent la bataille de Marathon. Ils décidèrent donc d'instaurer le culte de Pan à Athènes. Les Athéniens lui consacrent une grotte sous l'Acropole d'Athènes et instituent des sacrifices ainsi qu'une course aux flambeaux en son honneur, , 105-106..

À partir de ce moment-là, son prestige augmente considérablement et son culte connaît une diffusion importante au siècle dans toute la Grèce.

Ses attributs sont la Flûte de Pan (syrinx), le bâton du berger, la couronne et le rameau de pin, ainsi que les cornes, les pattes de bouc .

Le grand Pan est mort Le caractère mortel de Pan est interprété comme une représentation du cycle des saisons, et du passage de la belle saison à l'automne puis à l'hiver.

Plutarque, dans La disparition des oracles, relate l'annonce mystérieuse de « la mort du grand Pan »..

Le christianisme s'inspira de l'apparence et du caractère sulfureux de ce dieu très populaire, et le dénigra en octroyant ses attributs au démon, pour lutter contre le paganisme. Quand le paganisme antique prit manifestement fin, le cri tiré de Plutarque et sorti de son contexte, traversa l'Empire romain : .

Iconographie