L'ordre des Servites de Marie () est un ordre mendiant de droit pontifical.
Vers 1233, sept marchands florentins quittent leurs richesses pour vivre ensemble la pauvreté et la fraternité. Ils prennent le nom de Serviteurs de Marie, désirant se mettre sous sa protection. Attachés au service des nécessiteux et des malades dès avant la création de leur fraternité, les sept fondateurs se tournent également vers l'image de Marie au pied de la Croix.
Approuvé en 1304, l'ordre des Servites de Marie est fondé par canonisés D'après la bulle de canonisation de Léon XIII (1888). et célébrés ensemble le .
Histoire
La légende des origines
La source principale pour connaître l'histoire de la création de l'ordre des Servites de Marie est la Légende des OriginesTitre complet : La Legenda de origine Ordinis fratrum Servorum. qui a probablement été écrite entre 1317 et 1318 par le frère Pierre de Todi qui fut le huitième prieur général de l'ordre de 1314 à 1344.
Selon cet 'auteur, l'ordre est né en 1233 (paragraphe 12), la même année où naquit saint Philippe Benizi, futur prieur général de l'ordre qui fit toutes les démarches pour que l'ordre soit définitivement approuvé par Rome. (paragraphe 15). Ces hommes étaient de situations différentes : célibataires, veufs, de liens de mariage dissouts pour mener une vie religieuse (paragraphe 16). Avant de tout quitter, ils étaient marchands (paragraphe 17). Ils fréquentaient une des sociétés en l'honneur de la vierge Marie, la plus grande et la plus réputée, appelée la (paragraphe 18).
. Ils allèrent habiter ensemble une maisonnette de Florence : (paragraphe 31). Dès le début, (paragraphe 32). Cependant, de nombreuses personnes venaient les voir ce qui gênait la vie contemplative à laquelle ils aspiraient (paragraphe 40), d'où leur départ pour le Mont Senario, à huit milles environ de Florence (paragraphe 41). Malgré cela, du fait de leur réputation, d'autres hommes les rejoignent pour se joindre à eux (paragraphes 45 à 49).
Pour autant, les premiers frères ne vécurent pas repliés sur eux. Au delà d'aller mendier à tour de rôle pour ramener de quoi manger à la petite communauté, ils allèrent notamment écouter les prêches du dominicain saint Pierre de Vérone à Florence, en 1244. Ils se lièrent et il authentifia leur façon de vivre. Il pria Marie et, dans un songe, elle lui indiqua l'habit que les frères devraient porter (noir en signe d'humilité et en mémoire des souffrances de la Vierge au pieds de la Croix), la règle de saint Augustin qu'ils devraient désormais suivre, et lui confirma le nom de leur nouvel ordre naissant (paragraphes 50 à 53). C'est à ce moment que saint Philippe Benizi, âgé de 21 ans, entra dans l'ordre (paragraphe 55) dont il deviendrait le prieur général et dont il assurerait la survie et pour lequel il ferait les démarches pour qu'il soit définitivement reconnu par la papauté.
Sources hagiographiques ultérieures
D'autres auteurs ultérieurs ont apporté des compléments qui, parfois, diffèrent de la Legenda.
Ainsi est-il dit que l'ordre est fondé le à Florence par sept marchands nommés Bonfils Monaldi, Bienvenu Manetti, Manet dell’Antella, Amédée Amidei, Sostène Sostegni, Hugues Uguccioni et Alexis Falconieri. Après avoir obtenu l'accord d'Ardengo Trotti, évêque de Florence., ils se retirent d'abord dans un ermitage en dehors de la ville appelé la Camarzia, à Caffagio, près de la porte de la ville.
Concernant la création de l'ordre, le récit hagiographique affirme que le Vendredi saint , la Vierge apparaît aux sept premiers frères, tenant dans ses mains des vêtements noirs ; elle est accompagnée par des anges dont certains portent différents instruments de la Passion, un d'entre eux tient une palme et un autre un écusson avec les mots Serviteurs de Marie, gravés en lettres d'or. La Vierge leur dit qu'elle veut que les frères portent un habit noir, qui symbolise les douleurs qu'elle a ressenties lors de la Passion du Christ, et qu'ils observent la règle de saint Augustin... Ce fait est également relaté par Alphonse de Liguori dans son livre Les Gloires de Marie, et il ajoute que la Vierge leur dit de méditer souvent ses douleurs s'ils voulaient lui être agréables.. C'est pourquoi l'iconographie religieuse représente le plus souvent les sept fondateurs ensemble devant cette vision..
Les études contemporaines Selon Andrea Dal Pino. et son ouvrage de référence utilisant la méthode historico-critique, ayant étudié des textes d'époque, les sept marchands s'inscrivent dans le courant spirituel qui suit la Réforme Grégorienne. A cette époque des mouvements animent le clergé et des laïcs pour revenir à la pauvreté de l'Evangile, cela entraînera la création de courants hérétiques (Vaudois, Patarins, Albigeois,...) mais aussi des sociétés laïques de pénitents s'attachant à suivre le Christ et de nouveaux ordres religieux mendiants. C'est ainsi que saint François d'Assise (1211 et 1220) puis saint Dominique (1220) viennent prêcher à Florence où s'installent Franciscains (1218) et Dominicains (1220). C'est dans cet esprit que les sept décident de quitter leurs richesses pour vivre une vie de pauvreté, de mendicité, de pénitence et de fraternité dans un contexte italien d'extension du commerce et du pouvoir de l'argent, mais aussi de guerres récurrentes entre partisans du Pape (Guelfes) et partisans de l'empereur germanique (Gibelins).
Ils prennent le nom de Serviteurs de Marie pour que la Mère de Dieu soit leur avocate et présente leurs prières à son Fils (Marie Auxiliatrice). A l'origine, ils ne pensent pas à créer un nouvel ordre, mais en 1244, à la demande de l'évêque Ardengo de Florence, ce qu'ils vivent est observé et authentifié par le dominicain saint Pierre de Vérone. Toujours selon Andrea Dal Pino, il semble que ce soit à ce moment que leur vêtement leur soit donné : un vêtement de type dominicain mais de couleur noire en mémoire de Marie au pied de la Croix. C'est également à ce moment qu'ils commencent à adopter la Règle de saint Augustin, que le Pape Innocent IV donne aux nouvelles communautés de cette époque.
Selon cet auteur, c'est seulement après l'intervention de saint Pierre de Vérone et l'authentification de leur démarche que, à partir de 1245 (et de toute façon avant la mort de l'évêque Ardengo, le 3 mai 1247), les sept partent s'installer au Mont Senario, à 18 km de Florence, sur un terrain proposé par ledit évêque Ardengo (propriétaire d'une partie du Mont depuis 1241) pour une vie de contemplation et de pénitence dans la pauvreté individuelle et collective. C'est l'origine du Couvent du Mont Senario (considéré comme berceau de l'ordre). Cependant, l'éloignement de la ville n'empêche pas d'autres hommes de les rejoindre et les sept fondateurs sont autorisés à accepter de nouveaux frères. Vers 1249, plusieurs d'entre eux reviennent à Caffagio et, début 1250, ils obtiennent les autorisations pour fonder le couvent puis la basilique de la Santissima Annunziata.
De plus, outre la recomposition de l'histoire de la création de l'ordre, Andrea Dal Pino s'intéresse à l'identité des sept premiers frères. En effet, l'exemplaire de la Legenda qui nous est parvenu est incomplet à ce sujet. Il constate que trois listes différentes nous sont parvenues. L'une est soutenue par un faux, l'autre est davantage une liste des premiers prieurs de l'ordre. En conséquence, sa préférence va pour la liste établie en 1465 par le frère Paolo Attavanti. Les sept étaient donc : Bonusfilius, Bartholomaeus, Johannes, Benedictus, Gerardinus, Ricoverus, Alexius.
Vers l'approbation définitive
La première approbation de l'ordre avait été donnée le par le cardinal Raniero Capocci, légat pontifical en Toscane.. Le 18 février 1250, le cardinal Pietro, titulaire de S.Giorgio in Velabro, autorise la communauté servite d'accepter des partisans de Frédéric II et de les absoudre d'excommunication. De plus, il autorise l'évêque de Sienne de permettre la première pierre de la future église que les Servites érigeront à l'extérieur de Florence. Le , Innocent IV nomme le cardinal Guglielmo Fieschi comme cardinal protecteur de l'ordre. Le pape suivant, Alexandre IV, adresse trois lettres à l'ordre (les 19 et 26 mai 1255, le 23 mars 1256). Cette dernière lettre est la bulle Deo Grata et hominibus placita sacra vestra religio qui place les Servites et les lieux où ils officient sous la protection du Siège apostolique de Rome. Il permet ainsi aux religieux d'accepter les couvents qui leur seraient offerts, et d'avoir des églises et des monastères. A la suite, d'autres couvents servites sont fondés à Sienne, Città di Castello, Borgo San Sepolcro,...
Après l'élection de saint Philippe Benizi comme prieur général des servites, le , l'ordre connaît des difficultés. L'Église interdit la mendicité aux ordres mendiants (et autres), ils doivent donc trouver d'autres ressources. De plus, le deuxième concile de Lyon de 1274 veut exécuter les directives du quatrième concile du Latran qui interdit la fondation de nouveaux ordres religieux et ordonne la suppression de tous les ordres mendiants non encore approuvés par le Saint-Siège. En 1276, Innocent V adresse une lettre à saint Philippe Benizi pour l'informer que son ordre est supprimé. Philippe Benizi plaide brillamment sa cause à Rome, et l'ordre est rétabli par le pape Jean XXI. Bien que ses successeurs continuent à favoriser l'ordre, l'approbation définitive n'est accordée que le par la bulle Dum levamus de Benoît IX..
Le développement de l'ordre Au , les princes veulent imposer leur pouvoir à l'intérieur des ordres religieux. Cependant l'ordre continue de croître avec quatre provinces servites : Toscane, Ombrie, Romagne et Allemagne (qui disparaitra au moment de la Réforme protestante). Il y a un collège servite à Paris dont les étudiants deviendront des formateurs de jeunes religieux ou parfois des prieurs généraux de l'ordre des Servites de Marie. L'ordre accorde déjà une place importante aux études. Il est également à noter qu'au début de ce XIVe siècle, Julienne Falconieri, petite nièce d'Alexis, un des sept, crée les soeurs servites mantelées, première communauté féminine servite.
Au , en pleine renaissance italienne, l'ordre connait un renouvellement spirituel et un élan missionnaire. Une branche nouvelle apparait, rétablissant le mode de vie austère des fondateurs et formant la Congrégation de l'Observance, sans pour autant se séparer de la branche principale. Il est à noter qu'en 1424, le pape Martin V promulgue la bulle Apostolicae Sedis Providentia permettant à des laïcs célibataires ou mariés, hommes ou femmes, ainsi qu'à des diacres ou prètres séculiers, sensibles à la spiritualité des Servites, de rejoindre leur nouveau Tiers-Ordre (désormais appelé Ordre Séculier).
Au , le Concile de Trente est l'événement majeur du siècle. Les Servites y sont représentés par leur prieur général et par dix-huit théologiens. En 1570, saint Pie V réalise la fusion complète entre la Congrégation de l'Observance et l'ordre ancien. Cinq ans après, en 1575, les ermites du Mont Senario sont rétablis (jusqu'en 1778). A la fin du siècle, une province française est créée en Provence. Le Bienheureux Jean François Faese est victime des guerres de religion.
La croissance de l'ordre se poursuit au , avec la création des provinces d'Autriche et d'Espagne. En 1689, le frère Arrighetti, prieur général, proclame Notre-Dame des Douleurs comme patrone principale de l'ordre. En 1692, les Servites sont 72 en France.