vignette | droite | Rotonde du parc Monceau, une des barrières du mur des Fermiers généraux. thumb|right|upright=1.6|Les limites de Paris du à 2015. thumb |La barrière Blanche en 1819 (aujourd'hui place Blanche). thumb |La barrière d'Italie (dite aussi de Fontainebleau) avant 1805.
Le mur des Fermiers généraux est l' enceintes de Paris construite, de 1784 à 1790, pour permettre à la Ferme générale la perception d'un impôt sur les marchandises qui entraient dans la ville. Longue de vingt-quatre kilomètres, cette enceinte fut détruite en 1860, lorsque Paris fut étendu jusqu'à l'enceinte de Thiers. Sa fonction fiscale le rendit fort impopulaire, suscitant cet alexandrin anonyme : .
Les passages ménagés dans l'enceinte s'appelaient des barrières. La plupart des barrières étaient munies de bâtiments (ou bureaux d'octroi) appelés « propylées » par leur concepteur, l'architecte Claude-Nicolas Ledoux.
Dimensions du mur Tracé du mur thumb|right|Paris, 1859Mur des Fermiers généraux (en Fortifications Thiers (en thumb|right|Le tracé du mur des Fermiers généraux par Aristide-Michel Perrot. La longueur du tracé du mur initial est de sept lieues (). Dans le Paris d'aujourd'hui, il correspond à la seconde ceinture de boulevards, plus précisément aux voies suivantes : rive gauche, d'est en ouest : boulevard Vincent-Auriol, boulevard Auguste-Blanqui, boulevard Saint-Jacques, boulevard Raspail, boulevard Edgar-Quinet, boulevard de Vaugirard, boulevard Pasteur, boulevard Garibaldi, boulevard de Grenelle. Ce tracé reprenait en partie celui des boulevards du Midi créés en 1760, soit le boulevard de l'Hôpital de la rue Jenner à la place d'Italie de l'origine jusqu'en 1818, les boulevards Auguste-Blanqui et Saint-Jacques, le boulevard Raspail de la barrière d'Enfer (place Denfert-Rochereau) au boulevard Edgar-Quinet, puis celui-ci en totalité. Sur cette partie, le boulevard extérieur du mur des Fermiers doublait les boulevards intérieurs ouverts en 1760. Le mur des Fermiers Généraux fut déplacé en 1818 au sud, de la barrière d'Italie (place d'Italie) à la Seine sur un tracé correspondant à l'actuel boulevard Vincent-Auriol englobant le village d'Austerlitz. rive droite, d'ouest en est : avenue de New-York de l'angle de la rue Beethoven jusqu'aux jardins du Trocadéro à mi-distance entre la rue Le Nôtre et le pont d'Iéna puis ligne perpendiculaire à la Seine jusqu'à la place du Trocadéro, avenue Kléber, rue de Belloy, rue Dumont-d’Urville, place de l’Étoile (contournement à l’est par la rue de Presbourg, par la traversée de l’avenue des Champs-Élysées, et par la rue de Tilsitt), avenue de Wagram, boulevard de Courcelles, boulevard des Batignolles, boulevard de Clichy, boulevard Marguerite-de-Rochechouart, boulevard de la Chapelle, boulevard de la Villette, boulevard de Belleville, boulevard de Ménilmontant, boulevard de Charonne, boulevard de Picpus, boulevard de Reuilly, boulevard de Bercy.
Le tracé traverse les principaux quartiers suivants : place d'Italie, Denfert-Rochereau, Montparnasse, Trocadéro, Étoile, Batignolles, Pigalle, Belleville, Nation.
Le mur fut ponctué de soixante et une barrières d'octroi : cinquante-cinq barrières furent mises en place jusqu'en 1790 : cinquante-quatre le furent avant la Révolution, dont quarante-trois furent munies de maisons d'octroi, appelées « propylées » par leur architecte Claude-Nicolas Ledoux, et la barrière de Chartres (ou du parc Monceau) en 1790 ; six barrières furent ajoutées (ouvertures et/ou construction) et certaines retranchées (démolition et/ou désaffectation) à diverses époques entre 1790 et 1860. Dans le tableau de l'article Liste des barrières de Paris, les barrières ajoutées sont numérotées « bis » ou « ter ».
Le parcours des lignes du métro allant de Charles de Gaulle-Étoile à Nation, la ligne 2 (par le nord) et la ligne 6 (par le sud), suit quasi intégralement le tracé du mur.
Section du mur thumb|Barrière de Passy vers 1820. Mur continu (maçonnerie de pierre), interrompu par la Seine, par les barrières et le long du parc Monceau (où, au lieu de construire un mur, on aménagea un fossé). Hauteur du mur : environ Dix pieds.. Côté intérieur : un chemin de ronde de de largeTrente-six pieds, largeur requise par l'ordonnance du bureau des Finances du 16 janvier 1789. Mentionnons deux écarts : les Fermiers généraux ne donnèrent au chemin de ronde, du boulevard de Vaugirard au boulevard de Grenelle, que la moitié de la largeur requise. La largeur conforme ne fut rétablie qu'après l'ordonnance royale du 12 août 1846 ; entre la barrière d'Italie et la barrière d'Enfer, le chemin de ronde eut la même largeur que le boulevard extérieur correspondant. Cela s'est produit au niveau des boulevards du Midi de Louis XIV : le boulevard des Gobelins, le boulevard Saint-Jacques et le boulevard d'Enfer.. Côté extérieur : boulevards de de largeQuinze toises, largeur requise par l'ordonnance du bureau des Finances du 16 janvier 1789.. Ce boulevard était continu sauf sur la partie entre la barrière Sainte-Marie (actuellement à l'angle du cimetière de Passy et de l'avenue Paul-Doumer) et la barrière de Passy (à l'angle de la rue de la Montagne, actuelle rue Beethoven et du quai, actuelle avenue du Président-Kennedy) où n'existait que le chemin de ronde de .
Zone enclose Le mur des Fermiers généraux entoure approximativement les onze premiers arrondissements actuels. À l'époque de la construction du mur, la ville couvrait approximativement les six premiers arrondissements actuels, avec une superficie de . La surface enceinte jusqu'en 1818 est de . sont enclos après l'annexion du village d'Austerlitz () et la reconstruction du tronçon de mur entre la barrière d'Italie et la Seine.
Historique Construction Avant 1784, la capitale n'a pour limites que des murailles informes et grossières, et plus souvent encore de faibles cloisons de planches mal jointesFélix et Louis Lazare, Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments, ..
Cette année-là, le chimiste et fermier général Lavoisier proposa à Charles-Alexandre de Calonne, alors contrôleur général des finances, d'enfermer Paris dans un nouveau mur d'enceinte, en faisant percer des ouvertures exclusivement destinées à l'introduction des marchandises nécessaires aux habitants de la capitale. La Ferme générale visait à mettre fin à la contrebande, toujours croissante. Calonne l'accepte. Le mur doit avoir six lieues de tour (). En mai, les travaux commencent du côté de l'Hôpital-Général (la Salpêtrière) et sont menés tambour battant. Le mur doit comporter soixante barrières servant de bureaux de perception (voir la Liste des barrières de Paris). L'architecte Claude-Nicolas Ledoux est chargé de dresser ces édifices, qu'il baptise « les propylées de Paris », en leur donnant un caractère de solennité et de magnificence qui met en pratique ses idées sur les liens nécessaires entre la forme et la fonction. L'architecture des propylées, de style néo-classique, voire antiquisant, est acceptée.
En 1786, l'enceinte méridionale est terminée. L'opinion commence à s'émouvoir. En mars, Ledoux reçoit de nouvelles garanties. Le , Calonne approuve pour onze bureaux de la rive droite. L'année suivante, Loménie de Brienne, l'archevêque de Toulouse qui succède à Calonne le , est effrayé par les dépenses (qui dépassent déjà ), et fait ordonner, par un arrêt du conseil du , la suspension des travaux. Ledoux doit remettre tous ses documents. Le , accompagné de plusieurs fonctionnaires, il vient visiter les barrières. Son indignation est si vive en voyant avec quelle prodigalité les travaux ont été exécutés, qu'il veut faire démolir le mur et en vendre les matériaux. L'ouvrage étant trop avancé, il se borne à faire prendre, le , un nouvel arrêté qui suspend les travaux. Quatre architectes sont chargés de faire un rapport sur l'enceinte. Avant leur reprise, de nouvelles dispositions sont prescrites. Ledoux, livré en pâture à l'opinion, est révoqué de ses fonctions.
Le , Necker succéde à Brienne. Il désavoue bien vite l'entreprise, et, le , Ledoux est définitivement "suspendu".
Survient alors la Révolution française : dans la nuit du 12 au , l'agitation des Parisiens, qui va les mener à prendre la Bastille le lendemain, les conduit déjà à s'attaquer au mur impopulaire. Ils incendient quelques barrières (telle celle de Passy) et percent de nombreuses brèches dans le mur. Bailly, le premier maire de Paris, fait rapidement réparer toutes les dégradationsJacques Hillairet, .. Le , les droits d'entrée sont abolis. Un décret de la Convention, du 13 messidor an (1794) contient ce qui suit : Le 9 frimaire, Ledoux est emprisonné. Dans sa séance du 27 fructidor an VI, le Conseil des Cinq-Cents adopte le projet d'Aubert :
Sous le Consulat et l'Empire, la loi du 29 ventôse an (), proclamée le 9 germinal suivant, autorise le ministre des Finances à concède à la ville de Paris les barrières et murs d'enceinte qui cloturent Paris et ses faubourgs. Les murailles sont consolidées et la perception des droits d'entrée est perfectionnée.
En 1818, le mur est déplacé, la ville annexant le village d'Austerlitz. Lors de sa construction, entre la barrière d'Italie et la barrière de la Gare, le mur suit le boulevard de l'Hôpital puis la rue Jenner actuelle. En 1818, le mur est déplacé pour suivre de bout en bout le boulevard Vincent-Auriol actuel, rattachant à cette occasion à Paris le village d'Austerlitz.
Critiques La fonction uniquement fiscale du mur l'a rendu fortement impopulaire dès le début de sa construction : Beaumarchais, qui y voyait une des causes de la Révolution, rapporta l'alexandrin fameux, qui témoignait du mécontentement des Parisiens s'apercevant qu'on les emprisonnait pour mieux les faire payer : « Le mur murant Paris rend Paris murmurant. » Citons également l'épigramme :
L'architecture majestueuse des pavillons de Ledoux fut très mal ressentie et accentua l'impopularité de l'ouvrage. Bachaumont évoque un Mémoires secrets, octobre 1785.. Dans son Tableau de Paris (1788), Louis-Sébastien Mercier dénonce , et s'exclame : .
À la suite du mécontentement, le , l’Assemblée nationale constituante décrète « la liberté des entrées à Paris » et confisque les terres des Fermiers généraux.
Des critiques esthétiques s'exprimèrent également contre l'architecte, accusé d'avoir pris des libertés excessives avec les canons antiques. Sur ce registre, citons Dulaure ou Quatremère de Quincy. Limite de Paris Lors de la création des communes sous la Révolution, on porte la limite de Paris au mur des Fermiers généraux ()Selon Chadych et Leborgne, ., limite qui reste inchangée jusqu'au si l'on excepte le rattachement du village d'Austerlitz à Paris en 1818.
Octroi
L'octroi, principale raison de la construction du mur, fut supprimé le par l'Assemblée constituante et rétabli le . Le Directoire établit une légère perception à l'entrée de Paris, dont le produit, appelé « octroi de bienfaisance », était destiné aux hôpitaux de Paris. À cette occasion, on répara les barrières. Sous Napoléon , on perfectionna considérablement la perception des barrières.
L'octroi perçu aux entrées de Paris avait amené nombre de guinguettes à s'installer juste au-delà des barrières, et déviennent autant de lieux incontournables du plaisir et des distractions populaires parisiennes. On peut en juger à travers quantité de textes sur la fête et le Carnaval. En attestent deux chansons de goguettes : Un jour de fête à la barrière de Louis Festeau, et Montons à la barrière, qui lança le goguettier Dalès aîné, vers 1840..
Après l’achèvement de l’enceinte de Thiers en 1843, le mur connaît un sursis et continue d’être entretenu. De nouveaux bureaux d’octroi sont créés : la barrière des Batailles est inaugurée en 1848, celle de Montrouge à l’angle des boulevards Raspail et Edgar-Quinet en 1854..
Démolition thumb|Démolition du mur d'octroi.