vignette|redresse=1.2|« La Dame de Saint-Sernin » (France, groupe rouergat).
Une statue-menhir est un menhir sculpté de façon anthropomorphe. En Europe, la période d'érection de ce type de mégalithe va du Néolithique final jusqu'au début de l'âge du bronze (3500 à 2000 environ).
Définitions
L'expression « statue-menhir », désormais parfois remplacée par « stèle anthropomorphe », est proposée pour la première fois par l'abbé Hermet en 1898 dans son article Statues-menhirs de l'Aveyron et du Tarn publié dans le Bulletin Archéologique. Son argumentation repose sur cinq constats : les œuvres étant arrondies et sculptées de chaque côté, ne sont pas des stèles mais des statues ; leur forme les destinent à être plantées en terre comme des menhirs ; ce sont des œuvres préhistoriques ; la similitude de style entre les statues ne relève pas du hasard mais d'une volonté délibérée de reproduire un monument spécifique ; la roche dans laquelle la statue a été taillée n'a pas été prélevée là où la statue a été dressée ; Le terme sera officiellement adopté au congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques de Paris en 1900 où l'Abbé Hermet est délégué par la Société des lettres de l'Aveyron pour y présenter un rapport sur ses travaux.
Le terme est donc « une convention pour désigner une statue en pierre, destinée à être fichée en terre, dont la datation est implicitement au moins antérieure à l'âge du fer, la terminologie utilisée après cette période étant celle de statue ». Cette dénomination est généralement admise par la communauté scientifique, bien que certains auteurs lui préfèrent celle de « dalle anthropomorphe » ou « stèle anthropomorphe », elle s'est peu à peu imposée par commodité pour décrire ce type de mégalithe, ce qui n'empêche pas quelques précisions complémentaires selon les auteurs : selon Jean Arnal, c'est « une dalle de pierre soigneusement ovalisée et régularisée par martelage, plate sur sa face antérieure, légèrement bombée sur sa face postérieure. Elle peut être sculptée en bas-relief ou gravée de façon à représenter schématiquement un être humain ou un dieu humanisé ». selon André D'Anna, « une statue-menhir est un monument mégalithique formé d'un seul bloc sculpté en ronde-bosse ou en bas-relief et représentant une figuration humaine ». selon Jean-Pierre Serres, « une statue-menhir est un menhir sculpté représentant une figuration humaine ». La dalle, quelle que soit sa nature rocheuse, a fait l'objet d'une régularisation sur toutes ses faces afin d'y représenter, recto-verso, gravé ou sculpté en ronde-bosse, un personnage. « A l'inverse, une dalle anthropomorphe ne porte des figurations que sur une seule face. ». « une statue-menhir est une statue sculptée dans un menhir ou plus précisément un monument mégalithique formé d'un seul bloc sculpté en ronde-bosse ou en bas-relief et représentant une figuration humaine. Ronde-bosse ou bas-relief sont parfois complétés ou remplacés par la gravure. Le personnage est représenté en totalité ou en partie sur une ou plusieurs face du bloc ». les stèles anthropomorphes sont « des monolithes mobiles aménagés, de hauteur supérieure à 25 cm et de forme allongée mais inconstante (subovale ou subrectangulaire en général), destinés à être érigés (au moins dans un premier temps) et dont les bords délimitent des images gravées, sculptées en bas-relief ou au champlevé et parfois enduites de peinture rouge, d'apparence humaine, détaillées, schématiques ou simplement suggérées par un attribut, complètes ou partielles, sur une face ou plus ».
Dans les faits, la littérature archéologique assimile aux statues-menhirs un ensemble de pierres sculptées assez disparate mais « le terme statue-menhir reste d'un usage commode pour désigner l'ensemble du phénomène et plusieurs auteurs sont favorables à son emploi exclusif ».
Iconographie
Il est d'usage de distinguer les motifs anatomiques (visage, seins, bras, mains, jambes, pieds, cheveux) et les attributs complémentaires (tatouages ou scarifications, vêtements, armes, objets symboliques) qui sont nombreux et variés et souvent schématiques. La classification en groupes résulte de l'étude des motifs et attributs, de leur mode de réalisation et de leurs associations. Les associations traits anthropomorphes et attributs caractéristiques conduisent à identifier le sexe des personnages : les statues comportant des seins sont considérées comme féminines et celles comportant des armes comme masculines. Pour autant, il n'y a jamais de représentations explicites de sexe - sauf peut-être une vulve sur la stèle du Mas d'Azaïs (Montlaur, Aveyron) et un pénis sur celle des Maurels (Calmels-et-le-Viala, Aveyron).
Répartition géographique vignette|500px|Carte présentant la distribution géographique des statues-menhirs en Europe
Les statues-menhirs se retrouvent par groupes dans des régions extrêmement localisées, à travers toute l'Europe principalement en France, en Italie (Vallée d'Aoste, Trentin-Haut-Adige, Lunigiana, Pouilles, Sardaigne), en Ukraine (côte de la Mer Noire et Crimée) et, avec des densités beaucoup plus faibles, dans l'ouest de la péninsule ibérique (Cantabrie, Estremadure), en Allemagne (Saxe-Anhalt), en Suisse (Valais, Neuchâtel), et quelques exemplaires isolés en Grèce, Bulgarie et Roumanie. En l'état actuel des connaissances, il est cependant difficile de faire une liaison culturelle entre les groupes du nord de la mer Noire et ceux de la zone nord de la Méditerranée.
En France vignette|gauche|350px|Répartition géographique et chronologique des huit styles de statues-menhirs du Midi de la France. On y distingue quatre aires principales de répartition géographique (liste des statues-menhirs de France) : le Rouergue, le Haut-Languedoc, la Provence, la Corse. Ces principaux groupes ont été définis dès 1931 par Octobon. Quelques stèles anthropomorphes sont ponctuellement recensées en Bretagne (statue-menhir de Laniscar, île Guénioc, menhirs Babouin et Babouine, tumulus de Kerméné). En 2017, à Chamigny (Seine-et-Marne), l'INRAP a mis au jour une stèle anthropomorphe extrêmement rare en Île-de-France, dont « la date serait comprise entre la deuxième moitié du IVe millénaire et la première moitié du IIIe millénaire avant notre ère ».
Les groupes rouergats et haut-languedociens présentent des parentés géographiques, esthétiques et chronologiques certaines, il en est tout autrement des groupes provençal et corse. En tout état de cause, rien n’indique l'existence de relations évidentes entre ces groupes.
Le groupe rouergat
Selon Jean Guilaine, ce groupe constitue en France « l'ensemble de stèles protohistoriques le plus important et celui qui compte au plan stylistique les œuvres les plus élaborées ». Les statues-menhirs de ce groupe doivent leur nom à leur implantation à cheval sur les départements de l'Aveyron, du Tarn et de l’Hérault. C'est un groupe stylistiquement très homogène. Les statues-menhirs sont sexuées, les attributs des personnages variant selon le sexe.
Le groupe du Languedoc méditerranéen
Une soixantaine de statues-menhirs sont connues dans le Gard, l'Hérault et l'Ardèche. Elles sont moins ouvragées que les statues-menhirs du Rouergue et leur ornementation est un peu plus sommaire. Plusieurs ont été découvertes dans un contexte à vocation funéraire ou d'habitat . Elles sont datées du Néolithique final (entre 3200 et 2400 av. J.-C.) et de l'âge du bronze ancien. Elles sont pour partie conservées au muséum d'histoire naturelle de Nîmes.
Le groupe provençal Une quarantaine de statues-menhirs sont connues en Provence (Trêts, Ventabren-Château-Blanc, Goult-l'Ubac). Elles adoptent souvent une forme triangulaire et un décor en chevrons, voire une absence totale de décor. Les stèles trouvées à la Bastidonne près de Trets, comme l'ensemble des stèles ou fragments de stèles du sous-groupe provençal à chevrons, apparaissent comme l'une des plus anciennes manifestations d’art statuaire anthropomorphe de Méditerranée occidentale, entre 3900 et 3600 av. J.-C. environJules Masson Mourey et al., Les stèles anthropomorphes de La Bastidonne (Trets, Bouches-du-Rhône) et leur contexte du Néolithique moyen, Bulletin de la Société Préhistorique Française, Société Préhistorique Française, 2020, 117 (2), pp.273-302. ⟨hal-02544360⟩.
Le groupe corse Avec plus de 100 spécimens, la Corse est la région méditerranéenne où l'on trouve le plus de statues-menhirs. Nommées localement stantariStantara signifie en corse Petra arritta, zuccata da l'omu, spessu a faccia umana, chì riprisentava a persona in a preistoria (pierre levée, taillée par l'homme, à visage humain, qui représente une personne dans la Préhistoire) - INFCOR, base de données de la langue corse et présentes surtout en Corse-du-Sud, les statues-menhirs corses sont souvent plus abouties que leurs homologues du continent (Filitosa). De formes régulières et géométriques, elles peuvent être assimilées à de véritables statues et présentent souvent une arme de type épée ou poignard sur leur face avant.
Selon Jacques-Laurent Costa et Michel-Claude Weiss, l'époque de construction des statues-menhirs ne peut être datée précisément mais les archéologues disposent d'indices (découvertes faites sur le site d'implantation, études des attributs sculptés, notamment les armes) qui leur permettent d'avancer une période allant de 2 500 à 500 Henri Nicolai - Laurent-Jacques Costa U misteru di e statue-stantare in I primi Corsi de Laurent-Jacques Costa, docteur en Préhistoire, chercheur au CNRSAndré d’Anna, « Les statues-menhirs de Corse : chronologie et contextes, l’exemple de Cauria », Documents d’archéologie méridionale, 34, 2011, DOI : https://doi.org/10.4000/dam.2677, mis en ligne le 25 octobre 2017, consulté le 22 octobre 2020..
Galerie statues-menhirs en France
Italie
En Italie, les statues-menhirs se concentrent sur la zone alpine (Vallée d'Aoste, Trentin-Haut-Adige), où elles présentent une affinité iconographique très forte (poignards) avec les stèles de Valcamonica, et dans la région de Lunigiana. Art rupestre du Valcamonica, Vallée des Merveilles (Mercantour, Comté de Nice, rattaché à la France en 1860)
Vallée d'Aoste Il s'agit de stèles de grandes dimensions (de de hauteur) avec deux types d'iconographie. Un premier groupe comprend des personnages aux bras repliés portant une pendeloque à double spirale, une ceinture simple et un ou plusieurs poignards de type Remedello. Dans le second groupe, plus nombreux, les personnages comportent des têtes bien marquées, un bloc nez-sourcils en relief, les bras repliés et un riche décor de motifs géométriques (losanges, triangles) finement piqueté, gravé ou incisé figurant probablement des vêtements ; les personnages portent des colliers, des ceintures complexes et des armes (arc, flèches, hache, poignard). Pour autant, toutes les stèles dateraient, selon F. Mezzena, du Néolithique final, vers et av. J.-C.
Trentin-Haut-Adige