Une revue scientifique est un titre de presse à publication périodique édité sous la forme d'une revue. Il s'agit de l'un des types de communications choisis par les chercheurs scientifiques pour faire connaître leurs travaux en direction d'un public de spécialistes, et ayant subi une forme d'examen de la rigueur de la méthode scientifique employée pour ces travaux, comme l'examen par un comité de lecture indépendant.
Elle se distingue par son format périodique des autres publications scientifiques, livres, thèses ou littérature grise.
Elle a pour fonction de faire connaître des travaux de recherche originaux ou de fond, et de contribuer ainsi au débat scientifique entre spécialistes ; elle se distingue ainsi des revues destinées à la vulgarisation.
Les revues scientifiques, dans leur grande majorité, sont spécialisées dans un aspect particulier d'un domaine : sciences, technologie, médecine (STM), sciences humaines et sociales (SHS). Les articles publiés sont examinés auparavant par un comité de lecture composé de chercheurs-pairs de la même spécialité.
La publication d'un travail de recherche dans une revue scientifique permet de le confronter à la communauté scientifique et d'archiver les résultats pour référence ultérieure. Dans le cadre de l'évaluation des performances de recherche, certains comptabilisent le nombre de publications, l'impact des revues scientifiques dans lesquelles elles sont publiées (c'est-à-dire les lectorats potentiels des articles) et le nombre de publications ultérieures citant chacune d'elles. Cette technique d'évaluation, parfois décriée pour ses biais, est appelée bibliométrie.
Ces revues peuvent être l'émanation de sociétés savantes ou d', par exemple, mais peuvent aussi avoir été fondées indépendamment. Des éditeurs de presse se spécialisent dans leur édition, impression et distribution. Il s'agit alors d'édition scientifique.
Histoire vignette|Premier numéro du Journal des sçavans (1665).
Les premières revues scientifiques paraissent concomitamment à Paris (Journal des sçavans) et à Londres (Philosophical Transactions of the Royal Society) en 1665 et servirent de modèle aux futures revues..
Ces revues ont été précédées par les tentatives de vulgarisation de la science dans différentes académies savantes, en Italie d'abord, puis en France et en Angleterre. Théophraste Renaudot a été le premier en France, avec les Conférences du Bureau d'Adresse, qui se réunissent entre 1632 et 1642, et qui publie le Recueil Général des Questions traittées es Conférences du Bureau d'Adresse sur toutes sortes de Matières publié en entre 1634 et 1641Dictionnaire des journaux 1600-1789 : Conférences du Bureau d'Adresse pour échanger entre savants sur les avancées de la recherche scientifique. Des échanges ayant eu lieu à l'Académie Bourdelot ont été tirés par François Le Gallois deux livres, Conversations de l'Académie de Monsieur l'abbé Bourdelot, parus en 1672 et 1674. L'Académie royale des sciences va publier chaque année, à partir de 1699, Histoire de l'Académie royale des sciences avec les mémoires de mathématique & de physique tirez des registres de cette Académie.
En 1708, Gisbert Cuper a écrit à l'abbé Bignon constatant la multiplication des périodiques : « On pourrait appeler ce siècle, le siècle des journaux ». Depuis la création du Journal des sçavans en 1665, les périodiques s'étaient rapidement propagés dans la République des Lettres et diversifiés avant de se spécialiser. L'étude de la presse en langue française, en 1734, montre la masse d'informations dont le savant contemporain pouvait disposerFrançoise Waquet, De la lettre érudite au périodique savant: les faux semblants d'une mutation intellectuelle, dans , Bulletin de la Société d'étude du , juillet/septembre 1983, , , , (lire en ligne).
Le nombre des revues scientifiques a fortement progressé au cours des . Une des explications est la multiplication des domaines de compétence et de spécialisation, ainsi que la pression exercée dans le milieu académique de publier les résultats de travaux (dilemme du « publier ou périr ») ; ainsi, le nombre de revues scientifiques est passé de 100 en 1800, à en 1850, en 1900, et en 1990.. avant de se stabiliser.. Une source plus récente dénombre revues en 2023, pour trois à sept millions d'articles publiés cette année là, selon les estimations. Deux éditeurs, Elsevier et Springer Nature, publient par an dans les qu'ils possèdent, et le nombre d'articles publiés augmente plus vite que celui des chercheurs.
Avec la numérisation, la revue scientifique a en partie perdu son rôle de vecteur des connaissances, et la mise en contexte idéologique ou thématique qu'elle opérait s'est fortement atténuée. Elle fonctionne désormais .
Contenu et auteurs Un exemplaire d'une revue scientifique se présente généralement comme une collection d'articles scientifiques ayant chacun un ou plusieurs auteurs différents. Un éditorial et des rubriques consacrées aux réactions des lecteurs peuvent aussi être présentes, et de la publicité commerciale peut contribuer au financement de la revue. Le contenu peut être mis en ligne sur l'Internet et alors enrichi de liens hypertextes et accompagné de propositions de lectures recommandées sur des sujets complémentaires ou similaires.
Il n'y a pas en général de ligne éditoriale pour un exemplaire donné, les articles étant simplement publiés quand ils sont prêts.
Sujets Les sujets n'ont en général pas de rapport entre eux, excepté qu'ils appartiennent tous au domaine scientifique traité par la revue, ou dans le cas d'un numéro spécial thématique, par exemple associés à un évènement ou à la tenue d'un congrès scientifique. Les articles décrivent dans leur majorité des travaux de recherche originale entrepris par leurs auteurs. D'autres peuvent être des revues (reviews en anglais) décrivant l'état de l'art sur un problème donné. Enfin, on peut trouver des comptes-rendus de congrès ou de lecture de monographies.
Auteurs Les articles concernant de grands projets internationaux portés par de vastes consortiums de laboratoires peuvent réunir de très nombreux auteurs. Depuis quelques années, et grâce à divers outils de travail collaboratif, plusieurs articles ont pu réunir plus de ; en 2015, un article scientifique de physique a battu le record du nombre d'auteurs avec (exceptionnellement la liste intégrale des auteurs ne figure que dans l'article en ligne, et non dans l'article imprimé)Davide Castelvecchi, Physics paper sets record with more than 5,000 authors Detector teams at the Large Hadron Collider collaborated for a more precise estimate of the size of the Higgs boson, Nature News, , doi:10.1038/nature.2015.17567. En biologie, les articles multi-auteursKing C (2012) Multiauthor Papers: Onward and Upward, Science Watch, réunissant plus de dix auteurs sont avec le temps devenus de plus en plus nombreux et fréquents, du fait de la somme de travail des expérimentations, et aussi de la nature très hiérarchisée des groupes de recherche, et du fait de la nécessité d'une grande coordination et du coût élevé de la recherche dans de nombreux domaines.
Processus de publication
Comité éditorial et comité de lecture Le comité éditorial est constitué par des personnes de la discipline concernée auxquels les instigateurs de la revue (institutions, laboratoires universitaires) font appel comme garants scientifiques de la ligne éditoriale de la revue. Le comité de lecture est constitué pour apprécier la valeur scientifique des articles proposés à la publication. Les revues font généralement appel à deux experts du comité de lecture, selon la procédure du « double aveugle » qui assure l'anonymat de l'expertise. Les listes du comité éditorial et du comité de lecture sont généralement publiées sur la deuxième page de couverture de la publication, en ce qui concerne les revues imprimées.
Critique postpublication La controverse sur une bactérie résistance à l'arsenic à partir de 2011 est considérée comme un cas d'école sur le rôle des réseaux sociaux dans l'évaluation informelle par les pairs après publication, elle est l'un des premiers cas où la communauté scientifique a examiné ouvertement un article très médiatisé et influencé l'opinion publique à son sujet.. Le site PubPeer permet depuis 2012 de poster des commentaires (signés ou anonymes) pour discuter ou critiquer des articles scientifiques après leur publication. Certains chercheurs indépendants, comme Elisabeth Bik, jouent un rôle majeur dans la détection de résultats publiés frauduleux et l'identification d'usine à articles.
Rétractation
Un article publié peut être rétracté: il reste consultable (avec une notice qui indique clairement le motif de rétractation), mais ses conclusions sont invalidées. Cela peut se produire quand les auteurs sont coupables de fraude ou quand les conclusions de l'articles ne sont plus considérées comme valables. Le site Retraction Watch analyse certaines de ces rétractations.
Marché
Modèles économiques
Le marché des revues scientifiques n’est pas similaire au marché traditionnel de l’édition. Ni les auteurs, ni généralement les membres des comités d’édition ou de relecture, ne sont rémunérés par les revues pour la publication d'un article. Leur rémunération provient de leur salaire de chercheur, le temps de rédaction ou lecture étant compté dans leur travail quotidien.
L’édition et diffusion des revues se basent sur deux modèles économiques différentsChanier, 2004 et Wellcome Trust, 2004 : Le modèle traditionnel et majoritaire de l’abonné-payeur, dans lequel c’est le lecteur qui « paye pour voir » (pay per view), par l'intermédiaire principalement d'abonnements, payés par les bibliothèques aux éditeurs des revues ; L’autre modèle, récent et en expansion, de l’auteur-payeur, l’édition des revues étant généralement financée par les organismes de recherche et les pouvoirs publics.
Le dernier modèle, auteur-payeur, est principalement associé aux revues en libre accès, et à la notion d’intérêt général de la diffusion des connaissances. Il a été adopté initialement par les revues de médecine et biologie (PubMed Central, BioMed Central). Ce modèle se rattache également à l’idée de libre accès (adoptée par des physiciens début 1990).
Des modèles économiques alternatifs sont également expérimentés par certaines revues. Par exemple, la possibilité offerte à l'auteur de choisir de payer ou non pour le libre accès de son article aux lecteurs. Ou bien des frais de soumission de tout manuscrit (qu'il soit finalement publié ou non), ou des taxes de publication (Public Library of Science). Le modèle , utilisé en 2026 par 350 journaux dont la plupart de ceux de la Société mathématique européenne, consiste pour un journal à publier tous les articles en libre accès à condition que ses abonnements compensent ses frais.
Selon une étude de Wellcome Trust en 2004Wellcome Trust,« Coût et modèles économiques de l’édition scientifique », rapport de 2004, les coûts du premier exemplaire d’une revue en STM se situait entre 250 et et étaient généralement proportionnels à la renommée de la revue (sélectivité, charge du comité de relecture). À ces coûts s’ajoutent des frais annexes, notamment ceux de la gestion des abonnements pour les revues abonné-payeur. Selon les éditeurs, le passage de la publication sur papier à la publication en ligne (internet) réduit très peu ces coûts.
Chiffres d'affaire des éditeurs Elsevier (RELX) et Springer Nature sont les éditeurs qui font les plus gros chiffres d'affaire : 3,5 et 1,8 milliards d’euros en 2024, pour 1 milliard de livres sterling et 512 millions d’euros de profits, respectivement, avec les revenus provenant des abonnements payés par les institutions et des frais payés par certains auteurs qui veulent rendre leur article librement accessible. Le CNRS payait 3 millions d’euros en 2023, et 5 millions en 2025, et son directeur général délégué à la science considérait cette dépense insoutenable.