L’Empire kouchan ( -s) est un État qui s'étendit à son apogée, vers -, du Tadjikistan à la mer Caspienne et à l’Afghanistan et, vers le sud, à la vallée du Gange. Son nom utilisé en français vient de la francisation de la forme sanskritisée IAST Kuṣāṇ ( ; il est également connu sous les noms , ; BHS : IAST : Guṣāṇa-vaṃśa ; ..

Cet empire a été créé par les Kouchans, qui ont eu des contacts diplomatiques avec Rome, l'Empire parthe qui deviendra par la suite l’Empire perse des Sassanides et la Chine et, pendant plusieurs siècles, furent au centre des échanges entre Orient et Occident.

Origines Le nom de Kouchan dérive du sanskrit kuṣāṇa. Le terme chinois est Guishuang (). Il désignait soit l’une des cinq tribus des Yuezhi () soit l'une des cinq principautés soumises aux Yuezhi, on ne sait. Les Yuezhi avaient vécu dans les pâturages arides du bassin du Tarim, dans l’actuel Xinjiang, jusqu’à ce qu’ils fussent repoussés à l’ouest par les Xiongnu entre 176 et 160 av. J.-C. Les cinq tribus Yuezhi ou soumises sont connues dans l’histoire de Chine sous les noms de Xiūmì (), Guishuang (), Shuangmi (), Xidun (), et Dūmì ().

Les Yuezhi atteignirent le royaume hellénistique des Gréco-Bactriens, dans le territoire de la Bactriane (extrême nord de l’Afghanistan et Ouzbékistan), autour de 135 av. J.-C., et déplacèrent les dynasties grecques locales, qui se réinstallèrent dans le bassin de l’Indus (dans l’actuel Pakistan), dans la partie occidentale du royaume indo-grec.

Un empire multiculturel Au , la tribu Yuezhi des Guishuang (貴霜) prit le pas sur les autres et les unit en une confédération étroite. Le nom de Guishuang a été adopté en Occident et modifié en Kouchan pour désigner la confédération, même si les Chinois continuent à l’appeler Yuezhi.

En arrachant peu à peu le contrôle de la région aux tribus indo-scythes et en défaisant le royaume indo-parthe au début de notre ère, les Kouchans s’étendirent vers le sud au cœur de la région appelée traditionnellement Gandhara (région incluant en particulier le plateau du Pothowar, au Pakistan, et la province frontalière du nord-ouest (NWFP, en anglais), mais décrivant un arc englobant la vallée de Kaboul et une partie de la région de Kandahar en Afghanistan) et établirent des capitales jumelles près des actuelles Kaboul et Peshawar, alors appelées respectivement Kapisa et Pushklavati.

Les Kouchans adoptèrent beaucoup d’éléments de la culture hellénistique de Bactriane, où ils s’étaient installés, particulièrement encore visible dans les découvertes archéologiques de sculptures d'inspiration fortement hellénistique. Ils adaptèrent l’alphabet grec (souvent corrompu) à leur propre langue (avec le développement supplémentaire de la lettre Ϸ /ch/, comme dans « Kouchan ») et commencèrent bientôt à frapper monnaie sur le modèle grec. Sur leurs monnaies, ils utilisaient des légendes en grec combinées à des légendes en alphabet kharoshthi jusqu’aux premières années du règne de et, après cette date, utilisèrent des légendes en langue kouchane combinées à des légendes en langue grecque, les unes et les autres avec la graphie grecque.

Si le grec était la langue de l'élite aux débuts de l'empire kouchan, il était très peu parlé par le reste de la population, non hellénisée. À la fin de l'empire, vers 350, le grec était une langue oubliée.

À partir de l’époque de Vima Takto, les Kouchans commencèrent à adopter la culture indienne comme les autres groupes nomades qui envahirent l’Inde. Le premier grand empereur kouchan, Vima Kadphisès, semble avoir embrassé le shivaïsme, comme l’indiquent ses monnaies. Les empereurs kouchans suivants représentèrent une grande variété de divinités d’Inde et d’Asie centrale, ainsi que le Bouddha.

Principaux dirigeants kouchans vignette|Statère d'électrum du royaume de Kouchan à l'effigie de , Shiva au verso.

Chronologie des règnes vignette|Pièce d'or de l'empire kouchan, sous le règne de entre 275 et 300. Cet objet est conservé au . D’une façon générale, les périodes de règne des Kouchans sont controverséesVoir sur cette question l'article : Kanishka.. Les dates proposées ici sont celles listées par le spécialiste des monnaies Shailendra Bhandare en 2012 Shailendra Bhandare, , , dans l'article : « », de la revue : , , , Aug.-Oct. 2012., mais ne font pas l'unanimité. Ces dates doivent donc être prises avec réserve. Aussi les dates, argumentées avec précision par Gérard Fussman, sont indiquées ponctuellement avec les références de son argumentation. Héraios vers 1 – 30, premier dirigeant kouchan Kujula Kadphisès vers 40 (?) – vers 80, ou ( -10 ?) – 30 selon G. FussmanGérard Fussman, , donne la date de 30 (« à quelques années près ») correspondant à la mort de Kujula Kadphisès. Vima Takto, vers 80 – vers 110 ; assimilé pour certains à une émission monétaire à « Soter Megas » (Grand Sauveur). Pour d'autres, dont G. Fussman, le monnayage de Soter Megas est à attribuer soit à Kujula Kadphisès (fin de son règne) soit à Vima Kadphisès (début de son règne). Vima Takto étant considéré, alors, comme n'ayant jamais régnéGérard Fussman, .. S'il a régné ce serait lui qui aurait assuré le contrôle définitif de Taxila vers 50 Vima Kadphisès vers 110 – vers 127 , ou dans les de Gérard Fussman, ., le premier grand empereur kouchan, conquiert l'Inde gangétiqueGérard Fussman, . 127 – vers 152 (dates calculées d'après le texte sanscrit : Yavana jataka) , ou 78 – 10178 de notre ère : de l'ère de Kanishka et origine de l'ère Saka : selon Gérard Fussman , et ce règne a duré : id. . selon G. Fussman Huvishka ver 151-190 (vers 190 – 220), dernier des grands empereurs kouchans vers 230-247 Vasishka vers 247-267 vers 267-270 vers 270-300 vers 360-365 Dirigeants aux noms acronymiques : vers 300-305 vers 310-325 vers 325-345 vers 325-350

Liste de succession proposée par Olivier Bordeaux : L'empire indien des Kouchans (page 167, chapitre 6, in: Cédric Ferrier (dir), Histoire ancienne et médiévale de l'Inde du Nord, op. cit., 2025.) Kujula Kadphisès (40-90/95) Sôter Mégas (92/97-100) Wima Takto (90-95 ou 95-100) Wima Kadphisès (100/105-127) Kanishka Ier (127-153) Huvishka (153-191) Vasudeva Ier (191-225) Kanishka II (225-247) Vasishka (247-267) Kanishka III (267-270) Vasudeva II (267-300) Mahi (300-305) Saka (305-335) Kipunadha (335-350) (d'après les travaux de plusieurs auteurs publiés entre 2008 et 2015)

Héraios (1-30 (?)) Héraios fut probablement le premier des rois kouchans. Il fut peut-être un allié des Grecs, et partagea le même style de monnaies. Héraios fut probablement le père de Kujula Kadphisès.

Kujula Kadphisès ( 40-80)

Ces dates sont différentes selon l'argumentation détaillée de Gérard FussmanGérard Fussman précise ces dates : 20 - 50 en les argumentant dans son cours au Collège de France du .. Elles sont fonction de spéculations sur les mouvements des monnaies. Ce type de monnaie à son effigie est l'imitation d'une monnaie romaine : soit une monnaie au type d'Auguste (mort en 14 de notre ère), soit une monnaie au type de Claude (mort en 50), ce qui donne : entre 20 et 50 de notre ère, en fonction du temps qu'il faut à une monnaie à cette époque pour parvenir dans cette région et être imitée.

Selon le Hou Hanshu (Livre des Han postérieurs) : .

Ces conquêtes eurent probablement lieu à une date située entre 45 et 60, et jetèrent les bases de l’Empire kouchan qui fut rapidement agrandi par ses descendants.

Kujula fit frapper une importante série de monnaies et eut au moins deux fils, (qui n’est connu que par une inscription et n’a probablement jamais régné) et Vima Takto.

Vima Takto ( 80 -110)

Vima Takt[u] (ou Tak[to] ou Sôtêr MegasGérard Fussman, en 2011, donne d'autres dates : 40 - 50 (qui correspondent à la datation approximative de la grande bataille qui donne définitivement le Gandhara pour plusieurs siècles aux Kouchans) en les argumentant dans son cours au Collège de France du . est mentionné dans l’inscription de Rabatak (voir la référence à l’article de Sims-Williams ci-dessous), qui indique qu’il était le père de Vima Kadphisès et le grand-père de . Il agrandit l’Empire kouchan vers le nord-ouest du sous-continent indien, dont le Gandhara. Le Hou Hanshu raconte :

Vima Kadphisès (seconde moitié du premier siècle, ou 110-127) Vima Kadphisès était le fils de Vima Taktu et le père de . Il fit réaliser une importante série de monnaies et d’inscriptions.

Kanishka (127-152)

Le pouvoir de , le deuxième grand empereur kouchan, et le cinquième des rois kouchans, qui prospéra pendant au moins à partir de 127 environ, fut administré à partir de trois capitales : Purushapura (actuelle Peshawar au nord du Pakistan), Bagram (alors appelée Kapisa, dans l'actuel Afghanistan), Mathura, au nord de l’Inde. Les Kouchans considéraient Bagram (alors appelée Kapisa) comme leur capitale d'été. C'est là que les archéologues français découvrirent le « Trésor de Begrâm », composé d’œuvres d’art issues de la Grèce à la Chine. Selon l’inscription de Rabatak, Kanishka était le fils de Vima Kadphisès, le petit-fils de Vima Taktu, et l’arrière-petit-fils de Kujula Kadphisès. On admet généralement aujourd’hui que l’ère de Kanishka a commencé en 127, sur la base des recherches novatrices de Harry Falk (voir la section Références ci-dessous).

Le pouvoir des Kouchans relia le commerce maritime de l’océan Indien et le commerce de la Route de la soie à travers la vallée de l’Indus, cadre d’une civilisation très ancienne. À l’apogée de la dynastie, les Kouchans supervisaient plus ou moins un territoire qui s’étendait de la mer d'Aral, via l’actuel Ouzbékistan, l’Afghanistan et le Pakistan jusqu’au nord de l’Inde.

L’unité souple et la paix relative de ce vaste territoire encouragea le commerce au long cours, amena les soies de Chine à Rome et créa des réseaux de centres urbains florissants.

L'art du Gandhara La sculpture a été préservée en très grand nombre et témoigne des implications multiples des cultures présentes sur l'empire kouchan. L'art du Gandhara en offre l'image la plus riche et il a donné l'occasion de forger, dès les années 1900-1910 le concept d'art gréco-bouddhique par Alfred Foucher. Aujourd'hui ce concept est au cœur de réflexions qui portent moins sur l'hellénisation de l'Orient que sur les phénomènes liés à l'acculturation et plus précisément sur les formes que prend la résistance à cet hellénisme, en particulier dans l'empire kouchan.

Les Kouchans et le bouddhisme

Les échanges culturels sont également florissants et encouragent le développement du gréco-bouddhisme, une fusion d’éléments aryens, hellénistiques et bouddhistes, contribuant de manière importante à la formation du bouddhisme mahayana (« grand véhicule ») répandu en Asie centrale, orientale et septentrionale.

Kanishka est célèbre dans la tradition bouddhiste pour avoir convoqué un grand concile bouddhique au Cachemire. On attribue à ce concile d’avoir marqué le début officiel du bouddhisme mahayana panthéiste et sa scission d’avec le bouddhisme nikaya. Kanishka fit aussi traduire les textes du bouddhisme mahayana de leur langue vernaculaire d’origine, le gandhari ou prâkrit, dans la langue hautement littéraire, le sanskrit. Avec le roi indien Ashoka, le roi indo-grec (Milinda), et Harshavardhana, Kanishka est considéré par le bouddhisme comme un de ses principaux bienfaiteurs.

L’art et la culture du Gandhara, dans ce carrefour qu'était l'empire Kouchan, sont les expressions des influences kouchanes les mieux connues des Occidentaux. Plusieurs descriptions directes de Kouchans sont connues à partir du Gandhara, où ils sont représentés avec une tunique, une ceinture et des pantalons et jouent le rôle de dévots du Bouddha et des Bodhisattvas.

Contacts avec Rome Plusieurs sources romaines décrivent la visite d’ambassadeurs des rois de Bactriane et d’Inde pendant le et font probablement référence aux Kouchans.