Maurice Audin, né le à Béja (Tunisie) et déclaré mort le à Alger, est un mathématicien français. Assistant à l'université d'Alger, il est membre du Parti communiste algérien et militant de l'indépendance algérienne.

Après son arrestation le au cours de la bataille d'Alger, il disparaît et meurt assassiné à une date inconnue.. Son corps n'a jamais été retrouvé.

Pour ses proches ainsi que pour nombre de journalistes et d'historiens, notamment Pierre Vidal-Naquet, il est tué pendant son interrogatoire par des parachutistes françaisMonique Lafon, Le Parti communiste français dans la lutte contre le colonialisme, Les Éditions sociales, 1962, .. Cette thèse a longtemps été rejetée par l'armée française et l'État français, qui affirmait qu'il s'était évadé, jusqu'à ce que le général Aussaresses affirme avoir donné l'ordre de le tuer. au couteau pour faire croire à un meurtre par des Algériensdéclaration faite lors de son interview au téléphone par Jean-Charles Deniau.. La première reconnaissance officielle par la France de la mort en détention de Maurice Audin est faite en 2014 par le président François Hollande, sans toutefois rendre publics les documents le confirmant.. En 2018, le président Emmanuel Macron reconnaît officiellement les responsabilités de l'État français et de l'armée française dans cet assassinat.

Biographie Famille et enfance Maurice Audin est le fils de Louis Audin (1900-1977) et d'Alphonsine Fort (1902-1989), mariés en 1923 à Koléa (Algérie), tous deux issus de familles modestes, lui d'ouvriers lyonnais, elle de paysans de la Mitidja. Au moment de la naissance de Maurice, son père est chef de la brigade de gendarmerie de Béja, dans le protectorat français de Tunisie. Après la Tunisie, Louis Audin est affecté en métropole, puis il passe un concours et devient postier à Alger.

Études et carrière universitaire Fils d'un militaire, Maurice Audin devient enfant de troupe et, en 1942, entre en sixième à l'école militaire préparatoire de Hammam Righa ; en 1946, il est admis à l'école d'Autun ; en 1948, renonçant à une carrière d'officier, il revient faire la classe de mathématiques élémentaires à Alger (au lycée Gautier).

Il fait des études de mathématiques à l'université d'Alger, obtenant sa licence en , puis un DES en juillet. Dès , il est recruté comme assistant du professeur René de Possel, poste dans lequel il est titularisé en 1954. Il travaille aussi sur une thèse sur « les équations linéaires dans un espace vectoriel dans le cadre d'un doctorat d'État de mathématiques » ..

En , il se marie avec Josette Sempé (1931-2019) ; ils ont trois enfants : Michèle (1954-2025), Louis (1955-2006) et Pierre (1957-2023).

Engagement politique Maurice Audin adhère au Parti communiste algérien en 1951, d'abord comme membre de la cellule Langevin de l'Union des étudiants communistes, puis, à partir de 1953, d'une cellule d'Alger. Il fréquente aussi l'association des étudiants musulmans, l'AEMAN (devenue en 1955 l'UGEMA)Sadek Hadjerès, « Maurice Audin, la torture et les deux rives », L'Humanité, 27 mai 2004..

Face à la guerre d'Algérie Maurice et Josette Audin font partie de la minorité anticolonialiste des Français d'Algérie, pour qui l'indépendance de l'Algérie est une évidence, ce qui est aussi la position du Parti communiste algérien (PCA). Ce dernier est interdit le et devient une organisation clandestine, négociant avec le FLN.

La famille Audin participe à certaines opérations illégales : en , Maurice organise, avec sa sœur (Charlye, née en 1925) et son beau-frère (Christian Buono), l'exfiltration clandestine à l'étranger de Larbi Bouhali, premier secrétaire du PCA.

En , à la suite des nombreux attentats perpétrés contre la population par le FLN« Le bilan des victimes du terrorisme […] serait officiellement de et pour en quatorze mois », dans Guy Pervillé, Lire en ligne Terrorisme et répression s’affrontent dans Alger, Histoire du christianisme, , mars 2001, , est lancée l'opération dite « bataille d'Alger », pour laquelle la parachutiste du général Massu détient les pouvoirs de police dans la zone d'Alger. Cette unité se livre massivement à la torture et aux exécutions sommaires. Paul Teitgen constate en un an dans les cinq départements de la région algéroise et le général Massu avance un bilan des pertes de la Zone autonome d'Alger en neuf mois de « moins d’un millier d’hommes, et très probablement le nombre relativement faible de trois cents tués ».

En , Maurice Audin héberge un autre dirigeant communiste, l'ouvrier métallurgiste Paul Caballéro, au moment où celui-ci doit être soigné par un médecin, Georges Hadjadj, membre du Parti.

Arrestation et disparition de Maurice Audin (juin 1957) L'attentat du Casino de la Corniche cause le huit morts et quatre-vingt-douze blessés, dont une trentaine d'amputés. Les obsèques des victimes, le , tournent à l'émeute : plusieurs musulmans, molestés par une foule de jeunes, sont hospitalisés, de nombreux magasins saccagés et quelques voitures incendiées. Le couvre-feu est instauré en catastrophe à 21 heures. Deux heures plus tard, les parachutistes frappent à la porte de Maurice Audin. Les militaires finissant par menacer d'arrêter la femme du docteur Hadjadj, pris dans une vague d'arrestation, pour la torturer, il leur dit dans la soirée avoir soigné, au domicile de Maurice Audin, le leader communiste Paul Caballéro, favorable dès 1954 à ce que la direction du Parti communiste algérien (PCA) revienne à des « arabo-berbères », contraint à la clandestinité depuis la censure de 1955, mais contre l'implication du PCA dans l’action armée, qui sera libéré en mai-Guerre d'Algérie : les derniers secrets de l'affaire Audin, tempsreel.nouvelobs.com, 20 décembre 2012.. Le , Audin est arrêté à son domicile, par le capitaine Devis et les lieutenants André Charbonnier et Philippe Erulin. Il est transféré vers un lieu de torture le soir même et confondu le avec le journaliste Henri Alleg, directeur du quotidien interdit Alger républicain. Une souricière est installée dans l'appartement de la famille Audin, et Henri Alleg y est arrêté. Le futur auteur de La Question, en , est alors clandestin depuis qu'il a été blessé dans un attentat au plastic contre son quotidien, fermé ensuite par l'Armée et dont l'imprimerie a été affectée à la fabrication du journal de propagande Le BledBiographie Maitron de Henri Alleg . Alleg est l'avant dernier à avoir parlé à Maurice Audin, qu'il a rejoint sur son lieu de torture« Maurice Audin, cinquante ans de silence », Le Monde diplomatique, 20 juin 2007.. Cette double disparition a des effets considérables : c'est le début de l'affaire Audin, dont Alleg sera un des relais, il sera transféré en France à la prison de Rennes pour des raisons de santé avant de s’échapper vers la Tchécoslovaquie

Soutenance de thèse in absentia (décembre 1957) Au moment de son arrestation, la thèse de Maurice Audin est presque terminée et la soutenance est prévue pour le début de 1958. Au cours de ses recherches, il avait transmis six notes, publiées par l'Académie des sciences. René de Possel avait cité son travail au cours d'un congrès de mathématiciens tenu en Roumanie en 1956. À la fin de 1956, Maurice Audin était venu quelques jours à Paris pour prendre contact avec les mathématiciens Gaston Julia, Henri Cartan et Laurent Schwartz.

Le Monde du révèle ensuite que puis décerné le grade de docteur ès sciences (...) après une soutenance symbolique par René de Possel, son directeur de thèse et président du laboratoire de calcul numérique de l'Institut Henri-PoincaréLe Monde du 3 décembre 1957 . Cette soutenance, , a eu lieu devant un public nombreuxDont François Mauriac qui l'a évoquée dans un « Bloc-notes ».« M. Maurice Audin obtient le doctorat ès sciences », Le Monde du 3 décembre 1957, mis à jour le 29 mai 2014.. Le jury est composé de Jean Favard, président, de Laurent Schwartz, rapporteur et de Jacques Dixmier, troisième membre du jury.. C'est René de Possel qui expose au tableau les résultats d’AudinLaurent Schwartz, Commémoration de la thèse de Maurice Audin. Assassiné pendant la guerre d’Algérie..

Maurice Audin est reçu docteur ès sciences, avec mention « très honorable ».

Officialisation de la mort (1963 et 1966) Le corps de Maurice Audin n'ayant pas été retrouvé, son acte de décès est établi par un jugement du tribunal de grande instance d’Alger () à la date du ; ce jugement est validé en France par le tribunal de grande instance de la Seine le et inscrit en sur son acte de naissanceMichèle Audin, Une vie brève, ., alors au consulat de France à AlgerSon père avait déclaré sa naissance au consulat de France à Béja..

Affaire Audin Le contexte du printemps 1957 Au printemps 1957, les militaires soupçonnent les politiques de vouloir négocier avec le FLN alors qu'on leur demande de le combattre et la tentation est grande d'éliminer ceux qui pourraient devenir demain les interlocuteurs du pouvoir politique, comme Larbi Ben M'hidi, le « Jean Moulin » algérien et l'avocat Ali Boumendjel. Dès , le FLN appelle à une grève générale au moment où les Nations unies se réunissent pour débattre de la question algérienne, ce qui s'ajoute aux attentats, causant la panique du ministre résident Robert Lacoste, qui demande au général Massu de démanteler l'appareil politico-militaire du FLN, mission confiée au colonel Yves Godard, ex-volontaire de l'Indochine et futur chef de l'OAS, et au commandant Aussaresses, fondateur à l'été 1947 du parachutiste de chocAussaresses, qu'Yves Courrière appellera « O. » dans Le Temps des léopards. Sans formation policière, Aussaresses s'empare par la force, à la préfecture d'Alger, de la totalité du fichier des Renseignements généraux, que ceux-ci renâclent à livrer et sont arrêtées dans une première rafle générale, le , à l'issue de laquelle la torture se généralise, pratiquée par des sous-officiers ayant débuté pour certains sous l'uniforme nazi, avant de rejoindre la Légion étrangère qui, dès 1946, recrutait à tour de bras pour la guerre d'Indochine. Chaque jour, l'équipe d'Aussaresses fait le tour des centres d'interrogatoires, et remet à la justice les suspects les moins importants, les « gros poissons » étant achevés.

Le , le gouvernement de Guy Mollet, interpellé par une partie des socialistesThèse de Gilles Morin, De l'opposition socialiste à la guerre d'Algérie au parti socialiste autonome (1954- 1960). Un courant socialiste de la SFIO au PSU, sous la direction d'Antoine Prost, à Paris , en 1991, dont la fédération d'Alger, des personnalités chrétiennes, et sa propre administration rapportant des « méthodes tirées de l'arsenal de la Gestapo », a , en créant une commission de douze membres chargés d'enquêter sur la répression militaire en Algérie dont on vient d'apprendre par Paul Teitgen qu'elle a causé depuis seulement janvier. Dans L'Express du le général Bollardière avait demandé à être relevé de son commandement pour ne pas avoir à accomplir des actes indignes et Vercors renvoyé sa légion d'honneur au président Coty le , jour où un autre résistant célèbre, Paul Teitgen a démissionné de son poste de secrétaire général de la police française à Alger. Le surlendemain sont publiés deux rapports de police, respectivement signés par le commissaire René Gilles et l'officier René Tordoir, évoquant des séances de torture ne concernant pas des militants algériens, effectuées par un député, qui doit rentrer en métropole en mai.

Cinq membres de cette Commission enquêteront sur le cas Audin, se heurtant à la mais en grâce au réseau de la Croix-Rouge, accumulant les témoignages donnés par le syndicat des enseignants, selon l'historienne Raphaëlle BrancheRaphaëlle Branche, « La commission de sauvegarde pendant la guerre d'Algérie : chronique d'un échec annoncé », dans la revue Vingtième siècle, .