Bien que l’université de Louvain ait déjà été créée en 1425, il n’y avait pas de Faculté de théologie au début. Cela était conforme à la politique papale qui donnait la permission d’établir des études de théologie seulement à des universités d’excellence reconnue. Après sept ans, en 1432, la faculté de théologie est instituée par la bulle d’Eugène IV « In apostolicae dignitatis », comme la cinquième faculté en plus des arts, du droit civil, du droit canon et de la médecine« A short history of the Faculty of Theology and Religious Studies ». http://theo.kuleuven.be/en/general/information/history/ (consulté le 20.04.2015).
Le thumb|left|Adrien VI, ancien professeur à la Faculté de théologie de Louvain. Peu après sa création, la faculté réussit à se positionner comme un acteur important dans les débats théologiques dans le monde chrétien. L’un des professeurs les plus distingués de l’époque est Adrien Floriszoon d’Utrecht, qui est par la suite élu pape sous le nom d’Adrien VI. Le programme théologique est basé sur les manuels de théologie, d’abord sur le Liber Sententiarum de Pierre Lombard, et plus tard sur la Somme théologique, de Thomas d’Aquin. Les étudiants doivent non seulement suivre des cours, mais aussi participer activement à des discussions régulières concernant les questions théologiques. L’approche méthodologique dominante est la méthode scolastique de disputatio. Contrairement à la lectio, qui porte sur la lecture interprétative de l’Écriture par référence aux grands théologiens du passé, la disputatio est basée sur la confrontation des arguments. Le but de la disputatio est d’atteindre une réalisation de vérités universelles de façon plus systématique et rationnellePérigot, B. (2007). « Antécédences : De la disputatio médiévale au débat humaniste ». In Memini. http://memini.revues.org/74 (consulté le 20.04.2015).
thumb|Le pape Eugène IV, qui signa en 1432 les deux bulles permettant la création d'une faculté de théologie à Louvain. thumb|Holbein, Érasme.
Le : contact avec l’humanisme et la Réforme En 1519, le Collegium Trilingue est fondé comme une institution indépendante pour l’étude des textes sacrés dans leurs langues originales: latin, grec, et hébreu. Parmi ceux qui contribuent à la création de cette institution on trouve Érasme, un humaniste célèbre et un partisan de la théologie positiveSmeesters, A. (2011). « Aux rives de la lumière: la poésie de la naissance chez les auteurs néo-latins des anciens Pays-Bas entre la fin du et le milieu du ». Leuven : Leuven University Press, p. 77.. Le Collegium Trilingue a une grande influence sur le développement de l’exégèse biblique à Louvain. La théologie positive, contrairement à la théologie spéculative, ne se concentre pas sur des dogmes abstraits, mais plutôt sur les détails concrets de textes sacrés, la vie chrétienne et l’expérience vécue de la foiRoegiers, J. (2003). « Le jansénisme de Louvain à la fin du ». In Cooman, G, van Stiphout, M. et Wauters, B. éd. Zeger-Bernard van Espen at the Crossroads of Canon Law, History, Theology and Church-State Relations. Leuven : Leuven University Press, p. 3-9.. Bien que la faculté résiste d’abord aux idées humanistes, elle devient lentement plus ouverte aux recherches de théologie positive. Le en Europe est marqué par la montée du Protestantisme, et de la Contre-Réforme catholique. La première condamnation de l’œuvre de Martin Luther est émise en 1519 par la Faculté de théologie de Louvain. En 1544, la faculté compile un résumé des vérités religieuses contre les enseignements hérétiques, qui est considéré comme l'une des meilleures réalisations de la théologie prétridentineCaudron, M. (1978). « Faith and Society. Foi et Société. Geloof en Maatschappij. ». Louvain : Université catholique de Louvain, p. 20. . Le débat constant avec les protestants permet de lancer une nouvelle vague de recherche sur la Bible et les Pères de l'Église. Cela a pour objectif de montrer que l’enseignement catholique est en conformité avec les autorités de l’Église primitive - un élément que les protestants ont souvent rejeté. Les fruits de ce travail sont la nouvelle édition critique de la Bible en latin, connue sous le nom « Biblia Vulgata Lovaniensis » (1547), et l’édition critique des œuvres de saint Augustin, chef-d'œuvre de l'érudition janséniste.
Le : le bastion janséniste thumb|left|Cornelius Jansen, recteur de l'université de Louvain et fondateur du jansénisme. thumb|Michel de Bay (Michaël Baius) (1513-1589), professeur et recteur de l'université de Louvain, fondateur de la doctrine du "baïanisme", précurseur du jansénisme. thumb|Febronius, célèbre étudiant de la faculté de théologie de l'université de Louvain, disciple de Van Espen et fondateur du fébronianisme. En 1640, le livre Augustinus, écrit par Cornelius Jansen, un recteur de Louvain, provoque une grande controverse qui marque la vie ecclésiastique et culturelle du . Dans son livre, Jansénius tente de présenter une interprétation historiquement valide de l’enseignement d’Augustin sur la grâce. Cependant, peu après sa publication, le livre est accusé de représenter une doctrine hérétique. La controverse s’intensifie l’année suivante, après la publication du livre en France. Dans un même temps, « Augustinus » inspire un mouvement spirituel moralement rigoureux qui se développe autour du monastère de Port-Royal, près de ParisForget, J. (1910). « Jansenius and Jansenism ». http://www.newadvent.org/cathen/08285a.htm (consulté le 20.04.2015). Parmi les adeptes se trouvent des personnalités telles que Blaise Pascal et Pierre Nicole. D’autre part, le jansénisme est contré par une forte opposition de la Compagnie de Jésus et de l’État, en particulier par Louis XIV, pour qui la fraction janséniste est une menace au pouvoir absolutiste qui nécessite une intervention pontificale. En 1653, le pape Innocent X condamne certaines propositions attribuées à Jansen, dans la bulle Unigenitus que les membres de la Faculté de Théologie à Louvain acceptent, mais l'université de Louvain qui fut, avec Baïus et Jansénius, le berceau du jansénisme resta, durant les jusqu'à sa fermeture, le bastionDictionnaire historique de la Papauté, sous la direction de Philippe Levillain, éd. Fayard, 1994, sub verbo "Innocent XII Pignatelli 1691-1700" : "Bien que la théologie et l’éthique jansénistes dans leurs postulats théoriques et pratiques aient été largement rejetées par le Saint-Siège, elles sont encore bien loin de disparaître de la vie de l’Église à la fin du . À l’époque d’Innocent XII, quelques groupuscules plus combatifs ont quitté la France et se sont transférés en Belgique et en Hollande, d’où ils redoublent d’activité, souvent en conflit avec les directives de Rome. L’université de Louvain est leur forteresse". et la plaque tournanteDaniel Tollet et Pierre Chaunu, Le jansénisme et la franc-maçonnerie en Europe centrale aux , p. 143 : "Louvain plaque tournante des idées jansénistes" de la théologie augustinienneHistoire genérale du Jansénisme, tome III, Amsterdam chez J. Louis de Lorme, 1700, pp. 343-344 : "Il faut avoüer , quoy qu'à nôtre confusion, que nous sommes nous et toute l’Eglise, entierement redevable aux Theologiens de Louvain, de ce que les ouvrages de N: P. Saint Augustin ne demeurent pas ensevelis sous la poussiere, et jettez dans les coins des bibliotheques. Puisque ce sont eux qui ont toujours défendu avec un très-grand zele sa doctrine contre ses ennemis et ses calomniateurs. Ce sont eux qui ont corrigé toutes ses œuvres avec un travail immense et un grand amour pour la Religion, les ayant collationnées avec plus de deux cens exemplaires, et nous en ayant enlevé la gloire et la recompense. Et l'on doit rendre graces à Dieu de ce que cette revûe et cette correction s'est faite , avant que la Societé , et nommément Jean Martinez de Ripalda se mêlât de la faire. Car Saint Augustin seroit sorti de ses mains estropié et mal traité : comme nous verrons plus bas". dite janséniste, en Europe, avec des professeurs comme Jansenius, Pierre Stockmans, Néercassel, Josse Le Plat et surtout le fameux Van Espen et son disciple Febronius, et comme le dit Henri FrancotteHenri Francotte, professeur à l'université de Liège, La Propagande des encyclopédistes français au pays de Liège (1750-1790), Bruxelles : Hayez, 1880, . : .
Le : les Lumières
Après les Traités d'Utrecht, les provinces des Pays-Bas méridionaux passent dans le patrimoine héréditaire de la Maison des Habsbourg d'Autriche héritiers des Habsbourg d'Espagne. La Faculté de théologie, avec le reste de l’Université, est soumise à la réforme générale en ligne avec les Lumières, menée par le commissaire impérial Patrice-François de Neny (1716-1784). Lui et ses successeurs introduisent de nouvelles disciplines théologiques telles que histoire de l’Église et de la théologie pastorale tout en insistant sur une formation doctorale rigoureuse. Cette période est également marquée par la résistance de la faculté à la participation directe de l’État dans les questions religieusesDuvillier, T, Jacob, S. (2000). « Recension. Histoire politique et administrative des Pays-Bas autrichiens au ». http://pyramides.revues.org/608 (consulté le 20.04.2015). Depuis le traité de Campoformio, les anciennes provinces belgiques de l'empire font désormais partie de la République française<ref>Jules Delhaize, La domination française en Belgique, Bruxelles, 1909, tome III, p. 171 : " Les articles 3 et 4 du traité de Campo-Formio consacrèrent enfin, au point de vue international, la réunion de la Belgique à la France. Voici ces articles. Art. 3 - Sa Majesté l'Empereur, Roi de Hongrie et de Bohême, renonce pour elle et ses successeurs en faveur de la République française, à tous ses droits et titres sur les ci-devant provinces belgiques, connues sous le nom de Pays-Bas autrichiens. La République française possédera ces pays à perpétuité, en toute souveraineté et propriété, et avec tous les biens territoriaux qui en dépendent'".</ref>. Sous le Directoire, les universités sont officiellement supprimées dans l'ensemble de la République française, à la suite du projet de modernisation de l'enseignement en France. Faisant suite à une dépêche du , l'administration centrale du département de la Dyle prit le décret du 4 brumaire an VI () supprimant l'université de Louvain, en application du décret de la Convention du qui supprimait tous les collèges et universités de la République. Or cette loi fut suspendue le lendemain, et les universités subsistèrent en fait jusqu'à la loi du 7 ventôse an III (), créant les écoles centrales. C'est ainsi que l'université et tous ses collèges furent fermés le , tout son matériel ainsi que la riche bibliothèque étant transférés à la nouvelle École centrale de BruxellesLeuven University, p. 31: . Wauthier, chef de bureau du département de la Dyle et l'ex-jésuite de la Serna Santander, bibliothécaire de l'École centrale de Bruxelles, furent chargés de l'application de cette mesure. Le , ils se rendirent avec Michel-Marcel Robyns, receveur des domaines nationaux, auprès de l'administration communale de Louvain, pour la notifier.
Annexes Bibliographie H. De Jongh, L'ancienne faculté de théologie de Louvain au premier siècle de son histoire, 1432–1540 (Paris, 1911). H. De Vocht, History of the Foundation and Rise of the Collegium Trilingue Lovaniense 1517–1550 (Leuven, 1951–55). R. Guelluy, "L'évolution des méthodes théologiques à Louvain d'Érasme à Jansénius", Revue d'Histoire Ecclésiastique 37 (1941) 31–144. E. Reusens, Documents relatifs à l’histoire de l’Université de Louvain (1425–1797) (Leuven, 1881–1903). J. Étienne, Spiritualisme érasmien et théologiens louvanistes. Un changement de problématique au début du (Leuven, Gembloux, 1956). M. Lamberigts, L. Kenis, L’Augustinisme à l’ancienne Faculté de théologie de Louvain (Leuven, 1994; BETL 111) 455 p.