Alexis Nikolaïevitch de Russie (Alekseï Nikolaïevitch Romanov, en ), tsarévitch de Russie, né le ( du calendrier julien) à Peterhof et assassiné le à Ekaterinbourg, membre de la famille impériale de Russie, était le fils du tsar Nicolas II et de la tsarine Alexandra Feodorovna. Il est canonisé par l'Église orthodoxe en 1981.
Biographie alt=|gauche|vignette|370x370px|Le tsarévitch Alexis de Russie alors bébé. Le tsarévitch Alexis Nicolaïevitch naît le au palais de Peterhof (Saint-Pétersbourg), dix ans après le mariage de ses parents. Il était le plus jeune de cinq enfants et le fils unique de l'empereur Nicolas II et de l'impératrice Alexandra Feodorovna. Ses sœurs aînées étaient les grandes-duchesses Olga (née en 1895), Tatiana (née en 1897), Maria (née en 1899) et Anastasia (née en 1901). Il était adoré par ses parents et sœurs et surnommé « Bébé » dans la famille. Plus tard, il fut également appelé affectueusement « Alyocha » (Алёша).
Alexei a été baptisé le dans la chapelle du palais de Peterhof. Conformément à la tradition en vigueur à l'époque, des membres de familles royales étrangères sont désignés par les parents. Tous liés à la famille impériale russe, à la famille royale danoise (par le ) ou à la famille royale britannique (par la ), ses parrains et marraines sont : l'impératrice douairière Dagmar de Danemark, sa grand-mère paternelle ; le grand-duc Alexei Alexandrovitch, son grand-oncle ; la grande-duchesse Olga, sa sœur aînée ; le roi Christian IX du Danemark, son arrière-grand-père ; le roi Édouard VII du Royaume-Uni, son grand-oncle par alliance ; le prince de Galles, cousin germain de son père ; l'empereur allemand Guillaume II, cousin de sa mère, étant petit-fils de la reine Victoria.
La Russie étant en guerre contre le Japon, tous les soldats et officiers actifs de l'armée et de la marine russes ont été nommés parrains d'honneur. Pour l'occasion, les garçons portaient des uniformes militaires miniatures, et les filles des versions plus petites de la robe de cour et des petits kokochniks. Le sermon a été prononcé par Jean de Kronstadt.
En tant que maîtresse de la garde-robe, la princesse a été chargée de porter le nourrisson jusqu'aux fonts baptismaux. Par précaution vu son grand âge (70 ans), elle a fait mettre des semelles en caoutchouc sous ses chaussures pour ne pas glisser et faire tomber l'enfant.
La comtesse Sophie Buxhoeveden a rappelé :
Pierre Gilliard, le précepteur du tsarévitch, décrit Alexis comme :
Ce bonheur est éphémère ; bien vite on s'aperçoit que l'héritier des tsars est atteint du gène fatal transmis par sa mère que la médecine de l'époque ne sait pas traiter.
La maladie vignette|Alexis en 1913. alt=|vignette|Alexis Nikolaïevitch de Russie avec son père, en 1915. Dès sa naissance, le tsarévitch montre les signes pathologiques de l'hémophilie. Cette maladie génétique incurable, qui n'atteint quasiment que les hommes, lui avait été transmise par son arrière-grand-mère, la reine Victoria du Royaume-Uni. Transmissible uniquement par les femmes, la maladie provoque la culpabilité de sa mère, l'impératrice Alexandra née Alix de Hesse-Darmstadt. Celle-ci veille avec angoisse sur les activités du tsarévitch afin d'éviter les hématomes, les égratignures, les chutes, qui provoquaient chez le jeune prince des douleurs intenses, des maux de têtes et des accès de fièvre. Quelquefois, le tsarévitch s'évanouit de douleur. Conscient de sa faiblesse, le tsarévitch est un enfant difficile, coléreux et autoritaire. À d'autres moments, il se révèle aimable et sincère.
Malgré les soins apportés par les médecins de la Cour impériale et ceux de son entourage familial (qui par ignorance le soignent avec de l'aspirine, dont ils ne connaissent pas le pouvoir antiagrégant plaquettaireDocumentaire (France, 2017), Le tragique destin des Romanov, treize années à la cour de Russie.), le tsarévitch est condamné à brève échéance et n'aurait pu régner sur la Russie impériale. À cette époque, un enfant atteint d'hémophilie a une espérance de vie de vingt ans. Dans le passé, la famille de l'impératrice n'a pas été épargnée par cette redoutable maladie, son jeune frère Frédéric-Guillaume de Hesse-Darmstadt et deux jeunes enfants de sa sœur, la princesse Irène de Prusse en sont morts. La maladie du tsarévitch augmente encore davantage le mysticisme de sa mère dont a su profiter Raspoutine, qui est introduit auprès du couple impérial en 1905.
En 1912, lors du séjour de chasse de ses parents à Spala, Alexis, victime d'une secousse lors d'une promenade en calèche est pris de violentes douleurs. Une grosseur déjà existante prend de l'ampleur. En proie à de terribles souffrances, les cris du tsarévitch retentissent dans tout le palais. Les médecins impuissants, les derniers sacrements sont administrés au jeune tsarévitch. Pendant l'agonie d'Alexis, sa mère, l'impératrice Alexandra, reçoit un télégramme de son confident, le guérisseur Raspoutine, l'assurant de la guérison prochaine du tsarévitch. Quelques heures plus tard, l'hémorragie s'arrête d'elle-même.
De 1907 à 1917, le matelot Andrei Derevenko est chargé de la garde d'AlexisLes films-documentaires de Frédéric Mitterrand Mémoires d'exil montrent Derevenko portant le tsarévitch.. Après l'abdication de Nicolas II, Derevenko montre de la rancune envers le tsarévitch et quitte Tsarskoïe-Selo.
vignette|Alexis Nikolaïevitch en 1915, avant de monter dans le train. Le matelot Nagorny remplace Derevenko et sera très dévoué au petit tsarévitch. En , lors du voyage des jeunes grandes-duchesses et du petit Alyocha, sur le bateau qui les emmène de Tobolsk à Ekaterinbourg, les jeunes filles et leur frère sont enfermés dans leur cabine. Le matelot se révolta contre ce procédé : il fait remarquer au révolutionnaire Ivan Svikke, dit Rodianov, le mauvais état de santé du tsarévitch en ces termes : « Quel culot ! Un enfant malade ! On ne pourra même pas aller aux cabinets. » Edward Radwinsky, Nicolas II Le dernier des tsars, p. 360.. Prenant courageusement la défense du jeune Alexis, le matelot Nagorny signe son arrêt de mort. Quelques jours plus tard, la Tchéka vient l'arrêter. Un certain Ermakov, vingt ans plus tard, racontera comment il a tué le matelot dévoué corps et âme au tsarévitch. Il le fusille comme un « larbin du tsar, un matelot chargé de s'occuper de l'héritier »Edward Radwinsky,Nicolas II le dernier des tsars, p. 361..
gauche|vignette|250x250px|Le tsarévitch Alexis avec ses sœurs les grandes-duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia en 1910. En avril 1918, lors du transfert de la famille impériale de Tobolsk à Ekaterinbourg, Alexis, trop faible, ne peut voyager avec sa sœur, la grande-duchesse Maria, et ses parents. Ce ne fut qu'en mai 1918 que le jeune tsarévitch et ses sœurs rejoignent le reste de la famille impériale à Ekaterinbourg.
Décès et « inhumation »
Dans la nuit du 16 au , Iakov Iourovski, accompagné de onze hommes, fait descendre le tsar et sa famille au sous-sol de la maison Ipatiev. Le tsarévitch avait, pour se distraire, fait du toboggan sur une rampe d'escalier quelques jours auparavant et était tombé : sa jambe bandée l'empêche de marcher et son père doit le porter.
À 3 heures 15 du matin, le commissaire spécial tire à bout portant sur le tsar, déclenchant le massacre. Assis sur sa chaise, Alexis ferme les yeux. Touché il tombe sur le sol. À terre, il agrippe la chemise de Nicolas et ne bouge plus. Quand Iourovski s'aperçoit qu'il respire encore, il le signale à Ermakov, qui lui plante à plusieurs reprises sa baïonnette dans le corps. Alexis étant encore en vie, Iourovski l'achève de deux balles dans la tempe droite.
Les dépouilles de la famille impériale sont déshabillées, défigurées à l'aide d'acide sulfurique, arrosées d'essence et brûlées, avant d'être jetées dans un puits de mine situé dans la forêt de Koptiaki, puis retirées quelques jours plus tard pour être ensevelies sous un chemin forestier. D'après le rapport de Iakov Iourovski, les corps du tsarévitch Alexis et d'une de ses sœurs, Maria ou Anastasia, auraient été brûlés dans un bois voisin.
L'exécution de la famille Romanov a des parts d'ombres qui ont donné naissance aux mythes de la survie de plusieurs des membres de la famille Romanov : selon une légende, le tsarévitch aurait survécu en URSS même et – comme Maria Nikolaïevna de Russie en Europe occidentale – y aurait eu une descendance. Un collectif paru en 1998 également – mais projeté vers 1994, donc sans relation avec les commémorations des quatre-vingts ans du crime – est pris en considération par Marc Ferro en 2002, et Jacqueline Monsigny en 2003. Il jette le doute sur l'idée admise avec prudence par Marc Ferro lui-même en 1990, et affirmée par Marina Grey, d'une double exécution de Nicolas II et de son fils. Des photographies d'un brillant professeur de géographie soviétique, Alexandre Filatov, décédé en 1988, également hémophile, frappent par leur ressemblance avec l'ancien tsarMarc Ferro, Les Tabous de l'Histoire, Nil Editions, 2002, et 74 ; Jacqueline Monsigny, Les Filles du tsar, Marie ou les tourbillons du destin, Paris, Michel Lafon, 2003, . Des procédures juridiques sont en cours en Russie pour faire admettre de la part du fils d'Alexandre Filatov sa paternité avec son grand-père impérial présuméPetrov, Lyssenko, Egorov, La Fuite d'Alexis, fils du tsar Nicolas II, Paris, La Martinière, 1998 ..
Découverte du corps présumé d'Alexis Le , Edouard Rossel, gouverneur de l'oblast de Sverdlovsk, déclare : Cette confirmation pourrait mettre un terme aux légendes concernant la famille impériale, et obliger les tsaristes à renoncer à leurs spéculations concernant la survie de deux enfants de Nicolas IILire en ligneEntre l'église et l'Etat russe bataille autour des restes de la famille impériale article sur le site Lexpress.fr, publié le 24 novembre 2015..
Canonisation vignette|Photographie d'une partie de la châsse et de l'icône de Saint martyr Alexeï Nikolaïevitch dans l'église russe à Belgrade. En 1981, Alexis Nikolaïevitch de Russie est canonisé par l'Église orthodoxe de l'étranger et en 2000 par l'Église orthodoxe russe avec toute sa famille. Dans le calendrier de l'Église orthodoxe russe, il est vénéré comme martyr le sous le nom de saint tsarévitch Alexis.
Le même jour sont vénérés les saints martyrs impériaux : saint tsar Nicolas, sainte tsarine Alexandra, sainte Maria, sainte Olga, sainte Tatiana et sainte Anastasia.
Le lieu de pèlerinage se situe en la nouvelle cathédrale d'Iekaterinbourg.
Distinctions Ordre de Saint-André Ordre de Saint-Alexandre Nevski Ordre de l'Aigle blanc Ordre de Sainte-Anne () Ordre de Saint-Stanislas () |50px Ordre de Saint-Georges () Ordre suprême de la Très Sainte Annonciade Ordre des Saints-Maurice-et-Lazare Ordre de la Couronne d'Italie Ordre des Séraphins Grand-croix de l'ordre national de la Légion d'honneur (distinction qu'il reçut des mains du président Raymond Poincaré lors de son voyage en Russie en ).
Alexis dans la littérature Alexis, prince des neiges. Roman / Jean Rolland ; ill., Christin Xavier. - Paris : P. Téqui, 2008 - (collection Défi ; 9). Le Tsarévitch, enfant martyr ; Eugénie de Grèce ; Edition Perrin, 1990 - collection Présence de l'Histoire
Notes et références
Sources
Annexe Articles connexes
Alexandre II de Russie (arrière-grand-père paternel) Marie de Hesse-Darmstadt (arrière-grand-mère paternelle) Alexandre III de Russie (grand-père paternel) Dagmar de Danemark (grand-mère paternelle) Victoria Ire du Royaume-Uni (arrière-grand-mère maternelle) Albert de Saxe-Cobourg-Gotha (arrière-grand-père maternel) Louis IV de Hesse (grand-père maternel) Alice du Royaume-Uni (grand-mère maternelle) Hémophilie L'hémophilie dans la descendance de Victoria
Liens externes
La vie des derniers Romanov
Catégorie:Prince héritier Catégorie:Maison de Holstein-Gottorp-Romanov Alexis Catégorie:Personnalité politique russe assassinée