Incendie des livres et enterrement des lettrés () est une expression chinoise faisant référence à l'autodafé (en 213 av. J.-C.) et à l'enterrement vivant de 460 lettrés confucéens (en 210 av. J.-C.), qu'aurait ordonnés en Chine Qin Shi Huang, le premier empereur de la dynastie Qin. Ces évènements auraient causé la perte de nombreux traités philosophiques des « cent écoles de pensée ».

Les historiens contemporains mettent en doute les détails de ces évènements tels qu'ils sont rapportés dans le Shiji, la source originale des informations à leur sujet, dans la mesure où son auteur, Sima Qian, était un officiel de la dynastie Han, succédant à la dynastie Qin, et la montrant systématiquement sous un jour défavorable. S'il est certain que Qin Shi Huang rassembla et détruisit de nombreux ouvrages qu'il jugeait subversifs, deux copies de chaque texte étaient cependant conservées dans les bibliothèques impériales, et ne disparurent que dans les combats marquant la chute de la première dynastie. On pense désormais qu'il fit tuer beaucoup de lettrés, mais que ceux-ci n'étaient pas confucéens en général, et ne furent pas « enterrés vivants ».

La version traditionnelle Destructions de livres dans la Chine ancienne 213 av. J.-C. : incendie des livres par Qin Shi Huang 23 : Chang'an (actuellement Xi'an), capitale de Wang Mang, est attaquée, et le palais impérial pillé ; l'empereur meurt dans la bataille et les assaillants brûlent la bibliothèque impériale du palais Weiyang. 220 : à la fin de la dynastie Han, les guerres des Trois Royaumes provoquent la dispersion de la bibliothèque impériale. 306 : à la fin de la guerre des huit princes, les soulèvements des Jin occidentaux détruisent la bibliothèque impériale. 555 : encerclé dans son château par l'armée des Wei de l'Ouest, l' de la dynastie Liang met le feu à la collection des archives nationales. Incendie des livres

D'après le Shiji (livre d'annales dû à Sima Qian, un historien de cour de la dynastie Han), après l'unification de la Chine par l'empereur Qin Shi Huang en 221 av. J.-C., son chancelier Li Si lui suggéra de supprimer les discussions intellectuelles pour unifier la pensée et l'opinion politique. On peut lire dans le Shiji (chapitre 6) :

D'un point de vue politique, les livres de poésie et d'histoire ancienne étaient jugés dangereux, parce que contenant des portraits de dirigeants vertueux ; quant aux ouvrages de philosophie, ils prônaient souvent des idées incompatibles avec le régime impérial.

Conséquences L'étendue des dommages causés à l'héritage culturel chinois est difficile à estimer, faute de rapports détaillés sur ces autodafés. Cependant, outre que les livres de technologie devaient être épargnés, même les livres « interdits » étaient préservés dans les archives impériales et les érudits officiels étaient autorisés à les garder ; c'est seulement par la suite que la diminution du nombre de copies devait augmenter le risque de perte définitive.

En définitive, ce sont les ouvrages historiques qui ont le plus souffert, probablement à partir de 206 av. J.-C., lorsque les palais impériaux des Qin, où se trouvaient sans doute les archives, furent capturés et brûlés.

Autres autodafés À la fin de la dynastie Qin, les archives nationales du palais Epang furent incendiées. Zhang Jie (章碣), poète de la dynastie Tang, écrivit à ce sujet :

(traduction : Des cendres de l'incendie, avant qu'elles soient froides, la révolte éclata à l'est du mont Xiao. De là émergea l'inculture de Liu Bang et de Xiang Yu.)

Enterrement des lettrés La tradition veut qu'ayant été déçu par deux fangshi (alchimistes) en cherchant à prolonger sa vie, Qin Shi Huang aurait ordonné l'enterrement vivant de plus de 460 lettrés de la capitale, deux ans après la proscription des livres. Cette croyance était basée sur un autre passage du Shiji (chapitre 6) :

Wei Hong, au , fit un récit des mêmes évènements, en portant à le nombre de lettrés enfouis.

Les raisons du scepticisme Michel Nylan, professeur d'histoire de la Chine à Berkeley, fait remarquer que . Nylan suggère que si les lettrés de la dynastie Han accusèrent les Qin de la destruction des Cinq classiques confucéens, c'était en partie pour diffamer l'État qu'ils venaient de défaire, mais aussi parce qu'ils se trompaient sur la nature de ces textes, qui n'avaient été décrits comme par Sima Qian qu'après la fondation de la dynastie Han. Nylan fait aussi remarquer que la cour des Qin engageait des lettrés spécialistes du Classique des vers et du Classique des documents, ce qui implique que ces textes auraient été épargnés ; de plus, le Classique des rites et le Zuo Zhuan ne contiennent pas d'éloges des états féodaux vaincus, éloges que l'empereur aurait donnés comme raison de les détruire. Martin Kern ajoute que les écrits Qin et ceux du début de la dynastie Han citent fréquemment les Classiques, tout particulièrement le Classique des documents et le Classique des vers, ce qui n'aurait pas été possible s'ils avaient été brûlés comme le rapporte Sima Quian.

Le récit de l'exécution des lettrés fait par Sima Qian présente des difficultés analogues. Aucun texte antérieur au Shiji ne mentionne ces exécutions, le Shiji ne nomme aucun lettré qui en aurait été victime, et en fait, aucun autre texte ne les mentionne avant le . La célèbre phrase « brûler les livres et exécuter les confucéens » n'apparaît pas avant le début du .

Voir aussi Histoire de la Chine (Classique chinois) Vingt-Quatre histoires Confucianisme Autodafé Censure (Liberté d'opinion) Quatre Vieilleries Révolution culturelle Mao Zedong

Dans la culture populaire La série de fantasy de Jane Lindskold est basée sur cet évènement.

Notes et références Note

Références

Sources et autres textes K. C. Wu, The Chinese Heritage, New York: Crown Publishers (1982). .

Liens externes Ulrich Neininger, "Burying the Scholars Alive: On the Origin of a Confucian Martyrs’ Legend" Nation and Mythology (in East Asian Civilizations. New Attempts at Understanding Traditions), vol. 2, 1983, eds. Wolfram Eberhard et al., pp 121-136. Sima Qian: "The First Emperor of Qín" chapitre 25, Burning Books & Burying Scholars, , University of California San Diego. Jing Liao, A historical perspective : the root cause for the underdevelopment of user services in Chinese academic libraries, , vol.30, num. 2, pages 109-115, mars 2004.

Catégorie:Histoire du livre Catégorie:Méthode d'exécution Catégorie:Dynastie Qin Catégorie:Anti-intellectualisme Catégorie:Bibliothèque incendiée