Le Prélude et fugue en mi bémol majeur (BWV 552) est une œuvre pour orgue de Jean-Sébastien Bach, composée à Leipzig entre 1735 et 1739 et publiée la même année à Nuremberg comme cadre de la Clavier-Übung III, troisième recueil du compositeur consacré à la liturgie luthérienne.

Cette composition monumentale, surnommée depuis le XIXᵉ siècle en anglais « St-Anne Prelude and Fugue » (en raison du sujet de la fugue, proche du choral anglais O God, our help in ages past), encadre les vingt et un chorals du recueil et forme avec eux une véritable messe pour orgue.

Origine Ce prélude et fugue est issu de la messe luthérienne – troisième livre du Clavier-Übung. Le prélude correspond à l'entrée des fidèles, la fugue, à la sortie. Le troisième livre du Clavierübung a été édité par Bach en 1739 à Nuremberg.

Dans la Clavier-Übung III (1739), le Prélude et triple fugue en mi bémol majeur BWV 552 encadre l’ensemble des chorals de la messe luthérienne. Bach y conçoit une véritable messe pour orgue, alliant finalité liturgique et méditation théologique. Le prélude, joué à l’ouverture du culte, trouve son pendant à la sortie dans la triple fugue, ensemble que le compositeur conçoit comme une image sonore du mystère trinitaire.

L’œuvre, écrite « pro organo pleno » (pour l’orgue au complet), déploie une ample fresque solennelle où la symbolique du chiffre 3 est omniprésente : trois bémols à la clef, trois thèmes, trois retours du motif principal. Cette triple organisation, que des auteurs comme Gilles Cantagrel, Philippe Charru et Christoph Theobald interprètent comme allégorique de la Sainte Trinité, trouve dans l’analyse d'Arthur Skoric une lecture plus développée : le prélude serait une métaphore sonore du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint.

Prélude thumb|Prélude. Ce grand prélude (205 mesures) prend la forme d'un concerto grosso. Le prélude utilise trois thèmes reprenant la sainte trinité: le père, le fils et le saint esprit. Le premier thème (le père) rappelle une ouverture à la française. Le second (le fils) est plus léger, le troisième (le saint esprit) est rapide et peut rappeler une fugue. Le prélude se termine par un da capo.

Dès la tonalité choisie - mi bémol majeur, aux trois bémols à la clef - Bach inscrit l’œuvre sous le signe de la Trinité. Le prélude se déploie en une vaste architecture à ritournelle, d’allure de concerto grosso, articulée autour de trois thèmes :

le premier, solennel, rythmé « à la française », exprime la majesté du Père ; il s’ouvre sur un chiasme mélodique figurant la croix, symbole de la création et de la souveraineté divine ; le second, plus léger et concertant, représente le Fils, issu du premier par dérivation thématique ; ses échos entre claviers et ses syncopes traduisent l’incarnation et la vie terrestre du Verbe ; centré|553x553px le troisième, un perpetuum mobile de doubles croches, allie la souplesse du mouvement fugué à la fluidité du souffle : c’est le Saint-Esprit, présence invisible et omniprésente, répandue sur la terre. centré Ces trois éléments procèdent les uns des autres, à la manière d’une généalogie sonore : le Fils naît du Père, l’Esprit procède du Père et du Fils. L’ensemble forme une trinité musicale, unité de substance et diversité de caractères. Le retour final du thème initial agit comme une Confirmatio, réaffirmant la primauté du Père et refermant le cycle dans la lumière de l’Unité.

La construction repose sur une symbolique numérique et rhétorique : le chiffre 3, omniprésent (trois bémols, trois thèmes, triple réapparition), renvoie à la perfection divine ; le chiffre 7, suggéré par la succession des sections, évoque la création ; le chiffre 12, correspondant au nombre d’entrées du thème fugué, rappelle les apôtres. Bach y emploie de multiples figures de rhétorique musicale – chiasme, anaphora, syncopatio, gradatio, catabasis – qui ordonnent le discours à la manière d’un sermon.

Sous cette organisation se dessine un véritable discours théologique : le prélude suit le schéma classique Exordium – Medium – Finis, où le commencement et la conclusion coïncident dans le thème du Père, selon la parole de l’Apocalypse : « Je suis l’Alpha et l’Oméga. » La musique devient ainsi signe de croix : verticale de la foi, horizontale du monde créé, union du terrestre et du divin.

Par cette synthèse d’architecture contrapuntique, de symbolique arithmétique et de pensée spirituelle, le Prélude en mi bémol majeur s’impose comme une méditation sur le mystère trinitaire, où Bach, à la manière d’un théologien du son, fait du langage musical une image audible de la divinité une et triple.

Fugue thumb|Fugue. Comme pour le prélude, le chiffre 3 donne la structure de cette triple fugue. La première fugue est à 5 voix, elle est écrite pour les plein-jeux. Le sujet principal est lent et évoque l'intemporalité divine. La deuxième fugue est vive, à quatre voix. Le thème principal de la première fugue y apparaît. La troisième fugue est de nouveau à cinq voix et reprend les thèmes des 2 premières. Elle est une synthèse triomphale du prélude et fugue mais aussi du troisième livre du Clavierübung.

Transcriptions 1813 : Vincent Novello et Samuel Wesley, transcription pour piano à quatre mains. avant 1856 : Franz Xaver Gleichauf, transcription pour piano à quatre mains (Éd. Peters). 1890 : Ferruccio Busoni, transcription pour piano (BK 22). 1895 : Max Reger, transcription pour piano à quatre mains (éd. Schott Music) 1914 : Leonard Borwick, transcription pour piano (Éd. Augener). 1928 : Arnold Schönberg, orchestration. Lors de la première le à Berlin, Wilhelm Furtwängler dirige l'Orchestre philharmonique de Berlin. 1930 : Otto Singer, transcription pour deux pianos (Éd. Steingräber). 1943 : Christopher Le Fleming, transcription pour deux pianos (Éd. Chester). 1985 : Bernhard Kistler-Liebendorfer, transcription pour piano (Éd. Linos. Brüssel). 2018 : Olivier Fortin et Emmanuel Frankenberg, transcription pour deux clavecins (Alpha 572)

Bibliographie

Arthur Skoric, « Signification et théologie de la croix : analyse du 'Prélude en mi bémol majeur' BWV 552 de Johann Sebastian Bach », L'Orgue, n°337-338, 2023, p. 3-32.

Jean-Baptiste Robin, « Orgue, l'Œuvre pour », dans . . . .

Références

Liens externes

Catégorie:Œuvre pour orgue de Jean-Sébastien Bach Catégorie:Œuvre en mi bémol majeur