vignette|Des locaux à Doha, Qatar.
Al Jazeera (en arabe : , littéralement « L'Île » ; parfois transcrit en français al-Jazira) est une chaîne de télévision satellitaire d’information en continu en langue arabe basée à Doha au Qatar.
Elle est détenue par Al Jazeera Media NetworkSite officiel en anglais: , un groupe formellement privé mais étroitement lié à l'État du Qatar. Le même groupe possède aussi des chaînes en d'autres langues, comme Al Jazeera English, mais leur rédaction et leur contenu sont différents de la version arabe dont il est question ici.
La chaîne a été fondée en 1996 par l'émir Hamad ben Khalifa Al Thani. Depuis 2001, c'est la chaîne la plus regardée dans le monde arabe, avec une forte influence sur l'opinion publique.
Généralement, Al Jazeera est critique envers les gouvernements arabes autres que le Qatar. La chaîne est souvent considérée comme un outil au service de la politique étrangère de cet État. Par ailleurs, Al Jazeera est réputée proche de mouvements islamistes comme les frères musulmans ou le Hamas. Selon d'autres, cependant, la chaîne serait plus modérée que cette réputation ne le laisse entendre.
Sa ligne éditoriale a contribué à la crise diplomatique du Qatar en 2017.
Histoire Lancement Le terme Al Jazeera (en arabe : ) signifie littéralement « l'île ». C'est une référence à la position géographique du Qatar.
La chaîne est lancée le par le cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, émir du Qatar, qui vient d'arriver au pouvoir en renversant son père Khalifa ben Hamad Al Thani. Elle vise à rompre la mainmise des Saoudiens sur le paysage médiatique international arabe. À l'époque, les médias arabes les plus influents sont détenus en majorité par l'Arabie saoudite et emploient majoritairement des journalistes libanais, le plus souvent de confession chrétienne. Pour représenter au mieux son public arabe, Al Jazeera prend au contraire des journalistes de tous les pays arabophones. Le noyau dur de l'équipe éditoriale d'Al Jazeera provient de BBC Arabic Television, un programme de la BBC et du groupe saoudien Orbit Communications supprimé un an et demi après sa création en 1994.
Depuis 1998, la chaîne émet 24 heures sur 24 et elle est diffusée dans 35 pays, principalement du Proche-Orient, mais aussi en Europe. En France, elle est diffusée dans les bouquets Numericable, Canalsat et l'offre de Free et de Neuf. Néanmoins, on peut recevoir Al Jazeera gratuitement puisqu'elle diffuse en clair sur les satellites Hot Bird et Astra.
En 1998, elle montre ses propres images des bombardements américains sur l'Irak et s'oppose à l'interprétation minimisant les bombardements faite par les chaînes nationales arabes.
Années 2000-2010 vignette|Audiences comparées des chaînes de télévision d'informations internationales en Égypte, Jordanie, Liban, Maroc, Arabie saoudite et Émirats arabes unis en 2008.|300px
Lors de la seconde Intifada « al-Aqsa » en 2000, les journalistes locaux d'Al Jazeera interviewent régulièrement les responsables du Hamas et du Jihad islamique, la chaîne montre des images en direct. Les discours du Fatah ne sont plus les seuls reçus par les téléspectateurs. Le président égyptien Hosni Moubarak en visite en 2000 dans ses modestes locaux s'exclame : « C'est donc de cette boîte d'allumettes que vient tout ce vacarme » Foreign Affairs; Glasnost In the Gulf, Thomas Friedman, The New York Times, 27 février 2001..
En , Al Jazeera lance son site web Aljazeera.net en arabe.
Le , Al Jazeera diffuse des images non datées d'Oussama ben Laden, qui auraient été tournées lors de la réunion de fusion entre les mouvements d'Al-Qaïda et du Jihad islamique égyptien. Peu après, le , la chaîne diffuse un enregistrement vidéo d'Oussama ben Laden lors de l'intervention américaine contre les talibans en AfghanistanRym Bousmid, Guerre Israël-Hamas : le grand retour d’Al Jazeera, jeuneafrique.com, 27 octobre 2023. Ben Laden y annonce : « L'Amérique ne connaîtra plus jamais la sécurité avant que la Palestine ne la connaisse et avant que toutes les armées occidentales ne quittent les terres saintes »Message d'Oussama ben Laden, Société Radio-Canada.. Al Jazeera s'affirme sur la scène internationale pendant toute la durée du conflit, car elle est la seule télévision internationale à disposer de correspondants en Afghanistan. Ses positions et ses reportages d'être protalibans et antiaméricains, et de focaliser, de par ses reportages, l'opinion publique des pays arabes contre les États-Unis. Les chaînes américaines avaient alors censuré ses images et même appelé les militaires à la considérer comme cible potentielle pour un bombardement . Le , Colin Powell, secrétaire d'État américain, s'adresse à Hamad ben Khalifa al-Thani, émir du Qatar et principal actionnaire de la chaîne, lui demandant d'intervenir auprès de la direction afin de modifier sa couverture des événementsReporters sans frontières - Qatar - rapport annuel 2003. Peu après, Al Jazeera interviewe Donald Rumsfeld, secrétaire d'État américain à la Défense, et Condoleezza Rice.
Les locaux de la chaîne sont bombardés par les États-Unis une première fois en Afghanistan en . Sami al-Haj, un journaliste-cameraman soudanais, est arrêté en en Afghanistan et emprisonné à partir du à la prison de Guantánamo. Il est libéré en 2008 sans qu'aucune charge ne soit portée contre lui.
En 2002, Al Jazeera continue de diffuser des enregistrements et des interviews avec des groupes islamistes militants. Ainsi, le , elle diffuse un enregistrement sonore d'un porte-parole d'Al-Qaïda, Abou Ghaïth, qui affirme qu'Oussama Ben Laden est en bonne santé et que les États-Unis vont à nouveau être frappés. Les 5 et , elle diffuse un entretien en deux parties, réalisé en juin à Karachi au Pakistan, avec deux dirigeants d’Al-Qaïda, le Koweïtien Khaled Cheikh Mohammed, et le yéménite Ramzi ben al-Chaib, dans lequel ils revendiquent l'organisation logistique des attentats du 11 septembre 2001. Le , elle diffuse un entretien radiophonique attribué à Oussama Ben Laden qui revendique les attentats du . Le , elle diffuse un enregistrement sonore de l'islamiste Ayman al-Zawahiri, fondateur du Jihad islamique égyptien, dans lequel il menace d'attentats les alliés des États-Unis comme la France et l'Allemagne. Le , elle diffuse un nouvel enregistrement sonore reconnu comme provenant d'Oussama Ben Laden dans lequel il salue les derniers attentats au Yémen, au Koweït, à Bali, à Moscou, et en annonce de nouveaux. Il met en garde et menace à nouveau plusieurs pays occidentaux d'être la cible de nouveaux attentats s'ils continuaient à soutenir « le gang des bouchers de la Maison-Blanche ».
En , Al Jazeera conclut un accord de coopération avec la BBC.
Le , Al Jazeera diffuse un nouveau message enregistré attribué à Oussama Ben Laden, appelant les musulmans au djihad contre les Occidentaux en cas d'attaque contre l'Irak. Le secrétaire d'État des États-Unis Colin Powell y voit la preuve de la collaboration entre Saddam Hussein et Oussama Ben Laden. Le , Al Jazeera interviewe également Colin Powell. Les locaux de la chaîne sont bombardés par les États-Unis une seconde fois à Bagdad en Irak le . Un journaliste, , est tué par le bombardement. Le , elle diffuse un message de Saddam Hussein, daté du 14 juin, dans lequel il déclare : « Nous avons sacrifié le pouvoir, mais nous refusons de sacrifier nos principes, notre foi et notre honneur ». Cinq autres messages seront diffusés jusqu'à la fin août.
En , les fondateurs d'Al Jazeera sont classés parmi les 100 personnes les plus influentes de l'année selon Time Magazine.
Le , le gouvernement intérimaire irakien ferme pour une durée indéfinie le bureau local de la chaîne, arguant qu'Al Jazeera présente une image négative de l'Irak et des troupes de la coalition.
The Daily Mirror annonce le à la une que le Président des États-Unis George W. Bush a voulu bombarder les locaux de la chaîne à Doha, mais le Premier ministre du Royaume-Uni Tony Blair l'en a dissuadé.
Le , la correspondante de la chaîne en Cisjordanie est agressée par un véhicule israélien qui essaye de la percuter par l'arrière alors qu'elle couvrait les événements en direct à Naplouse. Le technicien de la chaîne qui l'accompagnait est touché au pied par des balles en caoutchouc.
Années 2010-2020 Le , Al Jazeera annonce la révélation de documents secrets sur les négociations au Proche-Orient contenant les « vrais détails tenus secrets sur les négociations entre l'Autorité palestinienne et Israël pendant la décennie écoulée ».
En , Al Jazeera couvre largement les Protestations et révolutions dans le monde arabe.
Le , Al Jazeera achète un lot de 2 matchs de Ligue 1 (football français), un le vendredi à 21 h et un le dimanche à 14 h pour 120 millions d'euros.
Le , un groupe inconnu jusque-là, « al-Rashedon », modifie la page d'accueil des sites web d'Al Jazeera et Al Jazeera English, pour protester contre la couverture du conflit syrien, en reprenant la terminologie du gouvernement syrien pour qualifier la rébellion de « groupes terroristes armés »..
Le , Mohammed Hourani, journaliste de la chaîne, est tué par un sniper dans le gouvernorat de Deraa, dans le sud de la Syrie. Le journaliste était connu pour son opposition au président syrien Bachar el-Assad et Al Jazeera accuse le sniper d'être progouvernemental.
En , Al Jazeera annonce la suppression de 500 postes sur près de salariés, dont une majorité à Doha. Cette restructuration pourrait être liée à la chute des prix des hydrocarbures dont est dépendant l'État du Qatar, qui finance en grande partie la chaîneLa chaîne de télévision Al-Jazira va supprimer environ 500 emplois, Le Monde, 27 mars 2016.
En Égypte, trois journalistes travaillant pour la chaîne Al Jazeera ont été arrêtés et condamnés à trois ans de prison ferme en 2015 par les autorités.
En , dans le cadre de la crise diplomatique du Golfe, l'accès au site Internet de la chaîne est bloqué en Égypte, en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis. Le , peu de temps après l'annonce de la rupture des liens entre l'Arabie saoudite, le Bahreïn, le Yémen et l’Égypte avec le Qatar, qui est accusé de « soutenir le terrorisme », le gouvernement saoudien annonce la fermeture des bureaux saoudiens de la chaîne. La ligne éditoriale d'Al Jazeera, réputée proche de l'islamisme et critique envers d'autres gouvernements arabes, est mise en cause dans ce conflit dans lequel les pays opposés au Qatar ont imposé un blocus au pays pendant plusieurs mois« Qatar. Choses vues dans un pays sous embargo », Orient XXI, 4 août 2017..
Années 2020 Après le sommet d’Al-Ula de qui marque la volonté du Qatar de résoudre la crise diplomatique l’opposant à l'Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis et à plusieurs autres pays musulmans, la chaîne modifie sa couverture, évitant certains sujets qu’elle couvrait auparavant, comme la critique des droits de l’homme en Arabie saoudite ou la politique étrangère des Émirats arabes unis. Al Jazeera qui avait auparavant assuré une couverture complète et accueilli dans ses programmes des invités, principalement des Frères musulmans et d’autres groupes d’opposition, pour applaudir l’ancien président égyptien Mohamed Morsi et contester la légitimité du régime d’Abdel Fattah al-Sissi, supprime de ses sites Internet un certain nombre de vidéos critiques à l’égard du gouvernement égyptien. Ces changements sont interprétés comme le probable résultat d’instructions officielles, visant soit à modifier la politique éditoriale d’Al Jazeera, soit au moins à atténuer son langage.
Le , des frappes israéliennes détruisent un bâtiment hébergeant plusieurs médias, dont Al Jazeera, en Palestine. Le , la journaliste Shireen Abu Akleh est tuée en Cisjordanie par un tir israélien.