James (Jim) Larkin ( – ) est un dirigeant syndicaliste et militant socialiste irlandais. Né de parents irlandais à Liverpool, en Angleterre, lui et sa famille déménagent plus tard dans un petit cottage à Burren, dans le sud de County Down. Ayant grandi dans la pauvreté, il ne reçoit qu'une très faible éducation et commence à travailler à plusieurs emplois différents alors qu'il n'est encore qu'un enfant. Il devient syndicaliste à plein temps en 1905.
Larkin déménage à Belfast en 1907 et fonde la Irish Transport and General Workers' Union, le Irish Labour Party, puis plus tard la Workers' Union of Ireland. Célèbre pour son rôle dans la Grande Grève de Dublin en 1913, "Big Jim" continue d'occuper une place d'importance dans la mémoire collective de Dublin.
Biographie
Premières années Larkin est né le , second fils d'immigrants irlandais, James Larkin et Mary Ann McNulty, tous deux originaires de County Armagh. La famille de Larkin, extrêmement pauvre, vécut dans les bidonvilles de Liverpool pendant les premières années de sa vie. Dès l'âge de sept ans, il va à l'école le matin et travaille l'après-midi pour augmenter les revenus de sa famille - un arrangement courant dans les familles de travailleurs à l'époque. À l'âge de quatorze ans, après la mort de son père, il devient apprenti dans la firme où son père travaillait mais est renvoyé après deux ans. Après quelque temps passés sans emploi, il travaille comme marin et docker. En 1903, il devient contremaître sur les docks et le de la même année il se marie avec Elizabeth Brown.
Dès 1893, Larkin s'intéresse au socialisme et devient un membre de l'Independent Labour Party. En 1905, il était l'un des rares contremaîtres à prendre part à une grève sur les docks de Liverpool. Il est élu au comité de grévistes, et bien qu'il en perde son poste de contremaître, son travail impressionne tellement la National Union of Dock Labourers (NUDL) qu'il est nommé organisateur temporaire. Il gagne par la suite un poste permanent dans le syndicat, ce qui, en 1906, l'envoie en Écosse, où il organise avec efficacité les travailleurs de Preston et de Glasgow.
Organisation du mouvement des travailleurs irlandais (1907–1914) En , Larkin reçoit sa première mission pour le mouvement syndical en Irlande, à savoir organiser les travailleurs des docks de Belfast pour la NUDL. Il réussit à syndiquer la majeure partie des travailleurs, et, les employeurs refusant d'accéder aux demandes sur les salaires, il appelle les dockers à la grève en juin. D'autres groupes de travailleurs rejoignent la grève, Larkin réussissant à unir travailleurs protestants et catholiques. Il persuade même la Police royale irlandaise locale de faire grève, mais celle-ci se termine en novembre sans avoir rencontré le succès escompté. Des tensions naissent entre Jim Larkin et le secrétaire général de la NUDL James Sexton. Ce dernier tient les rênes des négociations, et les amène à une conclusion désastreuse pour les derniers grévistes, ce qui crée une rupture durable entre Sexton et Larkin.
En 1908, Larkin déménage vers le sud et organise les travailleurs de Dublin, de Cork et de Waterford, avec un succès considérable. Son implication, malgré les instructions du syndicat, dans une lutte à Dublin cause son expulsion de la NUDL. Le syndicat l'attaque ensuite en justice pour détournement de fonds, pour avoir distribué à des travailleurs de Cork des indemnités de grève dans une grève non officielle. Après un procès et une condamnation pour abus de confiance en 1910, il est condamné à un an de prisonessai UCC. Cette décision fût largement considérée comme injuste, à tel point que le Lord-Lieutenant d'Irlande, Lord Aberdeen, le gracie après trois mois de prison.
Après son expulsion de la NUDL, Larkin fonde la Irish Transport and General Workers' Union (ITGWU) à la fin de . L'organisation existe encore sous le nom de Services Industrial Professional & Technical Union (SIPTU). Il obtient rapidement l'affiliation des sections de la NUDL de Dublin, Cork, Dundalk et Waterford. Les sections de Derry et de Drogheda de la NUDL restent avec le syndicat britannique, et Belfast se sépare en deux entités distinctes. Plus tôt dans la même année, 1909, Larkin s'installe à Dublin, qui devient la base principale de la ITGWU et le centre de toutes ses activités futures en Irlande.
En , Larkin crée un journal, The Irish Worker and People's Advocate, dans le but d'avoir une alternative pro-travailleurs à la presse appartenant aux capitalistes. Sa ligne éditoriale se caractérise par une approche militante et par une dénonciation des employeurs injustes et des ennemis politiques de Larkin. Ses colonnes accueillent également des articles d'intellectuels. Le journal est édité jusqu'à son interdiction par les autorités en 1915. Par la suite, le Worker se métamorphose dans le nouveau Ireland Echo.
En collaboration avec James Connolly, Larkin aide à fonder le Irish Labour Party en 1912. Plus tard dans l'année, il est élu à la Dublin Corporation. Il ne restera pas longtemps à son poste, puisqu'un mois plus tard il est remercié à cause de son casier judiciaire, entaché par sa condamnation de 1910.
Grande Grève de Dublin (1913) Au début de 1913, Larkin obtient quelques succès notables dans des conflits industriels à Dublin; impliquant des recours fréquents aux grèves solidaires et aux boycotts. Deux employeurs majeurs, Guinness et la Dublin United Tramway Company, sont les cibles principales de l'organisation de Larkin. Les deux ont des syndicats de travailleurs qualifiés, mais le but principal de Larkin est de syndiquer les travailleurs non syndiqués également. Il est l'auteur du slogan "A fair day's work for a fair day's pay'Jack O'Connor (21 February 2013)..
Les employés de Guiness étaient relativement bien payés, et profitaient d'avantages généreux de la part d'un patronat qui refusait de rejoindre le lock-out de MurphyGuinness 1886–1939, SR Dennison & Oliver McDonagh; Cork Univ. . C'était loin d'être le cas dans les tramways. Le président de la Dublin United Tramway Company, industriel et patron de presse William Martin Murphy, était déterminé à ne pas laisser la ITGWU syndiquer sa force de travail. Le , il renvoie quarante travailleurs qu'il soupçonne d'appartenir à la ITGWU, il en renvoie 300 de plus la semaine d'après. Le , les conducteurs de tramway se retrouvent officiellement en grève. Menés par Murphy, plus de quatre cents employeurs de la ville répliquent en demandant à leurs travailleurs un document déclarant sur l'honneur ne pas appartenir à la ITGWU et promettant de ne pas rejoindre une grève solidaire.
Le conflit industriel qui en résulte est le plus sévère de l'histoire de l'Irlande. Les employeurs de Dublin mettent à pied tous leurs travailleurs lorsque ceux-ci refusent de signer la déclaration, employant des briseurs de grève venus de Grande-Bretagne et d'ailleurs en Irlande. Guinness, le plus grand employeur de Dublin, refuse de répondre à l'appel des patrons de mettre à pied les travailleurs, mais il renvoie 15 employés qui avaient rejoint la grève. Les travailleurs de Dublin, parmi les plus pauvres dans tout le Royaume-Uni, sont obligés de survivre des généreuses mais insuffisantes donations du Trades Union Congress (TUC) britannique et d'autres sources, venant d'Irlande, et distribuées par la ITGWU.
Pendant sept mois, le lock-out affecte dix mille travailleurs et patrons de Dublin, avec Larkin représenté comme le coupable dans les trois principaux journaux de Murphy, lIrish Independent, le Sunday Independent et le Evening Herald. Les autres leaders de la ITGWU à l'époque sont James Connolly et William X. O'Brien, tandis que d'autres figures d'influence comme Patrick Pearse, Constance Markievicz et William Butler Yeats soutiennent les travailleurs dans une presse irlandaise généralement anti-Larkin. The Irish Worker publiant les noms et adresses de briseurs de grève, l'Irish Independent publie les noms et adresses d'hommes et de femmes qui tentent d'envoyer leurs enfants hors de la ville pour qu'ils soient nourris à Belfast et en Grande-BretagneKevin Myers (19 February 2013).. Mais Larkin ne recoure jamais à la violence. Il sait que cela serait jouer le jeu des entreprises anti-syndicales et sait qu'il ne peut construire un syndicat massif en détruisant les firmes où ses membres travaillent.
Le lock-out se termine au début de l'année 1914, quand les appels de Larkin et Connolly à une grève en solidarité sont rejetées par la TUC britannique. Les critiques de Larkin envers la direction de la TUC pour son immobilisme mènent aussi à la fin de l'aide financière à la ITGWU, qui de toute façon n'est pas affiliée à la TUC. Bien que les actions de l'ITGWU et de la plus petite UBLU échouent à obtenir une meilleure paye et de meilleures conditions de travail pour les travailleurs, elles marquent un tournant dans l'histoire des travailleurs irlandais. Le principe de l'action syndicale et de la solidarité entre travailleurs est fermement établi. Peut-être encore plus important, la rhétorique de Larkin, condamnant la pauvreté, l'injustice, et appelant les opprimés à se battre pour eux-mêmes laissent une impression marquante.
Larkin aux États-Unis (1914–1923) Quelques mois après la fin du lock-out, Larkin s'en va pour les États-Unis, avec l'intention de récupérer de la fatigue du lock-out et de lever des fonds pour le syndicat. Sa décision de partir déçoit de nombreux militants syndicaux. Une fois sur place, il devient membre du Socialist Party of America, et s'implique dans le syndicat Industrial Workers of the World. Il devient un admirateur enthousiaste de l'Union soviétique et est expulsé du SPA en 1919 avec de nombreux autres sympathisants Bolcheviks.
Larkin est mentionné comme ayant aidé à détourner des convois de munitions alliés à New York City durant la Première Guerre mondiale. En 1937, il assiste bénévolement des avocats américains enquêtant sur l'explosion de Black Tom en produisant un affidavit depuis son domicile de Dublin. D'après l'officier de la British Army Intelligence, Henry Landau
Les discours de Larkin en faveur de l'Union soviétique, son association avec les membres fondateurs de l'American Communist Party, et ses publications radicales firent de lui une cible de la "Première Peur Rouge" qui se répandit dans les États-Unis ; il est emprisonné en 1920 pour 'anarchie criminelle' et est condamné à une peine de cinq à dix ans à la prison de Sing Sing. En 1923, il est gracié puis, plus tard, déporté par Al Smith, le gouverneur de New York.
Retour en Irlande et engagement communiste