L'abbaye Saint-Maurice de Blasimon est une ancienne abbaye catholique située sur la commune de Blasimon, dans le département de la Gironde et la région naturelle de l'Entre-deux-Mers, en France.
Son abbatiale est devenue l'église Saint-Nicolas.
Localisation L'abbaye se trouve au nord du village, sur un terrain enserré entre deux routes départementales, la RD127 qui mène vers le nord-ouest à Mérignas et la RD17 qui mène vers le nord-est à Bossugan et au-delà à Castillon-la-Bataille..
Historique
La plus ancienne mention concernant l'abbaye de Blasimon, nous provient du cartulaire du monastère Saint-Pierre de La Réole. En 980, selon la date fournie par le cartulaire, l'abbé de Blasimon cède au monastère de Squirs, devenu La Réole, un alleu en vignes pour le salut de son âme et celle de ses parents. L'abbatiale est consacrée à saint Maurice. L'église a été probablement construite entre le XIe et le XIIIe siècle ; aucun document relatif à la construction ne nous est parvenu. En effet, des vestiges de moellons attestent l'existence d'un bâtiment dès le XIe siècle. Ce faisant, la façade de l'église est édifiée au milieu du XIIe siècle et la travée occidentale de l'église est érigée durant la seconde moitié de ce siècle. L'édifice est remanié au XIIIe siècle avec notamment la construction des voûtes d'ogives et des supports intérieurs. A contrario de l'époque médiévale pour laquelle il n'existe aucune information textuelle qui relate l'état de l'église ou des bâtiments monastiques, on possède à partir du XVIe siècle des sources textuelles sur l'ensemble architectural. Le monastère fut assiégé par les Huguenots en 1587 pendant la Guerre de religion. Après le siège et à cause des dégâts infligés à l'édifice, les moines se sont retirés au prieuré de Sauveterre, jusqu'en . Ces épisodes de l'histoire de l'abbaye ont laissé des témoignages écrits qui témoignent de l'état de l'abbaye à l'époque moderne. Ce faisant, il ne subsiste des bâtiments monastiques que l'aile orientale du cloître, construite au XIIe siècle, en effet, à partir de 1778 l'abbaye est officiellement démantelée et en partie détruite. Le site de l'abbaye était entouré, postérieurement à la construction de l'église, mais à une date encore indéterminée, d'une enceinte fortifiée et de fossés. La Gamage alimentait les fossés de l'enceinte. Ces fossés ayant été négligés, les alentours de l'église se transformèrent en marais. En 1855 le curé de Blasimon, M. Monmaton, fit combler les fossés.
L'abbaye aujourd'hui vignette|upright=2|center|alt=Plan de l'abbaye Saint-Maurice selon Léo Drouyn.|
La description sommaire qui suit présente l'extérieur de l'abbaye, en commençant avec la façade nord de l'église et en suivant le sens des aiguilles d'une montre. Elle est complétée par une description détaillée de la façade occidentale de l'église, véritable bijou de l'art roman.
Façade nord de l'église : L'arc-boutant, bas et massif, qui soutient la façade date du et masque une partie des contreforts en colonnes du milieu du bâtis en même temps que la façade. Les fenêtres de la première et troisième travées sont du , celles de la deuxième travée du . Faisceaux de colonnes coupées à la hauteur de la toiture, alors qu'elles devaient s'élever à la hauteur de celles de la façade pour former une tour de défense. On voit le départ de l'arcature de la première travée du vers la seconde travée. Les travaux ont été interrompus avant de reprendre au différemment. Un contrefort plat séparant les deux fenêtres est coupé par un larmier gothique se terminant par un amortissement triangulaire. Au milieu du mur se trouve une tour de défense carrée, du . Cette tour contient un escalier conduisant sur les voûtes à partir d'une porte dans la nef, à quatre mètres au-dessus du sol, accessible par une échelle volante.
Façade est de l'abbaye : le chevet plat de l'église a été restauré au milieu du . Le mur extérieur du cloître comporte une fenêtre Renaissance et deux meurtrières.
Côté sud de l'abbaye : il reste des vestiges du mur d'enceinte ; la base de la tour ronde avec le départ de l'escalier en vis et la tour carrée, dite tour Saint-Nicolas, percée d'archères en faisait partie. Elle a ensuite été transformée en pigeonnier.
Façade sud de l'église : à la première travée se trouve l'aboutissement du mur d'enceinte ; une fenêtre murée et au milieu du mur un arc-boutant bas, comme sur la façade nord.
Bâtiments conventuels : les bâtiments claustraux sont en ruines. Le cloître : le mur sud de l'église porte encore des corbeaux qui servaient d'appui à la toiture du cloître et on retrouve au sol les traces du cloître. Une porte, actuellement murée, donnait accès à l'église depuis le cloître. Salle capitulaire : elle date du milieu du , comme toute la partie occidentale de l'église. Des paires de colonnes engagées sont encore visibles et soutenaient la charpente du cloître. Celles de gauche ont été coupées à mi-hauteur, car une baie fut percée par la suite. Celles de droite sont demeurées intactes. Elles sont surmontées de chapiteaux dont la corbeille s'enveloppe dans une sorte de gaine à bord perlé se plissant par endroits pour laisser échapper des feuilles recourbées dans l'angle du tailloir. Un enfeu avec colonnes et arcatures décorées dans le mur de la salle capitulaire.
L'église Saint-Nicolas L'église Saint-Nicolas se présente de plan rectangulaire, dont l'orientation s'incline un peu vers le nord. Elle comprend trois travées pour la nef plus une travée pour le chœur. Elles sont toutes voûtées d'ogives. Les quatre travées sont de longueurs inégales.
Vers 1150 une rénovation est entreprise : la façade et la première travée sont totalement refaites. Le portail date de cette époque.
L'ensemble de l'édifice est achevé au début du avec la construction des voûtes gothiques des travées et la réfection des murs des trois dernières travées soutenus par de nouveau contreforts. Les fenêtres latérales, très simples, sont généralement percées à raison de deux par travée, de chaque côté. Il existe à l'Est quatre baies, posées sur deux rangs, une fenêtre, puis trois fenêtres et, à l'ouest, une large fenêtre géminée, sur deux rangs, une, trois, et à l'ouest une large fenêtre géminée.
Dans la deuxième travée nord se trouve une porte à au-dessus du sol actuel. On l'atteint depuis la nef par une échelle volante. Elle donne sur un escalier qui permet d'accéder sur les voûtes. C'était aussi un refuge en cas d'attaque, comme en 1587.
La porte principale est à l'ouest ; une autre porte, actuellement obturée, ouverte dans le flanc sud de la travée du sanctuaire, donnait dans le cloître.
Au , un pignon obtus de cinq baies ogivales coiffe la façade.
Au , l'édifice, longtemps mal entretenu, était très dégradé. En 1844, J. Girard, architecte de la Commission départementale des Monuments historiques, fit un devis des travaux. Ce document est très pessimiste : le mur de façade était « on ne peut plus dégradé ; la porte ne pouvait être réparée « que par le remplacement presque total des douelles, tambours et chapiteaux » ; la fenêtre placée au-dessus de cette porte devait être démolie et refaite », etc. En 1848-1849, il fut procédé à une restauration partielle de l'église. On n'avait heureusement pas exécuté en entier le projet de Girard : dans la porte on avait logé des fûts, taillé maladroitement des bases, substitué des blocs bruts à deux chapiteaux et à la moitié d'un autre. Presque toute la sculpture a été sauvée du désastre.
La façade occidentale de l'église
Le premier niveau de la façade concerne le programme figuré principal : un portail agrémenté de six voussures sculptées et deux portes latérales aveugles. Le portail de Blasimon appartient à l'école poitevine; il ressemble fort aux portails bien connus des églises Saint-Pierre d'Aulnay, Notre-Dame-la-Grande de Poitiers, Notre-Dame de Charmant ou Notre-Dame-de-la-Couldre de Parthenay.
Un seul thème y est développé, celui de la confrontation du chrétien avec ses passions ou plaisirs : la musique, la danse, la chair et la bonne chère. Les plaisirs ou les instincts sont figurés traditionnellement par les bêtes, puisque les ecclésiastiques avaient coutume de dire qu'ils rabaissent l'homme au rang de l'animal. Pour le programme secondaire, une série de beaux modillons ornent la corniche. L'analyse des chapiteaux est rendue parfois difficile par l'érosion, celle des modillons de la corniche est plus facile.
Les chapiteaux sont tellement serrés qu'il forment deux larges et splendides frises aux sommets des colonnettes. Les six voussures sont richement sculptées. Sur la voussure interne sont disposés quatre Anges ; sur la quatrième, quatre Vertus foulant aux pieds des Vices ; l'archivolte externe porte des scènes de chasse ; le reste des voussures est couvert d'une flore stylisée.
Le deuxième étage est aniconique, à l’exception d'une tête du encastrée en réemploi. L'arcature campanaire du troisième niveau est postérieure aux destructions perpétrées par le siège des Huguenots en 1587. Le pignon triangulaire à cinq baies ogivales, ajouté au , n'a pas de sculpture figurée.
Le portail principal Le portail a été classé en 1875. Les sculptures sont considérées comme étant parmi les plus belles de la Gironde.
La comparaison de la photographie de Jean-Auguste Brutails, de 1912, avec une photographie de 2015, montre que l'état du portail s'est dégradé depuis un siècle. Des mesures de conservation s'imposent.
Ébrasure sud Chapiteaux I et V : sculptures modernes. vignette|droite|x180px|
Sur la gravure de Léo Drouyn (1843) on discerne un chapiteau I sculpté sur deux colonnes, mais sans pouvoir distinguer les détails. Le chapiteau V porte un décor végétal. La photographie de Brutails (1912) est nette. Le chapiteau I, la partie basse du chapiteau V et ses colonnes, sont neufs, sans sculpture. Ils datent de la restauration de 1848-1849. Aujourd'hui, on trouve des chapiteaux I et V sculptés : pour le chapiteau I, un homme écartant de sa tête serpents et quadrupèdes ailés et pour le chapiteau V un décor ornemental. En effet, les deux corbeilles ne datent que de 1961. Il est peu probable que le scénario du chapiteau I ait le moindre rapport avec le chapiteau historié originel.
vignette|gauche|x180px| vignette|droite|x180px|
Chapiteau II : homme caressant les lions. La corbeille est assez érodée. En 1843, Léo Drouyn l'avait dessinée et il y a des détails que l'on ne trouve plus aujourd'hui. Sur l'angle de la corbeille, un homme, assis sur un siège orné de pieds animaliers, les jambes croisées, est encadré par deux lions assis, dont la queue rentrée s'épanouit en panache. La tête du personnage est penchée du côté gauche et son bras droit touche la poitrine du fauve situé de ce côté. Le scenario n'est pas celui d'un Daniel dans la fosse aux lions, mais d'un contre-exemple, comme sur le chapiteau IV de l'ébrasure nord. Le bon exemple s'enchaine immédiatement.
Chapiteau III : homme tuant les lions. Un personnage en robe longue est assis entre deux lions adossés et détournés, qui penchaient leur tête vers la sienne. Insensible à leurs tentations, l'homme vient de planter un coutelas dans la gorge de chacun. Par comparaison avec l'exemple précédent, au lieu d'écouter ses propres démons, l'homme a trouvé la force de les dompter.
vignette|droite|x180px| Chapiteau IV : deux hommes autour d'un arbre.
Sur l'angle de la corbeille se trouve un arbuste étrange, avec des rameaux et des fruits ronds. Sur chaque côté de l'arbre, on peut observer un jeune homme sémillant, peigné avec affectation, en train d'empoigner les rameaux. Derrière l'homme à droite, un lion, avec queue rentrée et épanouie, les observe.