Le Rallye Monte-Carlo 1976 ( Rallye Monte-Carlo), disputé du 17 au , est la trente-deuxième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la première manche du championnat du monde des rallyes 1976 (WRC).
Contexte avant la course Le championnat du monde thumb|alt=Stratos|La Lancia Stratos HF, championne en 1974 et 1975, à nouveau favorite pour la saison 1976.
Le championnat du monde des constructeurs compte dix épreuves, le Rallye de Grande-Bretagne clôturant la saison. Le Rallye Monte-Carlo est la première des deux manches hivernales, la seconde étant le Rallye de Suède. Les épreuves du championnat sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales
Championne du monde les deux années précédentes, Lancia est à nouveau grande favorite cette saison, la Stratos se montrant redoutable sur tous les terrains, d'autant que la Scuderia s'appuie sur deux des plus grands pilotes du moment : Sandro Munari et Björn Waldegård. Parmi les principaux adversaires de l'équipe italienne, on trouve Fiat dont la nouvelle 131 Abarth sera disponible au printemps (les anciens spiders 124 Abarth assureront le début de saison) et Opel dont la Kadett GT/E a été homologuée quelques mois plus tôt. Comme en 1975, Alpine-Renault, Ford, Peugeot et Saab, ne visant pas le titre mondial, vont limiter leur participation à quelques épreuves.
L'épreuve
Le Rallye Monte-Carlo, créé en 1911 sous la forme d'une concentration touristique, est rapidement devenu une des compétitions les plus célèbres du sport automobile. Si jusqu’au début des années 1960 la régularité primait sur la vitesse pure, l'épreuve est ensuite devenue plus sélective de par l'imposition de moyennes imposées élevées, avant l'introduction en 1968 de secteurs chronométrés déterminant le classement général. Une des spécificités de l'épreuve est son parcours de concentration, avec choix pour les équipages de leur ville de départ parmi différentes métropoles européennes. Disputé en janvier, le Monte-Carlo se joue sur les routes du Massif central et des Alpes françaises. L'alternance de tronçons secs, humides, enneigés ou verglacés accroît considérablement la difficulté de cette compétition, où le choix des pneus prend parfois une importance cruciale. Pour 1976, les organisateurs ont apporté une modification importante au règlement de la course, imposant aux équipages de se limiter, à l'issue du parcours de concentration, à un seul type de pneu (profil, largeur) pour le reste de l'épreuve, dans le but d'enrayer la prolifération des types de pneus utilisés par les équipes professionnelles.
Le parcours départ : (choix entre sept villes de départ) arrivée : à Monaco (l'arrivée effective a lieu le , mais la remise des prix se tient le 24) distance : de à (selon ville de départ), dont sur 23 épreuves spéciales surface : asphalte (conditions hivernales) Parcours divisé en quatre étapes : parcours de concentration, parcours de classement, parcours commun et parcours complémentaireRevue Sport Auto n°168 - janvier 1976
Parcours de concentration sept parcours possibles, 1500 à 2000 km, du 17 au : Itinéraire d'Almería : Almería - Tolède - Andorre-la-Vieille - Perpignan - Avignon - Digne - Monaco Itinéraire de Copenhague : Copenhague - Hambourg - Hanovre - Innsbruck - Crémone - Pignerol - Monaco Itinéraire de Francfort : Francfort - Thionville - Reims - Saint-Dié- Saint-Claude - La Mure - Pignerol - Monaco Itinéraire de Londres : Londres - Calais - Arras - Reims - Saint-Dié- Saint-Claude - La Mure - Pignerol - Monaco Itinéraire de Paris : Paris - Rouen - Arras - Reims - Saint-Dié- Saint-Claude - La Mure - Pignerol - Monaco Itinéraire de Rome : Rome - Bénévent - Pescina - Saint-Marin - Crémone - Pignerol - Monaco Itinéraire de Varsovie : Varsovie - Trstená - Budapest - Trieste - Crémone - Pignerol - Monaco Note : neuf itinéraires étaient initialement prévus, mais ceux de Lisbonne et de Thessalonique ont été annulés.
Parcours de classement Monaco - San Remo - Molini di Triora - Monaco, 176 km, le 2 épreuves spéciales, 50 km
Parcours commun Monaco - Gap - Vals-les-Bains - Monaco, 1801 km, du 20 au 12 épreuves spéciales, 286 km
Parcours complémentaire Monaco - Monaco (3 boucles), 800 km, du 22 au 9 épreuves spéciales, 189 km
Les forces en présence Lancia La Scuderia Lancia aligne trois Stratos HF groupe 4, à moteur central arrière (V6 24 soupapes, 2400 cm3, 275 chevaux à 8000 tr/min, 950 kg), confiées à Sandro Munari, Björn Waldegård et Raffaele Pinto. Ces trois voitures sont équipées de pneus larges Pirelli 'Racing'. Bernard Darniche dispose quant à lui de la Stratos privée, engagée par André Chardonnet, avec laquelle il a remporté le Tour de France et le Tour de Corse 1975. Il s'agit d'une version un peu moins puissante (12 soupapes, 242 chevaux à 7600 tr/min) et un peu plus légère (jantes étroites, pas d'élargisseurs d'ailes) que les voitures d'usine. Darniche a opté pour des pneus neige MichelinRevue Sport Auto n°169 - février 1976.
Fiat thumb|alt=Fiat 124 Abarth|Les 124 Abarth arborent une nouvelle livrée pour la saison 1976. La Fiat 131 Abarth, nouvelle arme du constructeur turinois, n'est pas encore au terme de son développement, aussi l'usine continue-t-elle à utiliser ses anciens spiders 124 Abarth groupe 4. Trois voitures ont été mises à disposition de Markku Alén, Maurizio Verini et Roberto Cambiaghi, ce dernier remplaçant au pied levé Fulvio Bacchelli, malade. Équipées d'un quatre cylindres de 1840 cm3 (16 soupapes, injection), les 124 Abarth disposent d'environ 200 chevaux pour un poids de l'ordre de 950 kgRevue L'Automobile n°355 - janvier 1976. Elles abandonnent cette année leur couleur rouge pour une livrée bleu et jaune, et sont équipées pour cette course de pneus Pirelli 'Racing'.
Alpine-Renault La Régie Renault vient de nommer Gérard Larrousse à la tête des services de compétition de la marque, et entend désormais diminuer l'activité d'Alpine en compétition, d'autant que l'A310 n'a pas obtenu de résultat probant en 1975. En conséquence, Jacques Cheinisse a été écarté et Alpine ne participe pas officiellement au Monte-Carlo 76, une mesure très impopulaire pour les passionnés de la marque dieppoise. Les pilotes habituels de la marque ont toutefois promptement réagi et trouvé des sponsors leur permettant de s'engager sur des voitures très bien préparées, bénéficiant d'une assistance semi-officielle. Jean-Claude Andruet, Jean-Pierre Nicolas, Jean-Luc Thérier, Jacques Henry, Francis Vincent et Marie-Claude Beaumont disposent d'une A310 groupe 4 (poids de l'ordre de 800 kg), tandis que Jean Ragnotti s'aligne sur une berlinette A110 1800 (environ 700 kg). Les moteurs (1950 cm3 pour Thérier, 1800 cm3 pour Ragnotti et Beaumont, 1860 cm3 pour les autres) sont préparés par Mignotet, leur puissance est de l'ordre de 185 chevaux. Ces voitures sont chaussées de pneus neige Michelin GF4 (largeur 185 mm pour Andruet et Nicolas, 165 pour les autres). Sept autres berlinettes sont aux mains de pilotes privés, dont l'A110 1600 groupe 3 de Michèle Mouton, préparée par Renault-Nice.
Opel thumb|alt=Opel Kadett GT/E|L'Euro Händler Team a engagé trois Opel Kadett GT/E groupe 4. L'Euro Händler Team aligne trois Kadett GT/E groupe 4 (moteur quatre cylindres deux litres, injection, 16 soupapes, 210 chevaux à 8200 tr/min). Elles sont pilotées par Hannu Mikkola, Walter Röhrl et Anders Kulläng. Les Opel sont chaussées par Pirelli, mais Mikkola et Kulläng ont opté pour des pneus neige tandis que Röhrl, misant sur le sec, a choisi des 'Racing'.
Ford L'usine a engagé deux Escort RS1800 groupe 4 (980 kg, moteur quatre cylindres, deux litres, 240 chevauxL'année automobile 1976/77 - éditeur : Edita S.A., Lausanne ) pour Timo Mäkinen (récent vainqueur du RAC) et Roger Clark. Tous deux ont opté pour des pneus neige Dunlop.
Seat Se limitant jusqu'alors au championnat espagnol, Seat fait son apparition officielle en championnat du monde. L'usine engage deux 1430 Especial groupe 4 (1800 cm3, 185 chevaux à 7000 tr/min, boîte cinq vitesses). Elles sont confiées aux pilotes espagnols Antonio Zanini et Salvador Cañellas, qui ont opté pour les pneus neige Michelin GF4.
Polski-Fiat La marque polonaise a engagé trois 125 P groupe 2, équipées du nouveau moteur 1756 cm3, pour Maciej Stawowiak, Tomasz Ciecierzynski et Marian Bień. Les trois pilotes ont choisi les pneus neige Michelin GF4.
Porsche Six Porsche privées sont au départ, les plus compétitives étant la Carrera groupe 4 du Luxembourgeois Nicolas Koob et les Carrera groupe 3 de Guy Fréquelin et Christian Gardavot. Tous ces pilotes partiront en pneus neige.
Alfa Romeo Engagé sur un coupé 2000 GTV privé, Bernard Béguin vise la victoire en groupe 1. Il a opté pour les pneus neige Michelin GF4.
Autobianchi Quatorze petites A112 Abarth sont au départ. Les plus en vue sont celles de Claude Laurent et de Christine Dacremont en groupe 2, celles d'Alcide Paganelli, Jean-Pierre Malcher et Bruno Saby en groupe 1. Toutes sont équipées de pneus neige Michelin GF4.
Déroulement de la course Parcours de concentration Le samedi , les 148 équipages s'élancent de sept villes différentes. Paris est la ville de départ la plus prisée (76 voitures), devant Rome, alors que l'itinéraire au départ de Londres n'accueille que quatre concurrentsRevue L'Automobile n°356 - février 1976. Les itinéraires de Paris et de Rome vont cependant se révéler les plus difficiles (brouillard dans le nord de la France et neige en Italie), et seulement 135 équipages parviendront à rallier Monaco le lundi matin, huit d'entre eux ayant été pénalisés.
Parcours de classement Pour cette édition, les organisateurs ont imposé aux concurrents l'usage d'une seule marque, d'une seule dimension et d'un seul type de pneumatiques pour l'ensemble des trois parcours sélectifs (sans restriction toutefois sur le cloutage ou le type de gomme). Les équipages doivent donc faire le choix crucial, au départ de Monaco, du modèle de pneu qu'ils vont utiliser pour toutes les épreuves spéciales. Ce point du règlement a pour but de limiter le nombre de pneus utilisés par les équipes professionnelles, qui jusqu'alors proposaient un large éventail de jantes et de pneus à leurs pilotes au départ de chaque tronçon chronométré, au détriment des équipages amateurs disposant généralement d'une assistance très réduite. Cette règle est cependant contestée par la plupart des pilotes, dans la mesure où le choix préalable entre pneus neige ou pneus 'Racing' sur un rallye hivernal s'apparente à une véritable loterie. Si, par sécurité, presque tous les concurrents optent pour les pneus hiver (étroits, sculptures profondes), les Lancia et Fiat officielles, ainsi que l'Opel de Walter Röhrl s'élancent de Monaco en pneus 'Racing', misant sur une météo clémente. Parties de Rome, Lancia et Fiat ont pu tester les pneus 'Racing' cloutés sur le parcours de concentration, partiellement enneigé, et ont estimé que le choix des 'Racing' était le meilleur compromis à condition que l'enneigement des tronçons chronométrés soit inférieur à 40%.