La Spa 3 est une escadrille de chasse de la Première Guerre mondiale. Elle est également une des plus anciennes unités de l'Armée de l'air française et en même temps, l'une des rares à n'avoir été dissoute qu'un très court laps de tempsDu 20 août 1940 au 16 juillet 1941, date où la Spa 3 du GC 12 est reconstituée (cdt. capitaine Ozanne) - (ref : ). La Spa 3 formera ensuite avec la Spa 103 (GC. 12) le Squadron de la R.A.F. « Les Cigognes » (cdt. commandant Fleurquin) du « Wing 145 » qui comprend également les Squadrons « Île-de-France » et « Alsace » - (ref : )..
Héritier, l'Escadron de chasse 1/2 Cigognes perpétue de nos jours le souvenir des René Fonck, Guynemer, Dorme, Heurtaux, Deullin, de La Tour, Brocard, Joseph-Henri Guiguet et les traditions de cette escadrille qui naquit en 1912.
Historique BL 3, les débuts
Constituée d'avril à La loi du 29 mars 1912, signée du Président de la République, Fallières, donne naissance à la cinquième arme : l'Aéronautique militaire (les quatre autres étant l'Infanterie, la Cavalerie, l'Artillerie, le Génie) ; faisant suite à cette loi, l'État-major Général des Armées décide de créer cinq escadrilles. À la revue de Longchamp, le 14 juillet 1912, le lieutenant-colonel Voyer reçoit pendant la parade aérienne, le drapeau de l'Aéronautique militaire (ref : ). à Avord, par le capitaine Bellenger, doyen des aviateurs militaires, l'escadrilleLa loi du 29 mars 1912, portant création de l'Aéronautique militaire, précise : (ref : ). nouvellement créée, se compose des personnes suivantes : Capitaine BellengerLe capitaine Bellenger, capitaine d'Artillerie, obtint son Brevet d'Aviateur Militaire le 11 février 1911, brevet signé du général Rognes, Inspecteur permanent de l'Aéronautique Militaire. En août 1914, il est adjoint auprès du Directeur du Service Aéronautique de la Armée et devient Directeur du Service Aéronautique de la Armée le 28 août suivant - (ref : )., commandant ; les lieutenants De Serre, Trétarre et Minsch ; l'adjudant Bégou, le maréchal des logis Durand et le caporal Revolt-Tissot et de 6Le commandant Barres, Directeur aéronautique auprès du GQG lance, le 5 septembre 1915, un programme prévoyant 10 avions au lieu de 6 par escadrille soit 119 escadrilles, 1400 pilotes et observateur et hommes - (ref : ). Blériot XI 2 d'où sa dénomination officielle de BL. 3Les escadrilles étaient nommées en fonction des initiales des constructeurs d'avions A : Antoinette BL : Blériot ; M : Morane, D : Déperdussin etc. (Décision du 26 juillet 1912 - Instructions sur l'immatriculation des Avions militaires - (ref :)..
Après un entraînement poussé et fin prêteLe 26 juillet 1912 sont nées les cocardes tricolores : Décision du 26 juillet 1912, relative aux instructions sur l'immatriculation des avions militaires - (ref : )., elle participe aux grandes manœuvres du 8 au dans le PoitouUne manœuvre destinée à essayer les matériels notamment aériens et leur utilité : chaque camp (bleu et rouge) disposait entre autres de 2 dirigeables et 7 aéroplanes. À cette occasion le général Mounier rendra compte : (ref : ).. À l'issue de ces manœuvres la BL. 3 quitte le terrain d'Avord pour rejoindre celui de Belfort-Chaux. À cette occasion, son commandant, le capitaine Bellenger est remplacé par le lieutenant Bellemois ().
Au moment la mobilisation générale, l'escadrilleAu moment de la mobilisation les forces aériennes françaises se composaient de : - (ref :). est mise à la disposition de l'Armée des Vosges (général Dubail). Toujours basée à Belfort-Chaux, elle participe activement à la bataille dans le ciel alsacienLes Blériot participent à l'offensive contre Mulhouse, puis aux combats de Schireck et Sarrebourg, les missions remplies au cours de ces engagements furent diverses, en effet l'escadrille cherche encore sa voie : missions reconnaissance, ou de bombardement, ou de réglages, ou encore, de chasse. - (ref : )..
À la fin du mois d'août, la formation quitte Belfort pour rejoindre la Armée chargée de la défense de Paris, elle est détournée de sa mission initiale et intervient pendant la bataille de la Marne, prêtant main-forte à la Armée (général Foch) dans la région des marais de Saint-Gond.
Le , rattachée à la Armée (général Mounoury) la BL.3 s'envole d’Épinal (camp de Mailly) pour se rendre à Chaumont ; le lendemain le l'escadrille connaît sa première perte : le sous-lieutenant Trétarre est tué en service aérien commandé. Le , basée à Mery-sur-Seine, elle effectue des missions de reconnaissance sur le front de la Armée, ainsi que des « missions spéciales »Missions qui consistent à atterrir en zone occupée pour y déposer des agents du service de renseignements, ou de l'argent. Védrines en est un grand spécialiste, Guynemer en effectue quelques-unes à son arrivée à la MS 3 - (ref : )..
MS 3, de la reconnaissance à la chasse
En , le lieutenant Brocard est nommé à la tête de la MS. 3 en remplacement le lieutenant du Bellemois(ref: ).. À son arrivée à l'escadrille, le 18, il est accompagné de Jules VédrinesL'adjudant Jules Védrines est proposé pour le grade de sous-lieutenant le 3 janvier 1916 par le capitaine Brocard en ces termes : - (ref : ), un as des missions spécialesÀ son arrivée à la MS 3, c'est J. Védrines qui sera chargé par Brocard de parfaire la formation du caporal Guynemer et qui l'initie aux missions spéciales. Fort de cette expérience Guynemer évite, le , un piège allemand qui consistait à tendre des fils de fer sur les éventuels terrains d’atterrissages - (Ref : ). La formationListe des missions spéciales effectuées de mai 1915 à mars 1916 : 24 mai 1915, 25 mai, 7 juin, 13 juin, 19 juin, 19 juillet Adjudant Védrines ; 23 septembre lieutenant Trichard, 23 septembre sergent Guynemer, octobre sergent Guynemer ; 2 octobre adjudant Védrines . 30 mars 1916 lieutenant de Guilbert - (ref : ), nouvellement équipée de Morane Saulnier biplace (parasol), a pris la dénomination de MS. 3.
Fort de ses nouveaux appareils et de ceux qui suivront, le lieutenant BrocardLe capitaine Brocard remporte le 3 juillet sa première victoire : seul à bord d'un Nieuport X, il réussit en pilotant armé d'une carabine et d'un révolver à abattre son adversaire dans la région de Verberie-Compiègne - (ref : ). oriente résolument la MS. 3Une note de l'État-major de la Armée du 17 novembre adressée à la N 3, confirme cette orientation - (ref : ) vers le combat aérien.
Stationnée au terrain de Breuil-le-Sec, l'escadrille reçoit au mois d'avril les premiers Nieuport 10-C2 appareils biplaces destinés à remplacer progressivement les Morane.
Deux mois plus tard, le , la MS. 3 accueille le caporal GuynemerGuynemer et Guerder, son mécanicien, remportent leur première victoire, le 19 juillet 1915, avec un Morane Saulnier « Parasol » baptisé « Le Vieux Charles » attribué à Guynemer à son arrivée à la MS 3 et qui appartenait à Charles Bonnard, parti pour les Dardanelles. À la suite de cette victoire Guynemer décida que tous ses avions futurs porteraient ce nom. À bord de l'aviatik abattu se trouvaient le lieutenant Johannes né le 28 octobre 1892 et le sous-officier Auguste Strobel - (ref : ). puis le , le lieutenant Deullin. À la fin de l'année 1915, l'escadrilleUne note de l'État-major de la Armée () adressée à la N 3, le 17 novembre 1915, précise : - (ref : ). compte dix Nieuport, quatre Morane et trois Caudron.
N 3, de Verdun à la Somme
Début 1916, les « Bébé » Nieuport remplacent les Morane-Saulnier « Parasol » ainsi que les Nieuport 10 - C2 et 11 - CI. La nouvelle formation prend le nom de N. 3 en févrierC'est au mois de février et plus précisément, le 3 février 1916, que le lieutenant observateur Grassal et le sergent pilote Grivotti sont abattus au cours d'une mission sur les lignes ennemies - (ref : )..
Le suivant, un détachement composé des éléments les plus expérimentés de la 3 (capitaine Brocard, les sous-lieutenants Guynemer, Peretti, Deullin, adjudants Houssemand, Louis Bucquet et le sergent Chainat) s'installe sur le terrain de Vadelaincourt et est aussitôt lancé dans le ciel de Verdun, où depuis l'attaque du À Verdun l'armée allemande dispose sur le plan aérien de 12 escadrilles de 8 avions chacune ; 4 groupements de combat de 35 avions et 40 Fokker E.III. De leur côté les français ne peuvent opposer que 6 escadrilles dont deux de chasse et une section de photo aérienne soit 60 avions. (ref : ), les pilotes allemands ont la maitrise absolue du cielAyant subi de lourdes pertes, le commandement allemand décida que les pilotes voleraient désormais en escadrilles groupées « Jasta » escadrilles de chasse allemandes - (ref : )..
Les combats s'enchaînent, durs et âpresDans le ciel comme au sol la lutte est très dure, malgré les victoires de Deullin, de Louis Bucquet, de Chainat et de Brocard ; les pertes sont lourdes : Guynemer blessé le 13 mars, puis Brocard le 18 mars, Deullin le 2 avril - (ref : ).l'élite de la chasse françaiseParmi eux : Brocard, Deullin, Flachaire, Guynemer, Nungesser, Lenoir, Navarre, Chaput, avaient pour mission de rendre le ciel français libre afin que les avions d'observation puissent œuvrer en faveur des fantassins - (ref : ) engagée dans cette bataille aérienne redresse la situation. Au mois d'avril, l'aviation allemande est chassée du ciel de Verdun au prix de lourdes pertes françaises : le sous-lieutenant Peretti (), le caporal Chassain (), le sous-lieutenant Foucault (), le soldat Soreau. Au sol les fantassins ont tenu, l'offensive allemande est stoppée. La bataille de la Somme se prépare.
GC. 12, les Cigognes
À partir , le détachement engagé à Verdun, regagne Breuil-le-Sec. Le 16, la N.3 se regroupe sur le terrain de Cachy secteur de la Armée (général Fayolle) où elle est renforcée par les arrivées du lieutenant de La Tour (), du lieutenant Heurtaux () et de l'adjudant Dorme ().
Avec ses effectifs, reconstitués, elle sert de base à la formation du « Groupe de Combat de la Somme » puis Groupe de Combat 12 (G.C.12) ou « Groupe des Cigognes »Décision prise par l'état-major en mai 1916, afin d'obtenir une concentration importante de chasseurs et de maintenir une suprématie aérienne pendant l'offensive de la Somme dont les préparatifs, se poursuivaient activement - (ref : ). composé de l'escadrille « mère » la N.3 et des escadrilles N. 26, N. 103, N. 73, les N. 37, N. 62 et N. 65 étant temporairement rattachées.
C'est à cette époque, selon les vœux de l'état-major, que le capitaine Brocard à la tête du GC.12, adopte comme emblème officiel du groupe de chasse 12 : la Cigogne. Chaque commandant d'escadrille devant adopter un graphisme différent de ce même animal.
Pour la N.3, c'est le projet réalisé par l'adjudant BorzeckiUn as de l'observation qui servira à la N 3 puis à la SPA 62 - (ref : )., opérateur photographe, que choisit le capitaine Brocard : une cigogne aile baissée, peinte aux flancs des Nieuports XVII de l'escadrille. Outre l'emblème, les avions doivent également porter, pour faciliter leur identification, sur la partie supérieure et des deux côtés du fuselage, le numéro dont chaque pilote est titulaire (pour G. Guynemer : avion codé ).
La SPA. 3, de la Somme à l'Aisne