La seigneurie de Valangin est une seigneurie du Canton de Neuchâtel en Suisse. En 1707, elle devient un comté.

Histoire

Une double vassalité

La date de la formation de la seigneurie est inconnue. vignette|Vue de la ville et du château de Valangin. Ce fief était, dans un premier temps, le chef-lieu d'une seigneurie appartenant à une famille du même nom. À partir de 1236 il relevait non seulement des comtes de Neuchâtel mais aussi de ceux de Montbéliard. Plusieurs actes en font foi, le premier de 1283Histoire de la Seigneurie de Valangin jusqu'à sa réunion à la Directe en 1592, page 28 : L'inventaire des archives de Montbéliard contient une lettre spécifiant "du sambedy avant la Saint-Luc 1282. Lettres comment Valangin est du fief de monseigneur à cause de Montbéliard. Scellées de deux scels", au autre de 1317Histoire de la Seigneurie de Valangin jusqu'à sa réunion à la Directe en 1592, page 29 : Jean de Valangin, dit Jean d'Aarberg, se reconnait vassal de l'évêque de Bâle sauf pour la fidélité qu'il devait au comte de Montbéliard et un dernier de 1333Histoire de la Seigneurie de Valangin jusqu'à sa réunion à la Directe en 1592, page 28 : Gérard de Valangin est appelé à rendre hommage à Jeanne de Montbéliard, fille du comte Henri de Montfaucon. Valangin subissait donc une double vassalité. Thierry III de Montbéliard, descendant direct d'Amédée Ier de Montfaucon qui avait épousé une fille de Mangold de Fenis, remettait en 1234 en alleu à l'évêque de Bâle son château et sa ville de Blamont pour lui reprendre en fief. En 1300 l'évêque rendait Blamont au comte de Montbéliard en échange de Valangin, le résultat de ces transactions faisaient que Jean de Valangin se voyait vassal de Montbéliard et arrière-vassal de l'évêque de BâleHistoire de la Seigneurie de Valangin jusqu'à sa réunion à la Directe en 1592, pages 27 à 30. Valangin était entré dans la famille de Neuchâtel par Ulrich III de Neuchâtel-Nidau qui la transmettait à ses fils Berthold de Neuchâtel-Strassberg et Ulrich IV de Neuchâtel-Aarberg. C'est ce dernier qui assurera la lignée de la maison transmettant ce domaine à son fils Jean de ValanginDictionnaire historique de la Suisse, seigneurie de Valangin.

Situation et premier château

La seigneurie de Valangin (de car la ville s'élève dans l'étranglement de la vallée), qui jusqu'au se partageait entre le comté de Vaud et celui de Bargen, s'étendait sur le Val-de-Ruz pour la partie la plus importante, le vallon de La Sagne et la vallée de La Chaux-de-Fonds. À partir de 1408, avec Guillaume de Neuchâtel-Valangin, un traité était conclu par Conrad IV de Furstemberg, alors comte de Neuchâtel, concernant la frontière entre les deux seigneuries, celle-ci serait marquée par la crête de Chaumont et par une ligne tirée de Montmollin aux portes du Locle. Au et cette seigneurie comptait moins de mille habitants répartit dans six paroisses : Saint-Martin, Dombresson, Engollon, Fontaines, Coffrane et FeninHistoire de la Seigneurie de Valangin jusqu'à sa réunion à la Directe en 1592.

Après avoir édifié le village de Fenin, Berthold de Valangin bâtit la ville de Bonneville (elle sera détruite en 1301, ne restait alors que quelques granges qui, plus tard, donneront naissance à Engollon) dont il fera son lieu de résidence. Quelques années plus tard, en 1152, Rodolphe II de Neuchâtel lui envoyait des habitants de Boudry, de Colombier, de la Côte et du Landeron, avec leurs femmes et leurs enfants, pour défricher les terres à la condition qu'ils regagnent leurs villages à la fin des travaux, ce qui était fait en 1155, profitant de cette main-d'œuvre il faisait ériger le château de Valangin. Il semble que le Val-de-Ruz ait gardé la mémoire de cette aide précieuse dans son nom (Vallis Rodolli ou Rodolfi, devenant Val de Raoul, puis Val de Ruilz et enfin Val-de-Ruz).

Incursion des Neuchâtel et hommes royés

Au le descendant de Berthold, Guillaume de Valangin, refusait l'hommage féodal qu'il devait au comte de Neuchâtel. Afin de le forcer à cet hommage, Berthold Ier de Neuchâtel, avec l'aide de son cousin le comte d'Aarberg Ulrich IV, venait à la tête de ses troupes à Valangin. En 1235, après le décès de Guillaume, qui n'avait pas d'héritier, les terres de Valangin étaient réunies au comté de Neuchâtel et plus particulièrement aux possessions d'Ulrich IV de Neuchâtel-Aarberg, fils d'Ulrich III de Neuchâtel, ces terres françaises porteront le nom de , alors que celles d'Ulrich IV porteront celui de (terres allemandes), symbolisées en particulier par le puissant fief de Fribourg-en-Brisgau. À cette date, Valangin ne comptait que quelques habitations rassemblées autour d'un donjon fortifié planté sur un roc isolé contrôlant l'entrée de l'étroite gorge du Seyon. En 1430 était construit le portail actuel du château ainsi que le mur de défense et quatre nouvelles tours. À partir de 1498, Chopard Redard édifiait une église en remplacement de la chapelle de la Sagne devenue trop petite, la même chose était réalisée au Locle par Claude Patton dont le chœur et l'autel du nouvel édifice étaient érigés à l'emplacement de l'ancienne chapelle. En 1505, une église collégiale était construite à Valangin. Le bourg possédait un pont de bois enjambant la Sauge (ou Petit-Seyon) ; à partir de 1505, il était remplacé par un pont en pierres construit par Claude de Neuchâtel-Valangin ; dans le même temps il faisait édifier une auge et un abreuvoir en pierre à côté du pont.

Les terres de la seigneurie étaient peuplées de deux catégories d'habitants, la première était représentée par les descendants des Burgondes qui, comme le voulait leur coutume, conservaient leur titre d' ou () (ils occupaient souvent des emplois à la cour de leur souverain et pouvaient posséder des fiefs), créant un territoire nommé , libre et indépendant soumis au roi de Bourgogne, qui sera l'origine du franc-alleu et devenait de ce fait une coutume longtemps observée des monts Jura qui reconnaissait le droit de propriété du premier occupant, la seconde catégorie rassemblait ceux soumis à la féodalité du souverain. Vers la fin du , la seigneurie comptait 621 « feux », donc environ , occupaient le Val-de-Ruz, 425 La Sagne, 725 Le Locle, 155 Les Brenets et 35 à La Chaux-de-Fonds.

La justice à Valangin

La justice à Valangin était rendue dans les quatre vallées constituant la seigneurie : Valangin, la Sagne, le Locle et les Brenets. Dans les premiers temps, elle était rendue par un officier du comte de Neuchâtel, nommé ou . En cas de difficultés, le comte rassemblait une cour qu'il présidait en s'associant des preud'hommes (gentilshommes, ecclésiastiques, maires, officiers et parfois les seigneurs voisins). Lors de la création de la seigneurie de Valangin, le plaid (ainsi était nommée la cour de justice publique à cette époque) était rendu le dimanche après l'office du matin. La juridiction était assurée par le châtelain, chaque villages avait un maire assisté de notables. En 1346, Imer de Corgemont était châtelain de Valangin, en 1371 c'était Jaquat de Schonenberg, en 1376 Othenin de Giez, en 1412 Richard de la Chambre était Châtelain ou lieutenant du seigneur de Valangin. Un maire était nommé à Valangin en 1331, à Boudevilliers en 1369, au Locle et à la Sagne en 1378. Le maire choisissait son lieutenant parmi les jurés élus par le seigneur et la cour de justice. Les cours de justice de la Sagne, du Locle et des Brenets pouvaient faire appel devant celle de Valangin, qui était souveraine.

En 1425, le plaid sera l'occasion de consigner les anciennes coutumes de ValanginHistoire de Neuchâtel et Valangin jusqu'à l'avénement de la maison de Prusse :

Le gibet. En 1424, le seigneur de Valangin fait édifier des fourches patibulaires au voisinage des possessions du comte de Neuchâtel. Ce gibet comporte quatre piliers, ce qui est une provocation..

Querelles de vassalité

Malgré les liens qui unissaient Valangin et Neuchâtel, il y avait de fréquentes tensions entre les deux seigneurs. L'origine de ces maux remonte au où Renaud de Bourgogne, comte de Montbéliard, remettait son château et la ville de Blamont à l'évêque de Bâle pour ensuite les reprendre de lui en fief en échange de son alleu de Valangin, qui était un territoire libre de devoirs féodaux ; Valangin était, dans le même temps, inféodé alors à Jean Ier de Neuchâtel-Valangin, dit Jean d'Aarberg. Il en résultait donc que celui-ci devenait arrière-vassal de l'évêque tout en restant vassal de Montbéliard.

Après l'épisode de Guillaume, c'était au tour d'Ulrich IV de se laisser aller à une querelle avec Berthold de Neuchâtel, influencé en cela par l'évêque de Bâle Leuthold , mais devant la puissance du comte de Neuchâtel, Ulrich retirait ses griefs. Peu de temps devait s'écouler avant que Jean d'Aarberg, seigneur de Valangin, en vienne à affronter Rodolphe IV de Neuchâtel fortement contrarié que son vassal ait déclaré remettre ses terres, suzeraineté de l'évêque de Bâle. Une fois encore, le comte de Neuchâtel montait au Val-de-Ruz avec ses hommes en cette année 1295. Il engageait la bataille dans les champs de Coffrane et faisait prisonnier Jean et Thierry. Ceux-ci ne devaient retrouver leur liberté qu'après avoir confirmé que leurs « hommes royés » se devaient de se déclarer vassal du comte de Neuchâtel. La sentence portait aussi comme condition que Jean et Thierry, accusés de félonie, devaient renoncer à leur alliance avec l'évêque, retirer à celui-ci la suzeraineté de Valangin, indemniser des frais de guerre Rodolphe, renoncer au fief de Boudevilliers (placé au centre de la seigneurie de Valangin, ce territoire restera rattaché à Neuchâtel jusqu'en 1807 et symbolisera longtemps la mésentente entre les deux familles) et faire fabriquer deux têtes d'argent massif, symbole de leur crime et du rachat de leur propre tête qui aurait dû leur faire encourir la décapitation ; de son côté, le comte tentait de se prémunir d'une nouvelle trahison en concluant un traité avec la ville de Fribourg permettant aux deux alliés le libre passage sur leur territoire et la fourniture de vivres.

Peu de temps devait s'écouler avant que l'évêque de Bâle ne fasse de nouveau pression sur Jean Ier de Neuchâtel-Valangin pour réclamer ses droits sur le territoire. Jean se trouvait dans une position inconfortable, répondre favorablement à l'évêque et continuer à ses devoirs envers Neuchâtel. La foi étant plus forte que l'épée, il reprit son engagement envers Rodolphe IV de Neuchâtel. C'en était trop pour le comte qui pénétra à nouveau dans le Val-de-Ruz, assiégea Bonneville et la fit entièrement raser en 1301, ne laissant que quelques ruines qui plus tard donnèrent naissance au village d'Engollon. Il se tourna ensuite vers Valangin dont les seigneurs demandèrent le pardon. Une nouvelle paix fut conclue le . Les conditions en étaient draconiennes pour Valangin, outre le paiement des frais de guerre envers Neuchâtel, il était stipulé que Bonneville ne serait pas reconstruite et que les hommes de cette ville devaient tous être passés au fil de l'épée. Beaucoup s'enfuirent et se réfugièrent dans les forêts. Plus tard, ils revinrent à Valangin et furent nommés « bourgeois externe ». D'autres gagnèrent les terres de l'évêque et s'établirent dans la vallée de la Diesse, au pied du Schlossberg, où ils construisirent des cabanes qui devaient donner naissance à La Neuveville.