Les ponts antiques sur la Loire dans l'agglomération tourangelle sont trois ponts de bois qui, pendant l'Empire romain, permettent le franchissement de la Loire au niveau de Fondettes et de Tours, alors appelée , à des piétons mais aussi très certainement à des véhicules.

Deux d'entre eux, construits au sous le Haut-Empire romain, semblent avoir été simultanément en service, à l'ouest (Fondettes) et au cœur de la cité antique (Tours). Le troisième, plus à l'est et toujours à Tours, est édifié au Bas-Empire romain, dans le courant du avant que la ville ne se resserre dans son enceinte ; il remplace les deux premiers qui sont par la suite démontés. Les réfections dont tous trois ont fait l'objet rend leur chronologie difficile à attester mais, à la fin du , ils ont probablement disparu et plus aucun pont fixe ne semble permettre de franchir la Loire à Tours avant le début du .

Ces ponts sont découverts ou identifiés au tournant du alors que jusque là les modes de franchissement de la Loire dans l'Antiquité étaient totalement inconnus bien que la situation topographique de la ville ait imposé leur présence. Les vestiges des trois ouvrages apparaissent sous forme d'alignements de pieux enfoncés dans le lit du fleuve ; ils émergent dans les périodes d'étiage, plus prononcées, plus fréquentes et plus durables. Deux de ces ouvrages sont reconnus sur toute la largeur moderne du fleuve.

Contexte géographique et historique Haut-Empire vignette|gauche|alt=vue d'une partie d'une carte antique.|Extrait de la Table de Peutinger mentionnant (Tours). , ville ouverte fondée au tout-début de notre ère et destinée à être le chef-lieu de la cité des Turons, est implantée dans la plaine inondable entre Loire et Cher, dans un secteur où convergent plusieurs voies antiques importantes, fluviales et terrestres. Cinq de ces itinéraires figurent sur la table de Peutinger, reliant la ville à des chefs-lieux de cités voisines (/Bourges, /Poitiers, /Angers, /Le Mans et /Orléans).. vignette|alt=Fond de carte moderne sur lequel sont reportés les tracés supposés de voies antiques|Carte indicative des voies antiques en Indre-et-Loire. Parmi ces voies terrestres, celle qui du sud au nord relie à , probablement reprise d'un chemin gaulois, impose le franchissement de la Loire. Si l'itinéraire de cette voie sur les plateaux au sud du Cher et au nord de la Loire est bien attesté à l'approche de Tours, son tracé dans la plaine alluviale est moins bien connu, même s'il semble avéré qu'il se développe à quelques kilomètres à l'ouest de Tours. Jusqu'au début du , le moyen que cette voie empruntait pour traverser la Loire, pont, bac ou gué, était inconnu, de même que le point de franchissement du fleuve.

, fondée à l'est de cette voie Poitiers-Le Mans, y est raccordée par un embranchement construit au sud de Tours mais la ville, enclavée dans la plaine alluviale entre les deux cours d'eau, doit également bénéficier de dispositifs spécifiques de franchissement du Cher et de la Loire. Jusqu'à la fin du pourtant, la nature de ces dispositifs dans l'Antiquité est totalement ignorée ; ceci va de pair avec la connaissance très imparfaite du réseau des voies dans la ville, et notamment de la plus importante liaison nord-sud, le . Dès 1948, l'historien Jacques Boussard envisage la présence d'un pont, écartant celles d'un gué ou d'un bac.. Même incertitude de la part de l'archéologue Henri Galinié qui reconnaît en 1985 que : c'est en effet dans ce dernier secteur que l'on situe alors le .

Bas-Empire La même interrogation se pose lorsque, dans la première moitié du , le périmètre urbanisé de la ville semble se restreindre et se resserrer dans et autour d’une enceinte fortifiée, quelques décennies après que son amphithéâtre a été transformé en forteresse. L'existence d'un pont ou d'un gué franchissant la Loire à cette époque, nouvel ouvrage ou dispositif ancien dont l'usage perdure, reste à l'état d'hypothèses jusqu'à la fin du et le nouveau réseau de voirie, qui pourrait renseigner sur l'emplacement possible de ce pont, demeure très largement inconnu.

Ponts antiques

Dans les dernières décennies du mais surtout à partir du début du , la modification du régime hydrologique de la Loire (étiage plus fréquent, plus prononcé et sur des durées plus longues.) permet de nouvelles observations dans le lit du fleuve ; leurs résultats aboutissent à la mise au jour de trois ponts antiques permettant le franchissement de la Loire dans la banlieue en aval de Tours (pont de « Fondettes ») ou dans la ville elle-même (pont de « l'île Saint-Jacques » et pont de « l'île Aucard »).

Les rares vestiges qui ont pu être étudiés montrent pour ces trois ouvrages une structure similaire : un tablier de bois repose sur une série de poutres longitudinales portées par des palées de pieux, par l'intermédiaire de sommiers transversaux et la largeur du tablier (environ pour chaque ouvrage) semble suffisante pour permettre le passage de véhicules ; dans les trois cas, les analyses effectuées sur certains pieux montrent qu'ils sont faits de bois de chêne. vignette|center|redresse=2|alt=plan moderne faisant apparaître en surimpression l'emplacement de ponts antiques.|Plan moderne sur lequel sont reportés les emplacements connus des ponts antiques de Tours : (A) Fondettes ; (B) Île Saint-Jacques ; (C) Île Aucard.

Pont « de Fondettes » vignette|redresse|alt=Vue de pieux en bois dépassant du niveau de l'eau au bord d'un fleuve.|Vestiges du pont antique de Fondettes vus du nord. C'est dans le courant des années 1970 que la présence de plots de pieux dans le lit de la Loire en aval de Tours est remarquée mais le caractère antique de l'ouvrage n'est alors pas envisagé. À cette époque, des pieux permettent de restituer la totalité du pont depuis la rive sud (commune de La Riche) à la rive nord (commune de Fondettes). Pour confirmer l'hypothèse d'un pont antique traversant la Loire à ce niveau et tenter de préciser sa date de construction, des échantillons de pieux sont soumis à des analyses de datation au carbone 14 mais aussi par dendrochronologie.

Ce pont devait permettre à la voie Poitiers-Le Mans de franchir la Loire, un vallon facilitant, au nord, l'accès au coteau protégé par un voisin. Il est pourvu à son extrémité nord d'un caisson également en bois mais peut-être rempli de pierres., repéré en 2003 et destiné à assurer la transition entre le tablier du pont et la chaussée, à moins qu'il ne s'agisse d'une sonnette utilisée lors de la construction. La présence d'éléments de son tablier, retrouvés près de la rive nord, laisse à penser que ce pont dont la largeur est estimée à a été volontairement démonté.

Le pont a peut-être succédé, au même emplacement, à un ouvrage plus ancien. Il est entièrement construit en bois de chêne, édifié au premier siècle de notre ère bien que d'autres datations évoquent plutôt le premier quart du . La structure différente de certaines palées suggère l'existence d'une ou plusieurs campagnes de réfection, hypothèse renforcée par les résultats variables des datations par dendrochronologie. En 1987, la création d'un chenal permettant le déroulement d'une compétition de planche à voile détruit une grande partie de ces vestiges, n'épargnant que les pieux les plus proches de la rive nord du fleuve.

Pont « de l'île Saint-Jacques » vignette|gauche|alt=Vue de pieux en bois dépassant de l'eau au niveau d'une île sur un fleuve.|Vestiges du pont de l'Île Saint-Jacques vus de l'ouest. Localisé à quelques dizaines de mètres à l'est du pont Wilson , il n'est visible que par quelques pieux de chêne près de la rive nord de la Loire ou plus loin dans le lit du fleuve et une série d'alignements de pieux près d'une digue moderne ; les autres vestiges sont soit ensablés, soit détruits. Les palées de pieux retrouvées mesurent , ce qui laisse supposer que le tablier avait une largeur d'un peu plus de .

Ces rares témoins, étudiés en 2003, permettent toutefois de restituer un ouvrage de franchissement de la Loire, très probablement un pont de bois, qui reliait un vallon de la rive nord du fleuve (rue Groison moderne) à la ville de . Cette hypothèse est corroborée par la découverte, à l'occasion d'un chantier de fouilles conduit de 2000 à 2003 bien au sud du quai moderne de la Loire, d'un massif de maçonnerie interprété comme la culée de ce pont antique ; ce chantier de fouilles, près du chevet de l'église Saint-Julien, intéresse une zone très proche de la rive gauche de la Loire à l'époque antique ; cette rive se trouve alors environ au sud de sa position moderne.. Ces différents éléments permettent d'accorder à l'ouvrage une longueur d'environ .

En outre, dans l'alignement de ces vestiges, plus au sud dans la ville antique, une voie orientée nord-sud a été mise en évidence à proximité d'un grand temple et d'un complexe thermal. Ces différents aménagements sont datés de la première moitié du . Pont, culée et voie antique tracent un axe nord-sud se prolongeant dans la ville et desservant au passage plusieurs monuments publics ; son assimilation au est proposée.

Le pont de l'île Saint-Jacques, construit vers 40-60 selon la datation du mobilier archéologique associé à sa culée, semble avoir fait l'objet de réfections régulières, voire de reconstructions plus ou moins importantes, au moins jusqu'aux dernières décennies du comme en témoignent les analyses dendrochronologiques de certains de ses pieux. Son usage a certainement cessé au début du car à cette époque les éléments maçonnés de sa culée sud sont récupérés pour contribuer à l'édification de l'enceinte gallo-romaine.

Pont « de l'île Aucard » vignette|alt=Vue de pieux de bois dans le lit d'un fleuve, vestiges d'un pont antique et matérialisation du tracé de ce pont.|Vestiges et matérialisation de l'emprise du pont de l'île Aucard. En 1978, la baisse du niveau de la Loire fait apparaître une série de rangées de pieux fichés dans le lit du fleuve dans la partie est de Tours, partant de l'amont de l'île Aucard et se dirigeant vers la rive sud du fleuve. En 1985, l'hypothèse d'un pont permettant de traverser la Loire au Bas-Empire est posée, mais les modifications naturelles du lit du fleuve ne permettent pas de poursuivre les observations.. Les vestiges sont à nouveau visibles à plusieurs reprises à partir de 2000 sur la presque totalité du lit de la Loire entre l'île Aucard et la rive sud de la Loire. Seuls la traversée de l'île et l'étroit chenal la séparant de la rive nord échappent aux investigations. Il est également possible que ce bras de la Loire ne soit pas présent dans l'Antiquité, le rive du fleuve étant plus méridionale qu'elle ne l'est au ; dans ce cas aucun vestige du pont n'aurait de raison de s'y trouver.

Les alignements de pieux observés permettent de restituer un pont long d'au moins , dont les palées rectangulaires de pieux fichés dans le fleuve et espacées de supportent un tablier de bois d'une largeur estimée à environ .. L'analyse de certains de ces pieux révèle qu'ils sont constitués de bois de chêne. Lors de sa construction, les piles de pieux de bois sont suffisamment espacées pour permettre la circulation de bateaux à fond plat ; ce n'est plus le cas par la suite car les réfections conduisent à rajouter des pieux supplémentaires qui réduisent l'espace séparant ces piles.

Rive sud, ce pont aboutit au milieu de la muraille nord du où une porte ou une poterne est percée dans la courtine ; cette porte se trouve dans le prolongement du grand axe de l’amphithéâtre... L'ensemble constitue un dispositif verrouillant l'accès à la Loire par un passage obligatoire dans l'enceinte et permet également de contrôler les arrivées dans l'enceinte depuis la rive nord du fleuve. De ce côté, le pont débouche à proximité d'un vallon perpendiculaire à la Loire.