, né le dans l'ancien bourg de Neagari, qui fait aujourd'hui partie de la ville de Nomi, dans la préfecture d'Ishikawa, est un homme d'État japonais qui fut Premier ministre du Japon du au et président du Parti libéral-démocrate du au .
Origines familiales et formation Yoshirō Mori est né dans une famille de riches riziculteurs également bien implantés dans la vie politique locale, puisque son grand-père puis son père, Shigeki Mori, furent tous deux maires de son bourg natal de Neagari. Il est orphelin de mère très jeune, puisque sa mère, Kaoru Mori, décède de maladie alors que Yoshirō Mori n'a que 7 ans en 1944, et sa tante maternelle, Akiko, devient sa mère par substitution.
Il étudie à la prestigieuse université Waseda de Tokyo, que son père avait également fréquentée auparavant, et fait notamment partie de l'association d'art oratoire de l'université, connue pour être un véritable creuset pour les futurs hommes politiques japonais. Il y fréquente, entre autres, deux autres futurs Premiers ministres, à savoir Noboru Takeshita et Keizō Obuchi.
Diplômé de l'École de commerce de Waseda en 1960, il entre alors comme journaliste au quotidien conservateur Sankei Shinbun, mais il le quitte dès 1962 pour se rapprocher du monde politique puisqu'il devient secrétaire parlementaire d'un représentant de la préfecture d'Ehime.
Une ascension relativement rapide Les débuts et la faction Yoshirō Mori entre très tôt en politique en étant élu pour la première fois à la Chambre des représentants du Japon lors des élections législatives du , pour l'ancien électoral de la préfecture d'Ishikawa où il arrive en tête en nombre de voix alors qu'il n'est investi par aucun grand parti. Il est sans cesse réélu depuis lors et, depuis la réforme électorale de 1994 et le scrutin de 1996, il représente désormais le d'Ishikawa.
Bien qu'élu initialement comme indépendant, il adhère immédiatement au Parti libéral-démocrate (PLD), grande formation de droite dominant la vie politique japonaise depuis sa création en 1955, et devient l'un des protégés de Takeo Fukuda. Celui-ci devenu Premier ministre en 1976, il offre à Yoshirō Mori sa première responsabilité gouvernementale, sans qu'il soit toutefois membre du Cabinet, en le nommant secrétaire général adjoint du Cabinet de à .
Yoshirō Mori restera ainsi pendant toute sa carrière politique un membre important du , une puissante faction interne au PLD fondée en 1969 par Takeo Fukuda (pour cela elle fut longtemps connue comme la « faction Fukuda ») et surtout connue pour son opposition à la trop grande importance du poids de l'administration que ce soit dans la vie politique japonaise en général ou dans la gestion du parti.
L'ascension Yoshirō Mori connaît une ascension politique relativement rapide et progressive dans les années 1980 et 1990.
Il obtient tout d'abord son tout premier poste au sein du Cabinet à seulement 46 ans, âge relativement jeune au sein de la classe politique japonaise : il est ainsi ministre de l'Éducation dans le second Cabinet dirigé par Yasuhiro Nakasone du au . Il est ainsi l'un des ministres chargé de mener l'ambitieuse réforme du système éducatif voulue par Nakasone, les principes mis en place dans ce domaine après la Seconde Guerre mondiale étant jugés trop américains et trop occidentaux et pas assez japonais car mettant trop l'accent sur les droits et les libertés des élèves au risque de les rendre individualistes, et pas assez sur la nécessité de respecter les liens sociaux traditionnels, le respect, la solidarité ou l'égalité. Yoshirō Mori déclare vouloir surtout alors supprimer le principe des classes préparatoires aux concours des grandes universités qui selon lui accentuent l'esprit de compétition, et donc individualiste, et met trop de pression sur les jeunes Japonais G. Murray, « Japan's goal: getting students out of the pressure cooker », The Christian Science Monitor, 07/05/1984.
Mais il faut attendre le début des années 1990 pour le voir occuper réellement des responsabilités d'importance au sein du PLD ou du Cabinet du Japon. Il est ainsi successivement : président du Conseil de recherche politique du PLD (et donc du parti, chargé de la définition du programme) en ; ministre du Commerce international et de l'Industrie (MITI), l'un des plus influents postes ministériels, dans le Cabinet remanié de Kiichi Miyazawa du au . Il est alors au premier plan des négociations tendues engagées par le gouvernement Miyazawa avec l'administration Clinton, laquelle multiplie les attaques contre un marché japonais qu'elle juge trop fermé et pas assez ouvert à la règle de la libre-concurrence internationale, notamment dans le domaine de l'électronique, du matériel informatique et de l'automobile « U.S. Calls On Japan to Set Trade Goals », The New York Times, 02/02/2009; secrétaire général du PLD à partir d'août 1993, il est alors le numéro 2 d'une formation désormais passée dans l'opposition depuis le renversement du gouvernement Miyazawa par une motion de censure et la victoire aux législatives d'une coalition anti-PLD ; ministre de la Construction du Cabinet remanié et de grande coalition (PLD-PSJ-NPP) du socialiste Tomiichi Murayama du au ; devenu le président de l'ancienne faction Fukuda, de plus en plus influente au sein du PLD, il redevient secrétaire général du mouvement en août 1998 et apparaît désormais comme un potentiel successeur au Premier ministre Keizō Obuchi.
Premier ministre du Japon thumb|left|300px|Yoshirō Mori présidant la réunion du G8 le L'arrivée au pouvoir Le Premier ministre Keizō Obuchi subit une crise cardiaque le qui le fait sombrer dans le coma, pour finalement décéder le suivant. Dans cette situation, le PLD et la majorité parlementaire élisent Yoshirō Mori pour le remplacer à la tête du parti et du Cabinet dès le . Mori obtient alors 335 voix sur les 500 que compte la Chambre des représentants, contre 95 au chef du Parti démocrate du Japon et de l'opposition Yukio Hatoyama. En vérité, la décision a été prise en comité restreint parmi les instances dirigeantes du parti, ce qui fut appelé par les médias le : Yoshirō Mori (secrétaire général du parti), Mikio Aoki (secrétaire général du Cabinet), Masakuni Murakami (président des membres du PLD à la Chambre des conseillers), Hiromu Nonaka (secrétaire général adjoint du parti), Shizuka Kamei (président du Conseil de recherche politique).
Il devient donc le Premier ministre de l'histoire du Japon, et il est successivement à la tête des 85 ( – ) et Cabinet du Japon ( – , remanié le et profondément réformé le ). Sa majorité consiste alors en une coalition entre le PLD, le Nouveau Kōmeitō (allié du PLD depuis décembre 1998) et le tout jeune Parti conservateur (fondé en avril 2000 par des dissidents du Parti libéral, mouvement qui était allié au PLD depuis 1998 mais dont le président Ichirō Ozawa a décidé de ne plus soutenir la majorité le ).
Dans un contexte de mauvaise conjoncture économique née à la fin des années 1980 et aggravé par la crise asiatique de 1997, il prend comme mot d'ordre pour son gouvernement la C. Sims, « New Premier Predicts a 'Rebirth of Japan' », The New York Times, 08/04/2000 « 「日本新生」を目指し, 森内閣キックオフ » sur le site du Premier ministre et du gouvernement] fondée sur une profonde modernisation du Japon pour le faire entrer dans le . L'une des mesures phares de son mandat fut ainsi la mise en application de la réforme de l'administration centrale engagée en 1999, qui a entraîné un remaniement profond des différents départements gouvernementaux, avec la fusion (par exemple la création du ministère de la Gestion publique, des Affaires intérieures, de la Poste et des Télécommunications) ou la transformation de ministères (comme la transformation du ministère du Commerce international et de l'Industrie MITI en ministère de l'Économie, du Commerce et de l'Industrie ou METI).
Élections législatives de juin 2000 Moins de deux mois après son élection, le , il décide de faire dissoudre la Chambre des représentants et de provoquer ainsi des élections anticipées le , afin de donner à son gouvernement et aux réformes engagées une légitimité populaire.
Ce scrutin est marqué par un net recul pour toutes les composantes de sa majorité qui ne peut être uniquement expliqué par la réduction du nombre de membres de la chambre (qui passe de 500 à 480 représentants). Le PLD perd 38 sièges, ainsi que la majorité absolue, par rapport à ce que comportait son groupe avant les élections, avec 233 députés sur 480. Le Nouveau Kōmeitō passe de 42 à 31 élus, et le Parti conservateur, qui à sa création en avril faisait jeu égal à la chambre avec son « frère ennemi » du Parti libéral avec 18 députés chacun, n'obtient que 7 élus tandis que les libéraux retournent à 22 dans cette nouvelle assemblée. La chute du PLD profite essentiellement au Parti démocrate du Japon qui confirme sa position de second parti du pays et de première force d'opposition, passant de 95 à 127 représentants. Toutefois, le PLD ne manque la majorité absolue qu'à seulement 8 sièges et la coalition gouvernementale conserve un poids considérable à la chambre, avec 271 représentants sur 480, complétés par le soutien de plusieurs députés indépendants.
La nouvelle assemblée reconduit ensuite Yoshirō Mori comme Premier ministre le , par 284 voix sur 480 contre 130 à Yukio Hatoyama.
Un mandat difficile thumb|right|Yoshirō Mori et le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad le 25 novembre 2000 thumb|right|Yoshirō Mori et le président américain George W. Bush le Yoshirō Mori devient rapidement très impopulaire. S'il ne bénéficie pas particulièrement au moment de son entrée en fonction d'un état de grâce, les sondages faisant état en avril 2000 de taux de soutien au gouvernement nouvellement formé avoisinant les 40 % et une insatisfaction oscillant autour des 25 %, sa cote de popularité ne cesse de chuter tout au long de son mandat pour atteindre au printemps 2001, selon plusieurs instituts, un taux d'environ 5,7 %, ce qui en fait l'un des Premiers ministres les plus impopulaires de l'histoire du Japon. Cette impopularité est due tout d'abord aux nombreux dérapages qui restent définitivement attachés à l'image de Yoshirō Mori, mais aussi à plusieurs incidents et scandales que son gouvernement a dû gérer.
Les dérapages du Premier ministre Yoshirō Mori a laissé auprès de la population japonaise le souvenir de nombreux faux-pas, erreurs de jugement, décisions impopulaires et dérapages verbaux. Les plus représentatifs sont : dès le , il provoque une véritable levée de boucliers dans tout le Japon mais aussi à l'étranger pour avoir décrit le Japon, lors d'une réunion avec des chefs shinto, comme « la nation des dieux, avec l'empereur en son centre ». Cette déclaration fut vue par certains comme une apologie au statut divin des empereurs japonais d'avant-guerre et fut même jugée « dangereuse » par le chef de l'opposition Yukio Hatoyama « Japanese PM sparks holy row », BBC News, 16/05/2000. le , lors des funérailles d'État organisées pour son prédécesseur Keizō Obuchi, Yoshirō Mori ne réussit pas à accomplir correctement le rituel bouddhiste devant le sanctuaire funéraire d'Obuchi, alors que tous les chefs d'État étrangers présents, dont le président américain Bill Clinton, s'en sont parfaitement acquittés. lors de la campagne pour les législatives de 2000, il répond à un journaliste, qui lui faisait remarquer qu'environ la moitié des électeurs restaient encore indécis quant à leur choix de vote, que : « S'ils ne sont toujours pas intéressés par cette élection, ce serait très bien s'ils pouvaient juste dormir tout au long de cette journée (celle des élections) ».