Raoul Wallenberg, né le près de Stockholm, et dont la date de décès reste incertaine« German's Death Listed; Soviet Notifies the Red Cross Diplomat Died in Prison. », The New York Times du 15 février 1957, consulté le 14 février 2007.., est un diplomate suédois. Héritier de l'empire industriel et financier de la famille Wallenberg, il mène une carrière d'homme d'affaires dans plusieurs pays avant d'être envoyé à Budapest pendant la Seconde Guerre mondiale. Il bénéficie d'un statut de diplomate, avec pour mission de contribuer à sauver les Juifs de Hongrie.
Il utilise la possibilité de délivrer des passeports temporaires déclarant que leurs possesseurs étaient des citoyens suédois en attente de rapatriement. Il négocia également avec des officiels nazis, comme Adolf Eichmann, afin d'obtenir l'annulation de déportations. Wallenberg sauva ainsi plusieurs milliers de personnes selon les sources : environ Juifs selon le CRIF dans un article du Monde., de (selon Bauer) ou de 7 à selon Randolph Braham. D'autres estimations allant jusqu'à ont circuléRandolph L. Braham, « Les opérations de sauvetage en Hongrie : mythes et réalités », Revue d’histoire de la Shoah, 2006/2, 185, 397-426. Le chiffre de Yehuda Bauer est publié dans Juifs à vendre ? Les négociations entre Nazis et Juifs, 1933-1945, 237..
Il est arrêté le par l'Armée rouge, probablement soupçonné d'être un espion à la solde des États-Unis. Ce qui lui arrive ensuite n'est pas connu. Selon la version officielle des Soviétiques, il serait mort en 1947, d'une crise cardiaque pendant sa captivité, mais des témoins ont affirmé l'avoir vu vivant dans les prisons de Russie ou de Sibérie jusque dans les années 1980. En 2000, le nouveau gouvernement russe a conclu que Wallenberg était effectivement mort en 1947, mais exécuté. Toutefois, en 2001, des enquêteurs suédois indiquaient : .. Il fut confirmé dans les années 1990 que Raoul Wallenberg travaillait avec l'Office of Strategic Services (OSS), ancêtre de la CIA.
En raison de son rôle exceptionnel pendant la Shoah, l’État d’Israël accorde à Wallenberg le titre de Juste parmi les nations (par le mémorial de Yad Vashem) et le titre de citoyen d'honneur d'Israël. Il est fait en 1981 citoyen d'honneur des États-Unis, distinction dont il est le deuxième récipiendaire. Raoul Wallenberg a aussi plus tard été fait citoyen d'honneur du Canada et de la Hongrie. Sa mémoire est honorée par de nombreux monuments, rues, parcs, comités et instituts qui portent son nom dans le monde entierLa rue Raoul-Wallenberg, dans le de Paris, a été inaugurée le 24 mars 2007..
Jeunesse et formation thumb|Raoul Wallenberg dans son enfance.|gauche
Wallenberg naît à Kappsta, dans la commune de Lidingö, près de Stockholm. Issu d'une famille luthérienne, il possède une lointaine racine juive en la personne du grand-père de sa grand-mère qui est un Juif du nom de Michael Benedicks, émigré en Suède en 1780, et qui a dû s'y convertir au christianismeLevine, Paul (2010). Raul Wallenberg in Budapest: Myth, History and Holocaust. Valentine Mitchell. London. p. 59..
Raoul est le fils de Raoul Oscar Wallenberg (1888-1912), officier de la marine suédoise, et de Maria « Maj » Sofia Wising (1891-1979). Son père, Raoul Oscar, meurt d'un cancer trois mois avant sa naissance. En 1918, sa mère se remarie avec Fredrik von Dardel (1885-1979) d'origine suisse (Saint-Blaise, Neuchâtel), descendant de Fritz von Dardel-Silfverskjöld (1817-1901) auteur de la branche suédoise. Dès lors, Raoul a un demi-frère, Guy von Dardel (1919-2009)« Actions done by Raoul Wallenberg's brother », Guy von Dardel .. Deux ans plus tard, il a aussi une demi-sœur, Nina Lagergren (1921-2019), née von Dardel, dont la fille, Nane Maria Lagergren, épousera Kofi Annan.. La mère et le beau-père de Raoul se suicident tous les deux par overdose médicamenteuse à deux jours d'intervalle en 1979 ; leur fille Nina Lagergren a attribué leur suicide à leur désespoir de n'avoir jamais retrouvé Raoul.. vignette|Raoul et sa mère Maj von Dardel, le jour de remise des diplômes à Nya Elementar Senior High School, Stockholm, .|gauche
En 1931, Wallenberg se rend aux États-Unis étudier l'architecture à l'université du Michigan, où il apprend à parler l'anglais, l'allemand et le français.. Ses vacances lui servent à explorer l'Amérique. Bien qu'il appartînt à une famille aisée, il travaillait pendant son temps libre à des petits boulots, y compris une Foire mondiale.
Après son diplôme, il n'arrive pas à trouver du travail comme architecte à son retour en Suède. Finalement, son grand-père lui en trouve un au Cap, en Afrique du Sud, dans les bureaux d'une compagnie suédoise qui vend des matériaux de construction. De 1935 à 1936, il occupe un poste peu important dans une succursale de la Banque de Hollande à Haïfa en Palestine mandataire. Revenu en Suède en 1936, il obtient, avec l'appui de son oncle et parrain, Jacob Wallenberg, un emploi à Stockholm, à la Central European Trading Company, une société d'import-export d'aliments et friandises, qui s'occupe de commerce entre Stockholm et l'Europe centrale, et appartient à un Juif hongrois du nom de Kálmán Lauer.
Travail en Hongrie vignette|Photographie mise en couleur de Raoul Wallenberg.
En 1938, la Hongrie du régent Miklós Horthy édicte une série de mesures antisémites qui limitaient pour les Juifs les professions autorisées, leurs déplacements, réduisaient leur nombre dans les emplois publics (numerus clausus) et interdisaient les mariages mixtes. Lauer a de plus en plus de mal à voyager en Hongrie, si bien que Wallenberg devient son homme de confiance. Il apprend rapidement le hongrois et, à partir de 1941, effectua de fréquents voyages à Budapest Elenore Lester & Frederick E. Werbell, « The Last Hero of Holocaust. The Search for Sweden's Raoul Wallenberg », New York Times Magazine, 30 mars 1980, consulté le 14 février 2007.. Pendant un an, il est l'un des copropriétaires de la compagnie et son directeur international.
thumb|left|upright=1.3|L'armée allemande à Budapest.
En et , quand leur défaite apparait inévitable, les Allemands et leurs alliés en Hongrie commencent à déporter massivement les Juifs hongrois au rythme de par jour, principalement vers Auschwitz The Holocaust Chronicle, « PROLOGUE: Roots of the Holocaust », p. 526.. Cette persécution est bientôt parfaitement connue à l'étranger, à la différence de la Shoah, dont on sait l'existence sans pour autant en mesurer l'étendue exacte. Vers la fin du printemps 1944, George Mantello publie ce qu'on appelle maintenant le rapport Vrba-Wetzler. Churchill, Roosevelt et d'autres travaillent alors pour aider Horthy à faire cesser les déportationsWinston Churchill écrit dans une lettre à son ministre des Affaires étrangères datée du 11 juillet 1944 : , Istvan Simon..
Au printemps 1944, le président Roosevelt envoie à Stockholm Iver Olsen comme représentant officiel du américain (WRB). Celui-ci cherche quelqu'un qui est à la fois motivé et capable pour se rendre à Budapest et organiser un programme de sauvetage pour les JuifsUnited States Holocaust Memorial Museum; , consulté le 27 janvier 2007.. Conseillé chaleureusement par Kálmán Lauer, il vit dans Wallenberg l'homme qu'il lui fallait.
Diplomate à Budapest thumb|right|upright=0.9|Insigne de la légation suédoise à Budapest en 1944-1945.
Le , Wallenberg se rend à Budapest en tant que premier secrétaire à la légation suédoise de cette ville. Il s'inspire de la méthode créée à Budapest par le vice-consul de Suisse Carl Lutz., et inspirée du Suédois espérantiste Valdemar Langlet : celle des sauf-conduits. De concert avec son homologue le diplomate suédois Per Anger., il fait imprimer des « passeports de protection » (en allemand : Schutz-Pass), qui identifient les porteurs comme sujets suédois en instance de rapatriement et les empêchent d'être déportés.. Malgré leur absence de valeur juridique, ces documents ont l'air officiels et ils sont acceptés de façon générale par les autorités allemandes et hongroises, qui quelquefois se laissent corrompre. La légation suédoise à Budapest réussit également à négocier avec les Allemands pour que les porteurs de ces passeports de protection soient traités comme des citoyens suédois et dispensés du port obligatoire de l'étoile jaune sur leurs vêtements.
Avec l'argent fourni par le , Wallenberg loue à Budapest trente-deux bâtiments qu'il déclare protégés par l'immunité diplomatique. La location est financée par des fonds de la légation. Il installe sur leurs portes des plaques telles que « Bibliothèque suédoise » ou « Institut suédois de recherche » et accroche d'énormes drapeaux suédois sur la façade des locaux pour donner encore plus de crédit à sa ruse. Ces bâtiments finissent par abriter près de .
vignette|Wallenberg, avant 1945. Sandor Ardai, l'un des chauffeurs qui travaillent pour Wallenberg, raconte ce que ce dernier a fait quand il intercepte un convoi de Juifs sur le point de partir pour Auschwitz, gardés par les SS et les Croix fléchées :
Au plus fort du programme, on compte plus de qui ont été impliquées dans le sauvetage des Juifs.. La religieuse Sára Salkaházi a été arrêtée alors qu'elle donnait refuge à des femmes juives et a été tuée par les membres des Croix fléchées. Le vice-consul de Suisse Carl Lutz a lui aussi fait faire des passeports de protection de l'ambassade suisse au printemps 1944 ; et l'homme d'affaires italien Giorgio Perlasca, qui se faisait passer pour le consul d'Espagne, a fabriqué de faux visas « Raoul Wallenberg and the rescue Mission "Budapest Jews" 1944/45, Light in the darkness », Christoph Gann, consulté le 19 septembre 2008. Gann est l'auteur de Raoul Wallenberg : So Viele Menschen Retten Wie Moglich, Allemagne, 2002 ..
thumb|right|upright=1.4|Budapest, octobre 1944 : arrestation de Juifs.
Wallenberg commence à dormir chaque nuit dans une maison différente pour éviter d'être capturé ou tué par les Croix fléchées ou par les hommes d'Eichmann.. Deux jours avant l'occupation de Budapest par les Russes, il négocie à la fois avec Adolf Eichmann et avec le général Gerhard Schmidthuber, commandant de l'armée allemande en Hongrie. Wallenberg soudoie Pál Szalai, un membre des Croix fléchées, et ce dernier leur remet une note par laquelle Wallenberg réussit à les persuader d'annuler une marche de la mort destinée à éliminer les Juifs qui restent à Budapest : il les menace de les faire poursuivre pour crimes de guerre dès la victoire des Alliés et de finir pendus.
Parmi les personnes sauvées par Wallenberg, on trouve le biochimiste , qui est hébergé à l'ambassade suédoise, et Tom Lantos, futur membre de la Chambre des représentants des États-Unis. Tom Lantos, qui est adolescent pendant la Shoah, a pu vivre dans l'une des maisons louées par Wallenberg pour accueillir les Juifs.. Il est à l'origine du projet de loi qui a fait de Wallenberg un citoyen d'honneur des États-Unis.
Détention par les Soviétiques L'Armée rouge entre à Budapest le et, le , on appelle Wallenberg au quartier général du maréchal Rodion Malinovski à Debrecen ; on soupçonne qu'il est un espion au service des États-Unis et que le War Refugee Board était impliqué dans l'espionnage« Jews in Hungary Helped by Swede », The New York Times, 26 avril 1945, consulté le 14 février 2007... Les derniers mots que l'on connaisse de Wallenberg sont : « Well Taken Care Of », Time, 18 février 1957, consulté le 14 février 2007.. En 2003, un examen des correspondances soviétiques pendant la guerre a indiqué que c'est peut-être le communiste hongrois Vilmos Böhm qui a dénoncé Wallenberg à Staline comme un individu suspect, Reuters, 12 mai 2003, consulté le 14 février 2007..
Les renseignements sur Wallenberg après son arrestation relèvent surtout de la spéculation, mais de nombreux témoins prétendent l'avoir rencontré pendant son emprisonnementSee Braham, Randolph (2004): Rescue Operations in Hungary: Myths and Realities, East European Quarterly 38(2): 173-203..