thumb|Position respective de la Syrie (orange) et de l'Iran (vert). L'intervention de l'Iran dans la guerre civile syrienne commence dès son début en 2011. L'engagement diplomatique, militaire et financier de l'Iran et de la Russie aux côtés du régime syrien fait que l'on parle parfois d'un axe Syrie-Iran-Russie. Depuis 2011, l'Iran aurait réorganisé les forces des combattants pro-régime, poussé le Hezbollah à combattre à leurs côtés (voire à s'y substituer par endroits) et dépensé « des milliards » en aides financières (entre de dollars par an, d'après l’envoyé de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura.). Il est devenu « un interlocuteur incontournable » pour les négociations internationales sur cette guerre civile et un allié privilégié pour la Russie dans sa volonté de soutenir le régime syrien..
En , on estime qu'il y a environ en Syrie, officiellement des conseillers, en plus des milliers de combattants du Hezbollah libanais, indéfectible allié chiite de l'Iran (le total est estimé entre quinze et vingt mille hommes ) environ un millier y sont morts.. Les pasdarans y dirigeraient les membres du Hezbollah, venus du Liban, d’Irak, d’Afghanistan (recrutés et formés en Iran même.), qui ont « graduellement remplacé les forces régulières sur de nombreux terrains »., fournissant également du matériel militaire léger et lourd.
Malgré cela, jusqu'à l'intervention militaire de la Russie, commencée le , « l’Iran ne paraissait plus capable d’empêcher le recul du régime syrien sur presque tous les fronts militaires », mais la présence au sol des combattants pro-Iran est indispensable pour l'efficacité de l'intervention russe.
Contexte Le lien politique entre l'Iran et la Syrie date de la révolution iranienne de 1979, par le rejet commun de l'Irak de Saddam Hussein et d'Israël.. Il s'est renforcé durant la guerre Iran-Irak entre 1981 et 1988, la Syrie ayant été le seul État arabe à soutenir l'Iran. Ces deux pays soutiennent depuis le Hezbollah libanais, tant en armes, que financièrement et idéologiquement. Jusqu'à la chute du régime, la Syrie représentait «le tête de pont idéale pour acheminer l’aide iranienne au Parti de Dieu».. Cette organisation financée par l’Iran lui permet de prendre officieusement part à certains conflits, comme avec le Liban ou avec Israël encore aujourd’hui.. Ce partenariat entre la Syrie, l’Iran et son organisation Hezbollah est d’autant plus important que « si la Syrie tombe, avec elle s’effondreront les flux d’armements destinés au Hezbollah. Alireza Nader explique que la République islamique perdrait ainsi son seul moyen de pression directe contre Israël ».. La Syrie et l'Iran ont signé en 2008 un traité de défense commune.. Depuis 2011, l'Iran a fourni à la Syrie « des chars, des transports de troupes, des batteries de roquettes et des missiles balistiques iraniens (Fateh 110 ou M-600) qui ont toujours figuré dans l’arsenal de Damas, [...] dix chasseurs bombardiers Su-22 [...] de confection soviétique, reliquats de la flotte irakienne partie se réfugier en Iran, à la veille de l’opération Tempête du désert en 1991 ». Les désertions au sein de l'armée syrienne et ses échecs militaires face aux rebelles ont rendu l'aide iranienne indispensable à la survie du régime de Bachar el-Assad, les conseillers iraniens sont devenus omniprésents à tous les niveaux du pouvoir et de l'économie, contre l'avis de certains proches de Bachar el-Assad qui ont été mis à l'écart, ont fui le pays ou sont morts. Les hauts gradés de l'armée syrienne et les hommes d'affaires vivent mal cette omniprésence, et le poids de l'Iran est tel dans les décisions de toutes sortes, qu'en 2013 un proche d’Ali Khamenei, le Guide suprême iranien, se félicitait que la Syrie soit devenue « la province d’Iran ».
La Syrie est pour l'Iran, « par procuration », un débouché sur la Méditerranée, une frontière avec Israël et un point d'appui pour ses actions dans la région, à travers le Hezbollah. C'est aussi un allié de poids dans la rivalité régionale (rivalité religieuse, militaire et économique) entre l'Iran et l'Arabie saoudite (acteur principal de la Ligue arabe et fidèle allié des États-Unis), qui n'ont jamais manqué une occasion de se faire la guerre à travers des conflits chez leurs voisins plus ou moins proches : Afghanistan, Pakistan, durant le printemps arabe de 2011 à Bahreïn., et au Yémen en 2015.. Le régime de Bachar el-Assad serait devenu pour l'Iran la « ligne de front de la résistance » contre les États-Unis et Israël, mais le vice-ministre des affaires étrangères iranien a assuré, en 2015, que l’Iran « ne travaille pas à maintenir el-Assad au pouvoir pour toujours ».
L'arrivée au pouvoir en Irak de Chiites faciliterait le transfert d'hommes et de matériels (par avions notamment) entre l'Iran et la Syrie, d'autant plus que l'Iran propose, depuis ., une aide militaire croissante à l'Irak pour combattre l'État islamique qui occupe une grande partie de son territoire, et ceci malgré le soutien officiel des États-Unis à l'Irak ; d'ailleurs États-Unis et Iran ont des intérêts communs., et collaborent à travers l’État irakien, dans leur combat contre l'EI...
Cette intervention iranienne a débuté dans un contexte politiquement et économiquement difficile pour l'Iran car il est soumis depuis 2006 à un embargo économique par l'ONU (en 1996, les États-Unis ont imposé un embargo sur les importations de pétrole et d’autres produits iraniens, et en 2012 l'Union européenne décide d'un embargo pétrolier graduel, et de sanctions financières) en réponse à son programme nucléaire, et sur les ventes d'armes (la résolution 1747 des Nations unies interdit à l'Iran d'exporter des armes., et la résolution 1929 du Conseil de sécurité de l’ONU, de , restreint les ventes d'armes à l'Iran.), ce qui légitime les reproches qui lui sont faits sur ses fournitures d'armes à la Syrie.. Toutefois la signature d'un accord sur le nucléaire iranien, en avril-.., ouvre des perspectives de levées à courts termes de ces embargos. La Russie n'a pas ce type de contrainte officielle, du moins jusqu'en quand elle annexe la Crimée, ce qui amène les occidentaux à chercher à isoler la diplomatie russe, celle-ci s'imposera par son intervention militaire de soutien à la Syrie de Bachar el-Assad. À partir d'une date indéterminée, « les Occidentaux laissent agir » l'Arabie saoudite et le Qatar pour fournir des armes à la rébellion syrienne, ce trafic d'armes se faisant à la frontière entre la Syrie et l'Irak, ou celle commune avec la Turquie..
Cette guerre civile a ruiné la tentative de rapprochement de l'Iran et de la Turquie amorcée en 2006 en des termes alors amicaux : dès 2011, la Turquie, membre de l'OTAN, affiche son opposition au régime syrien, puis aide matériellement les rebelles, accueille le quartier général de l'Armée syrienne libre, jusqu'à son rapatriement en Syrie en , puis le Conseil national syrien (CNS), et les Frères musulmans syriens.. Toutefois, dès 2013 les deux pays réaffirment leur volonté d'intensifier leurs échanges commerciaux.
La coopération de l'Iran et de la Russie dans cette affaire semble être guidée par des intérêts communs en Syrie, par l'opposition commune à la politique américaine et de la Ligue arabe., mais ils sont aussi en concurrence et leurs intérêts ne sont pas toujours en accord. D'ailleurs, « certains analystes estiment même que la raison pour laquelle Damas a appelé Moscou à l’aide tient à la progression des rebelles, mais aussi à l’ingérence croissante de Téhéran dans ses affaires ».
Les printemps arabes en Tunisie et en Égypte ont été interprétés en Iran comme des mouvements populaires faisant chuter des dictatures pro-occidentales, mais la contestation de la population syrienne a été interprétée comme un « complot américano-sioniste »..
Déroulement En 2011 En février, pour la première fois depuis la révolution iranienne de 1979, deux navires de guerre iraniens traversent le canal de Suez, et accostent au port syrien de Lattaquié, pour « faire de l'entraînement », dans le cadre des « relations stratégiques » entre l'Iran et la Syrie.
Dès la fin mars, des officiels américains affirment que l'Iran fournit une assistance technique à la Syrie pour surveiller sa population et réprimer les foules.., et, au moment où la répression devient sanglante, l'Iran est accusée d'y envoyer « des instructeurs et des conseillers ». dont certains viendraient de la Force Qods..
Fin juin, ces accusations ont été reprises par l'Union européenne qui a décidé de sanctions individuelles contre trois hauts responsables iraniens des Pasdarans...
En août, ces accusations seront démenties par l'Iran depuis l'ONU : « Nous démentons tout rôle dans les affaires intérieures de ce pays » déclare le porte-parole du ministère des affaires étrangères iranien.. Fin août, l'Iran semble avoir pris des contacts avec la rébellion syrienne, et appelle aussi Bachar el-Assad à dialoguer avec elle., tout en continuant d'accuser l'occident d'exploiter la crise syrienne.
Fin août dans un entretien à la chaîne de télévision libanaise du Hezbollah. Al-Manar et le dans un entretien à la chaine américaine CNN, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad tient des propos semblables : l'Iran « condamne les morts et les massacres en Syrie », « Nous avons une solution claire pour la Syrie, c'est que toutes les parties s’assoient ensemble autour d'une table et trouvent un accord », « Toutes ces morts ne peuvent apporter aucune solution, et à long terme elles ne feront que conduire à une impasse »... Appels qui resteront lettre morte, tout comme l'ultimatum au de la Ligue arabe pour que le régime cesse ses violences, alors que des militaires syriens dissidents commencent à s'organiser pour répliquer., des sanctions contre la Syrie seront alors décidées par la Ligue arabe, poussée par l'Arabie saoudite. Ces appels de l'Iran précèdent la proposition déposée à l'ONU, par la Russie, d'une résolution condamnant les violences de toutes les parties en Syrie, ce qui est interprété comme un soutien hésitant au régime syrien ; tandis que le nombre de victimes de la répression se compte en milliers....
À une date indéterminée, d'après les Frères musulmans, l'Iran aurait pris contact avec eux pour leur proposer de diriger le gouvernement syrien en laissant la présidence à Bachar el-Assad.
Durant toute l'année 2011, l'opposition accuse le pouvoir de collaborer avec des soldats iraniens pour la répression..
En 2012 Début janvier, un ancien haut responsable des finances syriennes, Mahmoud Souleimane Haj Hamad, qui était l'inspecteur financier auprès du chef du gouvernement et avait aussi en charge le ministère de la défense, fait défection à l’État syrien et affirme que l'Iran et l'Irak fournissent une aide financière à la Syrie pour sa répression..
En janvier, le général iranien Qassem Souleimani, haut responsable pasdaran chargé de la force Al-Qods, effectue une visite supplémentaire à Damas.
Le , les États-Unis accusent l'Iran de soutenir des groupes terroristes tels que Al-Qaida, Al-Qaida en Irak, le Hezbollah (libanais) et le Hamas (palestinien) et le ministère des renseignements et de la sécurité iranien (Vevak) d'exporter « ses pratiques barbares pour soutenir la répression odieuse du régime syrien contre sa propre population »..
Le , et alors que depuis plusieurs mois l'armée arabe syrienne use de ses armes contre les manifestants, par un vote de 137 de ses 193 pays membres, l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution (non contraignante, comme toute résolution de l'Assemblée générale) exigeant « la fin immédiate des violences contre les civils », exprimant son plein soutien au plan de paix de la Ligue arabe - qui prévoit le transfert des pouvoirs du président syrien Bachar Al-Assad à son vice-président - et à la nomination d'un envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie. L'Iran, la Russie et une dizaine d'autres pays, ont voté contre...