Le détroit d'Ormuz (en / Maḍīq Hurmuz ; en / Tange-ye Hormoz) est un détroit du golfe Persique. Il permet la communication avec le golfe d'Oman et doit son nom à l'île iranienne d’OrmuzDictionnaire des noms de lieux, Louis Deroy et Marianne Mulon, Le Robert, 1994, ., située au sud-est de Bandar Abbas. Les pays frontaliers sont, au nord, l'Iran et, au sud, les Émirats arabes unis (depuis Al Jazīrah al Hamrā'), suivis du sultanat d'Oman (extrémité de la pointe sur la photo).
Description Limites Dans la quatrième édition (2002) de son document S-23 « Limites des océans et des mers », l'Organisation hydrographique internationale proposait de définir les limites du détroit d'Ormuz de la façon suivante.La quatrième édition n'ayant pas été approuvée à la majorité, les limites sont uniquement données à titre de renseignement. :
À l'ouest : une ligne en direction du sud joignant le ra's-e Dastakān, sur l'île de Qechm (Iran) (), au phare d'Al Jazīrah al Hamrā', aux Émirats arabes unis ().
Au sud-est : une ligne allant du ra’s Līmā’ () sur la côte omanaise de la péninsule de Moussandam, au Damāgheh-ye Kūh () sur la côte iranienne.
Le détroit est long de avec un minimum de largeur de .
Une importante voie commerciale La voie d'accès au golfe Persique a une importance stratégique décisive : il constitue, en effet, une voie commerciale essentielle du transport maritime international, empruntée par plus de 30 % du commerce mondial de pétroleAndré Vigarié, La mer et la géostratégie des nations, (Les chercheurs de l'ISC/Éditions Economica, collection Bibliothèque stratégique) , 225. Outre Oman, les Émirats arabes unis et l'Iran, le détroit commande l'accès à d'autres pays producteurs d'hydrocarbures aussi importants que l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar. Selon le département américain de l'Énergie, environ y transitent chaque année, pour un volume d'environ dix-sept millions de barils de pétrole par jour.. Les navires doivent suivre un dispositif de séparation du trafic (rail montant/descendant ou rail entrant/sortant).
Histoire Guerre Iran-Irak
Le détroit d'Ormuz a été le théâtre de nombreux affrontements pendant la guerre Iran-Irak. Les intérêts américains de cette principale « route du pétrole » sont sécurisés par la cinquième flotte américaine basée au Bahreïn..
Le , dans le cadre d'une opération de déminage, la frégate américaine est gravement endommagée par une mine marine iranienne. Les États-Unis, qui entretiennent à l'époque de très mauvaises relations avec l'Iran et soutiennent l'Irak, lancent une opération de représailles sous le nom de code Praying Mantis (mante religieuse). Plusieurs unités navales appuyées par l'aviation embarquée du porte-avions , attaquent et détruisent les plates-formes pétrolières iraniennes Sassan et Sirri, qui, d'après le gouvernement américain, étaient utilisées comme bases par les vedettes rapides iraniennes. Une bataille navale s'ensuit, au cours de laquelle les Iraniens perdent un patrouilleur, une vedette, ainsi que la frégate Sahand. Quatre-vingt-sept militaires iraniens sont tués et plus de trois cents blessés. Cet affrontement est la plus grande bataille navale livrée par les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.
L'Iran a saisi la Cour internationale de justice d'une requête contre les États-Unis pour la destruction de ses deux plates-formes pétrolières. Dans son arrêt du , la Cour a estimé que considérant les circonstances, cette destruction ne pouvait pas se justifier au nom de la légitime défense car elle ne répondait pas aux critères de nécessité et de proportionnalité de la légitime défense en droit international. Elle a cependant repoussé la demande iranienne d'indemnisationCour internationale de justice, Recueil 2003, , §§ 98-99..
Un Airbus A300 de la compagnie aérienne Iran Air est abattu le au-dessus du détroit d'Ormuz par un tir de missiles provenant du croiseur américain . La catastrophe, qui fait civiles, dont , serait due à une méprise des militaires américains qui ont cru avoir affaire à un avion militaire iranien.
2008 thumb|.
Le , le gouvernement américain annonce que trois navires de guerre américains, patrouillant dans le détroit d'Ormuz, ont été menacés par des vedettes rapides occupées par des Pasdaran (gardiens de la révolution) iraniens agissant de manière coordonnée. Les vedettes sont parties après les sommations d'usage. Il dénonce des manœuvres « provocatrices » commandées par le gouvernement iranien.
Le , le commandant du corps des gardiens de la révolution islamique, Mohammad Ali Jafari, déclare que si l'Iran était attaqué par Israël ou les États-Unis, il fermerait le détroit d'Ormuz. Le vice-amiral commandant la cinquième flotte américaine, alors présente dans la région, réagit en indiquant qu'une telle mesure serait considérée comme un acte de guerre « U.S. Navy Commander Warns Iran: Don't Try Closing Gulf Oil Passageway », Fox News, 2 juillet 2008..
2011
Le , dans un contexte de renforcement des sanctions prises par de nombreux pays contre l'Iran en raison de son programme nucléaire controversé, le premier vice-président iranien Mohammad Reza Rahimi a annoncé que son pays fermerait le détroit d'Ormuz en cas de sanctions visant les exportations iraniennes de pétrole « Iran Threatens to Block Oil Shipments, as U.S. Prepares Sanctions », The New York Times, 27 décembre 2011..
2026
vignette|redresse=1.5|Graphique montrant le nombre de navires passant dans le détroit par jour. vignette|380 px|Carte géographique du golfe Persique, du détroit d'Ormuz et du golfe d'Oman. Le , à la suite de l'offensive israélo-américaine sur l'Iran, le Corps des gardiens de la révolution islamique ordonne la fermeture du détroit et annonce que tout navire y entrant serait incendié. Plus de 150 navires sont alors immobilisés... Dans les jours suivants, les prix du pétrole et du gaz grimpent en flèche en raison des craintes de pénuries prolongées ; le prix du baril de Brent dépasse les 100 $US le pour la première fois en quatre ans..
Le , Donald Trump annonce que l'US Navy escortera « dès que possible » les pétroliers transitant par le détroit d'Ormuz afin d'assurer la libre circulation de l'énergie mondiale..
Le , le président français Emmanuel Macron annonce le lancement d'une mission internationale à caractère « défensif » visant à rouvrir progressivement le détroit d'Ormuz.. Cette opération prévoit le déploiement de huit frégates et de deux porte-hélicoptères amphibies français en soutien au groupe aéronaval, dans une zone couvrant la mer Rouge et le golfe Persique.
Le , Reuters rapporte qu'« au moins seize navires » ont été attaqués dans la région depuis le début des hostilités.. Le même jour, en réponse au blocage du détroit, les 32 États membres de l'Agence internationale de l'énergie conviennent à l'unanimité de libérer de barils de pétrole de leurs réserves d'urgence, soit environ quatre jours de consommation mondiale.. vignette|280 px| à Key West en 2011. Le , des sources rapportent que l'Iran aurait déployé une douzaine de mines dans le détroit, compliquant davantage une éventuelle réouverture..
Le , Donald Trump annonce répondre au blocage du détroit d'Ormuz par le blocus de l'Iran à partir de 18 heures ce jour-là, heure d'Iran. La marine américaine précise que le blocus concerne . Les Iraniens continuent pour leur part de menacer le trafic maritime qui ne coordonne par son passage avec eux..
Le , dans le golfe d'Oman, le destroyer lance-missiles de classe Arleigh Burke , équipé du système Aegis, de l'US Navy intercepte et prend le contrôle du Touska, un porte-conteneurs battant pavillon iranien, après sa tentative de forcer le blocus des ports iraniens décrété par les États-Unis...
Le , le chef de l’Organisation maritime internationale (OMI), affirme que Moyen-Orient : l’ONU exhorte les belligérants à rouvrir le détroit d’Ormuz, ONU Info, 27 avril 2026.
Trafic maritime Depuis l'accord conclu le , Oman et l'Iran assurent, en commun, la surveillance du libre transit. En réalité, l'ensemble du passage se fait dans la partie omanaise du détroit, là où se trouve la zone la plus profonde du détroit et le dispositif de séparation du trafic. Les navires qui traversent le détroit suivent des couloirs de circulation larges de trois km (l'un dans le sens est-ouest, et l'autre dans le sens ouest-est), séparés par un espace interdit à la navigation de trois km. Ces dispositions ont été prises en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, art. 41-42Art. 41-42, Organisation des Nations unies . ; par ailleurs, Oman dispose d'une station radar située à la pointe de la péninsule de Moussandam pour contrôler le trafic maritime.
Couloir maritime stratégique
vignette|Carte du golfe Persique. Ce détroit est un lieu stratégique car il est au cœur d'une zone riche en ressources. Il constitue la partie la plus orientale du golfe Persique, un espace extrêmement pourvu en hydrocarbures. Les pays du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Irak, Iran, Koweït, Oman, Qatar) possèdent près de la moitié des réserves prouvées de pétroleExamen statistique BP de l' énergie mondiale 2019. et réalisent le tiers de la production mondiale pétrolière. Ainsi, le détroit d'Ormuz voit passer 24 % des exportations pétrolières mondialesDétroits, passages et chokepoints. Une géostratégie maritime de la distribution de pétrole.. Actuellement, la consommation d'énergie étant en augmentation, la majeure partie de la hausse de la production pétrolière est réalisée par les pays du golfe PersiquePerspectives énergétiques mondiales 2018, Agence internationale de l'énergie.Perspectives énergétiques internationales 2019, Agence internationale de l'énergie..
Le caractère stratégique du détroit est renforcé par la particularité de sa géographie. Long de , le détroit d'Ormuz est à son point le plus réduit un espace très étroit. À cet endroit, il ne mesure que . Du fait de la faible profondeur de ses eaux, il n'y a que deux voies de circulation de de large chacune. Elles sont séparées par une zone tampon de la même largeur qui permet aux navires de ne pas se rencontrer lors du transit. Elles frôlent les eaux territoriales iraniennes et omanaises, ce qui offre aux deux puissances une capacité de contrôle sur la circulation. De plus, les navires sont contraints de circuler entre plusieurs îles (île d'Ormuz, Hengam, Qechm, et Larak) y compris après la sortie occidentale du détroit, au-delà de laquelle les navires croisent à proximité des Petite et Grande Tunb, deux petites îles iraniennes. vignette|Îles du détroit d'Ormuz. Du fait de sa situation géographique, le détroit est nécessaire pour les échangesDétroit d'Ormuz, un passage stratégique.. Ormuz est l'unique voie de sortie suffisante pour les pétroles saoudien, iranien et émirati (soit un quart de la production mondiale de pétrole brut)Le détroit d'Ormuz, le verrou géopolitique de toutes les peurs.. Les options pour exporter le pétrole sans passer par ce détroit sont limitées. Les pipelines saoudiensAprès l’attaque au drone, l'Arabie saoudite s'efforce de faire redémarrer ses installations pétrolières, Le Monde, 15 septembre 2019. et émiratis qui permettent d'exporter au-delà du golfe en évitant Ormuz ont une capacité d'exportation de pétrole plus limitéeLe détroit d'Ormuz est le point de passage du pétrole le plus important au monde, Agence internationale de l'énergie.. Les deux pays ne peuvent donc pas se passer de leurs exportations par le détroit. Ce dernier bordant les eaux iraniennes, l'Iran a un accès privilégié sur cet espaceOrmuz, un détroit stratégique sous haute tension, Le Figaro, 25 juillet 2018.. Le détroit d'Ormuz est ainsi un « couloir maritime stratégique » au cœur de très importantes ressources pétrolières. Il s'insère dans les échanges de l'océan Indien et plus au loin encore, le bassin Indo-Pacifique, notamment grâce à ces flux pétroliersMarchés et flux pétroliers mondiaux..
Environnement