Pierre Richard, de son vrai nom Pierre-Richard Defays, né le à Valenciennes (Nord), est un acteur, réalisateur, scénariste et producteur français.
Devenu une vedette comique du cinéma français au début des années 1970, il connaît ses plus grands succès en interprétant des personnages burlesques, rêveurs et gaffeurs, dès ses premières apparitions sur grand écran, après plusieurs années au cabaret et à la télévision. Soutenu par Yves Robert, il se révèle en écrivant et réalisant ses propres films dont Le Distrait (1970), Les Malheurs d'Alfred (1972) ou encore Je sais rien, mais je dirai tout (1973). Derrière la fantaisie, son cinéma transcrit l'esprit contestataire de l'après-mai 68 en tournant en dérision les fondements de la société moderne.
Yves Robert lui confère une notoriété internationale à travers Le Grand Blond avec une chaussure noire (1973). Il tourne ensuite pour d'autres grands noms de la comédie, comme Gérard Oury, Georges Lautner et Claude Zidi. Déjà scénariste de précédents films avec Pierre Richard, Francis Veber fait ses premiers pas de réalisateur en le dirigeant dans Le Jouet (1976) puis l'associe à Gérard Depardieu dans La Chèvre (1981), Les Compères (1983) et Les Fugitifs (1986). Le comédien porte ainsi à plusieurs reprises les noms de « François Pignon » ou « François Perrin » dans les films dont Francis Veber est scénariste ou réalisateur.
Pierre Richard jouit d'une grande popularité dans toute l'Europe, ainsi que dans l'ancienne Union soviétique et en Amérique du Sud, à l'instar de Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ou Alain Delon. Reconnu en tant que figure majeure du cinéma comique français, il reçoit un César d'honneur en 2006 et un Magritte d'honneur en 2015. Au théâtre, le Molière du seul en scène lui est décerné lors des Molières 2020.
Biographie Jeunesse et formations Une enfance bourgeoise vignette|Le château de Rougeville, propriété de la famille Defays, à Saint-Saulve, près de Valenciennes.
Pierre-Richard Maurice Charles Léopold Defays. naît dans une famille de la grande bourgeoisie de Valenciennes ; il est le fils de Maurice Defays, industriel qui a dilapidé la fortune familiale« Pierre Richard, l'incompris », émission de télévision Un jour, un destin sur France 2, 6 septembre 2015., et de Madeleine Paolassini.. Il est également le petit-fils de Léopold DefaysUne rue de Valenciennes porte son nom., polytechnicien., directeur de l'usine sidérurgique Escaut-et-Meuse. Son prénom composé lui vient de Pierre Richard-Willm, qui était l'acteur préféré de sa mère.
Son père étant parti avant sa naissance, il grandit auprès de sa mère et de ses deux grands-pères. Il souffre toute sa vie du « mal de père », comme il le confie dans Le Petit Blond dans un grand parc, un récit autobiographique écrit en 1989 à l'intention de ses deux fils.. Il a sept ans lorsque pour la première fois, par hasard, il rencontre son père à Paris, sur l'hippodrome de Longchamp, et il lui arrive par la suite de le revoir dans le château familialPierre Richard, avec Jérémie Imbert, Je sais rien mais je dirai tout, Flammarion, 2015, : , mais son père ne s'intéresse pas à luiPierre Richard, avec Jérémie Imbert, Je sais rien mais je dirai tout, Flammarion, 2015, , alors qu'il a annoncé qu'il voulait devenir comédien : . Il se console à travers une autre image paternelle, son grand-père maternel, Argimiro Paolassini. Immigré italien, provenant d'un petit village proche d'Ancône, Argimiro s'installe à Valenciennes vers l'âge de vingt ans. Porteur de rails, il finit par monter son entreprise. Pierre Richard a une immense admiration pour ce grand-père immigré, car comme lui il était plus proche de Geronimo que de Henry Ford et avait su préserver ses racines paysannes. Il lui faisait penser à Raimu : c'est peut-être pour cela, selon lui, qu'il est devenu son acteur préféré. Argimiro est mort en 1946, la même année que Raimu. Il confie encore : . Par contre, le grand-père paternel Léopold Defays, bien plus austère, lui a tracé un destin plus sérieux en l'envoyant en pension dans l'objectif d'intégrer Sciences Po ou Saint-Cyr.
vignette|redresse|gauche|L'acteur américain Danny Kaye donne l'envie d'être acteur au jeune Pierre.
Il passe son enfance et une partie de son adolescence dans le château familial de la Rougeville à Saint-Saulve, près de Valenciennes où il est élève au lycée Henri-Wallon, puis pensionnaire de l’institution Notre-Dame.. Le rire est pour lui un moyen de se faire une place : . En 1944, il est élève de au lycée Rollin à ParisPierre Richard, Le Petit Blond dans un grand parc, éditions Olivier Orban, 1989.. Il entame après le baccalauréat des études de philosophie. Manquant régulièrement les cours pour aller au cinéma, il a lorsque Danny Kaye, qui lui ressemble physiquement, lui révèle sa vocation dans Un fou s'en va-t-en guerre..
Études, débuts d'acteur et révélation comique En 1953, Pierre Richard rejoint sa mère à Paris, où il prend des cours d'art dramatique à l'école Charles Dullin. Il tient à ne pas demander de soutien financier à sa famille mais sa grand-mère, insistante, le laisse disposer en secret d'un appartement dans le arrondissement et lui envoie des colis de vivres. À l'appel du service militaire à vingt ans, en 1954, il parvient à se faire réformer en jouant le fou, à l'aide de médicaments. En 1958, une particularité physique, son hyperlaxité, le fait remarquer dans la série comique La Belle Équipe. Le générique le crédite « Pierre Richard Defays ». Après les remontrances de sa famille, il prend le pseudonyme de « Pierre Richard ». Son père réapparaît pour lui déclarer ne lui trouver aucun talent, un retour qui le blesse profondément.
vignette|redresse|Au cours des années 1960, Pierre Richard compose un duo avec Victor Lanoux sur scène. Pour satisfaire l'entourage familial et calmer les angoisses de sa grand-mère, il doit apprendre un « vrai métier » et mène à bien des études de kinésithérapie, sans pour autant renoncer au monde du spectacle. Il doit en effet subvenir aux besoins de sa nouvelle petite famille, à partir de son mariage et de la naissance de son premier enfant en 1960. En 1961, parallèlement à ses études de kinésithérapie, il débute au théâtre avec Antoine Bourseiller tout en se produisant dans des cabarets parisiens où il joue ses premiers sketches écrits avec Victor Lanoux. De cette collaboration il déclare en 2016 : Pierre Richard : "J'aurais aimé être Che Guevara", Le Nouvel Obs, 7 avril 2016. Pendant cinq ans, les deux amis écrivent des sketches qu'ils interprètent dans la plupart des cabarets de la rive gauche, et souvent en première partie des concerts de Georges Brassens... Contrastant avec le burlesque alors à la mode chez les autres amuseurs parisiens, leur numéro, selon Pierre Richard, .. Leurs rapports se dégradent jusqu'au point où ils ne se parlent plus en dehors de leurs passages sur scène. Le duo s'arrête lorsque Lanoux est appelé au Théâtre national populaire, un engagement incompatible avec la tournée des cabarets. La fin de leur duo, et l'incertitude qu'elle apporte à sa carrière, perturbe un temps Pierre Richard, dont la famille vient de s'agrandir d'un deuxième enfant. Au cours de la décennie, il apparaît également dans des émissions de variétés réalisées par Jean-Christophe Averty, Pierre Koralnik et Jacques Rozier, Institut national de l'audiovisuel, 2023..
Un succès immédiat au cinéma Percée au cinéma vignette|redresse|gauche|Pierre Richard considère Yves Robert, artisan de son succès, comme son « père de cinéma ».
Après avoir interprété ensemble la pièce En pleine mer en 1966, le comédien et réalisateur Yves Robert, appréciant son jeu différent, écrit pour Pierre Richard un petit rôle dans Alexandre le Bienheureux (1968). C'est son premier véritable rôle au cinéma, après de rares figurations. Il profite de ce rôle secondaire pour déployer tout son comique physique le temps d'un numéro burlesque à peine esquissé au scénario. Yves Robert est impressionné par cette démonstration et lui suggère : Pierre Richard : « On voulait s’amuser ! », Le Journal de Saône-et-Loire, 11 octobre 2011..
S'il est d'abord déçu de se voir considérer en tant que personnage et non acteur, Pierre Richard reconnaît l'énorme influence des propos du réalisateur sur sa carrière, ainsi que son aide ultérieure. Le comédien trouve dans Les Caractères de La Bruyère le personnage qui lui correspond : il est depuis l'enfance maladivement distrait et maladroit, comme Ménalque.. Cela débouche sur l'écriture du scénario, en collaboration avec André Ruellan, de son premier film, Le Distrait (1970). Déterminé à révéler son talent, Yves Robert produit le film avec sa maison de production La Guéville et pousse Pierre Richard à mettre en scène lui-même son scénario. Robert lui adjoint les conseillers techniques Marco Pico et Pierre Cosson et le guide dans toutes les étapes du film. Ce premier film réunit un million et demi d'entrées. Pierre Richard devient une valeur montante dès son premier rôle principal (excepté l'oublié La Coqueluche en 1969) et sa deuxième apparition importante au cinéma. Il confirme ce succès avec deux autres réalisations, Les Malheurs d'Alfred (1972) puis Je sais rien, mais je dirai tout (1973).
Sur une idée du scénariste Francis Veber, Yves Robert lui confie le rôle principal de sa comédie d'espionnage, Le Grand Blond avec une chaussure noire (1972), dans lequel il est la victime innocente des manigances de Jean Rochefort et Bernard Blier... Sous l'œil d'un autre réalisateur, l'acteur est employé différemment : . Peu avant la sortie en salles, les séances destinées à la presse, désastreuses, le font douter de la qualité du film, à tel point qu'il pense sa célébrité déjà terminée. Il estimait dès Le Distrait qu'il ne bénéficierait que d'un court moment de coup de projecteur. Finalement, Le Grand Blond avec une chaussure noire est une réussite commerciale avec d'entrées. Il acquiert le surnom durable du « Grand blond ». Le film remporte un Ours d'argent spécial à la Berlinale.. L'exploitation à l'étranger le fait connaître à l'international. Son expérience la plus gratifiante est la rencontre, à la sortie d'une projection du film à New York, avec la fille de Danny Kaye : elle lui déclare voir son père dans sa prestation. Le succès américain du film annonce de possibles incursions à Hollywood mais les projets envisagés avec ferveur par Jerry Lewis ou Gene Wilder ne voient jamais le jour.
Cette consécration l'assoit désormais comme l'une des plus grandes vedettes du cinéma français de l'époque. En cette première moitié des années 1970, il peut être considéré comme l'acteur comique le plus présent et populaire, alors que Louis de Funès tourne plus rarement ces années-là. Ce succès lui permet de renouer pleinement avec sa famille, à l'exception de son père, dépensier et ruiné, dont il perçoit qu’il ne s'intéresse à lui que pour son argent. Preuve de sa notoriété nouvelle, il fait une brève apparition avec Lino Ventura dans La Raison du plus fou (1973), au sein de la riche distribution réunie par Raymond Devos et François Reichenbach.
Triomphe populaire vignette|gauche|Pierre Richard en 1975, lors d'un concert de Léo Ferré au Palais des congrès de Paris.
Le Grand Blond avec une chaussure noire démontre à la profession que le personnage de Pierre Richard peut être utilisé avec brio par un autre réalisateur que lui-même. Dès lors, d'autres réalisateurs s'intéressent à lui pour bâtir des comédies sur son nom et son personnage, d'autant plus que son aura commerciale s'est décuplée. L'acteur se plaît dans ces engagements moins lourds que la conception d'un film du début à la fin ; il peut ainsi mieux se concentrer sur son rôle. Néanmoins, la verve contestataire de ses premiers films s'étiole chez ces autres auteurs.