Le château de Saint-Cloud est un ancien château royal situé à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) dans un site surplombant la Seine. Il est bombardé et incendié pendant la guerre franco-allemande de 1870, et il ne subsiste aujourd'hui que le parc de 460 hectares, dénommé officiellement « domaine national de Saint-Cloud ».

Histoire Vers 1577-1655 : Saint-Cloud, château des Gondi

Les Gondi sont une famille de financiers florentins arrivés en France en 1543 à la suite de Catherine de Médicis.

thumb|left|Vue du château de Saint-Cloud (gravure sur bois, avant 1656). thumb|left|Israël Silvestre : Vue des jardins, et parterre, de la maison de Gondy à Saint-Cloud (gravure sur bois, avant 1655).

Dans les années 1570 – sans doute en 1577 – celle-ci offre à Jérôme de Gondi une maison à Saint-Cloud dénommée « hôtel d'Aulnay ». Autour de cette maison, Jérôme de Gondi fait bâtir un château de plan en « L » bordant une terrasse. La principale façade regarde le sud, et l'aile s'achève par un pavillon d'où l'on embrasse une vue sur la Seine.

C'est dans ce château qu'Henri III s'installe pour conduire le siège de Paris, tenu par les Ligueurs. C'est là que, le , il est assassiné par le moine Jacques Clément et qu'Henri IV y est reconnu roi.

Après la mort de Jérôme de Gondi en 1604, le château est vendu en 1618 par son fils à Jean de Bueil, comte de Sancerre. Mais ce dernier meurt peu après, en 1625, et Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, rachète le domaine et y fait faire des embellissements, notamment par Thomas Francine, qui travaille dans les jardins.

À la mort de Jean-François de Gondi en 1654, Philippe-Emmanuel de Gondi en devient propriétaire, puis son neveu Henri de Gondi, duc de Retz.

1655-1658 : Barthélémy Hervart thumb|gauche|Israël Silvestre, Saint-Cloud. Henri de Gondi vend la propriété en 1655 à Barthélemy Hervart, financier d'origine allemande, intendant puis surintendant des Finances. Celui-ci agrandit le parc jusqu'à 12 hectares, et fait faire à Saint-Cloud des travaux considérables dont on ignore à peu près tout. On sait seulement qu'il fait construire dans le parc une grande cascade, souvent confondue avec celle qui a été conservée, plus tardive.

Le château de Monsieur (1658-1701)

L'acquisition de 1658 thumb|gauche|Le Chasteau de St Clou du costés que l'on arrive..., reproduction d'une gravure de Jean Mariette, vers 1690. On sait que c'est en 1658 que le domaine fut acheté par le roi Louis XIV (en fait par Mazarin) pour que Monsieur, duc d'Anjou et futur duc d'Orléans, frère du roi, dispose d'une belle résidence « de campagne », mais aucun document ne permet de reconstituer les conditions et les étapes de la vente de la propriété d'Hervart à la Maison de France. L'information souvent reproduite selon laquelle c'est le que Monsieur achète le domaine de Saint-Cloud pour , quelques semaines après que Hervart y aurait organisé une fête somptueuse en l'honneur de Louis XIV, de Monsieur, de leur mère Anne d'Autriche et du cardinal Mazarin, est contredite par les gazettes du temps. On lit en effet dans La Gazette du : thumb|Le parc de Saint-Cloud.

Puis dans celle du :

thumb|Le château de Saint-Cloud, façade sud (carte stéréo. par Pierre Eléonor Lamy). La transaction avait donc dû avoir lieu avant et que tout avait déjà été probablement décidé lors du dîner offert par d'Hervart le 6. Les raisons exactes de cette acquisition restent inconnues. Mazarin entreprenait-il une politique de constitution d'un réseau de châteaux royaux dans l'Ouest parisien ? Ou bien s'agissait-il de pourvoir le « petit Monsieur », qui venait d'avoir dix-huit ans, d'un train de vie digne du frère de celui qu'on commençait déjà à appeler (sans attendre la disparition de celui qui était encore le « Monsieur » en titre, Gaston d'Orléans, frère du défunt roi Louis XIII) ? On constate en effet que c'est en ce même mois d' que Philippe se voit gratifier d'un autre attribut princier, une troupe de théâtre, en l'occurrence celle de Molière.

Travaux d'embellissements sans discontinuité

thumb|Domaine national de Saint-Cloud. Depuis l'acquisition du domaine jusqu'à sa mort en 1701, Monsieur entreprend des travaux d'agrandissement du château.. Ceux-ci sont dirigés par son architecte, Antoine Le Pautre, jusqu'à la mort de ce dernier en 1679, puis par son successeur, Jean Girard, et peut-être Thomas Gobert. Jules Hardouin-Mansart intervient à la fin du siècle. Le décor intérieur est confié aux peintres Jean Nocret et Pierre Mignard. Le jardin est redessiné par André Le Nôtre et le parc est considérablement agrandi entre 1659 et 1695, passant de 12 à 590 hectares, soit quasiment la superficie de l'emprise actuelle. Le montant des achats ainsi réalisés atteint .

Évènements, spectacles et fêtes

C'est au château de Saint-Cloud que meurt en 1670 la première femme de Monsieur, Henriette d'Angleterre, dont Bossuet a prononcé la très célèbre oraison funèbre ().

Des milliers de collations eurent lieu dans le château et les jardins au temps de Monsieur. En outre, de grandes fêtes marquèrent plus particulièrement le domaine. Le , fête pour le roi ; le , fête pour le nouveau mariage de Monsieur, qui épouse en secondes noces Élisabeth-Charlotte de Bavière.

Le , grande fête offerte par Monsieur au roi, pour la naissance à Saint-Cloud du duc de Valois, et le , fêtes pour le baptême du duc de Chartres, né à Saint-Cloud le , et la naissance de Mademoiselle de Chartres, sa sœur, née à Saint-Cloud le .

En 1678, grande fête offerte au roi par Monsieur à l'occasion de l'inauguration de la galerie d'Apollon. Elle dura du 10 au (bien que la date de 1677 soit citée faussement dans certaines référenceshttps://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k64725436/texteBrut).

En 1679, fêtes pour célébrer la paix de Nimègue.

En 1680, c'est pour le Dauphin qui vient à Saint-Cloud pour la première fois en tant qu'invité d'honneur.

En 1681, le roi et la reine y passent huit jours.

thumb|Restitution d'une illumination type du parterre de Vénus du Trianon du château de Saint-Cloud vers 1685-1700.

En 1682, fêtes pour l'ambassadeur de Maroc. C'est lui qui s'arrêta pour contempler le pont avec ses quatorze arches. On lui raconte que l'architecte, ne pouvant le finir, promit au diable de lui donner l'âme de celui qui le franchirait le premier. Le pont achevé, l'architecte fit passer un chat que le diable emporta, furieux d'avoir été trompé. L'ambassadeur répondit en souriant : « On ne doit pas espérer de gagner quelque chose avec les Français, non plus que de surprendre ceux qui savent tromper le diable. »

En 1683, Louis XIV s'y retire pour pleurer la mort de Marie-Thérèse.

En 1686, fête pour célébrer le succès de l'opération faite sur la personne du roi par Félix, chirurgien. Un poète contemporain dit : « Que Félix, trop heureux, Fit en perfection La fatale opération !», et il ajoute que les diamants et les rubis font si grand effet au bal, que leurs éclats « Fixent cent fois de plus grands lustres Que toute la clarté des lustres ! ».

Plus tard, les ambassadeurs de la Grande-Bretagne, de Portugal, d'Alger, de Siam, sont tour à tour reçus à Saint-Cloud. L'ambassadeur de Venise y vient en 1689 et voit tirer une loterie fameuse par la richesse des lots.

En 1688, baptême de Mademoiselle de Chartres.

En 1695, une manufacture de poterie blanche, compacte, translucide, porcelaine blanche, était fondée ; habilement dirigée par un sieur Morin, son propriétaire, elle devint dans la suite la manufacture de Sèvres.

Le , Monsieur, de retour de Marly, expire à Saint-Cloud, frappé d'apoplexie, le lendemain d'une dispute avec le roi au sujet du mariage de leurs enfants d'après Saint-Simon.

Saint-Simon décrit l'ambiance de fête à Saint-Cloud au temps de Monsieur : Le gros de la cour perdit en Monsieur : c’était lui qui y jetoit les amusements, l’âme, les plaisirs, et quand il la quittoit tout y sembloit sans vie et sans action. […] A Saint-Cloud où toute sa nombreuse maison se rassembloit, il avoit beaucoup de dames qui à la vérité n’auroient guère été reçues ailleurs, mais beaucoup de celles-là du haut parage, et force joueurs. Les plaisirs de toutes sortes de jeux, de la beauté singulière du lieu que mille calèches rendoient aisé aux plus paresseuses pour les promenades ; des musiques, de la bonne chère, en faisoient une maison de délices, avec beaucoup de grandeur et de magnificence […]. (XXI)

Saint-Cloud au

1701-1723 : Le Régent thumb|Plan du château de Saint-Cloud au temps du Régent.

Après la mort de Monsieur, frère de Louis XIV, Saint Cloud passe à son fils Philippe d'Orléans, qui exerce la fonction de régent du jeune Louis XV, après la mort de Louis XIV en 1715. En 1717, le régent reçoit à Saint Cloud le tsar Pierre de Russie, lors de sa visite en France.

Saint-Cloud devient le repaire de Saint-Simon et de John Law, les conseillers proches du Régent. Saint-Simon décrit à foison des scènes de discussions avec le Régent et son entourage au château.

Le Régent installe un cabinet de chimie. dans les jardins bas, près de l'ancienne maison du Tillet qu'il fait démolir auparavant. Il envisage la construction d'un pavillon luxueux, sur les plans d'Oppenord, pour cette partie des jardins bas et fait modifier le parterre en conséquence. Son goût de la connaissance en est à l'origine, lui qui aime aussi peindre et composer de la musique (on connaît son opéra Penthée). Mais ce cabinet de chimie de Saint-Cloud sera à l'origine des plus folles rumeurs, le peuple liant ce genre d'activité avec des activités proches de la sorcellerie.

1723-1752 : Louis d'Orléans

À sa mort, en 1723, le domaine passe à son fils, Louis d'Orléans, dont le mariage avec Auguste de Bade-Bade, en 1724, donne lieu à une grande fête à Saint Cloud. Les deux époux y résident principalement, mais la princesse meurt prématurément en 1726. Louis d'Orléans ne se remarie pas et se réfugie dans la religion. En 1735, il donne à Saint-Cloud une fête en l'honneur de la reine Marie Leszczynska, puis en 1743, une autre à l'occasion du mariage de son fils, Louis-Philippe d'Orléans, avec la princesse Louise-Henriette de Bourbon Conti.

1752-1784 : Louis-Philippe d'Orléans et son fils Philippe-Égalité

Quelques mois après la mort de son père, en 1752, Louis-Philippe d'Orléans donne à Saint-Cloud une fête ouverte au public, en l'honneur de la guérison du dauphin.

Après la mort de son épouse, en 1759, il se lie avec la marquise de Montesson, qu'il finit par épouser morganatiquement en 1773. Il laisse Saint-Cloud à son fils, le futur Philippe-Égalité, qui y séjourne régulièrement avec ses enfants.

1784-1792 : Louis XVI et Marie-Antoinette thumb|gauche|Antoine-Pierre Mongin, le château de Saint-Cloud et ses jardins, fin du ). thumb|Saint-Cloud en 1787. Le , le château de Saint-Cloud est acquis par Louis XVI pour la reine Marie-Antoinette. Louis XVI avait pour visée d'y établir la famille royale et la Cour dans la perspective de travaux d'envergure à venir au château de Versailles à partir de 1790. Dans une visée d'économies, Saint-Cloud est mis au nom de la reine, ce qui permet d'éviter les charges des gouverneurs. Peu avant sa mort, le duc d'Orléans, Louis-Philippe « le Gros », qui ne va plus à Saint-Cloud depuis son mariage morganatique avec Madame de Montesson, est contraint de céder le domaine au roi pour 6 millions de livres.

Marie-Antoinette fait transformer le château en 1787-1788 par son architecte attitré, Richard MiqueMylène Sultan, « Les métamorphoses de deux villes », lexpress.fr, 13 novembre 2008.. La façade du côté du parterre de l'Orangerie est reconstruite et légèrement décalée. C'est aussi de ce temps que date la création de la chapelle néoclassique, parallèle à la galerie d'Apollon..