Eira barbara, le Tayra ou Taira, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des Mustélidés, vivant en Amérique du Nord, en Amérique centrale et en Amérique du Sud. C'est la seule espèce du genre Eira. C'est un animal au régime alimentaire omnivore a l’aspect très semblable à celui des martres et des belettes, d’où son ancien nom de Martre à tête grise, pouvant atteindre une longueur allant jusqu'à 71 cm, queue exclue, mais qui peut s'étendre sur 46 cm de longeur. Les mâles sont plus grands et légèrement plus robustes que les femelles. Ils pèsent jusqu'à 7 kg et ont un pelage court, brun foncé à noir, qui est relativement uniforme sur tout le corps, les membres et la queue. Leurs pattes ont des doigts de longueur inégale et leurs griffes sont courtes, crochues et adaptées pour la course et l’escalade.

Ils vivent dans la majeure partie de l'Amérique du Sud à l'est des Andes, sauf en Uruguay, de l'est du Brésil et de presque toutes les régions du nord de l'Argentine. Ils sont également présents dans toute l'Amérique centrale, au Mexique jusqu'au sud de Veracruz et sur l'île de Trinité. Ils ne sont généralement présent dans les forêts tropicales et subtropicales, bien qu'ils puissent traverser des savannes et les terres cultivées la nuit tombée pour se déplacer entre les zones forestières. Ce sont des grimpeurs habiles, utilisant leur longue queue pour garder l’équilibre en hauteur. Ce sont des animaux diurnes solitaires, bien qu'occasionnellement actifs en fin d'après-midi ou la nuit. Ce sont des omnivores opportunistes, chasseurs de rongeurs et d'autres petits mammifères, ainsi que d'oiseaux, de lézards et d'invertébrés, et grimpent aux arbres pour récolter des fruits et du miel.

Les populations sauvages sont abondantes, mais tendant à diminuer petit à petit dans certaines zones : les facteurs incluent les collisions routières ; les interactions toujours plus pesantes avec les animaux domestiques, ce qui peut générer une compétition pour les ressources et la transmission de zoonoses ; la mort accidentelle pendant le brûlage des champs de canne à sucre ; et les conflits avec les aviculteurs, les apiculteurs et les agriculteurs. L'espèce est inscrite comme Préoccupation mineure sur la Liste rouge de l'UICN, sauf pour sa population inscrite sous le nom de sous-espèce E. b. senex qui est classée comme vulnérable. L'espèce a été incluse par le Honduras dans l'Annexe III de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Au Brésil, elle a été classée comme moins préoccupante sur les listes de São Paulo et du Paraná, mais vulnérable dans le Rio Grande do Sul.

Dénominations

Nom scientifique : Eira barbara (Linnaeus, 1758) selon ; Nom recommandé ou typique en français : TayraAnnexes au Journal officiel des Communautés européennes du 18 décembre 2000. Lire en ligne.Nom vernaculaire français d'après Dictionary of Common (Vernacular) Names sur Nomen.at(Taira ou Taïra) ; Noms vulgaires (vulgarisation scientifique) : Martre à tête griseMeyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad. Murray Wrobel, 2007. Elsevier's dictionary of mammals: in Latin, English, German, French and Italian. Elsevier, 2007. , 9780444518774. 857 pages Rechercher dans le document numérisé, Glouton tayra (archaïque), Grison tayra (archaïque) ; Noms vernaculaires (langage courant) : Martre (Marte) Noms vernaculaires locaux : tolomuco ou perico ligero en Amérique centrale, motete au Honduras, irara au Brésil, tejón melero en Bolivie, san hol ou viejo de monte dans la péninsule du Yucatán, et high-woods dog ou historiquement chien bois à Trinité.

Dénominations et étymologie

Le nom du genre Eira provient du nom indigène attribué à l'animal en Bolivie et au Pérou, tandis que l'épithète spécifique barbara dérive du latin barbarus, signifiant « étrange », « sauvage » ou « étranger ». L'origine du nom commun tayra (ou francisé en taira) reste obscure, mais elle est empruntée aux langues espagnole et portugaise, qui l'ont elles-mêmes tiré du tupi-guarani pour désigner ce mustélidé. Dans la même famille linguistique indigène d'Amérique du Sud, d'autres variantes se rapportant à l'animal évoquent l'expression « voleur de miel », composée de ira ou eira (le miel) et de ra (prendre), tandis que d'autres termes associent ce prédateur au jaguar ou à l'ocelot. En espagnol, l'animal possède une grande variété de noms régionaux, tels que hurón mayor, amingo, cabeza de mate, gato negro, tolomuco ou encore viejo de monte. En maya, il est appelé san hol et en kwazá il porte le nom de hure. En ce qui concerne ses anciennes sous-espèces, l'épithète inserta vient du latin insertus (« inséré » ou « introduit ») ; madeirensis fait référence au Rio Madeira au Brésil ; peruana désigne le Pérou ; poliocephala est composé du grec ancien polios (« gris ») et `kephalē` (« tête »), signifiant « qui a la tête grise » ; senex signifie « vieillard » en latin, en écho au nom espagnol cabeza de viejo faisant allusion à sa tête grisonnante ; et enfin sinuensis fait référence au fleuve Sinú en Colombie.

Taxonomie vignette|Deux Grisons tayra (Galictis barbara) à l’attaque sur un Cerf des pampas dans Animals in action; studies and stories of beasts, birds and reptiles; their habits, their homes and their peculiarities, 1901.|gauche Le Tayra apparaît dès la dixième édition du Systema Naturae du naturaliste suédois Carl von Linné en 1758 sous le protonyme de Mustela barbara. Linné indiquait originellement comme localité type « Habitat in Brasilia » (vit au Brésil), une zone restreinte en 1913 par Einar Lönnberg à la région de Pernambouc dans le Nord-Est du pays.

L’espèce a par le passé été placée dans de nombreux genres, tels que Viverra, Martes ou encore Gulo, avant que le genre Eira ne soit formellement décrit et théorisé en 1842 par le naturaliste britannique Charles Hamilton Smith . C'est aujourd'hui l'unique représentant vivant de ce genre. Pour autant, il aura été classé pendant un certain temps au côté des Grisons, dans le genre Galictis.

L'espèce a également fait l'objet d'études taxonomiques globales ou d'analyses d'organes par Burgin et al. (2020), d'analyses phylogénétiques crâniennes par Law (2019), d'études biogéographiques par Hershkovitz (1972), ou de recherches liées à la parasitologie par Guimarães (1940) et Guimarães & Linardi (1993), ainsi que Ray et al. (1981) et Scott (1937) sur les formes fossiles apparentées (comme Galera macrodon décrit par Cope).

Sous-espèces Bien que des ouvrages de référence historiques comme ou l'Illustrated Checklist of the Mammals of the World divisaient historiquement l'espèce en plusieurs taxons infraspécifiques, les analyses génétiques et morphologiques publiées en 2020 suggèrent plutôt que l'espèce est monotypique. Les variations de taille et de couleur de pelage, tout comme les données issues de l'ADN mitochondrial (ADNmt), ne montrent pas d'isolement géographique net au sein de son aire de répartition continue, remettant en cause la validité des sous-espèces.

+Liste des sous-espèces recensées par : Sous-espèce Nom d'origine Auteur et année Localité type Holotype / Spécimen typeE. b. insertaTayra barbara insertaJ.A. Allen, 1908Uluce, Matagalpa, Nicaragua.Crâne et peau d'un mâle adulte (AMNH 28492), collectés par W.B. Richardson le 5 janvier 1908.E. b. madeirensisTayra barbara madeirensisLönnberg, 1913Humaytá, sur le Rio Madeira, Amazonas, Brésil.Vieux mâle (BMNH 8.5.9.17), collecté par W. Hoffmann le 25 septembre 1906.E. b. peruanaGalictis barbara, var. peruanavon Tschudi, 1844Yurac Yacu, San Martín, Pérou.Description basée sur des travaux antérieurs de Wagner (1841).E. b. poliocephalaViverra poliocephalusTraill, 1821Demerara, Guyana.Spécimen naturalisé rapporté en Angleterre par Ch. Edmonstone.E. b. senexGalictis barbara senexO. Thomas, 1900Hacienda Tortugas, Jalapa (altitude ~600 pieds), Veracruz, Mexique.Mâle (BMNH 89.12.7.4), collecté en novembre 1888 et transféré depuis un musée mexicain.E. b. sinuensisMustela sinuensisvon Humboldt, 1812Fleuve Sinú, Bolívar, Colombie.Inconnu.

Histoire évolutive Deux espèces fossiles appartenant au genre Eira ont été décrites pour la période post-pliocène dans les États du Maryland et de la Virginie sous les noms de Galera macrodon et G. perdicida. Si la seconde pourrait en réalité appartenir au genre Mephitis (les mouffettes), la première a été réattribuée au genre fossile Trigonictis sur la base de fragments supplémentaires issus du Blancan (période s'étendant de 4,7 à 1,4 million d'années) découverts dans plusieurs États américains (notamment le Washington, l'Idaho et la Floride).

Le genre éteint Trigonictis est considéré comme une forme intermédiaire et un ancêtre commun aux genres actuels Galictis (les grisons) et Eira. Des théories biogéographiques s'affrontent sur l'origine du groupe : Philip Hershkovitz (1972) suggère que Eira et d'autres lignées endémiques de mustélidés sud-américains (comme Lyncodon ou Pteronura) ont évolué in situ en Amérique du Sud avant de migrer vers le nord lors du grand échange faunique interaméricain via l'isthme de Panama. À l'inverse, des chercheurs comme Ray (1981) soutiennent une origine purement nord-américaine pour le genre Eira antes de sa dispersion méridionale.

Phylogénie et classification

Le Tayra appartient à la sous-famille des Guloninae. Au sein de ce groupe, il occupe une position basale, formant un clade frère avec le Pékan, le Glouton et les Martes.

Cladogramme des genres de Guloninae d'après Koepfli et al. (2008) :

Description Le Tayra est un mustélidé de grande taille au corps long et svelte, ressemblant à une grande martre ou au pékan, mais évoquant légèrement un glouton plus petit et plus élancé. Ses membres sont allongés et sa queue, particulièrement touffue, mesure environ les deux tiers de la longueur du reste de son corps. Il mesure de de longueur (sans compter la queue qui s'étend sur 36,5 à 46 cm), la longueur de ses oreilles varie de 0,3 à 0,42 cm, celle de ses pattes postérieures de 0,9 à 12,3 cm, et son poids oscille entre . L'espèce ne présente pas de variabilité géographique concernant les dimensions du corps. Un dimorphisme sexuel est présent : les mâles adultes sont environ 30 % plus grands que les femelles, une différence toutefois moins marquée que chez d'autres genres de mustélidés. Les mâles sont également plus musclés et robustes, en particulier autour du cou et des épaules.

Pelage et variations chromatiques La fourrure est courte et dense, pourvue d’un sous-poil doux et brun. Le dos, les pattes, les pattes et la queue sont d'un brun sombre à noir, ce qui contraste fortement avec la tête et le cou qui sont nettement plus clairs, généralement gris foncé, gris-brun ou jaune pâle. Chez certains spécimens mais plus rares, la tête et le cou restent brun foncé, s'harmonisant avec la couleur du reste du corps. La face ventrale est brun foncé ou noire, à l'exception d'une tache pectorale ou gutturale claire, allant du jaune pâle à l'orangé et affectant souvent une forme triangulaire ou de « cœur ». Cette tache est unique en couleur, en forme et en taille pour chaque individu, ce qui permet aux biologistes et spécialistes de l’identifier sur le terrain.

Les jeunes individus naissent entièrement noirs, arborant parfois une tache blanche sur la gorge, une tête blanche ou une ligne médiane sombre s'étendant jusqu'à la queue. Avec l'âge, des pointes blanches apparaissent sur les poils de garde, conférant à l'animal un aspect « givré ». Des individus albinos, blancs, amélaniques ou entièrement jaunâtres (notamment signalés en Guyana) sont documentés, ces morphes d'origine génétique étant nettement moins rares chez le Tayra que chez les autres mustélidés.

Caractéristiques anatomiques et sensorielles