Robert Cambert est un organiste et compositeur français né à Paris vers 1628 et mort à Londres en .
Biographie Un organiste parisien Robert Cambert est né à Paris, fils de Robert Cambert (maître fourbisseur et garnisseur d’épées, mort entre 1629 et 1636) et de Marie MoulinJal 1867, p. 309, d’après le registre de Saint-Eustache. Sur ses parents, on connaît plusieurs actes d’archive facilement accessibles dans la salle des inventaires virtuelle des Archives nationales.. Il est un élève de Jacques Champion de ChambonnièresRéférence nécessaire.. D’abord organiste de la paroisse Saint-Laurent, Robert Cambert est nommé organiste de l’église collégiale Saint-Honoré en 1652Référence nécessaire. Ce poste est mentionné en 1659 sur le livret de sa Pastorale, et en 1665 au titre de ses airs à boire..
Robert est quatre fois parrain entre et Brossard 1965 p. 53. Parmi ses filleuls se trouve Jeanne, fille de l’organiste François de Romancan (). Il épouse le , à Saint-Eustache, Marie Du Moustier, fille de feu Jacques Du Moustier, tailleur d’habits à Pontoise. Sa femme lui donne au moins une fille, Marie-Anne.
Premiers succès Cambert a commencé à collaborer avec le poète Pierre Perrin autour de 1657, mettant en musique une sarabande pour le retour du cardinal Barberini en FranceLe texte figure dans Pierre Perrin, Les Œuvres de poésie, 1661, p. 217-218.. Il met également en musique des « airs en dialogue » écrits à cette époque par Perrin « pour exprimer les passions, et les mouvements de l’âme les plus pathétiques », chantés devant le cardinal Della Rovere, alors ambassadeur du duché de Savoie en FranceMénestrier 1685 p. 209.. Suit La muette ingratte, une pièce plus développée d’environ 45 minutes, exécutée chez lui à plusieurs reprises, qui fournit à Perrin l’idée d’écrire une œuvre dramatique plus développée.
Ce sera la Pastorale d’Issy, donnée en 1659, une œuvre que Perrin revendique être la première d'un nouveau genre de poésie dramatique française (sans tenir compte du précédent proposé par Michel de La Guerre).
Forts de ce succès (le public français put sans doute apprécier une œuvre en français de dimension raisonnable, alors qu’il avait été gavé ces dernières années d’opéras italiens aussi démesurés qu’incompréhensibles), Cambert et Perrin reçoivent une commande de Mazarin pour une seconde œuvre plus développée, qui sera Ariane, ou le mariage de Bacchus, préparée en 1660-1661 mais non jouée du fait du décès de Mazarin le .
Dans les années suivantes, Cambert (outre son poste d’organiste) semble surtout avoir travaillé à des concerts sacrés ou profanes, dont les gazettes de Jean Loret ou de Robinet donnent des mentionsD’après Brossard 1970, on trouve : le 6 octobre 1657 un concert pour la solennité de saint François d’Assise à la Conception, le 17 novembre 1657 un concert pour une réception offerte par le président du Parlement M. de Nesmond, le 17 juillet 1661 un concert pour la consécration de l’église d’Issy, le 23 août 1665 un concert pour la fête de l’Assomption chez les Carmélites, le 26 novembre 1667 des vêpres pour la fête de Sainte-Cécile aux Augustins, le 23 février 1669 un concert donné pour le roi chez un artisan cirier, le 7 septembre 1669 un concert aux Jacobins réformés pour la fête de Sainte-Marie du Pérou, le 22 novembre 1670 un concert pour le bienheureux Albert Le Grand.. Celles-ci montrent que, dès la fin des années 1650, sa réputation de chef et de compositeur était très bien établie hors de son église.
En 1662, il est nommé maître et compositeur de la musique de la reine mère Anne d’Autriche (1601-1666)Transmission de charge de Jean-Baptiste Boësset à Cambert : Paris AN, MC/ET/XXX/59 (29 juin 1662). (sans doute en raison du succès de sa Pastorale de 1659 et de ce qui avait pu transparaître de son travail sur Ariane) ; c’est donc naturellement lui qui dirige le un De profundis pour ses funéraillesParfaict 6532. Il est cité comme tel en 1662 dans Benoit 1965 p. 53, et au titre de ses airs à boire en 1665. Sur les funérailles, Brossard 1970 p. 146..
C’est aussi dans cette période intermédiaire de sa carrière qu'il publie ses airs à boire (1665) et qu’il intervient au moins deux fois pour la musique de scène : il semble avoir été engagé en automne 1664 par la troupe du roi pour diriger la musique de La Princesse d’Élide de MolièreSecond registre de La Thorillière, Archives de la Comédie-Française, au 9 décembre 1664, cité d’après Powell 2004 p. 2. ; il compose aussi en 1666 le Trio de Cariselli pour une pièce de Brécourt, publié avec le livret.
La création de l’Académie royale de musique thumb|Buste de Cambert sur la façade de l'Opéra de Paris. Le privilège royal pour la création d’une académie royale de musique, décerné à Pierre Perrin le , fut l’occasion pour Cambert et Perrin de recommencer à travailler ensembleL’épisode de la création de l’Académie royale fait la matière de l’ouvrage de Nuitter et Thoinan en 1886, auquel il faut se reporter pour en connaître toutes les péripéties.. Ils pensent d’abord reprendre Ariane mais abandonnent ce projet, et montent Pomone, une pastorale considérée par la suite comme le premier opéra du répertoire de l’Académie. Perrin s’associe avec Cambert, qui recrute et fait répéter des chanteurs, l’œuvre étant créée en . Sont aussi associés Alexandre de Rieux, marquis de Sourdéac pour les machines, un certain Champéron., et y travaillent de même les chorégraphes Pierre Beauchamp et Des Brosses pour les danses. Le spectacle, donné environ huit mois, obtient un succès considérable mais se révèle un gouffre financier. Les malversations de Sourdéac et Champeron font que personne n’est payé et que Perrin doit être emprisonné pour dettes.
Cambert décide alors de travailler avec un nouveau librettiste, Gabriel Gilbert, pour donner un second opéra intitulé Les Peines et les plaisirs de l’amour (créé en février-). Malgré un succès prometteur, les représentations s’interrompent à cause du retrait le du privilège de l’Académie des mains de Perrin, et de son attribution à Jean-Baptiste Lully. De ce fait, les artistes perdent l’occasion de rétablir leur finance.
Départ et mort à Londres Après s’être vu retirer son privilège, Cambert tente de se repositionner en achetant à Jean Granouilhet de Sablières la moitié de sa charge d’intendant et maître de la musique de Philippe d'Orléans (1640-1701), pour 4500 lt, mais cette position ne lui fut pas finalement acquiseParis AN : MC/ET/XLV/234, 21 mars 1673. Sur cet épisode, voir Nuitter 1886 p. 302-304..
Il décide de partir à Londres et donne à sa femme Marie Dumoustier, le , procuration pour gérer ses affaires parisiennes, y compris la suite du procès relatif à la liquidation de la direction Sourdéac. Il demeurait à cette époque rue des Bons enfants, paroisse Saint-EustacheVoir la procuration à Paris AN : MC/ET/XLV/280 (21 août 1673) et un acte signé par sa femme sous MC/ET/XLV/235 (19 août 1673)..
Il arrive à Londres, probablement en automne 1673 mais n’est remplacé que le dans ses fonctions d’organiste par le chapitre de l’église Saint-HonoréParis AN : LL 80, cité d’après Nuitter 1886 p. 304. C’est l'organiste Simon Lemaire qui le remplace.. Probablement recommandé auprès de Charles II (roi d'Angleterre), qui appréciait fort la musique française, il crée une Royal Academy of Music, réponse anglaise à celle qu’il avait créée à Paris, et donne au moins deux spectacles : en , une pastorale intitulée Ballet et musique pour le divertissement du roy de la Grande-Bretagne ; en , une version révisée d’Ariane et Bacchus, partiellement recomposée en collaboration avec Louis Grabu, donné pour le semi-anniversaire du mariage de James Stuart, duc d’York, avec la princesse Marie de Modène.
Il retourne en France en , logé chez le facteur DenisQuittance par Robert Cambert concernant sa fille Marie-Anne : MC/ET/XXX/80, 6 avril 1676., et repart à Londres.
Des témoignages diplomatiques exposés par John Buttrey montrent qu’en , Cambert jouait du clavecin dans des concerts donné par Louise de Keroual [Carwell], duchesse de Portsmouth (Buttrey 1995 p. 200 et 205) ; y sont joués des extraits des œuvres de Lully (et sans doute des siennes propres). ButtreyVoir Buttrey 1995, p. 199-209. fait l’hypothèse que le départ de Cambert pour Londres, avec d’autres musiciens (dont Jacques Paisible), était un effet de la volonté de Louis XIV d’attirer Charles II d’Angleterre dans les bras de Louise de Keroual, son amante depuis 1673, et de disposer sur place d’espions susceptibles de renseigner son ambassadeur. Peut-être cette mission lui a-t-elle été donnée en compensation de son retrait du privilège de l’Académie royale de musique ?
Cambert meurt à Londres, probablement en (sa nécrologie paraît dans le Nouveau Mercure galant d’, p. 14-15) : Le sieur Cambert, maistre de musique de la feue Reyne mère, est mort à Londres, où son génie estoit fort estimé. Il avoit reçeu force biens-faits du Roy d’Angleterre, & des plus grands Seigneurs de sa Cour, & tout ce qu’ils ont veu de ses ouvrages n’a point démenty ce qu’il a fait en France... À l'époque, on a prétendu qu'il s'était suicidé, ou bien qu'il avait été empoisonné par l'un de ses serviteurs. Certains ont même accusé Lully de complicité, mais il s'agissait de rumeurs sans fondement.
Il est dit qu’il avait alors 49 ans, ce qui le fait naître autour de 1628. Un an plus tard, sa fille Marie-Anne, claveciniste, épouse le compositeur et violoniste Michel Farinel.
Œuvres thumb|Début de l'ouverture de Pomone, imprimé par Robert III Ballard vers 1672. thumb|Frontispice de Les peines et les plaisirs de l'amour dans l'édition in-12° de 1703. thumb|Début du Trio de Cariselli dans l'édition de Paris, Christophe Ballard, (1715). thumb|Page de titre des Airs à boire de Cambert (Paris, 1665). Le gros des œuvres de Cambert est perdu, de sorte que la valeur intrinsèque de ses compositions est difficile à évaluer. Mais son talent réside aussi dans sa capacité, partagée avec Perrin, d’avoir posé les bases de l’opéra français, avec une ouverture, une succession de symphonies, d’airs (à voix seule, en duo ou en trio), de chœurs et de récits, agrémentée de pièces de ballet et éventuellement de machines, le tout précédé d’un prologue à la louange du roi. Les tragédies lyriques de Lully auront des structures similaires.
Musique dramatique La Muette ingrate, élégie à trois voix en espèce de dialogue. Il s’agit d’une élégie à 3 voix, qui a été exécutée plusieurs fois chez Cambert en 1658. L’œuvre est citée dans une source manuscrite (Paris : Bibliothèque de la Comédie française) : « Ayant toujours eu en pensée d'introduire les comédies en musique comme on en faisoit en Italie, je commençay en 1658 à faire une élégie à trois voix différentes en espèce de dialogue, et l'on venoit en entendre les concerts, et cette élégie s'appeloit la Muette ingratte. M. Perrin ayant entendu cette pièce qui réussissoit avec succez et qui n'ennuyoit point quoiqu'elle durât tant en symphonies qu'en récits trois bons quarts d’heure, prit de là envie de composer une petite pastorale... »Passage est transcrit dans Nuitter 1886 p. 33-34.
La Pastorale d’Issy, opéra en cinq actes sur un livret de Pierre Perrin. Elle est donnée huit ou dix fois en 1659 à Issy dans la maison de Monsieur de La Haye (orfèvre du roi et maître d'hôtel de la reine mère Anne d'Autriche) au début d’, puis une fois au Château de Vincennes devant le roi et Mazarin, en Un récit est donné dans Ménestrier 1685 p. 208-209.. La musique est perdue ; elle nécessitait six voix. Chacun des cinq actes commençait et finissait par une symphonie, avec des ritournelles qui enchaînaient les scènes. Une relation est donnée par Loret, Lettre XVIII du .