thumb|right|Représentation schématique des différents étages de végétation dans les Alpes. Dans les montagnes des Alpes, la végétation change progressivement selon l'altitude, l'exposition au soleil, et la situation géographique du massif montagneux. On distingue cinq « étages » ou écosystèmes successifs, avec pour chacun un paysage et une végétation caractéristiques :

étage des vallées et des collines préalpines, dit étage collinéen, dont la limite supérieure est à d'altitude ; étage de la petite montagne, dit étage montagnard, dont les limites vont de à - d'altitude ; étage de la moyenne montagne et des alpages d'altitude, dit étage subalpin, dont les limites vont de - à - d'altitude ; étage de la haute-montagne, dit étage alpin, dont les limites vont de - à d'altitude, à la limite des neiges éternelles ; étage des neiges éternelles, dit étage nival, dès les premières neiges éternelles, au-dessus de d'altitude.

La flore alpine, très riche, est inventoriée depuis plusieurs siècles. En 2013, grâce à deux unités de l’université de Grenoble et du CNRS (la station alpine Joseph Fourier et le laboratoire d'écologie alpine), le contenuDocuments pour la carte de la Végétation des Alpes (1963-1972), devenue Documents de cartographie écologique (1973-1988) puis Revue d'écologie alpine (1991-1997) intégral de la revue publiée par le laboratoire de biologie végétale du professeur Paul Ozenda dans les années 1960-1980 a été mis en ligne (plus de et numérisées en haute définition en Open data)Serge Aubert, 30 ans de cartographie à l’université de Grenoble, brèves de Tela Botanica du 20 mars 2013, consulté le 26 mars 2013..

Caractéristiques passées et évolution

Les plantes des Alpes ont diverses origines. Les plus anciennes ont évolué à partir de la flore subtropicale de l'ère tertiaire et se sont adaptées progressivement à l'altitude et au froid au fur et à mesure que la chaîne s'est soulevée. Un second ensemble, plus récent, est composé d'espèces arctiques qui sont arrivées dans les Alpes au moment des grandes glaciations et qui sont ensuite remontées en altitude quand le climat s'est réchauffé. Le mouvement inverse a aussi existé car on trouve aujourd'hui des espèces alpines dans les régions arctiques. Cette période très froide qui a enrichi la flore alpine d'espèces venues du nord a toutefois décimé les espèces d'origine subtropicale dans la plus grande partie de la chaîne. Ces dernières ne se sont maintenues que dans quelques zones privilégiées comme les Alpes maritimes, les Alpes du Sud ou les Alpes sud-orientales, riches en espèces endémiques.

Principales caractéristiques des différents étages de végétation

La limite entre l'étage subalpin et l'étage alpin marque une césure importante car c'est à ce niveau que la forêt disparaîtAnthony Huxley, Fleurs de montagnes, Nathan, 1973. On parle parfois de « zone de combat »Site de la station alpine Joseph Fourier (jardin botanique du col du Lautaret). pour désigner cette zone car les arbres y sont confrontés à des conditions de vie très dures et y prennent une forme rabougrie (mélèze, arolle, bouleau). L'altitude de cette zone de transition peut varier beaucoup en fonction de la latitude (en effet l'étage alpin qui débute vers en Haute-Savoie ne débute qu'à dans les Alpes-Maritimes), de la continentalité (plus haute sur les massifs internes, car plus secs que les massifs externes) et bien entendu de l'exposition (limite plus basse en versant nord). De plus, l'action humaine peut abaisser artificiellement cette limite (en privilégiant les pâturages au détriment de la forêt).

Étage montagnard Cet étage est le domaine de la hêtraie-sapinière et des prés de fauche.

vignette|gauche|Daphne laureola La hêtraie affectionne les climats humides des préalpes mais disparaît dans les massifs centraux, plus secs et de climat plus continental. On la trouve également dans les Alpes du Sud sur les versants orientés au nord. Les hêtraies des Alpes sont rarement pures et le hêtre s'y trouve souvent associé avec le Sapin blanc (Abies alba), l'Epicéa (Picea excelsa) et à divers feuillus comme l'Erable sycomore (Acer pseudoplatanus), l'Erable plane (Acer platanoides), etc.

Le sous-bois abrite des arbustes comme le Sorbier des oiseleurs (Sorbus aucuparia), le Cytise des Alpes (Laburnum alpinum), le Fusain à larges feuilles (Euonymus latifolius) ainsi que des petites plantes arbustives comme la Myrtille commune (Vaccinium myrtillus), la Callune (Calluna vulgaris), la Coronille arbrisseau (Hippocrepis emerus) ou le Daphné lauréolé (Daphne laureola). Quant aux herbacées les plus remarquables de ce milieu, on peut citer la petite Oseille (Oxalis acetosella), le petit muguet (Maïanthemum bifolium), l'Herbe de la Trinité (Hepatica nobilis), la Prénanthe pourpre (Prenanthes purpurea), la Verge d'or (Solidago virgaurea), l'Aspérule odorante (Asperula odorata), le Sceau de Salomon (Polygonatum multiflorum), la Sanicle d'Europe (Sanicula europaea), etc.

vignette|gauche|La grande Pimprenelle (Sanguisorba officinalis) Les espaces decouverts, en particulier les prés de fauche, sont caractérisés par une flore très riche. Les graminées y sont prépondérantes (avoine élevée, dactyle, vulpin des prés, fléole des prés, pâturin...). Elles sont accompagnées à partir d'une certaine altitude par des plantes typiques de la flore des prés de montagne comme le bien mal nommé Géranium des bois (Geranium sylvaticum), le Bouton d'or des montagnes (Ranunculus montanus), le Trèfle montagnard (Trifolium montanum), la grande Astrance (Astrantia major), le Pigamon à feuilles d'ancolie (Thalictrum aquilegiifolium), la Potentille aux grandes fleurs (Potentilla grandiflora), la Campanule barbue (Campanula barbata), le Narcisse des poètes (Narcissus poeticus), etc. On pourra aussi croiser 2 plantes d'altitude de grande taille dont les feuilles se ressemblent : le Vératre blanc (Veratrum album) et la Gentiane jaune (Gentiana lutea). Dans les près plus arides, on trouvera des hélianthèmes, le thym-serpolet, la Germandrée des montagnes (Teucrium montanum), etc. Inversement, dans les près très humides, on apercevra, entre autres, les têtes florifères caractéristiques de la Reine-des-prés (Filipendula ulmaria], la grande Pimprenelle (Sanguisorba officinalis), la Pédiculaire verticillée (Pedicularis verticillata) accompagnés de graminées qui affectionne l'humidité comme Agrostis alba et Molinia caerulea.

Étage subalpin Cet étage comprend des biotopes variés : rochers, éboulis, prairies, forêts, lieux humides.

Rochers et éboulis

thumb|left|Crepis pygmaea, plante des éboulis calcaires Sur roche siliceuse, on peut rencontrer plusieurs groupements, dont le plus caractéristique est celui à Asplenium septentrionale et Primula hirsuta. Ce milieu est également favorable à Chondrosea cotyledon, Phyteuma scheuchzeri et Erysimum helveticum.

Quant aux éboulis calcaires, ils présentent un visage différent avec des espèces telles que Rumex scutatus, souvent accompagnée dans les Alpes centrales et orientales par deux espèces remarquables : Petasites paradoxus et Adenostyles glabra. Dans les Alpes occidentales, la plante la plus caractéristique de ce biotope est Crepis pygmaea.

Par ailleurs, les éboulis ombragés et humides constituent l'habitat de prédilection de l'Aulne vert (Alnus viridis), qui forme souvent des taillis inextricables et contribue à stabiliser les éboulis sur les pentes fortes par ses racines.

Prairies

thumb|right|upright=0.8|Arnica montana en compagnie d'une campanule typiquement alpine : Campanula barbata À l'étage subalpin, les prairies ou les pâturages sont presque tous d'origine anthropique. Les groupements végétaux présents dans ce type de milieu peuvent varier en fonction de l'exposition, de la nature du substrat ou de l'humidité du climat. Mais d'une façon générale, la fauche favorise les plantes à bulbes fleurissant très tôt au printemps (crocus) ou très tard (colchiques). Les pâturages, soumis à des pressions encore plus fortes, favorisent l'émergence d'espèces coriaces que les bêtes délaissent comme le Nard raide. Celui-ci est souvent accompagné de l'Arnica des montagnes ou du Pied-de-chat. Les endroits humides sont le domaine de la mégaphorbiaie, caractérisée par des plantes de grande hauteur (Adenostyles alliariae, Cicerbita alpina, Aconitum napellus, Thalictrum aquilegiifolium, Delphinium elatum, etc.). Enfin, dans les lieux où les troupeaux stationnent longtemps (près des chalets, des bergeries...), le sol abondamment fumé est très riche en azote et convient à des espèces comme Rumex alpinus, Chenopodium bonus-henricus, Cirsium spinosissimum...

Forêts

Les forêts subalpines dans les Alpes sont surtout composées de conifères dont quatre espèces se distinguent tout particulièrement : l'Epicéa, le Mélèze, l'Arole et le Pin à crochets (ou Pin de montagne).

La forêt d'épicéa (ou pessière) se retrouve surtout dans la partie inférieure de l'étage subalpin sur sous-sol siliceux ou parfois calcaires quand la couche d'humus est suffisamment épaisse et acide. La flore des pessières est pauvre (mousses exceptées). Les espèces les plus caractéristiques sont Oxalis acetosella, Moneses uniflora, Lycopodium annotinum, Listera cordata et deux sortes d'airelles : Vaccinium myrtillus (Myrtille commune) et Vaccinium vitis-idaea (Airelle rouge).

thumb|left|Pins cembro (ou Arolles) au-dessus du glacier d'Aletsch en Suisse Les forêts d'Aroles et de Mélèzes se retrouvent à plus haute altitude et sont beaucoup plus claires, ce qui permet à une flore bien plus variée de prospérer (malgré des conditions climatiques plus rudes). Le Mélèze a la particularité de perdre ses aiguilles à la saison froide, ce qui lui permet de bien résister aux surcharges de neige. L'Arole garde ses aiguilles mais résiste bien aussi au poids de la neige car ses branches sont courtes et robustes; c'est d'ailleurs un arbre particulièrement résistant aux intempéries car c'est lui qui pousse le plus haut en altitude, dans des zones inhospitalières où aucun autre arbre ne peut venir le concurrencer. Du fait de ces conditions de vie très dures, sa croissance est lente. Le Mélèze et l'Arole forment souvent des forêts claires mixtes dans lesquelles on trouvera des plantes herbacées de montagne comme Homogyne alpina, Melampyrum sylvaticum ou encore le rare Linnaea borealis.

Le Pin de montagne pousse lui sur des sols minces qui ne conviennent pas aux espèces précédentes. Il en existe deux sous-espèces : une qui croît dans les Alpes occidentales et qu'on appelle couramment Pin à crochet et une autre dans les Alpes orientales qu'on appelle Pin couché. Toutes deux colonisent des pentes escarpées et des éboulis et sont accompagnées de la Bruyère des neiges (Erica carnea), de Polygala chamaebuxus, de Daphne striata ou encore de la Clématite des Alpes (Clematis alpina).

Étage alpin Rochers

thumb|left|Androsace wulfeniana dans les Alpes autrichiennes Les plantes poussant sur les rochers sont condamnées à trouver leur nourriture dans le peu de terre accumulée dans les fentes. D'une façon générale, les rochers constituent un milieu très hostile pour les végétaux (écarts de températures très grands, vents forts...) et les plantes qui y poussent sont obligées de s'adapter pour survivre : elles peuvent ainsi développer des racines fortes et longues pour mieux résister au vent et aller chercher la plus petite parcelle d'humidité ou encore avoir des feuilles coriaces ou cireuses pour freiner la transpiration. Par ailleurs, la composition chimique de la roche influence grandement la flore et les fleurs des roches calcaires seront radicalement différentes de celles que l'on trouvera sur le granite. Les plantes typiques des rochers ont souvent un port en rosette et en coussinet et appartiennent souvent à certains genres comme les androsaces, les saxifrages, les joubarbes, etc.

Éboulis vignette|La petite soldanelle