James Arthur Baldwin Prononciation en anglais américain retranscrite selon la norme API., né le dans le quartier de Harlem, à New York, et mort le à Saint-Paul-de-Vence, dans les Alpes-Maritimes, en France, est un écrivain américain, auteur de romans, de poésies, de nouvelles, de pièces de théâtre et d’essais. Son œuvre la plus connue est son premier roman, semi-autobiographique, intitulé La Conversion (Go Tell It on the Mountain), paru en 1953, et sa nouvelle Blues pour Sonny (Sonny's Blues) incluse dans le recueil de nouvelles Face à l'homme blanc (Going to Meet the Man), paru en 1965.
Ses essais, rassemblés notamment dans Chronique d'un pays natal (Notes of a Native Son, 1955) et La Prochaine Fois, le feu (The Fire Next Time, 1963), explorent les non-dits et les tensions sous-jacentes autour des distinctions raciales, sexuelles et de classe sociale au sein des sociétés occidentales, en particulier dans l'Amérique du milieu du Public Broadcasting Service. « James Baldwin: About the author ». American Masters. November 29, 2006.. Ses romans et pièces de théâtre transposent quant à eux vers la fiction des dilemmes personnels, questionnant les pressions sociales et psychologiques complexes qui entravent non seulement l'intégration des personnes noires, mais aussi des hommes gays ou bisexuels. Il dépeint également les obstacles intériorisés qui empêchent de telles quêtes d'acceptation, par exemple dans son roman La Chambre de Giovanni (Giovanni's Room), écrit en 1956Jean-François Gounardoo, Joseph J. Rodgers (1992). The Racial Problem in the Works of Richard Wright and James Baldwin. Greenwood Press. , ..
Biographie Jeunesse Juste avant la naissance de James Arthur Baldwin, sa mère, Emma Berdis Jones, quitte son père biologique à cause de la toxicomanie de celui-ci et s'installe dans le quartier déshérité de Harlem à New York. Elle y épouse un pasteur, David Baldwin. La famille vit modestement.
James, qui passe beaucoup de temps à s'occuper de ses jeunes frères et sœurs., est aussi passionné par la lecture. Dès le plus jeune âge, il développe un véritable don pour l’écriture dans lequel il se réfugie, tout en ayant conscience des limites que sa couleur de peau lui impose dans une Amérique ségrégationniste et raciste y compris dans le Nord..
À l'âge de , il est harcelé et violé par deux officiers de la police de New York, un exemple de harcèlement raciste par le NYPD qu'il expérimentera à nouveau à l'adolescence, et qu'il documentera dans ses essais.
Son père adoptif, que Baldwin dans ses essais nomme simplement son père, l'a semble-t-il traité avec une grande rudesse, bien plus que ses frères et sœurs. Il voulait que son beau-fils embrasse comme lui la profession de prédicateur mais James Baldwin s'est complètement détourné de l'église pendant son adolescence, époque à laquelle il commence à prendre conscience de son homosexualité.
David Baldwin meurt de la tuberculose pendant l', alors que James va bientôt avoir 19 ans. Le jour de l'enterrement de son beau-père est aussi celui de son , ainsi que le jour où commence l', qu'il dépeindra plus tard en introduction de son essai Chronique d'un pays natal Baldwin J, Notes of a Native Son.. La quête pour expliquer le rejet familial et social qu'il a vécu devint un thème récurrent dans les écrits de Baldwin.
Éducation James Baldwin fréquente une école publique, la P.S. 24, sur la à Harlem, où il écrit l'hymne de l'école, qui restera en usage jusqu'à sa fermeture.. Il passe ses années de collège à la Frederick Douglass Junior High, où il est influencé par le poète Countee Cullen, l'une des figures de proue du mouvement de la Renaissance de Harlem. Son professeur de mathématiques l'encourage à participer comme éditeur au journal de l'établissement, le Douglass Pilot.. Juste avant lui, le collège Frederick Douglass avait accueilli le futur acteur Brock Peters et le futur pianiste jazz Bud Powell.. Baldwin rejoint ensuite le lycée DeWitt Clinton High School dans le quartier de Bedford Park situé dans l'arrondissement du BronxBobby Allyn, « DeWitt Clinton's remarkable alumni », City Room blog, The New York Times, .. Là, aux côtés de Richard Avedon, Baldwin travaille sur le magazine de l'école en tant que directeur littéraire, mais il garde une mauvaise expérience de l'établissement à cause d'insultes raciales constantes « Richard Avedon », The Daily Telegraph, (consulté le ). « He also edited the school magazine at DeWitt Clinton High, on which the black American writer James' Baldwin was literary editor. ».
Religion gauche|vignette|James Baldwin devant l'Albert Memorial, dans le Kensington Gardens, à Londres. Les difficultés que James Baldwin rencontre adolescent, notamment le comportement incestueux de son beau-père, l'amènent à chercher secours dans la religion. À , il assiste à des rassemblements de l’Église Pentecôtiste et, lors d'un meeting de prière euphorique, il se convertit, puis devient prêcheur. Rapidement, à l'assemblée pentecôtiste de Fireside, il attire des foules plus nombreuses que celles que son beau-père attirait en son temps. Mais à , le point de vue de Baldwin évolue et il juge que la chrétienté est basée sur de faux présupposés. Plus tard, il considérera que sa période de prêcheur était une manière de surmonter ses crises personnelles.
Baldwin rencontre un jour Elijah Muhammad, chef de file du mouvement Nation of Islam, qui le questionne au sujet de ses croyances religieuses. Il répond alors : . Quand Elijah lui demande , il explique : Baldwin, James (1963). The Fire Next Time. Down at the Cross—Letter from a Region of My Mind: Vintage. .. Cependant, son expérience avec l'église a significativement façonné sa vision du monde et son écriture Chireau Y. James, Baldwin's God: Sex, Hope and Crisis in Black Holiness Culture, Church History, 2005, 74 (4): 883–884. doi:10.1017/s0009640700101210.. Baldwin lui-même note que James Baldwin, The Fire Next Time (New York: Dial Press, 1963 / Vintage Books, 1993), ..
Il accuse le christianisme d'avoir renforcé le système esclavagiste américain en palliant la sensation d'oppression tout en repoussant le salut à une vie après la mort : une thèse illustrée dans la pièce de théâtre Le Coin des Amen (The Amen Corner), parue en 1954. Baldwin louait cependant la religion en cela qu'elle inspirait certains Noirs américains à défier l'oppression « James Baldwin wrote about race and identity in America », voanews.com.. Il écrit ainsi : .. Baldwin se décrivait publiquement comme n'étant pas religieux Will Poole, Malcolm X - Debate with James Baldwin - September 5, 1963. Un enregistrement de lui chantant « Precious Lord, take my hand » a cappella fut diffusé à son enterrement Boyd, Herb (2008). Harlem: A Biography of James Baldwin. New York: Atria Books. ..
Greenwich Village alt=Photographie d'une plaque commémorative en l'honneur de James Baldwin et de sa contribution aux droits civiques.|vignette|Plaque commémorative dévoilée par la Greenwich Village Society for Historic Preservation au 81 Horatio Street, où James Baldwin vécut à la fin des années 1950, début 1960, pendant l'une de ses périodes créatives les plus prolifiques.
Un jour, alors que James Baldwin a , son camarade de classe et ami Emile Capouya sèche l'école et, à Greenwich Village, quartier de Manhattan célèbre pour son milieu d'artistes et de libres-penseurs, rencontre le peintre afro-américain Beauford Delaney. Capouya donne ensuite à Baldwin l'adresse de Delaney et lui suggère d'aller le rencontrer. À l'époque, Baldwin travaille après l'école dans un atelier clandestin sur Canal Street, non loin de chez Delaney, à qui il rend visite au 181 Greene Street. Delaney devient un mentor pour Baldwin qui, à son contact, réalise qu'une personne de couleur peut devenir artiste. Alors que son père s’oppose à ses aspirations littéraires, Baldwin trouve aussi un soutien auprès du maire de New York, Fiorello La Guardia. Il quitte sa famille pour s'installer à Greenwich Village.
Au début des années 1940, il abandonne sa foi religieuse pour la littérature. Tout en enchaînant les petits boulots, Baldwin écrit des nouvelles, des essais et des critiques de livres, dont certains seront plus tard réunis dans le recueil Chronique d'un pays natal () publié en 1955. En 1944, il devient ami avec l'acteur Marlon Brando, et les deux hommes partagent un temps le même appartement. Ils sont probablement amants occasionnels et restent amis pendant plus de vingt ans..
Expatriation gauche|vignette|James Baldwin, photographié par Carl Van Vechten, en 1955.|279x279px C'est pendant son adolescence que James Baldwin commence à prendre conscience de son homosexualité.
En 1948, il entre dans un restaurant ségrégué pour Blancs : quand la serveuse lui annonce que l'établissement ne sert pas les Noirs, Baldwin lui jette un verre d'eau à la figure, brisant le miroir derrière elle. Frustré et attristé par les discriminations envers les Noirs et les homosexuels aux États-Unis, Baldwin quitte le pays à l'âge de 24 ans pour s'installer en France, à Paris. Il souhaite ainsi s'éloigner des discriminations américaines et vivre son identité et son écriture en dehors du contexte afro-américain. Baldwin ne voulait pas être lu comme . Il espère également résoudre ses questionnements autour de son orientation sexuelle et échapper au désespoir auquel beaucoup de jeunes afro-américains tels que lui succombent à New York.
À Paris, Baldwin s'implique rapidement dans le radicalisme culturel de la Rive gauche. Il commence à publier ses travaux dans des anthologies, notamment Zéro, édité par son ami Themistocles Hoetis, qui avait déjà publié des essais de Richard Wright.
Il vit en France pendant la majeure partie de sa vie, passant parfois du temps en Suisse et en Turquie. De son vivant comme après sa mort, Baldwin, très influent, est perçu non seulement comme un écrivain afro-américain, mais aussi comme un écrivain exilé, du fait de ses nombreuses expériences en dehors des États-Unis et de leur impact sur sa vie et sur son écriture.
Saint-Paul-de-Vence alt=James Baldwin dans sa maison de Saint-Paul-de-Vence|vignette|James Baldwin dans sa maison de Saint-Paul-de-Vence.|237x237px James Baldwin s'installe à Saint-Paul-de-Vence dans le sud de la France en 1970, dans une ancienne maison provençale sous les remparts du célèbre village. Sa maison est toujours ouverte à ses amis, qui lui rendent souvent visite sur le chemin de la Côte d'Azur. Le peintre américain Beauford Delaney fait de la maison de Baldwin sa résidence secondaire, installant souvent son chevalet dans le jardin. Delaney peint plusieurs portraits colorés de Baldwin. Les acteurs Harry Belafonte et Sidney Poitier sont également des invités réguliers.
Beaucoup des amis musiciens de Baldwin investissent l'endroit pendant les festivals de jazz de Nice et de Juan-les-Pins : Nina Simone, Joséphine Baker (dont la sœur habitait à Nice), Miles Davis ou encore Ray Charles, pour qui il écrit plusieurs chansons. Dans son autobiographie, Miles Davis écrit :
Baldwin apprend à parler français couramment et se lie d'amitié avec l'acteur français Yves Montand et l'écrivaine Marguerite Yourcenar, qui traduit vers le français sa pièce The Amen Corner (Le Coin des Amen). gauche|vignette|James Baldwin, en 1969. Ses années à Saint-Paul-de-Vence sont également des années de travail. Attablé devant sa machine à écrire, il consacre ses journées à écrire et à répondre aux très nombreux courriers qu'il reçoit en provenance du monde entier. Il écrit certains de ses derniers travaux dans cette maison, notamment Harlem Quartet () en 1979, et Preuves de phénomènes invisibles () en 1985, un essai dans lequel, exposant des doutes quant à la culpabilité de Wayne Williams, condamné à la prison à vie pour une série de meurtres d'enfants afro-américains, commise de 1979 à 1981, dans la ville d'Atlanta, il questionne la place que la société américaine assigne aux Noirs...