vignette|Un symbole de l'agnosticisme. vignette|Deux balances de la croyance représentées par deux droites perpendiculaires, une du théisme à l'athéisme et une du gnosticisme à l'agnosticisme. L'agnosticisme () est une attitude philosophique consistant à aborder de façon sceptique les questions de religion et de métaphysique, et à affirmer que l'esprit humain ne peut pas accéder à l'absolu.

Ce concept repose sur une position sceptique selon laquelle tout ce qui n'est pas expérimental est inconnaissableDictionnaire Dixel, 2010 : ».. Selon les agnostiques, il est impossible d'accéder à l'absolu et donc de trancher le débat sur l'existence d'un dieu ou d'une divinité.Définition semblable, voir Philippe Godard, Le Dico des religions, La Martinière, Paris, 2009, .. Il n'y a aucune preuve impartiale sur le sujet et il n'est pas possible de se prononcer.

Les agnostiques tendent à n'accorder aucune transcendance ni aucune valeur sacrée aux religions (prophète, messie, texte sacré) et à leurs institutions (clergé, rituels, prescriptions diverses). Aux yeux d'un agnostique, les religions sont bien trop « humaines » du fait de leurs modes de fonctionnement et des dynamiques anthropologiques sur lesquelles elles reposent (soutien psychologique face à la mort, analogie anthropocentrique d'un dieu bâtisseur de l'Univers) pour qu'elles puissent avoir un quelconque lien direct avec une éventuelle et hypothétique forme d'intelligence surnaturelle.

Étymologie thumb|Thomas Henry Huxley, l'inventeur du mot « agnostique ». vignette|David Hume (1711 - 1776), historien et philosophe, par Allan Ramsay. Le terme « agnosticisme » (parfois incorrectement écrit agnostisme par une fausse étymologie), vient du grec , lui-même tiré de agnôstos (ignorant), la « gnôsis » étant la connaissance ; il désigne la privation de connaissance ou l'impossibilité de connaître ce qui dépasse l'expérienceJacqueline Lalouette, « Agnosticisme et athéisme », in Dictionnaire des faits religieux, éd. PUF/Quadrige, 2010, .. Il s'agit donc d'une position plutôt épistémologique qui met éventuellement en question la légitimité de la métaphysique, de la révélation, de la divination L'agnosticisme n'est pas une opposition systématique et spécifique au gnosticisme, qui est une doctrine liée aux débuts du christianisme, mais a un sens beaucoup plus général. Antérieurement au christianisme, le mot « agnostique » désignait une personne qui n'avait pas été initiée à la , c'est-à-dire à une croyance mystique en un .

Le mot « agnostique » a été forgé en 1869, dans une intention « polémique », par Thomas Henry Huxley (1825-1895) pour signifier. Il voulait que le terme fît comprendre que la métaphysique est ; comme le pensait déjà le philosophe empiriste David Hume qui recommande, à la fin de son Enquête sur l'entendement humain, de jeter aux flammes les livres de théologie ou de métaphysique scolastique.

Concepts complémentaires Les concepts suivants sont proches, mais néanmoins distincts, de l'agnosticisme.

Le déisme postule un être transcendant qui n'interagit pas avec le monde, tout en restant à l'écart de toute religion révélée et ritualisée. Même s'il peut considérer que la vérité sur cet être transcendant est inconnaissable, le déisme prend position en faveur de son existence. C'était la position officielle de Benjamin Franklin, reflétée par son épitaphe.

L'athéisme considère qu'il n'y a pas de dieu, ou en tout cas pas de raison de supposer qu'il y en ait un. Richard Dawkins présente l'agnosticisme comme simplement la version politiquement correcte de l'athéisme, proposant une démonstration qu'elle ne s'en distingue en rien concrètement..

L’antithéisme est une opposition active au théisme.

Le scepticisme philosophique considère en général que la vérité sur ce qui échappe à l'expérience ne peut être connue avec certitude. Selon cette attitude philosophique, et selon la formule de Bertrand Russell Bertrand Russell, Essais sceptiques, « Introduction : la valeur du scepticisme »..

vignette|Pierre-Simon Laplace (1745-1827), mathématicien et astronome. L'apathéisme considère que la question de l'existence ou de l'inexistence de dieu ne possède pas d'intérêt ni d'utilité pratique. Un exemple est la célèbre réponse du mathématicien Pierre-Simon de Laplace interrogé par Napoléon sur l'absence de dieu dans son système du monde : citant ..

Ainsi, le déisme est bien un théisme, même s'il incorpore une certaine notion de scepticisme. Bertrand Russell et Richard Dawkins, tous les deux non croyants, ne prétendent pas que la question de l'inexistence de dieu, comme celle de son existence, est connaissable. Car si toute croyance n'est pas forcément une connaissance, toute connaissance est classiquement définie comme croyance vraie et justifiée. Comme d'autresFlint 1903, : , ils estiment ainsi l'agnosticisme compatible avec l'athéisme comme avec le théisme, puisque l'agnostique ne se prononce pas sur la connaissance de dieu. Reconnaître cette position ne nécessite d'ailleurs pas d'être agnostique et athée. Les agnostiques s'opposent aux croyants, qui considèrent probable ou certaine et connaissable l'existence de telles divinités, mais éventuellement aussi aux athées estimant que l'improbabilité ou l'impossibilité d'existence de dieu est également inconnaissable. Ainsi certains agnostiques se disent athées et d'autres théistes, alors que d'autres encore se disent ni l'un, ni l'autre. Bien que le degré de scepticisme varie selon les individus : premièrement, ceux qui affirment connaître (, « l'action de connaître » en grec ancien) peuvent, paradoxalement et théoriquement, avoir un niveau de doute plus élevé que les agnostiques, étant donné que pour certains de ceux-ci, la certitude totale n'est pas nécessaire à la connaissance ou, réciproquement, que pour certains agnostiques un niveau très élevé de certitude n'est pas suffisant pour qu'une croyance atteigne la valeur de connaissance ; deuxièmement, les agnostiques s'accordent pour dire qu'il n'existe pas de preuve définitive suffisante pour qu'une croyance en l'existence ou en l'inexistence de dieu atteigne la valeur de connaissance, et affirment l'impossibilité de se prononcer en matière de connaissance, et même parfois de croyance, malgré le fait qu'une connaissance comme cas particulier de croyance soit classiquement admis par certains philosophes, même après Edmund Gettier.

Positions philosophiques Agnosticisme provisoire en pratique

C'est là la position de ce qui peut être nommé l’« agnosticisme provisoire en pratique » (abrégé APP). Celui-ci estime que si un ou des dieux ont le monde, ils l'ont fait en cohérence avec les principes qui régissent , de manière que leur œuvre (l'Univers) soit conforme à leur intention, et surtout, que d'éventuelles interventions divines postérieures à cette création initiale (illustrées par exemple, par , , ) soient envisageables. De cette manière, on peut supposer que l'existence d'une divinité reste à la portée de notre raison, et cette hypothétique existence constitue donc une question que la science pourra éventuellement résoudre un jour, notamment par le moyen de l'étude de ses éventuelles interventions sur Terre. En attendant, les partisans de cet agnosticisme peuvent établir des probabilités sur l'existence de(s) dieu(x) en se fondant sur les seuls éléments de preuves accessibles pour l'instant (récits, miracles, fossiles…), et en confrontant les arguments des diverses positions. L'agnosticisme provisoire en pratique prendra fin quand sera apportée à la question du divin une réponse scientifiquement irréfutableLa question de l'existence de Dieu étant cependant si complexe, il est peu probable qu'une preuve parvienne un jour à convaincre la totalité des adeptes. On peut considérer que l'agnosticisme définitif de principe est voué à perdre toujours plus de partisans au fur et à mesure que des preuves s'accumuleront dans un sens ou un autre, sans jamais disparaître pour les plus sceptiques. Concrètement, il doit donc tendre à se confondre avec l'agnosticisme définitif de principe..

Agnosticisme définitif de principe

La phrase précédente synthétise le courant agnostique qu'est l'agnosticisme définitif de principe (ADP). Cette thèse s'appuie sur certains phénomènes et paradoxes que la science, la logique se révèlent actuellement incapables d'expliquer Plus précisément, on peut aussi citer la matière noire, la taille et l'évolution de l'Univers, la réalité au niveau subatomique, mais surtout sur l'idée que l'humanité vivant sur la planète Terre ne représente qu'une part infime de l'Univers, et même tellement infime qu'elle ne sera, sans doute, pas en mesure de l'appréhender totalement. Aussi, si des êtres pensants avaient créé le monde, les intentions de ces êtres ne devraient guère se concentrer sur nous. Plus on se rend compte de la complexité du monde dans lequel nous vivons, plus les créateurs supposés en être à l'origine doivent être complexes et puissants comparés à nous, et moins alors il devient probable que l'humanité bénéficie d'une attention divine particulière (donc encore moins un individu). La notion de preuve devient ainsi illusoire : même si un croyant argue des miracles décrits dans ses textes sacrés (et même si un prophète en faisait la démonstration), il pourra toujours lui être objecté qu'il s'agit d'une technologie inconnue ou de magie qui n'a pas nécessairement de lien avec une divinité. L'ADP insiste sur la « vanité » de l'homme se croyant capable de répondre à la question de l'existence de dieux. Pour ses tenants les plus extrêmes, la question de l'existence de dieux est extra-rationnelle et ne peut donc faire l'objet d'une étude rationnelle et, pour ce motif même, elle ne peut pas être discutée..

En pratique, les tenants de l'APP ont plutôt tendance à regarder les religions et leurs témoignages avec le même scepticisme que d'autres preuves plus scientifiques ; leurs convictions étant ouvertes à l'arrivée de toutes preuves infirmant ou confirmant l'existence de Dieu. En revanche, si les tenants de l'ADP partagent la même indécision quant à l'existence d'un être supérieur (au-delà de l'aspect rationnel), ils ont tendance à rejeter totalement et définitivement tout caractère sacré des religions (clergé, livres sacrés, miracles mis en avant dans la liturgie). Ce, à la fois parce qu'ils considèrent ces institutions comme de pures constructions sociales, mais aussi parce que, pour eux, l'Univers est si immense, si complexe et nos capacités de perception et de compréhension si limitées, que postuler une intervention divine sous la forme de messie ou de prophète est une absurdité, qui devrait par elle-même nous rappeler le caractère humainement construit et non divinement révélé des religions. Sont donc distinctes, au sein du débat agnostique, la question de l'existence d'une intelligence supérieure de celle du caractère transcendantal ou non des religions et des institutions religieuses humaines.

Le refus de se prononcer, dans l'agnosticisme définitif de principe, n'implique pas une mise en équiprobabilité des hypothèses d'existence et d'inexistence de Dieu. On parlera plutôt dans ce cas d'un agnosticisme provisoire en pratique parfaitement neutre et impartial, car quand bien même il s'affirmerait aussi sceptique que l'agnosticisme définitif de principe face à toute éventuelle preuve à venir sur la question, à partir du moment où sont fixées des probabilités, il fait l'hypothèse d'un dieu intra-rationnel, c'est-à-dire qui peut être appréhendé par la raison.

Agnosticisme et religion L'agnostique peut choisir par convention sociale de s'affilier, malgré tout, à une croyance religieuse, alors qu'il n'a ni la certitude de l'existence d'une intelligence supérieure, ni le respect dû aux rituels et aux hommes d'Église ; mais cela lui évitera une éventuelle exclusion sociale, plus ou moins probable en fonction de la religiosité de son groupe social d'appartenance.