thumb|Blason du ministère de la sécurité d’État (Stasi) en RDA
La Hauptverwaltung Aufklärung (« HVA ») ou « administration centrale de la reconnaissance » était le service de renseignement extérieur de la RDA et appartenait au Ministère de la sécurité d’État (Stasi). Après la dissolution de la Stasi en 1990 et les révélations concernant ses méthodes de travail, la HVA devient l’objet de recherches intensives (depuis 1991, sous la responsabilité du Commissaire fédéral chargé des archives de la Stasi) et suscite un grand intérêt public. La fin de la HVA, et avec elle la divulgation des structures, des méthodes et des membres du service de renseignement représentent un événement exceptionnel de l’histoire allemande.
Mission
Priorités
La mission principale de la HVA est le renseignement extérieur (espionnage) , dont l’espionnage politique, militaire, économique et technologique. En marge de cela, on compte des actions menées à l’encontre des services de renseignement de l’Ouest (contrespionnage par une infiltration dans les structures), des actes de sabotage et les actions concrètes (par exemple le placement d’articles dans les journaux de l’Ouest, et ce souvent grâce à des activités du mouvement pour la paix) dans la zone opérationnelle de la RFA et de Berlin-Ouest et quelques autres lands relevant de la responsabilité de la HVA.
L’un des événements les plus marquants est le dévoilement de la méthode Romeo de la HVA. Depuis le début des années 1960, les Romeos, appelés aussi agents romeos, avaient pour mission de séduire les secrétaires des hommes politiques d’Allemagne de l’Ouest (la Stasi parlait “d’encadrer intimement”), de construire une dépendance sentimentale, voire de les épouser “à des fins de renseignement” pour sauver les apparences. Ces femmes, souvent célibataires ou solitaires, qui étaient au préalable triées sur le volet par des experts d’Allemagne de l’Est, diffusent sans que leur supérieur ne s’en aperçoive des documents secrets de leur département à leur cher et tendre. Dans le jargon de la Stasi, l’expression “Ficken fürs Vaterland” (baiser pour la patrie) était souvent employée pour désigner ce type d’opérations. Dans certains cas, on faisait même croire à ces femmes que leur mari, qui agissait sous fausse bannière, venait d’un autre territoire que celui de la RDA.
Depuis le début des années 1980, l’espionnage militaire est de plus en plus présent dans le système mondial. L'URSS, les dirigeants du SED et le ministre de la sécurité d’État Erich Mielke recevaient peu avant la guerre froide des informations cruciales de la HVA concernant les premiers préparatifs de guerre.
Coopération avec le KGB
La HVA fournissait à ses “services frères” du Bloc de l’Est - principalement au KGB - la part du lion de la quantité d’information en provenance de la RFA, membre européen important au sein de l’OTAN. Le quartier général du KGB en RDA se trouvait dans Berlin-Karlshorst, celui du GRU (Direction générale des renseignements de l’État-Major des forces armées russes et soviétiques) dans le quartier de Babelsberg de Potsdam. De plus, on trouvait des officiers de liaison dans chaque administration du district. À cela s’ajoutaient également les opérations d’espionnage réussies au sein du quartier général de l’OTAN à Bruxelles mais aussi dans plusieurs pays d’Europe de l’Ouest comme le Royaume-Uni. La HVA n’a cependant jamais pu se développer aux États-Unis, seul le KGB y agissait. (Les découvertes significatives des services de renseignement de la RDA concernant la NSA provenaient du personnel de Berlin Ouest).
Organisation Divisions
En 1989, la HVA était formée de 21 divisions et de cinq groupes de travail. On trouvait également l’État-Major de la HVA ainsi que le SWT (secteur des sciences et technologies) pour l’espionnage industriel qui géraient la communication entre les divisions.
Division Mission Directeur Nombre de membres (approximatif) Subordination A I Appareil d'État RFA Colonel Bernd Fischer 100 Ralf-Peter Devaux A II Partis et Organisation de la RFA Colonel Kurt Gailat 70 Ralf-Peter Devaux A III Rézidientoura dans les pays tiers (càd autre que la RFA) Colonel Horst Machts 70 Prosetzky A IV Espionnage militaire en RFA Colonel Siegfried Milke 100 Heinrich Tauchert A V (SWT) Analyse pour le SWT Colonel Harry Hermann 80 Horst Vogel A VI Trafic opérationnel Colonel Helmut Reinhold 210 Geyer A VII Analyse et information Colonel Werner Bierbaum 110 Werner Großmann A VIII Techniques opératives, radiocommunications Colonel Werner Degenhardt 220 Vogel A IX Contre-espionnage intérieur et extérieur et services ennemis en RFA Général de division Harry Schütt 190 Werner Großmann A X Actions concrètes (désinformation en RFA/dans Berlin-Ouest) Colonel Rolf Wagenbreth 60 Großmann A XI Amérique du Nord, institutions américaines en RFA Colonel Jürgen Rogalla 70 Heinrich Tauchert A XII OTAN et Communauté européenne Colonel Klaus Rösler 60 Heinrich Tauchert A XIII (SWT) Recherche fondamentale Colonel Siegfried Jesse 60 Vogel A XIV (SWT) Électronique, optique, systèmes informatiques Colonel Horst Müller 60 Vogel A XV (SWT) Techniques de l'armement, génie mécanique. Service 5, adjoint Ltr. Matthias Warnig Colonel Gunter Ebert 60 Vogel A XVI Exploitation des relations juridiques, coordination des entreprises de la HVA Colonel Rudolf Genschow 40 Ralf-Peter Devaux A XVII Trafic aux frontières Colonel Werner Wulke 60 Geyer A XVIII Préparation du sabotage Colonel Gotthold Schram 110 Ralf-Peter Devaux A XIX Formation, accompagnement Colonel Harry Mittenzwei 60 Prosetzky A XX Systèmes informatiques, centres de données Colonel Peter Feuchtenberger 120 Vogel A XXI Services d'administration, trésorerie Colonel Tilo Kretzschmar 110 Geyer AG S (Sécurité) Sécurité intérieure de la HVA Colonel Eberhard Kopprasch 20 Großmann AG XV/BV Direction de la division XV des unités administratives Colonel Manfred Ebert 10 Geyer AG 1/SWT Rézidientoura SWT Colonel Gerhard Jauck 20 Vogel AG 3/SWT Acquisition opérationnelle d'armement Colonel Erich Gaida 20 Vogel AG 5/SWT Exploitation des contacts officiels Colonel Christian Streubel 20 Vogel État-major de la HVA Coordination, documents de stratégie/de gestion Général de division Heinz Geyer 20 (Geyer)
Remarques :
Jusqu’en 1988, la division A XVI s’appelle Bereich K ou encore KOST (centrale de coordination), la division A XVII s’appelle AG G (Groupe de travail aux frontières). Enfin, la division A XVIII est créée en 1987 à partir des restes de l’ancienne division IV de la Stasi. Les numéros des divisions écrits en chiffres romains sont précédés de la lettre A (ou HV A), afin de ne pas les confondre avec les autres divisions de la Stasi. Ainsi, on trouve des dénominations telles que : division XII du Ministère de la sécurité d’État (Archives) et la division A XII de la HVA (OTAN / Communauté européenne). Après qu’aux alentours de l’année 1974 le HVB du Ministère de la sécurité d’État a été renommé “Verwaltung Rückwartige Dienste” (Services d’administration), la HVA devient la seule administration centrale dont le sigle commence par Hauptverwaltung.
Direction de 1952–1989
Les divisions VII, IX, X et AG S sont sous la responsabilité directe du directeur de la HVA (voir le tableau pour l’affectation des divisions de la HVA). Le directeur de la HVA est également adjoint au ministre de la sécurité d’État et possède lui-même cinq adjoints.
De 1951 à 1952, le directeur de la HVA est Anton Ackermann. De 1952 à 1986, le poste est tenu par Markus Wolf, adjoint de Erich Mielke.
Werner Großmann est le directeur de la HVA de 1986 à 1989, assisté par Horst Vogel en tant que premier adjoint, Heinz Geyer en tant que chef de l’État-Major, ainsi que d’Heinrich Tauchert, Werner Prosetzky et Ralf-Peter Devaux.
Recrutement et formation École de la HVA L’école de la HVA, appelée « Ecole de la société pour le sport et la technique Etkar André », était à l’origine basée à Bad Belzig. À partir de 1965, elle est progressivement intégrée à la Juristische Hochschule des MfS (école supérieure de droit de la Stasi) à Golm, près de Potsdam, et élevée au rang d’école professionnelle. En 1968, elle est renommée Fachrichtung für Aufklärung der JHS (branche de renseignement de l’école supérieure de droit de la Stasi), puis Section A. La Fremdsprachenschule des MfS (école de langues de la Stasi) lui est affiliée (la discipline F). En 1988, l’école de la HVA et l’école de langues (autrefois à Dammsmühle, dans les environs de Mühlenbecker) sont installées au bord du lac Seddinsee, à la limite de Berlin après de la ville de Gosen, à environ 3 km au sud d’Erkner. Le bunker qui abritait un poste de commandement de repli de la HVA, était situé dans cette même zone.
thumb|Salle de cinéma de l’école supérieure de la Stasi de l’administration centrale de reconnaissance à Gosen. thumb|Bâtiment 3 de l’école supérieure Stasi de la HVA à Gosen
L’école de la HVA comptait en 1989 plus de 300 collaborateurs et était dirigée par le colonel Bernd Kaufmann. La division XIX (circulation, poste, télécommunications) collaborait étroitement avec cette école composée de trois branches d’enseignement :
Discipline A : formation politique opérationnelle dirigée par le colonel Helmut Eck. Quatre chaires, dont une formation en marxisme-léninisme, en politique et en histoire.
Discipline B : spécialisation et méthode de travail du service d’information dirigée par le colonel Horst Klugow. Cinq chaires, dont la psychologie opérationnelle, le droit/la sécurité, et la surveillance de rézidientes (antennes clandestines de renseignements soviétiques)
Discipline F : institut de langues étrangères dirigé par le colonel Manfred Fröhlich. Chargé de la formation en langues des agents envoyés à l’étranger et d’une formation approfondie d’interprètes.
Collaborateurs permanents
En 1989, la HVA comptait plus de 3 800 employés permanents. D’après le tableau des effectifs, il y avait parmi eux environ et sous-officiers de carrière, secrets (“IM”, Inofizieller Mitarbeiter), (officiers en affectation spéciale) et . Au moment de l’auto-dissolution de la HVA, le nombre de collaborateurs a temporairement augmenté, dépassant les .
À l’automne 1989, sept cadres possédaient le rang de général : le collaborateur occupant le rang le plus élevé était le directeur de la HVA, Werner Grossmann, général de corps d’armée ; quatre de ses adjoints ainsi que Harry Schütt (chef du contre-espionnage) et Otto Ledermann (directeur de l’organisation du Parti socialiste unifié d'Allemagne) étaient généraux de division.
Les collaborateurs de la HVA étaient considérés comme l’élite de la Stasi. On exigeait d’eux un investissement personnel, de la flexibilité, de l’efficacité et, comme pour tous les cadres de la Stasi, fidélité à la pensée du Parti socialiste unifié d’Allemagne. Après un travail de très bonne qualité, les employés d’autres divisions de la Stasi pouvaient, au besoin, être déplacés vers la HVA - c’était pour ainsi dire une distinction - s’ils avaient les qualifications requises, par exemple un diplôme de l’enseignement supérieur, des connaissances en langues étrangères ou d’autres compétences similaires. À l’inverse, si leurs résultats n’étaient pas satisfaisants ou en cas de complot, des employés de la HVA pouvaient être déplacés vers d’autres unités de services de la Stasi, ce qui était perçu comme une rétrogradation, mais n’en était pas une sur le plan administratif.
Collaborateurs secrets et autres collaborateurs