Radio-Paris est la première station de radio parisienne commerciale privée jusqu'au , puis une chaîne de radio nationale publique française jusqu'au .

Sa dénomination est récupérée par la pour sa chaîne de radio de propagande diffusée dans la France occupée du au , brocardée chaque jour dans les émissions de Radio Londres, notamment par Pierre Dac, qui chantonne sur l'air de La cucaracha : , ritournelle créée par Jean Oberlé.

Durant l'Occupation, Radio-Paris opte rapidement pour une diffusion de programmes variés et va jusqu'à passer des morceaux de jazz ou de musique tziganes afin d'attirer davantage d'auditeurs et ainsi mieux diffuser, entre-temps, la propagande de l'occupant nazi.

Histoire De Radiola à Radio-Paris La station est fondée le sous le nom de Radiola par la Compagnie générale de la télégraphie sans fil (CSF). Elle est la première station de radio privée à émettre en France, sur la région parisienne uniquement, depuis un émetteur situé dans la cour de l'usine de la Société française radio-électrique (SFR) à Levallois-Perret.

Rachetée par un regroupement d'actionnaires dont Havas, Gaumont, la « Compagnie des Lampes » et quelques banques d'investissement comme la Banque de Paris et des Pays-Bas, Radiola devient Radio-Paris le et change de site d'émission, qui passe à Clichy La Garenne, tout en augmentant sa puissance d'émission dans les années qui suivent. En , elle diffuse Mare-Moto, un « radio-scénario » signé Gabriel Germinet et Pierre Cusy, première dramatique radio française. Germinet (1882-1969) dirigea plus tard Radio-ParisCécile Méadel, « Mare-Moto. Une pièce radiophonique de Pierre Cusy et Gabriel Germinet (1924) », in: Réseaux. Communication - Technologie - Société, 52, 1992, — sur Persee.. En 1925, Jean Bouchor devient co-directeur artistique ; jusqu'en 1935, il mettra plus de pièces radiophoniques en onde.

Son programme, plutôt riche et varié, et la qualité de ses émissions contribuent rapidement à son succès d'audience. La station est ainsi la première à posséder un orchestre de danse, dirigé par Mario Cazes. Sous le surnom de « Jaboune », Jean Nohain y fait ses débuts avec une émission pour la jeunesse et l'animation de jeux radiophoniques. En , le Lhande lance la première émission religieuse à la radio. Les bulletins d'information sont issus de l'agence Havas, actionnaire de Radio-Paris. À partir de 1931, Radio-Paris est reçu dans toute la France depuis son nouvel émetteur plus puissant de Saint-Rémy-l'Honoré, en Seine-et-Oise.

Radio-Paris tire ses ressources de la publicité diffusée à l'antenne, dont la gestion est d'abord confiée à « Avenir-Publicité », puis à « Information et Publicité » (IP).

Le Poste national Le succès d'audience de Radio-Paris, qui est le poste le plus écouté au début des années 1930, amène l'État à s'intéresser à son rachat. La station est nationalisée le et intégrée au réseau de la radiodiffusion d'État sous le nom de Poste national Radio-Paris aux côtés de Radio Tour Eiffel et Radio PTT. Les anciens propriétaires de Radio-Paris, à qui l'État vient de racheter la radio pour douze millions de francs, réinvestissent une partie de leur bénéfice dans la création de Radio-Luxembourg.

De par sa programmation de qualité, le Poste national Radio-Paris s'impose immédiatement comme la station vedette de la radiodiffusion d'État. Au nom de la laïcité, le décret Mistler du supprime les émissions religieuses du Poste national Radio-Paris qui perd une partie de ce qui a fait le succès de la station privée. À la suite des protestations des auditeurs, les émissions religieuses sont rétablies à l'occasion des sermons de Carême le , tandis que débute une série de causeries philosophiques dont le premier invité est Henri Bergson, afin de laisser aussi la parole à la libre-pensée.

L'administration des PTT gère la station sans grande efficacité. Comme sur les autres postes d'État, le volume des causeries devient conséquent et alourdit la grille de programmes. Ainsi, près de la moitié du temps parlé sur le Poste national Radio-Paris est consacré aux conférences (cours et causeries) aux sujets aussi divers que sérieux. La littérature y occupe une place de choix, mais on trouve également des causeries agricoles, médicales, coloniales, historiques, d'autres sur la vie pratique, sur la vie économique et sociale, le cinéma et le théâtre. L'ambition éducative de ces émissions est de constituer une « université populaire ».

Pour la première fois à la radio, le Poste national Radio-Paris, comme l'ensemble des postes d'État, diffuse la campagne électorale pour les élections législatives d’avril 1936.

L'État fait construire un centre émetteur de très grande puissance situé à Allouis dans le centre de la France. Dès sa mise en service en 1938, la longueur d'onde de en grandes ondes attribuée à la France diffuse le Poste national Radio-Paris. Le poste est audible dans une grande partie de l'Europe.

Le Poste national Radio-Paris change d'autorité de tutelle le , passant de l'administration des Postes, télégraphes et téléphones (PTT) à celle de la Radiodiffusion nationale (RN) nouvellement créée, qui groupe tous les services de la radiodiffusion publique française sous son autorité unique.

Le , le premier ministre belge, Hubert Pierlot appelle sur les ondes de Radio Paris à la constitution d'une armée en exil pour continuer la lutte à la suite de la capitulation, contre l'avis du gouvernement, du roi Léopold IIIRoger Keyes, Guy Scheyven, Échec au roi : Leopold III, 1940-1951, Duculot, 1986, 360.

À la suite de la bataille de France, alors que la entre dans Paris et l'occupe dès le , et que toutes les stations parisiennes ont cessé d'émettre dans l'après-midi du , le Poste national Radio-Paris, dont l'émetteur n'est pas situé en région parisienne, ne cesse d'émettre que le , après avoir retransmis le discours du maréchal Pétain qui annonce la cessation des combats et la demande d'armisticeDiscours radiodiffusé du maréchal Pétain du 17 juin 1940 sur Radio Bordeaux-Lafayette PTT, sur YouTube.com..

La radio de propagande allemande La convention d’armistice, qui entre en application le , prévoit, en son article 13, que : Texte de la convention d'armistice, sur le site de l'université de Perpignan.. Et, en son article 14, que : .

Accordant une grande importance à la radio, les autorités d'occupation veillent très tôt à ce que la radio qu'ils contrôlent puisse être entendue sur tout le territoire français dans de bonnes conditions. Ils réquisitionnent à cet effet le puissant émetteur du poste privé Le Poste Parisien qui est remis en service le ainsi que l'émetteur de l'ancien poste d’État Radio Rennes Bretagne PTT pour toucher l'Angleterre, suivi le 7 de celui de Bordeaux qui sont regroupés en réseau avec d'autres émetteurs de province pour diffuser le nouveau programme.

Les studios des Champs-Élysées de l'ancien Poste Parisien, les plus modernes, luxueux et les mieux adaptés à recevoir orchestres et artistes, sont réquisitionnés et affectés à cette nouvelle radio placée sous la direction de la , organisme mis en place dès le par le commandement militaire allemand afin de contrôler et de censurer la presse écrite, la radiodiffusion, la littérature, le cinéma et l'ensemble des manifestations culturelles et bénéficie de larges moyens. Cette nouvelle radio, placée sous l'autorité du docteur Böhfinger, prend le nom de Radio-Paris afin de profiter de l'aura de l'ancienne première radio nationale d'avant-guerre et de créer une confusion volontaire dans l'esprit des auditeurs, destinée à faciliter le rôle de propagande que la entend lui faire jouer pendant toute la Seconde Guerre mondiale afin de convaincre les Français de collaborer avec les Allemands.

Les moyens financiers importants de Radio-Paris lui permettent de proposer une programmation de grande audience, élaborée et distrayante, où les émissions musicales occupent une place prépondérante. Tino Rossi et Maurice ChevalierMaurice Chevalier chante dans les studios de Radio-Paris, Les Actualités mondiales, septembre 1941. chantent à son micro et le réputé grand orchestre de Radio-Paris, dirigé par Jo Bouillon, participe au succès de la station. Cette radio allemande de propagande en langue française recrute de nombreux journalistes collaborationnistes français. Parmi ses principaux orateurs on peut citer, outre le milicien puis secrétaire d'État à l'Information et à la Propagande (à partir du ). Philippe Henriot , René-Louis Jolivet, Robert de Beauplan, Jean Lousteau, Pierre Ducrocq, Alain de Berthois, Jean-Henri Azéma ou encore Jean Hérold-Paquis, membre du PPF et du comité d'honneur de la Waffen SS, qui y débute une chronique militaire quotidienne le en la ponctuant chaque fois par le slogan : . À travers ses éditoriaux et ses émissions politiques, Radio-Paris diffuse une propagande en faveur de la collaboration et d’une Europe nouvelle. Ainsi, des journalistes allemands viennent s'exprimer au micro de Radio-Paris, comme le docteur Friedrich, qui débute en son émission Un journaliste allemand vous parle diffusée chaque dimanche à .

Le est lancé le magazine hebdomadaire Les Ondes, qui donne dans le détail pour chaque journée les programmes de Radio-Paris et des reportages sur les vedettes parlant au micro.

Une « guerre des ondes » s'engage avec Radio Londres au micro de laquelle la France libre dénonce en plusieurs langues la vraie nature de Radio-Paris. Cette collaboration popularise, avec la voix de Pierre Dac, la ritournelle sur l'air de la Cucaracha« Radio Paris ment » et « Messages personnels », 27 février 1942, Radio Londres, sur Jalons pour l'histoire du temps présent, ina.fr., diffusée sur les émissions françaises de la BBC. Radio-Paris devient un symbole de la censure sous l'occupation allemande en France.

Les collaborationnistes trouvent un nom aux émissions du à Radio Londres, le , qu'ils définissent comme , précisant, dans un humour douteux, qu'il et que . Dans le même temps la Propaganda-Abteilung Frankreich diffuse les tracts dessinés par Marcel Mars-Trick dénonçant sur le même ton la , maladie honteuse.

À compter de et du regroupement des services de la radio à Paris, Radio-Paris est la seule radio nationale française.

La met en place le une nouvelle radio de propagande d'information en continu, L'Information permanente, diffusée depuis l'émetteur de la Tour Eiffel sur la longueur d'onde de (ondes moyennes), et dont la rédaction, qui dépend de Radio-Paris, s'installe au 114, avenue des Champs-Élysées.

Le , Philippe Henriot, surnommé « la voix d'or », est abattu par la Résistance..

À la libération de Paris

Dès le début du mois d', l'occupant allemand prépare la retraite de Paris face à l'avancée des Alliés. Radio-Paris vit ses dernières heures et son studio de l'avenue des Champs-Élysées se désertifie. La plupart des vedettes de la station ont disparu dans la nature après avoir touché leur cachet et quinze personnes, dont le , sont candidates pour fuir vers Baden-Baden, à l'invitation de Goebbels, les autres décidant de fuir par leurs propres moyens. En ce matin du jeudi , Botto, l'homme à tout faire de Radio-Paris, brûle sans arrêt les archives de la station dont les flammèches s'abattent sur les Champs-Élysées. À , un speaker allemand anonyme fait une dernière déclaration en français au micro de Radio-Paris dans laquelle il annonce la victoire finale de l'Allemagne grâce à une arme secrète. À , une note de service avise les candidats au départ qu'ils doivent amener d'urgence leurs bagages au poste d'émission. Le matériel est emballé, tout est prêt, on paiera demain le personnel, à titre de précaution, dit-on. Radio-Paris cesse ses émissions le à .