vignette|Le restaurant Drouant, à l'angle des rues Saint-Augustin et Gaillon à Paris. Le prix Théophraste-Renaudot, plus couramment appelé prix Renaudot, est un prix littéraire honorifique. créé en 1926 par dix journalistes et critiques littéraires, attendant les résultats de la délibération du jury du prix Goncourt.

Historique En 1925, durant l'attente de la délibération du prix Goncourt, Georges Charensol et Gaston Picard proposèrent, par boutade, de créer un équivalent du Goncourt décerné par un jury de journalistes. L'idée naît d'une conversation humoristique entre les deux critiques.

Le prix est effectivement créé l'année suivante et prend le nom de prix Renaudot, en hommage à Théophraste Renaudot, fondateur de La Gazette. Le premier lauréat est choisi pour le style et l'originalité de son œuvre, dans une démarche d'encouragement littéraire, fondant ainsi la vocation du prix : récompenser des ouvrages de qualité qui auraient pu échapper à l'attention du jury Goncourt.

Le premier jury du prix Renaudot se composait de Raymond de Nys, Marcel Espiau, Georges Le Fèvre, Noël Sabord, Georges Martin, Odette Pannetier, Henri Guilac, Pierre Demartre, Georges Charensol et Gaston Picard.

Ces dix membres ont rédigé collectivement La Vie de Théophraste Renaudot, biographie en dix chapitres où chacun d'eux signe une section. L'ouvrage est paru en 1929 chez Gallimard, dans la collection Vie des hommes illustres.

Sans être organiquement lié à l'Académie Goncourt — composée uniquement d'écrivains —, le jury du prix Renaudot en constitue le complément naturel, les deux prix étant traditionnellement annoncés simultanément, le premier mardi de novembre, au restaurant Drouant à Paris.

Outre le prix principal, le jury décerne chaque année depuis 2003 un prix Renaudot de l'essai et depuis 2009 un prix Renaudot du livre de poche. Il existe également depuis 1992 un prix Renaudot des lycéens.

L'institution a un règlement intérieur souple pour l'attribution. Les modalités varient selon les statuts mais il est reconnu qu'un écrivain lauréat d'un autre grand prix littéraire (prix Goncourt, prix Femina, prix Interallié, prix Médicis) ne peut recevoir le Renaudot. C'est d'ailleurs en raison de ce manque de cumul que le jury créa spécifiquement un prix spécial pour Le Lambeau en 2018, déjà récompensé par le Femina. En 2018, la sélection d'un livre auto-édité de Marco Koskas déclenche la polémique.

Polémiques sur certaines attributions de prix

Alors qu'il demeure une récompense d'importance au sein de la rentrée littéraire de l'automne, la sincérité du scrutin, accusé de favoritisme, a plusieurs fois été mise en doute Raphaëlle Leyris, « Du Goncourt au Renaudot, enquête sur le fonctionnement des jurys littéraires », Le Monde, 21 janvier 2020.

Accusations de copinage et de conflits d'intérêt

Le prix littéraire a fait l'objet d'accusations sévères de la part de plusieurs journaux français et internationaux. Le Monde décrit la récompense comme un « prix d’amis », une , un régi par un Clémentine Goldszal, Le Renaudot, un « prix d’amis » contre vents et marées, Le Monde, 29 novembre 2020. ; L'Obs, comme une entreprise de copinage, gâtée par la et les Elisabeth Philippe, Prix Renaudot : entachée par l’affaire Matzneff, une récompense empoisonnée, L'Obs 30 novembre 2020..

Dans son journal, Jacques Brenner notait les petits arrangements de Yves Berger, celui-ci lui déclarant, en 1983, Un témoignage sans prix par Olivier Le Naire sur lexpress.fr du 9 novembre 2006 , puis, quelques années plus tard, l'intimant de Une voiture contre un vote sur lefigaro.fr du 27 octobre 2007.

En 2007, Christophe Donner a accusé Franz-Olivier Giesbert d'avoir « manipulé » les délibérations du juryLittérature: La guerre des prix , Le Journal du dimanche, 12 novembre 2007.. Selon l'Agence France-Presse, c'est en effet « à la surprise générale » que les jurés du Renaudot ont attribué le prix 2007 à Daniel Pennac, alors que son livre ne figurait pas sur la liste des ouvrages sélectionnésDaniel Pennac, invité surprise du prix Renaudot , Agence France-Presse, 5 novembre 2007.. Le cas s'est reproduit en 2018, puis en 2019, après que les livres de Valérie Manteau, Le Sillon, et de Sylvain Tesson, La Panthère des neiges, qui ne figuraient pas dans les sélections successives, ont été désignés lauréats au mois de novembreRaphaëlle Leyris, « Sylvain Tesson distingué par le Renaudot », Le Monde, 5 novembre 2019.. Cette accusation est à nouveau portée après l'attribution du prix essai à Éric Neuhoff en 2019 (le jury comprenait Jérôme Garcin et Frédéric Beigbeder, respectivement animateur et intervenant au Masque et la Plume, auquel collabore Éric Neuhoff)Éric Neuhoff : entre-soi, misogynie et mépris de classe, par Thibault Roques, sur acrimed.org, le 12 février 2020.

En , Christophe Claro demande au jury de retirer son roman La Maison indigène de sa liste de sélection, indiquant sur son blog et sur Twitter : .

Polémiques sur Gabriel Matzneff L'attribution du prix de l'essai à Séraphin c'est la fin ! de Gabriel Matzneff en 2013 choque a posteriori de nombreuses personnes et incite Vanessa Springora à écrire son livre Le Consentement, paru en 2020Cathartique, Vanessa Springora, émission L'Heure bleue, France Inter, 8 janvier 2020. « A Pedophile Writer Is on Trial. So Is the French Elite », The New-York Times, 11 février 2020.. À la suite des révélations sur Gabriel Matzneff, Jérôme Garcin, membre du jury du prix, démissionne le . Il lie son départ, notamment, à « l’affaire Vanessa Springora » et critique en outre « l'aberrante constitution d’un jury à 90 % masculin ». Il est provisoirement suivi le par Jean-Marie Gustave Le Clézio. qui revient ensuite sur sa décision.

La révélation de relations pédophiles entretenues aux Philippines par Gabriel Matzneff ou Christian Giudicelli choque, en particulier aux États-Unis, où l'affaire Matzneff a été évoquée à trois reprises dans les pages du New-York Times, dont le correspondant local ne comprend pas que les écrivains en France soient ainsi sacralisés alors que « jamais un ouvrier pédophile n'aurait été protégé ainsi ». Pour Laure Murat, une historienne et professeur de littérature à UCLA qui a pourtant défendu Matzneff contre la « curée » dont il a fait l'objet, il reste toutefois « honteux » que Christian Giudicelli ne démissionne pas de ses fonctions, et pour elle « l’ensemble du jury aurait dû se remettre en question », tandis que pour d'autres jurés (Patrick Besson, Georges-Olivier Châteaureynaud), c'est un non-sujet.

Membres du jury Les dix membres du jury sont élus à vie par cooptation. La présidence est tournante, elle change chaque année au sein du jury. Le président régule les débats. En cas de blocage, après dix tours de scrutin, la voix du président compte double pour les votes qui suivent. Un juré est également nommé secrétaire.

Jean-Noël Pancrazi (depuis 1999) Georges-Olivier Châteaureynaud (depuis 1995), secrétaire général Dominique Bona (depuis 1999) Franz-Olivier Giesbert (depuis 1998) Patrick Besson J. M. G. Le Clézio Frédéric Beigbeder (depuis 2011) Cécile Guilbert, depuis le « Stéphanie Janicot et Cécile Guilbert intègrent le jury du Renaudot », Livres Hebdo, 6 mai 2021. Stéphanie Janicot, depuis le Mohammed Aïssaoui, depuis

Anciens jurés

Francis Ambrière (-1998) Henri Amouroux (-1986) Alain Bosquet (-1998) André Bourin (1971-2009) Jacques Brenner (1986-2001) André Brincourt (1984-2011)Frédéric Beigbeder et Jérôme Garcin, nouveaux membres du jury Renaudot dans Le Monde du 11 mars 2011. José Cabanis (1986-2000) Georges Charensol Pierre Demartre Marcel Espiau Luc Estang Max-Pol Fouchet Jérôme Garcin (2011-2020) Christian Giudicelli (1993-2022) Henri Guilac Roger Grenier Pierre Mazars (-1985) Georges Martin Robert Mallet (-1986) Maurice Nadeau Raymond de Nys Maurice Noël Étienne Lalou« Trois démissions » de Patrick Loriot, Le Nouvel Observateur, 1969 Georges Le Fèvre Marcel Sauvage Noël Sabord Odette Pannetier Gaston Picard Georges-Olivier Châteaureynaud Louis Gardel (1986-2021) Roger Vrigny (-1997)

Liste des lauréats Prix Renaudot