Gérard Saint, né le à Argentan (Orne) et mort le à l'âge de à proximité de l'hôpital du Mans (Sarthe) après un accident au volant de sa voiture, est un coureur cycliste professionnel français. De grande taille (), il était excellent rouleur et spécialiste du contre-la-montre. Son comportement sur des courses à étapes et notamment le Tour de France 1959, dont il est la révélation, a dévoilé de belles dispositions de grimpeur.
Mort dans un tragique accident de la route, alors que sa carrière était en pleine ascension, Gérard Saint incarnait idéalement la figure du coureur cherchant à s'extraire de son milieu pauvre et de sa condition prolétaire par le biais de son sport , à l'instar du héros de de Roger Vailland, auquel il est comparé par son biographe Jacky Desquesnes.
Biographie Origines et jeunes années Issu d'un milieu modeste, Gérard Saint grandit au Renouard dans le pays d'Auge.. Il est le fils de Juliette Alphonsine Liard, domestique, âgée de à sa naissance. Son nom de naissance est d'ailleurs Gérard Serge Léon Liard et il ne prendra le nom de famille de « Saint » qu'après légitimation en 1948 par Émile Henry Saint. Il a un frère Jacques, un peu plus jeune que lui, qui aura une grande importance dans son existence et dans sa carrière (il était un partenaire d'entraînement régulier). Il quitte l'école vers quatorze ans, titulaire du certificat d'études primaires. Il est d'abord ouvrier agricole puis employé en menuiserie-charpente chez Roger Micard.. Coureur en première catégorie puis indépendant entre 1952 et 1956, il exerce régulièrement l'activité de bûcheron pendant les trêves hivernales.
Ses débuts cyclistes, 1952 à 1954 Gérard Saint signe sa première licence amateur au VS trunois le . à l'âge de seize ans et demi. Il ne reste que peu de temps dans ce club et signe dès le au VC argentanais, club de sa ville natale, à la suite d'un comportement offensif remarqué par Henri HuetHenri Huet était le président du VC argentanais en 1952. sur une course de fin de saison.. Dans ce club, il passe au cours de la saison 1953 de la quatrième catégorie à la première catégorieLa première catégorie représente le haut-niveau régional.. Le , il remporte son premier succès dans cette catégorie lors du Grand Prix du Cycle de Caen qui lui offre un début de notoriété régionale, notamment dans le journal Paris Normandie.. À la suite de cette victoire, Henri Huet inscrit Gérard Saint au challenge saisonnier du « Maillot des Jeunes » du Maillot des As organisé justement par Paris NormandieLe Maillot des As avait alors acquis une certaine notoriété dans la mesure où Jacques Anquetil l'avait remporté en 1953 après un premier succès en 1951 dans sa déclinaison du « Maillot des Jeunes ».. Le , il remporte haut la main la course finale (en contre-la-montre) du challenge, ce qui lui permet de remporter le « Maillot des Jeunes ».. Ce résultat fait particulièrement sensation car le parcours est l'exact tracé de l' remportée par Jacques Anquetil en ; or Gérard Saint établit un nouveau record en , ce qui fait écrire à Paris Normandie : .Une révélation ultérieure de Jacques Anquetil relativise un peu l'exploit de Gérard Saint : lors de l', parti derrière son mentor Maurice Dieulois qu'il estimait beaucoup, il n'avait pas souhaité le dépasser sèchement lorsqu'il était revenu à sa hauteur. Ceci explique probablement le grand écart entre les deux temps considérés, à trois ans d'écart.. Dans la foulée, il termine second du Grand Prix de France (derrière Gilbert Ruel) qui constituait le championnat de France amateur officieux de contre-la-montre et dont les deux précédents vainqueurs étaient Anquetil et Albert Bouvet.
1955, année de transition vers le professionnalisme vignette|Raphaël Géminiani, ici en 1954.|alt=Photographie noir et blanc d'un cycliste. Gérard Saint n'est d'abord pas retenu par le comité de Normandie pour être membre de l'équipe de la région pour la Route de France ; il y participe finalement en remplacement d'un titulaire blessé.. Il y brille tout le long de l'épreuve et termine second au général. Surtout il remporte après une échappée en solitaire la seconde étape entre Langeac et Rodez ; il remporte également la huitième étape, un contre-la-montre de autour de Sarlat. Enfin, il se comporte très bien dans la haute-montagne qu'il découvre lors de la montée du Tourmalet par exemple. ; il termine d'ailleurs meilleur grimpeur de la compétition. Le , Robert Chapatte titre son article dans Miroir Sprint ainsi : .
Cette même année, Fausto Coppi présent à Caen pour un contrat sur piste, envisage un moment de le recruter.. Mais c'est le Tour de la Manche qui va véritablement lui permettre de devenir professionnel : en effet, l'épreuve réunit amateurs, professionnels et indépendants ce qui justifie la présence le de Raymond Louviot, directeur sportif de Saint-Raphael-Geminiani.. Il remarque alors Gérard Saint et rapidement se renseigne sur ce coureur qu'il ne connaît pas. Le , Gérard Saint remporte le Grand Prix de France, ce qui achève de convaincre Raymond Louviot et Raphaël Géminiani de lui proposer un contrat professionnel pour la ..
1956, débuts professionnels Furtivement indépendant sous contrat avec Arliguie-Hutchinson, Gérard Saint intègre effectivement Saint-Raphael-Geminiani après versement d'une compensation.. Rapidement, Paul Ruinart du Vélo Club de Levallois (VCL) l'incite à s'essayer sur piste ce que Gérard Saint accomplit avec succès en remportant la finale du brassard (poursuite) au vélodrome d'Hiver en battant le multi-champion du monde de la discipline Guido Messina... En mars, il termine second du Critérium de L'Écho d'Alger derrière Jean Stablinski.
Sur le Tour de l'Ouest, ses débuts sont assez difficiles, à tel point qu'il se retrouve un moment dernier du classement général. Il redresse toutefois la barre en remportant en solitaire sa première victoire professionnelle lors de la septième étape Saint-Brieuc-Brest après une échappée solitaire de .
La fin de l'été consacrée au contre-la-montre est plutôt brillante : le il est second sur Manche-Océan derrière Joseph Morvan.. Le , il termine sixième du Grand Prix des Nations malgré une chute au provoquée par un chien errant alors que la seconde place derrière l'intouchable Anquetil lui semblait promise.
1957 et 1958, confirmation d'un talent Le , Gérard Saint fait partie des vingt-sept « rescapés » du Liège-Bastogne-Liège 1957.. disputé sous la neige, où il termine quinzième. En mai encore, il remporte le classement général du Tour de Luxembourg ainsi que la de l'épreuve, en battant Charly Gaul sur ses terres. C'est sa première victoire professionnelle dans une course à étapes. En juin, il remporte sa seconde course à étapes avec le Tour de l'Ariège (dont il remporte deux étapes).. La suite de sa saison est gâchée par les conséquences de sa chute au Critérium du Dauphiné libéré. Il se marie en septembre avec Nicole Mercier.
Son début de saison 1958 est correct notamment grâce à sa troisième place sur Paris-Camembert obtenue en travaillant à la victoire de son coéquipier Nicolas Barone. Mais dès le mois de mai, il chute à nouveau sur le Tour du Sud-Est et se fracture le poignet. Il ne revient qu'en août et remporte plusieurs critériums et surtout brille dans plusieurs épreuves contre-la-montre : second du Grand Prix des Nations, second du Grand Prix de Lugano, second de Manche-Océan et troisième du Trophée Baracchi avec Roger Rivière.. Sa fille Fabienne naît en ..
1959, saison pleine vignette|redresse|Paul Le Drogo son directeur sportif lors du Tour de France 1959. Ici coureur cycliste en 1926.|alt=Portrait photographique noir et blanc d'un cycliste.
La saison de Gérard Saint débute par une victoire au Grand Prix Sigrand à Nice. alors qu'il était sur la Côte d'Azur pour sa préparation d'avant-saison. En 1959, l'épreuve de Paris-Nice se déroule jusqu'en Italie et s'appelle pour l'occasion Paris-Nice-Rome, réorganisation qui induit trois vainqueurs finals au lieu d'un seul : celui de Paris-Nice, celui de Nice-Rome et celui de l'épreuve dans sa globalité. Gérard Saint détient le maillot blanc de leader pendant deux étapes avant que Jean Graczyk ne parvienne à lui prendre la première place à l'arrivée à Nice.. Dès le départ vers Rome, il se repositionne au classement général en remportant la septième étape entre Nice et Vintimille. À Rome, il est vainqueur de la seconde partie Nice-Rome et second de Paris-Nice-Rome, à seulement du vainqueur. Entre Paris-Nice-Rome et le Tour de France, il remporte la seconde étape du Tour de Luxembourg (contre-la-montre) et se place quatrième de Paris-Camembert..
En vue du Tour du France, sa sélection en équipe de France est envisagée avant que son intégration dans l'équipe Ouest Sud-Ouest de Paul Le Drogo ne soit entérinée. L'étape-clé de son Tour est la treizième étape entre Albi et Aurillac durant laquelle il crève deux fois et pèche par maladresse pour organiser son retour dans le peloton ; il finit à plus de à Aurillac.. Alors qu'il était considéré comme un challenger potentiel au départ de Mulhouse, un tel retard a sans doute contribué à lui octroyer des « bons de sortie » par la suite jusqu'à Paris. Ainsi outre la seconde place obtenue à Saint-Gaudens derrière André Darrigade, il termine second à Clermont-Ferrand dès le lendemain de sa déconvenue puis est troisième à Aoste et second à nouveau à Annecy derrière Rolf Graf. Il grappille peu à peu du temps et réintègre les dix premières places du général à la faveur du contre-la-montre de la vingt-et-unième étape arrivant à Dijon où il prend la troisième place derrière Roger Rivière et Jacques Anquetil.. À Paris, il est finalement neuvième à de Federico Bahamontes, second du classement par points, troisième du classement de la montagne et surtout lauréat du prix de la combativité. L'excellent bilan de l'équipe Ouest Sud-Ouest est enfin complété par la cinquième place au général de François Mahé.
Après le Tour, il remporte le Critérium de Château-Chinon (le ) puis le Bol d'or des Monédières.. Ses bonnes prestations sur le Tour lui ouvrent les portes de l'équipe de France et il participe donc à l'épreuve sur route des championnats du monde qu'il termine dans le peloton à du vainqueur et coéquipier André Darrigade..
Sa fin de saison est consacrée au contre-la-montre : il remporte enfin Manche-Océan, termine cinquième au Grand Prix des Nations et dixième du Trophée Baracchi couru avec Pierre Everaert. À la fin de la saison, il est cinquième du Super Prestige Pernod ; il ne courra quasiment plus excepté le critérium d'Oran en 1960 où il termine quatorzième.
Son bilan de la est donc très bon, Léon Zitrone présumant même, dans sa rétrospective cycliste de l'année écoulée, qu'il aurait pu gagner son premier Tour de France :
Circonstances de la mort et premières réactions vignette|L'église Saint-Germain où furent célébrées ses obsèques.|alt=Photographie en couleur d'une église. Début 1960, Gérard Saint est appelé du contingent ; le soir de son accident mortel, il rentre d'une permission passée en famille à Argentan pour rejoindre la d'instruction du train à Auvours. où il est soldat. À l'entrée du Mans, au volant de sa Citroën ID19, en tentant d'éviter un motocycliste, il s'écrase sur des arbres de bordure...