Le Chat noir ou Chat-NoirCf. Conventions typographiques sur les noms de bâtiments, monuments, enseignes commerciales est un célèbre cabaret de Montmartre fondé en par Rodolphe Salis, qui fut aussi à l'origine de la revue hebdomadaire du même nom.
Il eut trois adresses parisiennes successives, les deux premières sous la direction de Salis, mort en 1897.
Le troisième et dernier lieu ouvre en 1907. Situé désormais au pied de la butte Montmartre au 68, boulevard de Clichy dans le arrondissement de Paris, le cabaret du Chat noir fut l'un des grands lieux de rencontre du Tout-Paris et le symbole de la Bohème à la fin du
Une goguette, la Goguette du Chat-Noir, se réunissait dans ce cabaret.
Le compositeur Erik Satie y composa l'une de ses pièces majeures et le nom du Cabaret est inspiré du conte d'Edgar Allan Poe, "The Black Cat".
Le cabaret du Chat noir
Le premier établissement, 84, bd de Rochechouart (1881-1885) thumb|redresse|Rodolphe Salis, photographie anonyme non sourcée. thumb|left|redresse|Adolphe Willette, Une paire d'amis (Femme et Chat noir), vers 1881.
Fils d'un limonadier de Châtellerault, Rodolphe Salis (1851-1897), arrivé à Paris en 1872, gagna d'abord médiocrement sa vie comme artiste en fabriquant des objets de piété, avant de concevoir l'idée d'associer art et débit de boisson. Il imagina de créer un café .
En réalité, le Chat noir, ouvert fin Le Figaro, Paris, 8 décembre 1881, — sur Retronews., commença par servir du mauvais vin dans un décor sommaire, mais déjà, à la porte, les clients étaient accueillis par un suisse splendidement chamarré, couvert d'or des pieds à la tête, chargé de faire entrer les peintres et les poètes tout en laissant dehors les « infâmes curés et les militaires ». Le premier Chat-Noir était situé dans deux petites pièces, boulevard de Rochechouart. Il dut son nom à un chat noir perdu sur le trottoir que Salis trouva pendant les travaux. Progressivement, le décor fut amélioré pour donner un aspect pseudo-historique évocateur de l'époque de Rabelais. vignette|redresse| Émile Goudeau, vu par Émile Cohl, à l'époque du Chat noir (1885)Têtes de pipes, notice œuvre sur Gallica.. Salis avait rencontré, quelque temps auparavant, Émile Goudeau qu'il avait convaincu de transférer ses Hydropathes, qui se réunissaient sur la rive gauche, dans son établissement. En peu de temps, les poètes et les chansonniers qui se produisaient au Chat-Noir attirèrent la meilleure clientèle de Paris. On venait avant tout pour les réparties spirituelles qui fusaient souvent aux dépens des clients, interpellés d'un « Tiens, t'es finalement sorti de prison ? » ou d'un « Qu'est-ce que t'as fait de ta poule d'hier ? » à un nouveau client visiblement accompagné de sa femme.
On trouvait au Chat-Noir les peintres Willette, Henri Pille, Nestor Outer, les chansonniers Aristide Bruant (qui créa la chanson emblématique Le Chat noir), Jules Jouy, Léon Durocher, Pierre Trimouillat, Dominique Bonnaud, Jean Goudezki et son ami l'humoriste Alphonse Allais et les poètes Georges Lorin, Charles Cros, Albert Samain, Maurice Rollinat, Maurice Mac-Nab, Jean Richepin, Jean Floux, etc. Léon Bloy, cousin d'Émile Goudeau, fut un habitué. Il publia dans la Revue du Chat-Noir de nombreux articles de critique littéraire repris pour la plupart dans ses Propos d'un entrepreneur de démolitions (1884). Rodolphe Salis eut l'idée d'installer un piano, ce qui était une première dans un cabaret, de sorte que la chanson de cabaret vit véritablement le jour au Chat-Noir« Hommage à Salis le Grand », in 88 notes pour piano solo, Jean-Pierre Thiollet, Neva Éditions, 2015, ..
La nouvelle enseigne au 12, rue de Laval (rue Victor-Massé, 1885-1897) thumb|redresse|gauche| Le cabaret du Chat noir vu par Albert Robida, avec son Suisse splendidement chamarré chargé d'accueillir les visiteurs, le chat rayonnant et les deux énormes lanternes dessinées par Eugène Grasset. vignette|redresse| Projection au Chat noir en 1886 : première de L'Épopée de Caran d'Ache. vignette|redresse| Au Chat noir (1893) dessin de Pierre Vidal (1849-1913) extrait de tableaux de Paris qui consomme.
Le succès aidant, Salis transféra le cabaret dans un immeuble de trois étages situé à proximité au 12, rue de Laval (aujourd'hui rue Victor-Massé). Dans les différentes salles, il fit réaliser des décors pseudo-historiques, sous l'égide d'illustrateurs tels que Henri Rivière et Caran d'Ache. Il créa également, avec l'aide d'Henri Rivière, un théâtre d'ombres en couleurs sur lequel furent donnés de véritables petits chefs-d'œuvre dont la musique était composée par Georges Fragerolle.
L'établissement de la rue de Laval, qui se présente comme un théâtre et dispose également de chambres d'hôtel, déploie toute l'identité éclectique et pittoresque voulue par Salis. Deux grosses lanternes dessinées par Eugène Grasset, de style néo-médiéval, ornent le premier étage de la façade. Au deuxième étage, au centre de la façade, un énorme blason place un chat noir en terre cuite, réalisé par Alexandre Charpentier, au centre d'une « gloire » d'autel, affectant la forme de rayons de soleil dorés. À l'extrémité est de la façade, l'enseigne proprement dite, en tôle peinte, est un chat noir assis sur un croissant de lune argenté, dessiné par WilletteL'enseigne et les vitraux du Chat-Noir dessinés par Willette sont aujourd'hui conservés et exposés au musée Carnavalet, à Paris.. À l'intérieur, les vitraux illuminant la grande salle du rez-de-chaussée sont l'œuvre d'Adolphe Willette, et évoquent l'épisode biblique du veau d'or. Sur les murs sont accrochés des dessins de plusieurs artistes, parmi lesquels Rodolphe Salis lui-même, George Auriol, Henri Rivière, Steinlen, Somm et Caran d'Ache. Parmi les artistes se produisant au Chat-Noir, la célèbre Betty fut immortalisée par le peintre Henri-Lucien Doucet en 1889.
Les soirées furent également animées par le peintre catalan Pere Romeu., qui est à l'origine de la fondation de 'Els Quatre Gats, à Barcelone, fréquenté par Picasso..
Deux ans après la mort de Rodolphe Salis survenue en 1897, le cabaret est racheté par le chansonnier montmartrois Henri Dreyfus dit Fursy et rebaptisé La Boîte à Fursy..
L'immeuble abritant le deuxième Chat noir est détruit, une plaque commémorative subsiste.
La dernière adresse, 68, boulevard de Clichy (1907) vignette|redresse| Façade du dernier Chat noir [photographie de presse/ Agence Rol], juin 1928. Sur la façade on lit : Caveau du Chat-Noir.
Le troisième Chat noir est ouvert en 1907 par le chanteur à voix Jehan Chagot avec l'autorisation de la veuve de Rodolphe Salis. Il est appelé « caveau du Chat noir », comme en témoigne la presse de ce tempsLe Journal, Paris, 27 novembre 1907, — sur Gallica. ainsi que des photographies de la façade du 68 boulevard de Clichy prises à la fin des années 1920 (cf. ci-contre).
Le Chat noir fut, selon Laurent Tailhade, et, selon Jean Lorrain,
De nombreux cabarets de par le monde ont pris ce nom depuis. En son temps, le Chat noir connut des imitations dont la plus célèbre fut L'Abbaye de Thélème, place Pigalle, créée par Jules Roques. Le très fameux bal qui ouvre chaque année la saison du carnaval de Dunkerque porte en l'honneur du cabaret parisien le nom de « Bal du Chat-Noir ».
L'enseigne du Chat-Noir dessinée par Adolphe Léon Willette, en tôle peinte, qu'on peut apercevoir sur le dessin de Robida montrant l'extérieur du cabaret, est aujourd'hui conservée au musée Carnavalet à ParisEnseigne du cabaret Le Chat noir..
En 1939, le cabaret possède désormais une enseigne au néon figurant le chat noir sur la lune, inspirée de l'enseigne créée par WilletteCette enseigne, photographiée en 1939 par Pierre Jahan, apparaît en position sur une page du site consacré à ses photographies..
Le troisième Chat noir est aujourd'hui à cette même adresse un restaurant portant le même nom et rendant hommage à l'histoire du dit cabaret.
La chanson Au Chat-Noir, écrite et chantée par Aristide Bruant., met en scène les tribulations d'un promeneur parisien qui , son refrain a été repris dans une autre version aux paroles plus surréalistes, qui était un classique des monômes d'étudiants jusqu'aux années 1960..
La revue Le Chat noir et ses autres publications vignette|upright| La Revue illustrée du Chat noir, couverture du 2 septembre 1893.
Le cabaret produisit une importante quantité de périodiques, d'affiches, d'estampes et de programmes.
La première identifiée est Le Chat noir : organe des intérêts de Montmartre, publiée à partir de 1882, paraissant le samedi, et illustrée entre autres par George Auriol. Elle devient ensuite La Revue illustrée du Chat noir. : cet hebdomadaire est créé par Rodolphe Salis et Émile Goudeau pour assurer la promotion du cabaret. 688 numéros paraissent du à , puis 122 numéros supplémentaires dans une seconde série dont le dernier est publié le « Échos poétiques ».. Elle incarne l'esprit « fin de siècle » et a pour collaborateurs les chansonniers et les poètes qui se produisent dans le cabaret ainsi que les artistes qui l'ont décoré : Caran d'Ache y donne des scènes militaires et Willette des Pierrots et des Colombines.
On compte aussi L'Album du Chat noir, édité à partir de 1885, avec Henri Rivière comme directeur artistique.
La revue Le Chat noir fut un des premiers à publier de petits articles de Jean Lorrain. On y trouve la signature d’auteurs célèbres comme Paul Verlaine, Jean Richepin ou encore Léon Bloy, le tout illustré, entre autres, par Théophile Alexandre Steinlen.
Jules Roques, qui avait imité le cabaret du Chat-Noir au café-cabaret L'Abbaye de Thélème, imita également la revue avec Le Courrier français.
vignette|redresse| Lire le Chat noir, affiche lithographiée (1897) de Léonce Burret, sur une exposition d'images tirées du périodiqueNotice bibliographique, Catalogue général de la BNF..
On compte encore parmi les collaborateurs de la revue Le Chat noir les illustrateurs suivants : Döes, Fernand Fau, Nestor Outer, Godefroy, Uzès, Poirson, Gustave Verbeck, Marcel Capy, Lucien Pissarro ou encore Henri de StaThéophile Alexandre Steinlen, Louis-Christian Döes, Adolphe Léon Willette, Fernand Fau, Godefroy, Uzès, Victor Poirson, Caran d'Ache, Gustave Verbeck, Marcel Capy, Lucien Pissarro et Henri de Sta, Les Histoires sans paroles du Chat noir, Musée de la bande dessinée, Angoulême, 1998 ..
Légende autour du Chat noir
Une légende autour du Chat noir est née dans le milieu ésotérique français après la publication en 1930 des Demeures philosophales de l'alchimiste fictif Fulcanelli. Le cabaret aurait été jusqu'à la mort de Salis qui aurait attaché une grande importance à toute une série de symboles soigneusement dissimulés..
L'orientation « homosexuelle » du lieu (on parlait encore de « pédérastie » ou d'« inversion » à l'époque) fut également suggérée, et cela du fait notamment de la présence régulière de Paul Verlaine, Jean Richepin, Jean Lorrain ou de l'étrange Louis Le Cardonnel – un jeune poète intime de Verlaine et futur prêtre. Mais cette orientation était fréquente alors dans les lieux interlopes et artistiques de ce typeVoir Rimbaud, Œuvres complètes, GF, 2020 (édition Jean-Luc Steinmetz, tome III, p. 51)..
L'affiche Tournée du Chat noir dans la culture populaire
Le cabaret est vraisemblablement resté célèbre notamment grâce à l'affiche Tournée du Chat noir créée par Théophile Alexandre Steinlen en 1896, qui fait l'objet de nombreuses reproductions. Elle est ainsi devenue un des symboles parmi tant d'autres du pittoresque parisien, et son image se retrouve dans quantité de produits dérivés vendus dans les magasins touristiques de la capitale française.
De nombreuses références graphiques à l'affiche ont été faites par divers artistes depuis, ainsi que des citations directes. L'artiste contemporain Chanoir a par exemple choisi son pseudonyme en référence à elle.